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Georges Lafaye (Traducteur)Jean-Pierre Néraudau (Éditeur scientifique)
EAN : 9782070385645
620 pages
Gallimard (25/09/1992)
3.98/5   977 notes
Résumé :
Légende dorée, légende des siècles, bible ou génie du paganisme, voici une œuvre qui, en douze mille vers, conte deux mille cent trente et une histoires de métamorphoses ; elles remontent, pour beaucoup, à l'origine du monde. Ovide, dans ces poèmes épiques et didactiques, nous a donné, des origines à Jules César, un des grands textes sur la genèse de l'humanité. La variété des styles, de l'horreur et du fantastique à l'élégie amoureuse, enchante le lecteur autant qu... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (79) Voir plus Ajouter une critique
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sur 977 notes
Ovide est né à la mort de César . Il fût adolescent pendant l'avènement imperial sous Auguste et pendant son enfance se déroulerent les âpres guerres civiles. L'auteur fût exilé sur les rives de la Mer Noire (Constantsa en Dacie). Peut-être éloigné à cause de son ouvrage : L'art d'aimer.
En effet à cette époque on dégainait quelquefois l'ancienne loi Scantinia sur la moralité pour régler certaines rivalités politiques.
Le poète rédige un texte immense en vers. La narration est guidée par la mise en oeuvre du geste divin de la métamorphose qui est un moyen de réaliser fréquemment dans l'antiquité classique des hierophanies.
Des gens ,des dieux, quelques objets subissent des métamorphoses qui respectent l'essence de ces choses où de ces êtres animés alors qu'ils deviennent autres dans leur chair et dans leur apparence.
Elles peuvent être des gratifications ,des punitions ,un moyen,un ammusement. Elles peuvent être aussi le resulat d'un simple effet du Fatum. Ce qui les place dans ce cas au delà de la notion de responsabilité et de libre arbitre.
Le texte d'Ovide étudie la nature humaine ,celle de l'univers.Les mondes divins et terrestres avec les modalités d'interaction entre ces deux dynamiques sacrée et profane.
L'époque de rédaction de cette composition est difficile car un nouveau régime politique achève de naitre. le régime impérial finit de supplanter la République et ses soutiens variés et nombreux et surtout son souvenir.
Le poème vise comme l'Eneide, à la glorification des lettres latines et à la glorification de Rome au travers des arcanes de la poésie.
La divinisation et la métamorphose de Cesar est le sujet du livre XV. César s'y métamorphose en astre et Venus qui intervient ne parvient pas à le sauver des Parques qui façonnent son assassinat. Auguste ,son successeur conduit dans ce livre un règne glorieux alors que les Dieux se mêlent aux vivants et que Auguste appelle Tibere comme successeur. le texte prend ici des allures très proches de celles qui font de l'Illiade ce qu'elle est.
Le carractere divin du detenteur du pouvoir est dans ce passage grandiloquent.
Peut-être que cette vision d'Ovide est un peu trop splendide et un peu trop trop sacrée pour être honnête ?
Le poète de l'antiquité classique n'a pas que du talent, il est aussi inspiré. Dans ce monde gréco-latin où l'éloquence scintille partout dans la poésie et dans la vie politique, la voix du poète est assez inspirée pour être libre mais pas assez pourtant pour le rester ,comme en atteste la destinée triste d'Ovide.

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Les Métamorphoses d'Ovide sont une oeuvre capitale de L'Antiquité, un poème qui par son ampleur et son type de vers, l'hexamètre dactylique, relève de l'épopée, mais une épopée singulière, une épopée mythologique qui confronte les hommes et les dieux à travers des récits souvent dramatiques.
Ce joli volume illustré, édité à l'occasion du centenaire de la Société d'édition Les Belles Lettres, reprend une traduction des Métamorphoses par Olivier Sers parue il y a dizaine d'années dans la collection Classiques en poche, traduction qui n'est pas une mince performance : elle redonne à l'oeuvre d'Ovide toute sa dimension poétique, car elle est écrite en alexandrins !
Olivier Sers n'en était d'ailleurs pas à son coup d'essai, puisqu'il avait également traduit plusieurs autres grands classiques de la littérature latine, citons notamment L'Ane d'or ou Les Métamorphoses d'Apulée ou les Satires de Juvénal.
Il faut aussi rendre hommage à un éditeur, Les Belles Lettres, qui depuis un siècle (!) édite les grandes oeuvres de l'Antiquité grecque et latine, et qui depuis quelques années les rend plus accessibles, souvent avec des traductions rénovées, dans sa collection bilingue Classiques en poche.
C'est donc avec un plaisir renouvelé que j'ai lu ou relu ces histoires merveilleuses, dont certaines sont évidemment très connues (Phaéton conduisant le char du soleil, Actéon dévoré par ses chiens, Pygmalion et sa statue, Orphée descendant aux Enfers…), mais j'en ai découvert beaucoup d'autres qui valent le détour.
L'amateur de langue latine pourra se procurer cette remarquable traduction accompagnée du texte original dans la collection mentionnée plus haut, Classiques en poche.
Merci à Babelio et aux Editions Les Belles Lettres pour cette très belle lecture.

P.-S. : on évitera de lire ce très beau recueil en une seule fois, du début jusqu'à la fin, mais on « butinera » deci delà pour apprécier tout le charme.
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Metamorphosis
Traduction : Georges Lafaye

"Les Métamorphoses" est évidemment écrit en vers latins et les quinze livres qu'il recèle constituent en fait un long poème dont certains d'entre nous ont évidemment étudié des passages au collège et au lycée.
La traduction le transforme en prose mais attention, pas n'importe quelle prose ! Bien sûr, il y a toujours matière à discuter sur les traductions - surtout latines, ajouterai-je. Mais celle de Georges Lafaye pour Folio Classique me convient quant à moi tout à fait.
L'argument du livre-poème tient dans son titre : les métamorphoses que, pour les punir ou les sauver, les déesses et dieux de l'Olympe font subir à certains mortels. Derrière, se profilent la création du monde et les siècles qu'il a traversés jusqu'à Octave-Auguste, fils adoptif De César dont il vengea d'ailleurs la mort. C'est aussi une ode aux grands mythes grecs et, par la filiation avec Enée, à la fondation de Rome.
"Oh ! Que ce doit être barbant à lire !" diront certains, pas encore dégagés sans doute de leur passé scolaire plus ou moins douloureux.
Eh ! bien ! non, "Les Métamorphoses", c'est un ouvrage si passionnant que, du coup, le lecteur se voit tenté de se replonger dans la geste homérique et de renouer avec ce pan si vaste de la culture occidentale que trop de personnes veulent, de nos jours, oublier et ramener dans l'ombre.
En outre, il y a des passages proprement superbes comme - un parmi d'autres - le discours qu'Orphée adresse aux dieux des Enfers afin de les convaincre de lui rendre Eurydice :
" [...] ... O divinités de ce monde souterrain où retombent toutes les créatures mortelles de notre espèce, s'il est possible, si vous permettez que, laissant là les détours d'un langage artificieux, je dise la vérité, je ne suis pas descendu en ces lieux pour voir le ténébreux Tartare, ni pour enchaîner, par ses trois gorges hérissées de serpents, le monstre qu'enfanta Méduse ; je suis venu chercher ici mon épouse ; une vipère, qu'elle avait foulée du pied, lui a injecté son venin et l'a fait périr à la fleur de l'âge. J'ai voulu pouvoir supporter mon malheur et je l'ai tenté, je ne le nierai pas ; l'Amour a triomphé. C'est un dieu bien connu dans les régions supérieures ; l'est-il de même ici ? Je ne sais ; pourtant je suppose qu'ici aussi, il a sa place et, si l'antique enlèvement dont on parle n'est pas une fable, vous aussi (Hadès et Perséphone), vous avez été unis par l'Amour. Par ces lieux pleins d'épouvante, par cet immense Chaos, par ce vaste et silencieux royaume, je vous en conjure, défaites la trame, trop tôt terminée du Destin d'Eurydice. Il n'est rien qui ne vous soit dû ; après une courte halte, un peu plus tôt, un peu plus tard, nous nous hâtons vers le même séjour. C'est ici que nous tendons tous ; ici est notre dernière demeure ; c'est vous qui régnez le plus longtemps sur le genre humain. Elle aussi quand, mûre pour la tombe, elle aura accompli une existence d'une juste mesure, elle sera soumise à vos lois ; je ne demande pas un don, mais un usufruit. Si les destins me refusent cette faveur pour mon épouse, je suis résolu à ne point revenir sur mes pas ; réjouissez-vous de nous voir succomber tous les deux. ... [...]"
Voici deux sites sur Ovide et son oeuvre :
http://www.ac-creteil.fr/lettres/tice/ovide/
et :
http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Ovide.htm
Comme le mentionne sa biographie, le poète fut exilé par celui-là même qu'il avait célébré : Auguste, qui n'était pourtant pas irréprochable question moeurs, s'offusqua de "L'Art d'Aimer." Mais en dépit de tout, Ovide et ses vers ont survécu dans le coeur des hommes. le poète romain l'avait-il pressenti quand il écrivait, pour le final de ses "Métamorphoses" :
"Et maintenant, j'ai achevé un ouvrage que ne pourront détruire ni la colère de Jupiter, ni la flamme, ni le fer, ni le temps vorace. Que le jour fatal qui n'a de droits que sur mon corps mette, quand il voudra, un terme au cours incertain de ma vie : la plus noble partie de moi-même s'élancera, immortelle, au dessus de la haute région des astres et mon nom sera impérissable. Aussi loin que la puissance romaine s'étend sur la terre domptée, les peuples me liront et, désormais fameux, pendant toute la durée des siècles, s'il y a quelque vérité dans les pressentiments des poètes, je vivrai." ;o)
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Les Métamorphoses est un poème en 15 chants, qui part de la création du monde pour finir à l'époque d'Auguste, en s'appuyant sur 250 métamorphoses environ et en retraçant les grands mythes fondateurs, comme le déluge qui est un thème commun à plusieurs cultures.

Ici, Deucalion et Pyrrha sont les deux seuls survivants, choisis par Zeus pour remplacer la race humaine de bronze, jugée trop impie...

La mythologie explique également certains autres événements naturels, comme le désert de Libye ou la couleur de peau des Éthiopiens.

J'ai souri en lisant certains vers, qui ont certainement inspiré Lavoisier (sa maxime est la seule chose que j'ai retenue de mes cours de chimie au collège !!^^) :


”Tout change, rien ne meurt."
(page 309)

Bref, ce qui marque surtout dans cette oeuvre, c'est l'omniprésence du désir amoureux, qu'il soit partagé ou pas...
Philémon et Baucis (Chant VIII) représentent l'amour conjugal (mais également l'hospitalité et la piété), Pyrame et Thisbé (chant IV) l'amour malheureux (d'ailleurs, leur mythe a sûrement inspiré Shakespeare pour Roméo et Juliette).
L'inceste est également abordé et symbolise l'amour anormal avec les mythes de Myrrha (Chant X), Nyctimène (Chant II), Byblis et Caunus (Chant IX).
Enfin, les amours impossibles rendent les filles, qui veulent rester vierges, victimes du désir impérieux des garçons (Daphné et Apollon, Chant I) ou sont condamnées d'avance par la vanité (Narcisse et Echo, Chant III)

Les métamorphoses interviennent soit par punition (Lycaon est puni pour sa cruauté, Chant I) soit par récompense ou pitié (Philémon et Baucis pour leur hospitalité, Chant VIII).

Elles sont parfois la conséquence du désir de vengeance (l'Amour inspire ce sentiment à Apollon pour Daphné dans le but de se venger des moqueries de ce dieu à son égard : "Soudain Apollon aime ; soudain Daphné fuit l'amour" page 15 ; pour se venger de la trahison d'Apollon - encore lui ! - Vénus le fait tomber éperdument amoureux de la mortelle Leucothoe) ou la conséquence de remords (Athéna changeant Arachné en araignée pour se faire pardonner, Chant VI).
Ou le moyen pour Jupiter d'échapper à la vigilance de Junon pour commettre plus commodément ses adultères !
C'est aussi parfois le seul moyen pour des mortelles ou des nymphes d'échapper aux désirs libidineux des dieux (métamorphose de Syrinx poursuivie par Pan, Chant I).

Entre les dieux et les hommes, il n'y en pas un pour rattraper l'autre : vengeance sanglante et implacable, violence, fureur, infanticide, inceste, parricide, viols, mutilation, cannibalisme... franchement, la colonne des faits divers était bien alimentée à l'époque !

La mécanique des transformations est parfois un peu répétitive : il arrive que l'on assiste aux mêmes selon un schéma identique, et les digressions nous sortent parfois de notre lecture avant que l'on n'en revienne au sujet initial, mais les passages intéressants relèvent l'intérêt du lecteur (par exemple, j'ai adoré la légende de Midas ainsi que l'histoire très touchante de Cénis, Chant VIII)

De plus, j'ai mesquinement apprécié le fait qu'Ulysse soit montré sous un jour peu favorable !


Par contre, j'ai beaucoup moins aimé le dernier chant où Ovide passe un petit coup de brosse à reluire à Auguste (bon, OK, Ovide est alors en exil et aimerait sans doute rentrer dans les grâces de son prince) :

”César, né dans Rome, est dieu dans sa patrie. Sans égal dans la guerre comme dans la paix, ce n'est pas plus à ses travaux guerriers achevés dans la victoire, au sage gouvernement de l'état, au cours rapide de ses conquêtes, qu'aux vertus de son fils, qu'il doit d'avoir été changé en comète, et de briller parmi les astres : car, dans tout ce que César a fait, sa gloire la plus éclatante est d'être père d'Auguste.
(page 324)

Mais ça fait quand même un peu too much, non ?

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé retrouver certains mythes connus et en découvrir d'autres. Mais je dois avouer, que parfois, je me suis un peu ennuyée, j'ai en effet trouvé certaines légendes redondantes, mais il faut dire que j'ai lu ce livre en à peine deux jours. Par contre j'ai été un peu gênée par l'alternance de l'emploi de noms grecs ou romains pour désigner les mêmes dieux, et je ne sais pas si ce défaut existe déjà dans le texte original.

Lien : http://parthenia01.eklablog...
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Beaucoup de violence mais aussi beaucoup de magie. Ovide nous offre une multitude d'explications sur la Nature et le monde avec ce qu'il sait le mieux manier : la poésie. Les versions poches n'offrent qu'une version en prose qui oblige les traducteurs à mettre de côté certains aspect de la poésie et qui modifie quelque peu le propos. La version en vers libres du Thesaurus d'Actes Sud est beaucoup plus fluide et compréhensible.
Cela n'enlève rien à la richesse du texte tant sur le plan mythologique, que sociologique ou que physique et métaphysique.
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Citations et extraits (183) Voir plus Ajouter une citation
J’entreprends de chanter les métamorphoses qui ont revêtu les corps de formes nouvelles. Dieux, qui les avez transformés, favorisez mon dessein et conduisez mes chants d’âge en âge, depuis l’origine du monde jusqu’à nos jours.

Avant la création de la mer, de la terre et du ciel, voûte de l’univers, la nature entière ne présentait qu’un aspect uniforme ; on a donné le nom de chaos à cette masse informe et grossière, bloc inerte et sans vie, assemblage confus d’éléments discordants et mal unis entre eux. Le soleil ne prêtait point encore sa lumière au monde ; la lune renaissante ne faisait pas briller son croissant : la terre, que l’air environne, n’était point suspendue et balancée sur son propre poids ; et la mer n’avait point encore étendu autour d’elle ses bras immenses ; l’air, la mer et la terre étaient confondus ensemble : ainsi la terre n’avait pas de solidité, l’eau n’était point navigable, l’air manquait de lumière ; rien n’avait encore reçu sa forme distincte et propre. Ennemis les uns des autres, tous ces éléments rassemblés en désordre, le froid et le chaud, le sec et l’humide, les corps mous et les corps durs, les corps pesants et les corps légers, se livraient une éternelle guerre.

Un dieu, si ce n’est la bienfaisante Nature elle-même, mit fin à cette lutte, en séparant la terre du ciel, l’eau de la terre, et l’air le plus pur de l’air le plus grossier. Quand il eut débrouillé ce chaos, et séparé les éléments en marquant à chacun d’eux la place qu’il devait occuper, il établit entre eux les lois d’une immuable harmonie. Le feu brille, et, porté par sa légèreté vers la voûte des cieux, occupe la plus haute région : l’air, le plus léger après le feu, se place auprès de lui : précipitée au-dessous, par sa propre masse, la terre entraîne avec elle les plus lourds éléments, et s’affaisse par son poids ; l’eau enfin se répandant autour d’elle, se réfugie au fond de ses entrailles et entoure sa solide surface.
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O Galatée, plus blanche que le pétale neigeux du troène, plus fleurie que les prés, plus élancée que l’aune au tronc allongé, plus éblouissante que le verre, plus folâtre que le jeune chevreau, plus lisse que les coquillages polis par la perpétuelle caresse du flot, plus délicieuse que le soleil en hiver, que l’ombre en été, plus majestueuse que le frêne, plus digne des regards que le fier platane, plus transparente que la glace, plus douce que ne l’est au goût la grappe mûre, au toucher le duvet du cygne et le lait caillé, et, si tu ne te dérobais pas, plus belle qu’un jardin aux eaux vives ; mais aussi Galatée plus farouche que les jeunes taureaux indomptés, plus dure que le chêne chargé d’ans, plus trompeuse que l’onde, plus insaisissable que les souples rejets du saule ou de la clématite, plus inébranlable que ces rochers, plus impétueuse que le torrent, plus fière que le paon quand on le loue, plus cuisante que le feu, plus épineuse que la macle, plus cruelle que l’ourse qui a mis bas, plus sourde que les flots, plus implacable que le serpent foulé aux pieds, et – c’est là le privilège que je voudrais surtout pouvoir t’enlever – plus rapide non seulement que le cerf poussé par les abois sonores, mais aussi que les vents et que la brise ailée.
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Tout coule, toute forme est errante et mouvante,
Le temps lui-même roule en un flux éternel,
Non moins qu’un fleuve. Un fleuve ne peut s’arrêter,
Non plus l’heure légère. Une vague en pousse une,
Que derrière une presse, une autre la pressant,
Ainsi fuient les instants, toujours égaux entre eux,
Et sans cesse nouveaux. Ce qui fut n’est plus rien,
Ce qui n’était pas est, le temps se renouvelle.

Livre XV, V 178-185 (traduction Olivier Sers) Les Belles Lettres / Édition  du Centenaire.

Tout fluctue, toute image qui se forme est changeante.
Le temps même s’écoule d’un mouvement continu,
Tout à fait comme un fleuve ; en effet, ni le fleuve ni l’heure légère
Ne peuvent s’arrêter, mais de même que l’onde est poussée par l’onde
Et que celle qui arrive est poursuivie par la suivante et poursuit la précédente,
Ainsi s’enfuient les instants qui semblablement se suivent
Et se renouvellent toujours ; car ce qui fut auparavant n’existe plus,
Ce qui n’était pas se produit et chaque minute laisse place à une autre.

Livre XV (traduction Danièle Robert) Actes Sud.
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Médée sort de son palais, la robe flottante, un pied nu, et les cheveux épars sur ses épaules nues. Seule, au milieu du profond silence de la nuit, elle promène à l’aventure ses pas errants : […] le silence règne dans les humides plaines de l’air ; les astres rayonnent dans cette solitude. Médée, les bras levés de leur côté, tourne trois fois en cercle, répand trois fois sur ses cheveux l’onde puisée dans un fleuve, et trois cris lamentables s’échappent de sa bouche. Elle fléchit le genou sur le sable aride, et s’écrie : « Ô nuit, fidèle témoin des mystères ; et vous, astres étincelants dont la clarté unie à celle de la lune succède aux feux du jour ; et toi, triple Hécate, confidente et protectrice de mes desseins ; et vous, charmes ; et vous, artifices magiques ; et toi, terre […] ; et vous, zéphyrs, vents, montagnes, fleuves et lacs ; vous tous, dieux des forêts, vous tous, dieux de la nuit, accourez à ma voix. Par vous, quand je l’ai voulu, les rivages étonnés ont vu les fleuves remonter vers leur source ; ma voix rend immobiles les mers agitées, et agite les mers immobiles ; je dissipe ou je rassemble les nuages, je chasse ou j’appelle les vents ; par des paroles et des chants mystérieux, je fais périr les vipères béantes ; je transporte les rochers arrachés de leur base, les chênes déracinés du sol qui les vit naître, et les forêts entières ; j’ordonne aux montagnes de trembler, à la terre de mugir, aux mânes de sortir du fond de leurs tombeaux ; et toi aussi, lune, je t’attire vers moi.
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Sur la terre, jusque là commune à tous aussi bien que l'air ou la lumière du soleil, l’arpenteur défiant traça de longs sillons pour limiter les champs. L'homme ne se contenta plus de demander à la terre féconde les moissons et les aliments qu'elle lui devait, mais il pénétra jusque dans ses entrailles ; il en arracha ce qu'elle y avait caché, ce qu'elle avait relégué près des ombres du Styx, les trésors qui provoquent nos malheurs.
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Vidéo de  Ovide
Dialogue entre Marie Cosnay (littérature) et Elias Sanbar (histoire).


Marie Cosnay est professeure de Lettres classiques, traductrice de textes antiques, écrivaine et activiste pour l'accueil des migrants. Elle vit à Bayonne. Elle a récemment publié Voir venir (avec Mathieu Potte-Bonneville, Stock, 2019) et Les Enfants de l'aurore (Fayard, 2019). Les Éditions de l'Ogre ont également publié Cordelia la guerre (2015), Aquerò (2017, Prix du Livre Pyrénéen), Épopée (2018), If (2020), Comètes et Perdrix (2021), sa traduction remarquée des Métamorphoses d'Ovide (2017, Prix Nelly Sachs et Prix Bernard Hoepffner), ainsi que Des îles (Lesbos 2020 – Canaries 2021). Juriste de formation, Elias Sanbar a dédié sa vie et ses travaux à la Palestine, en tant qu'historien et homme de lettres, ainsi qu'au travers de ses engagements auprès de plusieurs institutions internationales, à l'image de son rôle d'ambassadeur de la Palestine auprès de l'UNESCO. Bibliographie : Figures du Palestinien. Identité des origines, identité de devenir, Gallimard, 2024. La Palestine expliquée à tout le monde, le Seuil, 2013.
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25/05/2024 - Réalisation et mise en ondes Radio Radio, RR+, Radio TER

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