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Critique de dagonides


dagonides
  30 octobre 2019
INTRO & CADRE
L'intro est relativement courte mais pose bien le décor et le sujet : une lettre de Lewis Carroll qui nous supplie de retrouver Alice. Un personnage de diplomate anglais, Sir Douglas : notre héros, NOUS. Son bureau typiquement victorien, avec des souvenirs des Indes. Certaine atmosphère sinistre... Et pas à cause de la Reine Victoria, ou de la pesanteur du qu'en-dira-t-on. Non, plutôt l'attente d'événements terribles, l'impression de quelque chose de noir.

Et puis cette voix qui nous susurre à l'oreille. La voix doucereuse du Chat du Cheshire. Elle ne nous abandonnera pas de tout le récit. Vous l'avez compris, le livre sera ponctué de personnages et de citations de Lewis Carroll, comme le fameux poème sur les borogroves.

UN DEDALE EN LIGNE DROITE ?
La recherche d'Alice se déploiera en quatre chapitres de complexité croissante : bureau, partie de thé, Pays des Merveilles, affronter le Roi Noir. Chaque chapitre = un lieu (par exemple le bureau de Sir Douglas) montré sur un plan.On peut généralement lire les pages du chapitre dans l'ordre numérique. On est averti si telle page doit être sautée sans être lue (on y revient quand on trouve la clé ou l'info qui déverrouillée l'accès).

Exemple : fouille du bureau pour trouver l'entrée du Pays des Merveilles, on examine d'abord les papiers, puis la vitrine, et enfin la cheminée, dans l'ordre des pages. L'ordre des énigmes est le même : on trouve parmi les papiers la clé qui déverrouille la vitrine, et dans celle-ci une info qui renvoie à la cheminée. Tout cela peut nous paraître téléguidé et linéaire, mais...

COMPLEXITE CACHEE
... en réalité, sous cette lecture linéaire se cacheront des aller-retours de plus en plus fréquents dans les sous parties I-II-III (placés sous les descriptions des lieux). Ces sous-parties sont des confidences ou des conseils du Chat du Cheshire. On y est renvoyé quand on a lu tel document, aperçu tel objet... On tourne beaucoup les pages, on navigue d'un conseil à un autre. Parfois le Chat nous soumet deux choix, dont on pressent que l'un peut être mortel (choix gauche/droite livingstonien). Un vertige saisit le lecteur devant les choix, contre-choix, sauts d'une sous-partie à une autre. le texte se fait vortex.

Ces allers-retours miment les mouvements de pièces d'échecs, l'intrigue étant la transposition d'une partie de ce noble jeu. Dans les rencontres avec des personnages du mythe carrollien, le héros endosse plusieurs rôles tour à tour : fou, cavalier, etc. Il en change s'il boit la potion qui convient.

Autre complexité voulue, les 25 documents trouvés et les 14 tableaux de combinaisons... Multipliés à plaisir, ils participent de l'impression de foisonnement, de logique folle. Même si souvent la bonne réponse se devine assez facilement. Sauf dans l'énigme du tableau 2, dont je me demande encore si, justement, elle n'est pas volontairement illogique (à confirmer/infirmer).

Dans la dernière partie, apparaît un arbre des choix (un arbre couvert de pancartes en forme de flèches), qui sert à récapituler le parcours effectué avant de défier le boss de fin. Facétie de l'auteure ou hasard, ce végétal matérialise les embranchements du récit, l'arborescence : « si vous avez... alors... et dans ce cas, vous pouvez soit ... ou bien... »

Ceci dit, le Chat du Cheshire vous a beaucoup tenu par la main (par la patte) : si vous avez eu la patience de feuilleter souvent le livre dans un sens puis dans l'autre pour lire ses digressions, vous ne pouviez pas vous tromper.

ATMOSPHERE
L'atmosphère originale de cet EB est due à deux choses :

> peu de lieux clos et d'énigmes-serrures, les devinettes sont d'ailleurs assez faciles. La véritable énigme est le parcours dans le sous-texte, chargé de symboles et ponctué de poèmes.

> un retournement gore du Pays des Merveilles de Lewis Carroll (et de Disney). le Charpentier et le Morse, version horreur chirurgicale. Des fleurs qu'il vaut mieux ne pas cueillir, de peur d'être cueilli (hashtag Ronsard). Une brebis-marchande qui n'aurait pas dû augmenter ses prix car le client psychopathe est roi... Et un modèle de chaise en os et cheveux humains qu'on n'est pas prêt de trouver chez Ikéa. Sensation de malaise assurée. Alexandre Ourse a d'ailleurs écrit un roman d'horreur (Abigaël) avant d'en venir à l'EB.

En bilan, un EB déroutant qui change des opus habituels, et des partis pris assez radicaux, donc on aime ou on n'aime pas. En cela, l'atmosphère si particulière de l'oeuvre de Lewis Carrol est authentiquement restituée. Difficulté : facile, mais c'est mieux si on a déjà lu des EB avant. Peut se lire en une demi-journée sans avoir besoin de prendre trop de notes. Des souvenirs d'Alice au pays des merveilles et la bio de Carroll, peuvent constituer de bons repères. La couverture renouvelle un tantinet la charte graphique jusque là assez sombre : le rose acidulé au lieu du noir.
Lien : http://www.la-taverne-des-av..
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