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Christopher Wise (Préfacier, etc.)
EAN : 9782842613969
270 pages
Le Serpent à plumes (15/01/2003)
3.81/5   48 notes
Résumé :
Foisonnante et tragique fresque s'étendant du XIIIe au XXe siècle, Le Devoir de violence raconte le destin de l'empire imaginaire de Nakem et de la dynastie des Saïf qui y règnent en maîtres retors. À travers elle, c'est l'histoire méconnue de l'Afrique qui nous est livrée de l'intérieur. Violences, assassinats, ruses, compromission des notables dans la traite des esclaves : pour la première fois, un auteur africain ne s'interdit rien dans le portrait séculaire de s... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (14) Voir plus Ajouter une critique
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afriqueah
  09 mai 2021

En exergue du Devoir de violence Yambo Ouologem écrit : « A l'humble compagne des jours mauvais et de ceux qui furent pires. »
Et, oui, Ouologem, avec son « devoir de violence », a connu le pire : il avait obtenu le premier prix Renaudot donné à un Africain en 1968. Encensé, pour son propos audacieux, ses longues tirades lyriques, son écriture cultivée, son originalité remarquable, il fut ensuite dénoncé d'avoir plagié « le dernier des justes » Or, ironie de l'histoire, Schwarz- Bart avait lui même été accusé de plagiat. Pour ce dernier livre. ( était-ce la mode en 1970 ?).
Et la critique se déchaina, le Seuil arrêtant la publication de ce livre trouvé génial, puis vilipendé par le Nord ( pour plagiat, pour violence, pour vérité inacceptable , la colonisation !) et par le Sud ( offensée dans sa dignité : la négritude de Senghor est remplacée par l'expression « négraille », pour désigner l'esclavage organisé par les dirigeants africains durant les huit précédents siècles. Inacceptable.
Ouologem paye cher son succès, est offensé par les envieuses calomnies, se retire à Bandiagara, dans son pays natal, et ne sort plus du silence. Blessé, profondément blessé, de voir son génie balayé par une critique unanime autant qu'imbécile.

Sa généalogie d'une lignée féodale du Nakem, état dont le nom est fictif, et qui peut se situer à l'ouest du Niger : Tillabéri- Bentia, égrène au long des siècles la violence - entre fratricides, parricides, exactions, meurtres déguisés en accidents, esclavage – qui se perpétue depuis le Moyen Age jusqu'à l'arrivée au pouvoir de Saïf ben Isaac El Heit .Il va couvrir une longue période dans la majeure partie du livre et va garder les rênes de son pays, même après l'arrivée des blancs, qu'il assassine habilement lorsqu'ils le gêne en utilisant la sorcellerie apparente qui n'est autre que la domestication des vipères aspic. Bien entendu il continue à vendre ses sujets, il a ses propres esclaves, et il pratique un droit de cuisage particulier, avec excision et fibulation.
Le tout impuni, il est trop malin, il n'use apparemment pas de la force, mais de la ruse. (Dieu nous fasse miséricorde). Malheur à celui qui tue pour lui…. En y étant obligé sur sa vie… de toute façon, il la perd. Une larme sur sa tombe.
Devant lui, les Flençessi jouent leur carte, entre traités extorqués et occupation du territoire en zones, entre l'innocence présumée , la volonté de conquérir et la franche naïveté, car Saïf connaît le français mais ne le parle pas, à dessein : il a un interprète…. Qui , lui, trahit plus qu'il ne traduit, Dieu aie son âme.

Avec de plus une ironie profonde dans certaines scènes comme par exemple Le Blanc qui veut séduire Awa, laquelle susurre effrontément : « ce que vous en avez, de livres ! » et l'autre qui ment: « ce sont tous ceux que j'ai écrits. »( or, elle est loin d'être naïve, elle)
Morceau d'anthologie ironique, l'ethnologue allemand, bien décidé à être le premier à faire connaître au monde la richesse de la culture du Nakem et à qui Saïf, le traducteur, et autres racontent n'importe quoi concernant leurs coutumes : « habillé avec une élégance tapageuse de colon en fête, riant souvent, il voulait trouver un sens métaphysique à tout, jusques à la forme de l'arbre à palabres où devisaient les notables. …. Il considérait que la vie africaine était art pur, symbolisme effroyablement religieux, civilisation jadis grandiose- hélas victime des vicissitudes de l'homme blanc- puis, sitôt qu'il lui fallait constater l'aridité spirituelle de certaines manifestions de la vie sociale, il tombait dans une sorte de somnolence hébétée , étant même incapable de tristesse. ( Ouologem fait- il référence à l'analyse qu'a fait Marcel Griaule dans « Dieu d'eau »de la culture dogon, lui qui est né et mourra dans les falaises de Bandiagara ? Si oui, il se permet par la même occasion de se mettre en péril, lui, l'étudiant brillant, alors que Saïf n'envoyait en France que ses esclaves)
Ce n'est pas du tout un livre facile, par ses différentes approches, passant du plus cru de l'érotisme au plus audacieux récit de sévices, c'est un livre inoubliable lorsqu'on en termine la dernière page, et que l'on a digéré le lyrisme flamboyant et les pires sauvageries des uns comme des autres.
J'aime à imaginer ses autres livres qui n'ont jamais été écrits. Je pleure sur cet écrivain qui a préféré se taire après avoir été tellement vilipendé. Y compris la réedition du Devoir de violence en 2003, ne le réconciliera pas .
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Charybde2
  18 mars 2013
En 1968, par un Malien, la première dénonciation de la complicité des notables africains dans les méfaits de l'esclavage.
Lorsque le malien Yambo Ouologuem publie "Le devoir de violence" en 1968, il obtient le prix Renaudot (une première pour un écrivain africain), déclenche un véritable coup de tonnerre (pour la première fois, la complicité active et féroce des notables africains dans certains des pires aspects de la société est dépeinte et mise en cause au même titre que celle du colonisateur), et enfin fait l'objet d'une lourde accusation de plagiat, qui le poursuivra des années en France, avant d'être réhabilité (son manuscrit comportait une annexe recensant et expliquant chaque emprunt, annexe que son éditeur décida simplement de... supprimer !).
Roman-culte sur le continent africain, il met en scène sept siècles d'histoire du fictif empire de Nakem (au carrefour du Sahel, de l'Afrique subsaharienne et de la Libye) et de la dynastie régnante des Saïf, en s'attardant plus longuement sur le dernier d'entre eux qui, vaincu par les Français à la fin du dix-neuvième siècle, consacrera une incroyable énergie et une ruse hors du commun à préserver ses richesses personnelles, son système d'esclavage et de traite en direction de la péninsule arabique, et son pouvoir sur la société par l'entremise de pouvoirs "magiques" (en réalité une connaissance pointue des poisons et une redoutable équipe d'assassins hautement qualifiés...) - jusque fort tard dans le vingtième siècle...
"Ce Saïf connut donc le bonheur d'avoir été assez habile pour jouer ce rôle de messie, où de nombreux fils de notables s'étaient escrimés en vain, et appauvris. N'est pas Christ qui veut. Pardonnez-nous, Seigneur, de tant révérer les cultes dont on vous habille...
... Lancées de partout en cette seconde moitié du XIXème siècle, multiples sociétés de géographie, associations internationales de philanthropes, de pionniers, d'économistes, d'affairistes, patronnés par les banques, l'Instruction publique, la Marine, l'Armée, déclenchèrent une concurrence à mort entre les puissances européennes qui, essaimant à travers le Nakem, y bataillèrent, conquérant, pacifiant, obtenant des traités, enterrant, en signe de paix, cartouches, pierres à fusils, poudre de canons, balles. (...)
Et ce fut la ruée vers la négraille. Les Blancs, définissant un droit colonial international, avalisaient la théorie des zones d'influence : les droits du premier occupant étaient légitimés. Mais ces puissances colonisatrices arrivaient trop tard déjà, puisque, avec l'aristocratie notable, le colonialiste, depuis longtemps en place, n'était autre que le Saïf, dont le conquérant européen faisait - tout à son insu ! - le jeu. C'était l'assistance technique, déjà ! Soit. Seigneur, que votre oeuvre soit sanctifiée. Et exaltée."
C'est aussi dans ce roman que Ouloguem forgea le terme de "négraille" par dérision envers la "négritude" de Senghor, qu'il réfute sans pitié.
Moins ironique et beaucoup plus violent que le plus tardif "Monnè, outrages et défis" de Kourouma, ce brûlot d'il y a quarante ans justifie toujours pleinement sa réputation.
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dido600
  03 décembre 2018
Seulement en 2003, après 30 ans d'absence dans les librairies, réédition de cette oeuvre majeure de la littérature dite africaine. Un livre (le premier, le seul… puis le silence) qui a beaucoup dérangé à l'époque, en 1968, date de sa première parution… et bien qu'encensé au départ, et qu'il ait obtenu le Prix Renaudot, il fut, par la suite… littéralement laminé (avec une accusation de plagiat pour mieux «tuer » l'auteur, un malien … qui ne s'en est jamais remis, se retirant de la vie publique, s'étant aperçu que les lobbies de toutes sortes et en tous lieux étaient les plus forts) . Pourquoi tout cela ? Il démonte, tout simplement, le paisible concept de «négritude » (concept jusque là encouragé par les africanistes et des intellectuels africains proches de ces thèses occidentales) à qui il oppose le concept de «négraille », où les masses anonymes, constamment exploitées, se voient sans cesse imposées de l'extérieur les catégories dans lesquelles elles devront penser et faire leur histoire.
le livre raconte la saga d'une dynastie africaine, les Saïf, seigneurs féodaux africains. Saïf ben Isaac el Heït, principal héros du livre est un seigneur féodal qui règne sur une vaste province par la ruse, la terreur, l'esclavage et par la collaboration avec les Blancs qui ont misé sur lui. Tous les moyens sont bons pour se maintenir au pouvoir et opprimer la «négraille».
Bien avant l'arrivée du Blanc, Saif, (en fait, le premier colonialiste) instaura un système symbolique (axe principal, la religion, toutes les religions, Islam y compris) et une interprétation compensatoire des souffrances terrestres (rétribuées dans l'Au-delà) pour mieux légitimer l'ordre existant, fondé sur l'esclavagisme et l'exploitation féodale, et pour en désamorcer toute remise en question.
Il va encore plus loin : Avant l'arrivée des blancs, l'Afrique n'était donc pas une terre idyllique remplie de bons sauvages, Les souverains y pratiquaient la traite et le massacre. La violence sexuelle et les traditions mutilantes d'excision et d'infibulation faisaient loi. L'Islam anesthésiait toute velléité de résistance au pouvoir féodal, sans effacer ces pratiques. D'abord attendus comme des libérateurs, les blancs n'ont fait que normaliser et pacifier la gigantesque oppression de l'homme noir.
Trois parties : D'abord cinq siècles de barbarie en un court chapitre, meurtres et esclavagisme orchestrés par la dynastie négro-juive des Saïf, ensuite une partie, plus longue, sur la colonisation, l'époque est démystifiée à grands coups de machette. Enfin, le livre se termine par une conclusion pessimiste sur l'avenir : la violence perdurera tant que le pouvoir restera dans les mêmes mains… L'Histoire contemporaine d'une Afrique (presque toute) indépendante, engluée (encore) dans les dictatures et les autoritarismes lui a donné amplement raison… à l'exception de Mandela... et (et si rares) dirigeants à avoir quitté, volontairement et sans contrepartie, le fauteuil du pouvoir. Senghor, le créateur du concept de négritude l'a bien quitté, après avoir démissionné... mais seulement après, je crois, cinq mandats, à un âge bien avancé et pour mieux retrouver un fauteuil... à l'Académie française. Françafricain, un jour, Françafricain toujours !
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virgidoc2
  13 août 2013
Une oeuvre cruelle et sans concession qui ne peut pas laisser de glace. L' auteur a été victime de nombreuses calomnies tant la vérité qu'il propose semble insupportable aux yeux de beaucoup. A travers la longue dynastie des Saïf règnant sur le mythique empire Nakem, l'auteur nous livre une anti épopée sans concession et sans leurre sur l'asservissement de peuples victimes de multiples pouvoirs - blancs ou noirs - parfois de connivence pour mieux l'exercer. Dans ces conditions, l'auteur se positionne clairement comme l'envers de la négritude, vision d'un territoire mythique détruit par l'arrivée des colonisateurs. Pour Ouologuem, la tyrannie, la barbarie et les violences existaient déjà avant et n'ont pu que se confondre avec les intérêts des colonisateurs.
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Christian_Attard
  10 décembre 2021
Avant de lire le dernier Goncourt 2021 attribué à « La Plus Secrète Mémoire des hommes » de Mohamed Mbougar Sarr, j'ai pensé qu'il serait intéressant de connaître le roman de Yambo Ouologuem, « Le devoir de violence » puisque la quête de Mbougar Sarr semble mener vers cet auteur.
L'ouvrage n'a pu que soulever une immense vague de polémiques et de protestations car je suppose qu'à sa sortie et encore et surtout aujourd'hui, il n' était pas bon d'écrire qu' une grande partie des maux que connaissait l'Afrique incombait à ses propres habitants.
A travers une dynastie fictive de souverains, Ouologuem dénonçait la violence, l'esclavage, la duplicité des africains exercés sur leur propre population. Les historiens n'ignoraient pas que l'esclavage était pratiqué essentiellement par les africains sur des africains, ils le dirent peu et encore aujourd'hui prétendre que dans certains pays, il est encore pratiqué au profit de familles riches est très mal perçu.
Le colon, lui est floué, tué au besoin dans l'ignorance même des ressorts de sa tragédie. Devoir de violence et art de la violence aussi et toujours au service des mêmes ressorts : pouvoir, argent et sexe.

Quant à l'Islam s'appuyant sur l'animisme pour exploiter la naïveté des populations, elle n'est pas non plus épargnée.
L' écriture est ample, généreuse, forte, lucide et courageuse, poétique enfin et ne se départit jamais d'une ironie mordante qui ignore toutes les allégeances religieuses ou politiques.

On se porte à penser à l'improbable cabale, ignorante des mouvements nouveaux usant de l'intertextualité, qui nous a fait perdre un si grand écrivain.
On paie toujours trop de vérité et de sincérité. Mais la recherche littéraire actuelle replace cet ouvrage dans tout son génie.
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Citations et extraits (20) Voir plus Ajouter une citation
Nastasia-BNastasia-B   01 octobre 2016
À la même période, les provinces Nakem souffrirent d'une telle disette, doublée de peste qu'une infime quantité de nourriture en était arrivée à coûter le prix d'une esclave, c'est-à-dire au moins dix écus. Sous le coup de la nécessité, le père vendait son fils, le frère son frère, tant chacun essayait de se procurer des vivres par n'importe quelle scélératesse. Les gens que la famine faisait ainsi vendre, étaient achetés par des marchands venus de Sao-Tomé avec des bateaux chargés de victuailles. Les vendeurs prétendaient que c'étaient des esclaves, et ceux qui étaient ainsi vendus se hâtaient de le confirmer, fort joyeux de se voir hors d'un péril qui les avait tant alarmés. Quantité d'hommes libres se firent ainsi esclaves, et se vendirent par nécessité.

I. La légende des Saïfs.
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MekinaMekina   31 mai 2022
Sankolo sentit sur son visage la caresse humide du Yamé. Battement de son cœur harcelé comme une boussole affolée. Des gémissements fusèrent de la camionnette. Ils s’embrassaient. Brusquement Sankolo voulut courir se jeter sur la femme. Mais une douleur hébétée le rivait à sa place. Il vit Madoubo renifler, étriller, happer d’une lèvre gourmande et nerveuse, triturer, fouiller du bout de sa langue, du bout de ses doigts, les seins de Sonia. Elle se tenait dans une étrange immobilité. Allongée. La tête droite. Les sourcils légèrement froncés et plongés dans le même engourdissement. Elle caressait l’homme. Sankolo voulut avancer un bras hésitant. Son bras, ses doigts, refusèrent d’obéir. Brutalement, il se déplaça de côté, de manière à suivre dans le rétroviseur l’enlacement du couple. Il tira sur la corde de son touba, et immédiatement fut dévêtu. Il s’étendit sur son boubou, et, les yeux exorbités de désir et d’angoisse, devant les splendeurs de la chair de Sonia, empoigna ses propres seins, ses lèvres, se renversa sur son propre corps, yeux rivés sur l’accouplement. Un rire de gorge, chaud et sensuel, qui l’enivrait, faisait haleter ses flancs nerveusement empêtrés dans le boubou de coton, qu’il déchira. Soudain, il eut un ricanement, et, crachant dans sa paume droite puis se saisissant de sa verge pointée vers le couple :

« Jamais je n’ai connu ça ! Je ferai souffrir mon ventre, je veux aimer à plein. Dis, ma verge, as-tu vu les deux tourterelles blanches dans ce pigeonnier ? Tiens, entre dedans, vois miroiter contre toi ce petit trésor boisé en haut de la frise de ces jambes blanches. Viens, happe de tes bonnes lèvres gourmandes l’arc tendu de leur bosquet blond parfumé et touffu, où tu dors, mon trésor. Encore ! haletait-il se cabrant dans les airs. Oh ! encore, je t’en supplie, embrasse là ! Bécote, lèche, foudre qui foudroie mes entrailles et révèle l’auréole de mon ventre. Tiens mes doudounes, tu les aimes, mon petit mongol. Continue… là… oui, là, goûte à sa chair réelle, fais-moi vomir les délices de son orgasme. Ça te plaît, dis. Tu veux bien, n’est-ce pas ? »

Et il ronronnait sous ses propres caresses, se lovant en tous sens, frottant ses jambes l’une contre l’autre – et toute sa chair vibrait comme la corde d’une harpe adroitement pincée, joliment caressée. Il n’était que plaisir lancinant, laissait courir, gambader ses doigts sur le petit lutin bandeur et querelleur de sa verge, accueillant sur ses doigts une rosée chaude et abondante qui le fit râler et gémir de plaisir, en un superbe tohu-bohu de toute sa jouissance. Puis il lécha de sa langue râpeuse sa main, enduisant ensuite son corps de salive, regardant dans le rétroviseur les lèvres sanglantes de la vulve. Il se mit doucement à sangloter…

Il sentit derrière lui une présence. Il se retourna : Awa, sa fiancée, l’observait.
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afriqueahafriqueah   09 mai 2021
Et ce fut la ruée vers la négraille. Les Blancs, définissant un droit colonial international, avalisaient la théorie des zones d’influence : les droits du premier occupant étaient légitimés. Mais ces puissances colonisatrices arrivaient trop tard déjà, puisqu’avec l’aristocratie notable, le colonialiste depuis longtemps en place, n’était autre que le Saïf (l’empereur du Nakem), dont le conquérant européen faisait — tout à son insu ! — le jeu. C’était l’assistance technique déjà ! Soit. Seigneur, que votre œuvre soit sanctifiée. Et exaltée. »
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aleatoirealeatoire   26 novembre 2021
Souvent, plus parée encore de sa beauté que de ses atours, une jouvencelle, qui avait tout juste le caquètement d'une pintade, comme elle en avait l'oeil inquiet et la gorge en émoi - séduite par le corps de ces esclaves, voire le tremblant gabarit de leur virilité - et cherchant auprès de sa mère toute rose, sinon le réconfort, du moins la sollicitude, ou quelque avis autorisé sur la sexualité nègre, s'entendait répondre, entre autres gracieusetés : "Le Saint-Père n'approuve guère le café au lait..."
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MekinaMekina   08 juin 2022
« Je me lève. Le Sud. Le Sud. Mon corps flotte. Mes jambes pédalent. Mes bras s’agitent. Mais ce n’est pas moi. Je suis bien. Un ange me porte. Je suis bien. Les arbres sont bleus, l’eau est du mercure, je suis joailler. Je fabrique des bijoux avec les rayons du soleil. Je les offre aux oiseaux aux plumes blanches, aux yeux verts, jonchés d’étoiles, et les oiseaux me suivent ; ils font de la musique pour le plaisir de mes sens. J’ai à mes pieds, au milieu d’un cortège de tympanons sonores et de flûtes amoureuses, des femmes, à demi vêtues, couvertes d’un châle de soie qui cache leurs cuisses. Il y a des brunes, trois – enveloppées de laine blanche ; des blondes, deux – se vêtant de leurs mains d’or ; une rousse – qui s’affuble de fleurs de feuilles vertes et de raisins ; des noires en ronde, sans robe ni bijou ni sandale ; des Asiatiques aux yeux félins dont les boucles – noires de leur noir – et les bouches – roses de leur rose – flottent autour de moi, libres et rondes comme des plumes… Leur sourire provocant griffe mon sexe qui se tend, se dresse vers l’une d’elles, fourche écartée balançant mes pieds dans le vide – et je les possède toutes. Mes bras vont, viennent, parlent au vent, je vole et plane à ras d’un tapis d’herbes acajou, douces comme un duvet sous la caresse de la brise. Des étoiles, des planètes fusent de mes doigts. Un coup de vent, une saute soudaine m’enlèvent haut dans les airs : et je vois des villes, des peuples entiers surgis des quatre coins du monde s’allonger démesurément, avoir des pieds de cigognes et des visages humains, sculptés par moi. Je vois brusquement l’homme blanc qui m’a vendu et fait droguer, et je parle à mes frères asservis. Ils sont tout petits, tout noirs, avec des traits indiscernables. Je leur parle, leur dis que je vais travailler pour rien, mort sur l’état civil, chien drogué par la pourriture du monde – et je vois qu’ils regardent vers Saïf et pleurent. Je tiens soudain un sceptre. Je fais cesser la guerre secrète autour de l’argent. Saïf est anéanti sous les laves. L’argent est mort. Je fais cesser tout. Je lève mon sceptre : des lions avancent, agitent leurs crinières où se pavanent toutes les femmes que j’ai possédées, tous les hommes que j’ai dominés. Les Nègres ressuscitent. Les Juifs ressuscitent. En ressuscitant, tous les opprimés ont sauvé l’essentiel d’eux-mêmes. Le vent les regarde, le silence les écoute. Le ciel est noir indigo, et je me découpe sur un fond d’azur tombé des nuages. Je donne des ordres, ma parole a la puissance du Verbe. On me descend à terre. Je marche. Je m’avance. Je souris sans bouger les lèvres. Le fleuve me suit. L’onde me suit. Le soleil valse avec mes pas. Mes pas sont légers, ils tricotent dans le paysage et forment sous mon ombre immense des dessins, des ogives, des Lieux saints, des énigmes que moi seul déchiffre devant la forêt médusée. Les arbres arrêtent de parler, et leurs branches s’écartent à mon passage. Ma hache est sans pitié, et cogne les jaloux. Un lion halète tant il a marché : il est devant moi. Il rugit, tire la langue, avance à reculons et se perd à l’horizon. Il se juche au haut d’un arbre, devient une superbe panthère rose à la gueule en feu, rougeoyante sous une léchure de flamme :

« C’est le soleil qui se couche ».
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Videos de Yambo Ouologuem (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Yambo Ouologuem
#yamboouologuem #goncourt #cultureprime Yambo Ouologuem a été un écrivain encensé par la critique avant d'être accusé de plagiat et de se murer dans le silence. Oublié de tous, c'est à la faveur du dernier prix Goncourt, inspiré par sa vie, que l'on a redécouvert l'homme au destin tragique et son oeuvre.
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