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Critiques sur Là où chantent les écrevisses (29)
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Jeanfrancoislemoine
  11 janvier 2020
Un titre énigmatique pour un roman franchement splendide , un roman qui m'a été offert par les éditions du Seuil et Babelio par l'intermédiaire d'une Masse Critique privilégiée , Éditions du Seuil et Babelio à qui j'adresse un grand , très grand merci .Que ce livre soit de bonne facture , je m'en doutais car il avait déjà été mis en exergue dans ma librairie préférée, mis en avant par des libraires à qui j'accorde aveuglément toute ma confiance....
Celle qui va " illuminer " toute l'histoire , du début à la fin , c'est " la fille des marais " , la superbe Kya . Née sous une étoile flétrie , Kya se retrouve à vivre seule dans les marais de Barkley Cove , petite ville de Caroline du Nord....A dix ans , sa mère , ses frères et soeurs puis son père l'ont abandonnée dans un milieu hostile avec lequel elle va rapidement "faire corps" , par force , bien sûr. Survivre . Manger. Exister . Ce milieu , elle va l'apprivoiser au point d'en faire un allié , un milieu nourricier , d'abord "physiquement " puis intellectuellement, car de cette "fusion" naîtront de fort " belles choses" . Pour l'aider à se construire pour s'en sortir , quelques très belles personnes , Tate, Jumping et Mabel , Jordie , mais aussi , hélas, bon nombre d'opposants pleins de préjugés, racistes , prompts à juger , à accuser , à diaboliser , des humains , quoi .... C'est dans cette nature dans laquelle elle se fond que Kya puisera des ressources incroyables pour s'opposer de la plus belle des manières à la vindicte populaire qui n'aura de cesse de l'accabler . Un personnage de toute beauté, envoûtant , un personnage auquel on s'attache , à qui on va tout " passer " , pour qui on va vibrer....trembler ...qu'on va tout simplement aimer .
Ce livre , c'est un somptueux cadre d'une nature luxuriante hostile ou salvatrice , refuge impénétrable de toutes les misères humaines , milieu privilégié des opprimés et des exclus , ceux dont la Solitude est la principale compagne .Kya , et c'est bien là l'un des principaux thèmes du récit saura s'adapter à tout ...sauf à la Solitude qui va la conduire vers ...Et puis , ne l'oublions pas , il y aura aussi une enquête policière qui , si elle ne me semble pas de nature à détourner notre attention de l'essentiel , n'en demeure pas moins un élément très intéressant dans cette histoire , au point de rendre plus que remarquable le dénouement du roman .
La traduction est très agréable , alerte , efficace , le style fait qu'on lit sans peine un récit qui aurait pu "s'enliser " tant on va rester dans un milieu relativement clos et menaçant , tant par ses décors que par l'attitude des êtres désespérés qui y vivent et ...l'hostilité de ceux qui n'y vivent pas .
De multiples thèmes sociétaux sont abordés avec pudeur , certes , mais avec une force incroyable . C'est un livre qui donne à réfléchir, avec un petit côté " Tom Sawyer " pour le meilleur et " My absolute darling " pour le pire ....Un roman où la violence sans doute un peu " diluée " dans l'opulence de la nature , est perpétuellement présente .
J'ai adoré ce roman , je l'ai dévoré, il m'a touché, ému, beaucoup plu , interpellé.....Je peux me tromper , bien entendu , mais je ne serais pas du tout surpris qu'il recueille de très bons échos. Cet hymne à la nature nous ramène à des valeurs essentielles ....Et s'il suffisait de se rendre " là où chantent les écrevisses " ? Moi , j'y suis allé , c'est un monde qui ne se trouve pas sur les catalogues des voyagistes , oh non , il se trouve dans un très beau bouquin et coûte " vachement " moins cher .
Et même mon libraire à été séduit, alors ...Après , vous me connaissez , hein , moi , j'dis ça , j'dis rien ....C'est bien vous qui voyez....
.











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Fandol
  15 janvier 2020
Delia Owens, après trois ouvrages consacrés à la nature et aux animaux, réussit un magnifique premier roman que j'ai eu la chance de découvrir grâce à Babelio et aux éditions du Seuil.
En lisant Là où chantent les écrevisses, je me suis attaché aux pas de Kya, la Fille des marais. J'ai souffert avec elle. J'ai tremblé. J'ai espéré. J'ai été pétri d'inquiétude. J'ai été révolté mais j'ai vibré et j'ai surtout été émerveillé en découvrant toute les vies pullulant dans ces marais de la côte de Caroline du Nord, aux États-Unis.
Enfant, Kya qui se nomme en réalité Catherine Danielle Clark, est traumatisée par la violence d'un père qui boit et frappe cruellement femme et enfants. Ils vivent dans une cabane, loin de la petite ville de Barkley Cove, au coeur du marais. Un jour, Ma, sa mère, part sans se retourner et c'est le premier grand abandon subi par Kya avant que Jodie, le frère si précieux qui la protégeait, s'en aille à son tour.
Au fil des pages, Kya m'a entraîné dans les chenaux, dans cette nature sauvage, préservée – pour combien de temps ? – où elle ne cesse d'observer et d'apprendre. Ce livre regorge de descriptions vivantes, imagées, au fil des découvertes et des habitudes de Kya et je me suis régalé à chaque fois malgré une certaine tension omniprésente, même dans les moments les plus calmes.
Les services sociaux tentent de l'envoyer à l'école mais elle ne supporte pas les moqueries plus d'une journée, préférant continuer à apprendre au coeur de la nature, donner à manger aux oiseaux sur la plage, recueillir, observer mais elle souffre de la faim et ne sait ni lire, ni écrire.
Sans révéler trop de détails, je dois parler de ces deux amours : Tate et Chase. L'un est toute discrétion, dévouement, lui apprend à lire, à écrire et à compter mais doit partir à l'université. L'autre est la coqueluche des jeunes filles de Barkley Cove et c'est justement sur la découverte de son cadavre que débute le roman, en 1969.
Les dates sont très importantes, précisées au début de chaque chapitre puisque l'auteure remonte en 1952 et c'est la vie de Kya (six ans) qui défile en alternance avec ces mois décisifs de 1969. Solitude est le mot qui revient le plus souvent et j'ai été déchiré à chaque abandon, à chaque raté, à chaque occasion gâchée. le bonheur semblait à portée d'un sourire, d'un contact accepté mais l'héroïne, désabusée par tant d'échecs, préfère la fuite, préfère disparaître dans cette nature qu'elle connaît mieux que les plus grands scientifiques. Elle se réfugie aussi dans la poésie lorsqu'elle est au plus mal ou lorsqu'elle veut conserver quelque secret mais… pour savoir, il faut lire Delia Owens !
Je n'oublie pas de citer Jumping et Mabel, ce couple admirable, si important pour Kya. Enfin, il faut le dire, il y a un procès, une tension insoutenable où le défilé des témoins et leur questionnement révèlent une fois de plus toute la fragilité d'une justice rendue par des humains, sur des mots plus ou moins habilement exploités.
Magnifique découverte, Là où chantent les écrevisses, ce lieu isolé où la nature et Kya retrouvent calme et tranquillité, a été un régal de lecture !
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Cannetille
  18 janvier 2020
Les marais proches de la ville de Barkley Cove, en Caroline du Nord, ont de tout temps abrité une population marginale et misérable venue y chercher refuge. La famille de la jeune Kya y vit des maigres revenus tirés de la pêche par le père, alcoolique et violent. En 1952, lorsque la mère finit par s'enfuir, les frères et soeurs ne tardent pas à déguerpir eux aussi, laissant Kya, âgée de six ans, aux seules mains paternelles. Puis le père disparaît à son tour, et l'enfant se retrouve livrée à elle-même. Elle grandira dans le plus grand dénuement et la plus profonde solitude, tirant sa subsistance du marais et restant en marge de la petite ville voisine, où se développent à son encontre les pires rumeurs et préjugés. Mais le monde de Kya et celui de ses voisins finiront bien par se rencontrer, et de nouveaux drames surgiront...


Construit en de multiples allers retours entre les jeunes années de Kya et 1969 où la police cherche à élucider un meurtre, le récit comporte ce qu'il faut de péripéties pour maintenir constamment éveillé l'intérêt du lecteur, même si le fond de l'intrigue se laisse assez rapidement entrevoir. A vrai dire, le point fort du roman ne m'a pas tant semblé l'histoire qu'il raconte, agréable mais quand même moyennement crédible et très centrée sur une romance plutôt convenue, mais bien davantage sa tonalité à dominante nettement naturaliste : biologiste spécialisée dans le comportement animal et la recherche sur les espèces en danger, l'auteur nous convie à une véritable immersion au sein de la faune et de la flore de ce grand marais américain, au fil de dépaysantes évocations d'un environnement à la beauté singulière, et d'observations éthologiques curieusement assorties de comparaisons aux agissements humains.


Ce qui aurait risqué de demeurer une romance insipide et peu crédible devient ainsi un agréable voyage dans une contrée sauvage, en compagnie d'un guide biologiste capable de vous faire découvrir les lieux les plus secrets et les plus magiques, là où chantent les écrevisses.


Merci à Babelio et aux Editions du Seuil de m'avoir offert cette lecture.

Lien : https://leslecturesdecanneti..
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cicou45
  15 janvier 2020
Tout d'abord, je tiens à remercier Babelio ainsi que les éditions du Seuil qui m'ont proposé, via une opération Masse critique privilégiée, de découvrir cet ouvrage !
Comment dire, je suis sans voix tant ce roman m'a coupé le souffle et je tiens également à remercier mon mari pour son extrême patience, voyant au cours de ces deux derniers jours, que je ne pouvais pas relever la tête de ce livre lorsqu'il m'adressait la parole (j'exagère mais à peine)...non au plis j'avançais dans l'histoire et au plus, il fallait que je continue mais maintenant que j'ai achevé de la lire, je me sens un peu vide !

Ici, nous découvrons une héroïne très peu commune, Kya, ou comme m'appellent les mauvaises langues "la fille du marais". Celle-ci y a toujours vécu, loin de l'agitation de la ville et de tout contact humain. Kya, de son vrai nom Catherine Danielle Clark a toujours vécu parmi les mouettes ou goélands, les seuls à ne jamais l'avoir abandonnée et surtout à l'aimer telle qu'elle était, sans jamais la juger. Venant d'une famille nombreuse sans le sou, Kya voit d'abord sa mère (Ma) s'éloigner un beau matin, puis ses frères et soeurs et enfin Pa, son père, un homme rustre et violent. Ayant toujours dû se débrouiller seule depuis ses six ou sept ans, Kya a vu petit à petit son coeur se refermer, voyant qu'elle était trop facilement jugée par les autres et rejeter jusqu'à sa rencontre avec Tate. Ce dernier, au prix d'immenses efforts et avec d'infinies précautions, va finir par l'amadouer et Kya se sent un peu plus renaître chaque jour où il viendra la voir afin de lui apprendre à lire. de quatre ans son aîné, Tate est différent des autres garçons de son âge- Kya le sent bien- et ensemble ils se plaisent à découvrir toutes les merveilles que leur offre la nature et notamment celle du marais avec ses innombrables espèces d'animaux marins différents. Kya avait vraiment cru que Tate ne l'abandonnerait jamais...elle l'avait vraiment cru et le lecteur, avec elle !

Un roman qui débute en 1969, un jour où l'on retrouva le corps sans vie d'un jeune homme, Chase, que Kya connu dans sa jeunesse puis revient en 1952, durant la prime enfance de Kya. Comment ces deux destins se sont-ils croisés et pourquoi le décès de Chase ne semble-il pas naturel au shérif de le ville ? D'ailleurs, comment Kya, cette fille si sauvageonne, qui a toujours refusé tout contact avec autrui -si ce n'est avec Jumping (le gérant de l'épicerie) et sa femme- un couple qui fut toujours d'une extrême gentillesse avec elle- aurait pu avoir quelques chose à voir avec le décès de ce jeune homme, marié qui plus est ?

Un roman absolument poignant, bouleversant qui m'a par moment fait me replonger dans le livre "My aboslute Darling" de Gabriel Tallent ou dans ceux de Harper Lee mais pourtant si différent ! Un ouvrage que je ne peu que vous recommander car je vous assure, une fois que vous aurez le nez collé dedans,, il vous sera très difficile de e décoller ! A découvrir sans faute et surtout, à faire découvrir ! Mon premier coup de coeur pour cette année 2020...en fait non, mon deuxième mais l'autre ne compte pas car il a été publié en 2019 ah ah !
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Jolap
  20 janvier 2020
Trois raisons me conduisent à mettre cinq étoiles à ce roman qui m'a été adressé dans le cadre d'une opération Masse critique privilégiée. Je remercie à cette occasion les éditions du Seuil et Babelio.

Ce roman est bien écrit. D'une facture agréable il suit une logique basée sur des retours sur le passé chaque fois que cela est nécessaire sans pour autant alourdir le texte.

L'histoire est singulière et permet à l'auteure de disposer ça et là et d'une façon on ne peut plus habile de nombreuses informations sur le comportement animalier. Les personnages sont pour certains attachants pour d'autres repoussants mais tous ont un parcours déroutant, fort et rugueux tout comme le décor si brillamment décrit, situé dans le marais de Barkley Cove une petite ville de Caroline du Nord.

L'intrigue, l'enquête et le point final font monter la pression tranquillement mais sûrement. le lecteur n'a pas envie de lâcher passant d'une furieuse envie de protéger, de prévenir, de frapper, de s'insurger ou de comprendre, mais il est là au coeur du marais à « l'ombre sur la souche du chêne ou au soleil sur la plage » entouré des oies sauvages, des grues, des insectes et des coquillages.

« Des kilomètres d'herbes fanées, ayant dispersé leurs graines, penchaient la tête d'un air vaincu. le vent se déchaînait, et agitait les tiges sèches dans un vacarme assourdissant. » et l'auteure, qui comprend la nature, l'investit et nous l'offre en écrin pour traiter de la liberté, de l'abandon, de la séparation et surtout de la rumeur. La rumeur qui enfle au fil des pages, qui éclabousse entrainant au passage des conséquences terribles, des blessures tenaces et des actes manqués.

Je ne présente pas les personnages. Je précise simplement qu'ils s'intègrent à la faune animale certains féroces en diable, d'autres farouches, d'autres plus sociables mais tous qu'ils aient un profil obscur ou lumineux sont nécessaires à la trame voulue par Delia Owens. Un monde sauvage de beauté et de lutte acharnée. Un monde où la vraie richesse consiste à observer une luciole ou à nourrir les oiseaux de mer, où le confort absolu ne peut exister sans une solitude consentie.

La fin m'a semblé un peu édulcorée. Est-ce à dire qu'immergée dans un contexte inhabituel, ressentant un risque imminent à chaque chapitre, je me suis habituée à l'ambiance du marais, à ses ombres, ses « on-dit » et qu'une fin un peu plus tourmentée me semblait sans doute plus logique.
Un excellent moment de lecture. Une rencontre insolite avec la nature dans ce qu'elle a de plus grandiose, avec la faune dans ce qu'elle a de plus extravagant et avec des personnages que pour ma part je n'avais jamais rencontré.

Un très bon roman.
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Frederic524
  22 janvier 2020
Je remercie chaleureusement les éditions le Seuil ainsi que Babelio pour cette lecture et leur confiance.

« Là où chantent les écrevisses« , le titre du tout premier roman de l'auteure américaine Delia Owens, fait résonner en nous toute la poésie, l'éclat délicat et ciselé de son style d'écriture. Il est publié aux éditions le Seuil et c'est un livre qui a déjà conquis quatre millions de lecteurs notamment aux États-Unis où il fait figure de phénomène littéraire. Une adaptation au cinéma est d'ailleurs en cours. Il faut dire que ce magnifique roman tout en sensibilité réussi le pari audacieux de réunir des lecteurs de tous les horizons, tant cette célébration de la nature est un hymne universel et panthéiste qui fait sens auprès de nos consciences écologiques éveillées. Delia Owens est diplômée en zoologie et biologie et c'est tout naturellement que son premier roman s'inscrit géographiquement dans un lieu sauvage, un marais proche de la petite ville de Caroline du Nord du nom de Barkley Cove. Nous sommes dans les années 1950-1960. L'héroïne s'appelle Catherine Danielle Clark mais tout le monde la connait et l'appelle par son autre surnom « la Fille des marais » ou Kya. On dit d'elle toutes sortes de choses colportées par la rumeur. Kya n'est encore qu'une enfant de dix ans à peine lorsque Ma fuit la violence et l'alcoolisme d'un homme fou. Ma laisse Kya ainsi que ses frères et soeurs. Très vite, tous fuis, seul demeure kya qui vivra avec ce spectre de père irascible et délirant lorsqu'il boit. Bientôt, il s'absente de plus en plus longtemps de la cabane où ils vivent. Et puis un jour, Pa ne revient plus et voici Kya, enfant, seule et livrée à elle-même. Les services sociaux la recherche pour l'emmener à l'école. Elle y restera une journée seulement, moquée et vilipendée par ses camarades qui ne voient en elle qu'une souillon, une sauvageonne illettrée et sans intérêt. Kya se cache et les Marais deviennent son sanctuaire et son refuge. Elle se sert d'une petite embarcation pour pêcher et échanger le fruit de son travail contre un peu d'essence pour son bateau, de la nourriture et de quoi faire fonctionner sa lampe à pétrole. Les mois s'égrènent et cette solitude devient son quotidien. Pas d'amis, pas de famille, peu de contacts avec l'extérieur du marais sauf pour quelques courses. En se baladant dans les lagunes, son refuge, elle fait un jour la connaissance de Tate, un tout jeune adolescent, un peu plus vieux que Kya. Il déborde d'affection pour elle et décide de l'apprivoiser peu à peu. Il lui apprendra à lire et à écrire, lui fait découvrir les noms des espèces animales vivant dans le marais. Kya apprend, elle revit au côté de Tate. Mais les années passent et bientôt Tate doit lui aussi partir pour poursuivre ses études dans une grande ville. Ce départ est vécu comme un abandon, une trahison.. Et puis un jour, surgit Chase.. Delia Owens signe un premier roman bouleversant conçu telle une tragédie grecque à la beauté élégiaque. On se consume en lisant la puissance d'évocation et le lyrisme de ces pages. Une ode à la liberté, à la solitude, à l'émancipation, à cette nature célébrée comme un personnage à part entière dans ce livre. On vibre, on est ému, on a peur pour Kya et on s'attache viscéralement à cette héroïne tragique qu'on ne veut plus quitter. Rarement un livre ne m'aura autant happé par son histoire, par son style d'écriture. L'émotion est à fleur de peau, le poids du destin implacable. Je ne vous dévoile rien de plus sur l'enquête qui est au coeur de cette histoire brûlante, étourdissante. Je vous laisse le plaisir intact de découvrir Kya, celle que l'on surnomme « la Fille des marais ». Quelque chose me dis qu'une fois terminé, ce roman laissera une trace en vous, un sillon, une empreinte qui sont la marque des grands auteures. « Là où chantent les écrevisses » est un immense roman qui vibre en nous comme un écho déchirant de ces êtres rejetés, seuls parce que différent.
Lien : https://thedude524.com/2020/..
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montmartin
  15 janvier 2020
Octobre 69, le corps de Chasse est retrouvé dans le marais, c'était le fils unique du garage Western autos, un bel homme qui avait épouser la plus belle fille. Il était toujours à courir les jupons excité comme un taureau qu'on sort de l'enclos. Son corps a été retrouvé en bas de la tour de guet, une mort plutôt suspecte.

C'est dans ce marais que vit Kya, une sauvageonne qui parle aux mouettes et aux goélands. En 1952, elle avait six ans quand elle a vu Ma s'éloigner avec sa grosse valise bleue et ses chaussures à talons imitation alligator.
« Dans tous les traités de biologie, elle cherchait une explication au départ de sa mère : comment était-il possible d'abandonner sa progéniture ? »

Le marais est devenu sa mère. Lassés aussi par les accès de colère et les coups de poing d'un père alcoolique, les quatre aînés ont aussi quitté la maison, laissant Kya seule avec Pa. L'hiver 56, alors qu'elle avait 10 ans, Pa ne revint plus à la maison. Elle n'avait jamais eu d'amis et maintenant elle ressentait le besoin d'en avoir un. Faire partie d'un groupe, avoir une famille. En pénétrant dans le grand estuaire, elle aperçut un garçon qui pêchait.
« Elle avait déjà vu des oiseaux mâles offrir des cadeaux aux femelles pour les séduire. Mais elle était bien jeune pour faire son nid. »

Ce magnifique roman nous conte donc l'histoire d'une petite fille abandonnée par sa famille et qui va survivre dans le marais elle devient pour tous La Fille du marais, sauvageonne aux pieds nus qui vit en symbiose avec la nature, elle collectionne les plumes et elle est capable d'entendre un lapin qui dort. Rejetée par tous, elle vit dans une cabane isolée au fond du marais, elle est analphabète, mais elle sait lire la nature qui l'entoure. Portée par ses désirs et son envie de briser sa solitude.
Une réflexion sur la différence, sur le passage à l'âge adulte, sur la solidarité et sur l'amour avec des métaphores sur le comportement animalier de l'homme.

Des poèmes parsèment le récit de-ci de-là et ajoutent encore à la poésie de l'écriture. Des yeux d'enfant qui nous font découvrir les merveilles secrètes de la nature. Deux personnages qui portent ce roman, Kya symbole de la liberté et le marais omniprésent, avec sa flore et sa faune. Un roman émouvant, rempli d'humanité, habilement construit, L'auteur a su mêler une histoire romantique avec une enquête policière. Un hymne à la nature et à sa beauté sauvage.
je remercie les Editions du Seuil et Babelio de m'avoir offert cette belle lecture.
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mumuboc
  15 janvier 2020
Je vais essayer de démêler un peu les différents fils de mon ressenti sur ce roman car je dois avouer que même si la lecture a été plaisante, j'ai malgré tout quelques réserves mais qui ne tiennent finalement peut-être qu'au fait que ce roman entre dans une catégorie où les ressorts et intrigues se ressemblent à la seule différence que celui-ci se déroule dans un environnement particulier, un marais de Caroline du Nord, où une enfant va grandir, pratiquement seule, et se forger un caractère grâce à la nature et la faune qui l'entourent.

Kya est une fillette observatrice, possédant un fort caractère et les événements vont la forcer à ne compter que sur elle dès l'âge de 6 ans suite au départ de sa mère, Ma. S'inspirant de ses connaissances en zoologie et biologie où Delia Owens fit carrière, elle imagine pour son héroïne analphabète une école permanente faite surtout d'observations d'oiseaux pour comprendre et s'adapter au monde et aux êtres humains dont elle ne possède pas tous les codes.

Ce qui transpire de cette "Fille des Marais" c'est sa solitude qu'elle va apprendre à aimer, comprenant peu à peu qu'elle y est plus à sa place que parmi les humains mais aussi son attente, ses espoirs de revoir ceux qu'elle aime ne comprenant que tardivement que leur fuite n'a pas forcément été un abandon.

Même si l'histoire est assez prévisible sur son déroulé et ses personnages, et bien qu'il s'agisse d'une fiction, j'ai trouvé certaines situations assez improbables en particulier les conditions de survie d'une si jeune enfant. Mais c'est une fiction, tout est possible. Tout l'intérêt réside dans le milieu où vit cette fillette.

Pour donner un peu de "sel" l'auteure alterne l'enfance de Kya et la découverte du corps  sans vie de Chase Andrews au pied d'une tour de guet, un garçon avec lequel elle a eu une histoire d'amour, les deux périodes se rejoignant dans une salle de tribunal. Pour moi, l'histoire de Kya se suffisant à elle-même, je n'ai pas trouvé l'ajout d'une intrigue "policière" forcément utile.

Il faut être adepte de ce genre de roman où dès les premiers chapitres vous avez presque tous les tenants et les aboutissants. L'intérêt du récit réside plus dans l'immersion dans la nature, au milieu des oiseaux principalement, que Kya côtoie, étudie, analyse et les paysages qui sont finalement les principaux acteurs. Delia Owens permet d'ailleurs à son héroïne à plusieurs reprises, de faire le parallèle entre les comportements animaliers et humains, permettant ainsi à celle-ci de trouver des réponses à ses questionnements et c'est ce que j'ai trouvé très intéressant.

"Le langage du tribunal n'était évidemment pas aussi poétique que celui du marais. Pourtant, Kya leur trouvait quelques ressemblances de nature. le juge, manifestement le mâle alpha, était assuré de sa position, par conséquent sa stature était imposante, mais il se comportait de façon détendue et sans aucune agressivité, comme un sanglier régnant sur son territoire. (p415)"

L'auteure installe parfaitement le climat de cet état de Caroline du Nord : racisme, exclusion, différences des classes sociales que comporte le village, où la ségrégation règne, où chacun se connait, sait, voit mais avec distance et offre à son héroïne des alliés bienveillants avec le couple noir que forment Jumping et Mabel. La présence d'un duo de garçons attirés par sa beauté et sa différence, l'un doux et attentionné, l'autre plus vil finalise l'ensemble apportant la touche sentimentale, assez convenue à ce genre de récit.

Le titre fait référence à un conseil de Ma, la mère de Kya, qui l'encourageait à toujours aller plus loin dans le marais, là où vivent les animaux, les vrais à la différence des humains qui peuvent devenir, parfois, se transformer en bêtes.

"Ça veut dire aussi loin que tu peux dans la nature, là où les animaux sont encore sauvages, où ils se comportent comme de vrais animaux." (p151)"

Delia Owens fait de Kya une jeune fille attachante, secrète, débrouillarde, à la fois forte et fragile, au caractère bien trempé mais qui peut fondre tant elle est dans la recherche de ce qui lui manque : l'amour, l'attention. Ne possédant pas les codes "humains", elle va se forger une existence basée sur son environnement, faisant parfois preuve de naïveté et parfois d'une grande maîtrise.

La mise en parallèle du comportement animal et des réactions humaines dans cette bourgade du sud des Etats-Unis, est particulièrement habile, instructive parfois.

"Avant le jeu des plumes, la solitude était devenue une partie d'elle-même, un peu comme un bras supplémentaire. Maintenant, ses racines poussaient à l'intérieur et se pressaient contre sa poitrine. (p137)"

J'ai trouvé la partie consacrée au tribunal assez longue, n'apportant que peu de faits nouveaux et j'ai eu le sentiment qu'elle n' était là que pour faire durer le suspense quant à la résolution du meurtre qui est pour moi, comme je l'ai dit, qu'anecdotique.

Il y a une langueur qui transpire de l'écriture semblable à la moiteur sur la peau de Kya lors de ses périples sur les eaux de ses canaux qu'elle connait par coeur, elle en a fait son domaine où elle règne et dont elle se fait la gardienne. Delia Owens parsème le récit de poèmes d'Amanda Hamilton dans lesquels Kya trouve la force de résister et du réconfort, sa petite musique de fond et tient jusqu'à la dernière ligne le mystère qui entoure cette fille des marais.

C'est une lecture dépaysante, de pure détente, avec ce qu'il faut de rebondissements pour tenir le lecteur, pour qui veut s'immerger dans un monde inconnu et bénéficier de l'expérience et des connaissances de l'auteure dans les domaines de la zoologie et de la biologie sur lesquels elle a d'ailleurs publié plusieurs non-fictions et qu'elle rend accessibles grâce à son écriture. Elle possède tous les ingrédients d'une fiction, rien à lui reprocher sauf justement d'avoir peut-être trop reproduit les stéréotypes du genre mais j'ai suivi Kya avec plaisir, pour découvrir tous ses secrets et elle a déjà conquis de nombreux lecteurs. 
Lien : https://mumudanslebocage.wor..
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LeaTouchBook
  06 janvier 2020
Recommandé par le célèbre (et excellent) club de lecture de Reese Witherspoon, j'avais eu la chance de lire ce livre en langue originale avant de le relire avec plaisir dans sa traduction française. Ce livre a remporté un succès retentissant aux Etats-Unis, il a tout pour plaire aussi au lectorat français.

Là où chantent les écrevisses est le tout premier roman de Delia Owens, c'est surtout un roman extrêmement riche qui peut plaire à énormément de lecteurs. Il peut plaire aux amoureux de littérature nord-américaine, aux amoureux du polar, aux amoureux des romances, aux amoureux des tragédies, aux amoureux du nature writing, à ceux qui cherchent un livre avec une héroïne forte et inoubliable, à ceux qui souhaitent lire une histoire magnifique, sensible où l'humain se mêle à la nature, où la tragédie se mêle à l'espoir, où le mystère s'entremêle à la vérité.

Cela faisait quelques semaines que je n'arrivais plus tellement à lire de romans américains (car je les comparais immédiatement à des oeuvres précédentes), en relisant en version française ce livre j'ai eu la sensation de retrouver tout ce que j'aimais dans la littérature nord-américaine, de retrouver le chemin de cette littérature unique et sublime.

Au travers de l'excellente traduction de Marc Amfreville, le lecteur va plonger au coeur d'une petite ville de Caroline du Nord et surtout au coeur de ses marais où la nature reprend ses droits et où on peut espérer un jour atteindre le lieu où chantent les écrevisses (et pour comprendre cette expression je ne peux que vous inviter à lire ce livre).

Dès les premières pages le lecteur sera happé dans l'histoire de Kya, une jeune enfant courageuse et intelligente, qui va être abandonnée progressivement par toute sa famille. En la voyant grandir, murir, s'affirmer, le lecteur va l'aimer immédiatement et l'aimer encore plus au fil des pages. Kya fait partie de ces héroïnes d'une grande force pour lesquelles le lecteur ne peut ressentir qu'admiration et amour.

Au travers de ce livre, Delia Owens nous parle des préjugés, nous parle du racisme, nous parle de l'amour, nous parle de l'abandon, de la solitude et de la nature.

J'ai adoré son idée de mélanger le passé (l'enfance, l'adolescence puis le passage à l'âge adulte de Kya) et le présent du roman (1969) où un jeune homme très populaire a été assassiné. Mêler le romanesque à l'aspect plus "polar" du livre amène le lecteur à tourner les pages tout en souhaitant ne pas aller trop vite pour ne pas quitter Kya.

Il me reste encore deux ou trois roman américains à lire pour cette rentrée d'hiver mais il me semble que si je ne devais conseiller qu'un seul titre nord-américain pour ce début d'année ce serait indéniablement celui-ci.
Lien : http://leatouchbook.blogspot..
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musaraneus
  23 janvier 2020

A mi chemin entre le nature writing et le policier, la touche sentimentale en prime (improbable mélange !)
Voilà un premier roman d'une grande beauté, à l'intrigue prenante et qui a réussit à m'émouvoir.
C'est tout bon pour la zoologue et biologiste Delia Owens, spécialiste de la faune africaine, dont l'écriture m'a tour a tour intrigué, séduite puis conquise... Comme les paysages marécageux de Caroline du Nord.

Outer Banks, années 50.
« Un marais n'est pas un marécage. le marais, c'est un espace de lumière, où l'herbe pousse dans l'eau, et l'eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu'à la mer, et des échassiers s'en envolent avec une grâce inattendue – comme s'ils n'étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d'un millier d'oies des neiges. Puis, à l'intérieur du marais, çà et là, de vrais marécages se forment dans les tourbières peu profondes, enfouis dans la chaleur moite des forêts ».
C'est dans ces paysages reculés que grandit Kya, petite dernière d'une fratrie de cinq enfants. Un matin, du haut de ces six ans, elle voit partir sa mère, une valise pleine de honte, de bleus et de chagrin sous le bras.
Celle-ci ne reviendra jamais.
Peu à peu le reste de sa famille déserte également la maison, la laissant seule, dans le plus grand dénuement.
Mais la petite Kya, loin de se laisser abattre, puisera dans la nature qui l'entoure et qu'elle aime tant, la force de survivre.
La fillette grandit, devient cette femme élancée à la beauté troublante et à l'instinct aiguisé. Elle évite l'école, le marais devient son lieu d'étude : oiseaux migrateurs, coquillages, champignons, tout ce qui l'entoure est croqué, observé, disséqué jusqu'à faire d'elle une véritable spécialiste du marais.
Ainsi la vie de Kya suis son cours, jusqu'à ce jour de 1969, où le corps de Chase, séduisant fils de bonne famille, est retrouvé inanimé dans la vase. Dans la bourgade, les commérages vont bon train, et chacun a sa petite idée sur l'identité de l'assassin...

Si l'intrigue policière et les histoires d'amour m'ont parut assez prévisibles, voire simplistes, c'est qu'elles servent surtout de prétexte.
Ne vous y trompez pas, les véritable personnages de ce livre sont bien les crapauds, les libellules et les oiseaux : mouettes, Hérons, oies des neiges, aigrettes; Les eaux saumâtres des canaux du marais ou celles, boueuses et envahies de lentilles d'eau, des forêts de cyprès chauves; Les coquillages, nautiles finement dentelées aux multiples nuances de couleurs, les buissons de ronces, les nénuphars et les roseaux.
Kya ne fait qu'un avec cette nature imprévisible et sauvage. Les sentiments vis à vis d'elle sont souvent contradictoires, mépris, curiosité, peur, fascination, etc. Et là encore, chaque personnage incarne parfaitement ces sentiments. Il y a les gens qui se tiennent à l'écart, qui s'en méfient. Il y a ceux qui l'aime mais finissent par la quitter, attirés par le confort de contrées moins sauvages. Il y a ceux qui la comprennent et veulent la protéger à tous prix et ceux qui cherchent à l'apprivoiser, pour en jouir sans la respecter.
La personnification est un procédé très classique, mais Delia Owens en use avec délicatesse pour décrire au mieux, et avec une certaine poésie, cet endroit méconnu, aussi fascinant que mystérieux.

Ce matin, devant ma fenêtre, les miscanthus ondoient dans l'air iodé, me rappelant qu'ici aussi, nous avons des marais, des vasières, des marécages et des forêts alluviales, des tourbières et des prairies humides.
Un petit tour sur internet me confirme que ces écotones (zone de transition entre deux écosystèmes) aussi beaux que fragiles, sont des espaces naturels regorgeants de vie, a la biodiversité exceptionnelle, l'une des plus riche au monde. C'est également une zone privilégiée pour l'observation des oiseaux (marins ou migrateurs).
Alors, malgré quelques bémols (certains portraits un peu clichés et une construction parfois inégale) j'ai refermé cette lecture avec des envies de voyage, de bons bols d'air et de grands espaces.

Un beau roman, qui a su piquer ma curiosité et me donner envie de (re)découvrir le marais, me perdre dans les méandres de ses canaux, voir, par dessus l'étang, passer les oies sauvages, et peut-être même entendre chanter les écrevisses.
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