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ISBN : 2070177769
Éditeur : Gallimard (25/08/2016)

Note moyenne : 3.57/5 (sur 113 notes)
Résumé :
Traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen

Le jeune Shmuel Asch désespère de trouver l’argent nécessaire pour financer ses études, lorsqu’il tombe sur une annonce inhabituelle. On cherche un garçon de compagnie pour un homme de soixante-dix ans ; en échange de cinq heures de conversation et de lecture, un petit salaire et le logement sont offerts.

C’est ainsi que Shmuel s’installe dans la maison de Gershom Wald où il s’adapte rapidement à la... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
Bookycooky
  03 septembre 2016
"Staline l'avait appelé Judas ",
Jérusalem 1959, ( 11 ans après la création de l'Etat d'Israel et 8 ans avant la guerre des Six Jours), Shmuel, étudiant, en Histoire et Religions, rencontre dans son rêve Staline dans l'arrière-salle basse de plafond et enfumée du café où se réunissait le Cercle du renouveau socialiste,dont il est un des membres."Il avait été incapable d'expliquer à Staline, souriant sous sa moustache, la raison pour laquelle les Juifs avaient rejeté Jésus, et pourquoi ils campaient toujours sur leurs positions"........
Largué par sa copine, privé de l'allocation mensuelle de ses parents en banqueroute, il abandonne ses études....dérouté, il se rend à une annonce,offrant une position d'Homme de compagnie, nourri, logé,pour un invalide de 70 ans trés cultivé. Il y fera la rencontre de Gershom Wald, l'invalide et de sa colocatrice Atalia Abravanel, une belle femme ayant le double de son âge....et fille d'un des chefs du Yichouv (l'ensemble des juifs de Palestine avant la création de l'Etat d'Israel),un des premiers opposants à la création de l'Etat d'Israel, préconisant la création d'une seule communauté judeo-arabe, un "Judas", selon Ben Gourion.
On va suivre ainsi l'histoire de cet étrange trio en parallèle à celle de deux défunts, Shealtiel Abravanel et Judas Iscariote, deux "traîtres" de l'Histoire.
Trahison et loyauté sont les thèmes au coeur de ce livre.
Une histoire qui va de paire avec l'histoire d'Israël et les idées politiques d'Amos Oz.
Oz , de la bouche de Shmuel, qui travaille oblige, discute beaucoup avec le vieil homme,son employeur, énonce des phrases très fortes, "Mais dites-moi, vous, s'il existe un seul peuple au monde qui accepterait à bras ouverts l'invasion brutale de centaines de milliers d'étrangers, puis d'autres millions encore débarquant de lointains pays sous le curieux prétexte que les livres sacrés qu'ils ont transportés avec eux leur promettaient ce pays tout entier pour eux seuls ?"......
L'auteur, homme de gauche soutient depuis les années 70 la cause palestinienne et fermement l'idée que la paix n'est possible qu'à la condition qu'Israel quitte les territoires occupés depuis 67 et qu'un nouvel état palestinien soit créé en Cisjordanie. Une position qui lui a valu le titre de traitre, "Judas".
Revenant à l'histoire, Judas était-il vraiment un traitre ? Ou au contraire le plus fidèle et le plus dévoué de ses disciples à Jésus? Dans ce roman, essayant de réhabiliter la vraie nature de cette figure biblique, par le biais de Shmuel, Oz semble vouloir se justifier lui-même.Lui, le soit-disant "Judas", est en faites lui, un des plus vrais et plus sincères citoyens luttant pour la cause de son peuple, et non contre.
Je trouve formidable l'histoire qu'il a imaginé pour formuler et répéter ses idées pacifistes à sa propre nation, de plus en plus fanatique et s'enfonçant irrémédiablement sur un chemin de non retour.
Je ne voudrais pas terminer sans citer une de ses phrases prononcée lors d'un interview à l'occasion de la sortie de ce livre: "Le jour où les gens dans ce pays commenceront à appeler Netanyahu, "un traître", je saurais que quelque chose pourrait changer".(The day people in this country start calling Netanyahu a traitor I will know that something may change")
Un excellent roman qui se termine sur une image magnifique !
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ClaireG
  13 décembre 2016
1959 - Shmuel Ash, jeune socialiste idéaliste mal dégrossi, abandonne sa thèse sur « Jésus dans la tradition juive » par manque de ressources financières et par dépit amoureux. Trop difficile à gérer. Cependant il ne perd pas le nord et une petite annonce originale demandant un « homme de compagnie » le fait se retrouver dans une maison isolée de Jérusalem. Il y fait la connaissance d'un vieil érudit, pessimiste et critique, Gershom Wald, dont il aura à s'occuper quelques heures par jour, ainsi que d'Atalia Abravanel, une femme taiseuse et quelque peu revêche.
Le sujet du roman est la trahison :
Celle de Judas qui trahit Jésus pour trente deniers,
Celle de l'ami de Gershom Wald, père d'Atalia, défenseur acharné de la paix, opposé au nationalisme tout aussi acharné de Ben Gourion, et qui, aux yeux de Wald, a trahi le sionisme pour lequel ils avaient tant lutté,
Celle du mari d'Atalia, fils de Gershom Wald, qui se fit tuer dans les tout derniers jours de la guerre d'indépendance d'Israël. Elle cultive une rancoeur profonde envers les hommes, toujours prompts à verser le sang.
L'ambiance de ce huis-clos évolue au fil des semaines. Les soliloques de Gershom Wald deviennent des échanges passionnés avec Shmuel sur l'idéal sioniste, la question arabe et les religions. Atalia lui confie ses déboires conjugaux et sa difficulté de faire le deuil de son père et de son mari.
Le profond intérêt de ce livre, à mon sens, est la thèse que soulève Shmuel/Amos Oz sur la personnalité de Judas qui, pourquoi pas, pourrait faire évoluer les mentalités entre chrétiens et Juifs.
Au commencement, il arriva aux oreilles des grands prêtres de Jérusalem qu'un « hurluberlu » réalisait des prodiges et entraînait les foules en Galilée. Ils convoquèrent Judas l'Iscariote, homme aisé, et lui confièrent la mission d'infiltrer le groupe de ce Jésus, faux prophète ou escroc, susceptible de déranger l'ordre public. Judas s'acquitta tellement bien de sa tâche qu'il se fit l'ami des apôtres et le confident de Jésus. II eut une telle admiration pour les paroles d'amour et de sagesse contenues dans ses paraboles qu'il devint son serviteur le plus zélé et souhaita que les grands prêtres réfutent leurs soupçons. Jésus répondait inlassablement : « L'an prochain à Jérusalem. L'année prochaine peut-être ».
Lorsque vint ce moment ainsi que la condamnation à mort de Jésus, Judas espéra qu'il accomplît un énième miracle et qu'il descendît de la croix « incitant le monde entier à reconnaître sa divinité ». Hélas ! « le sens de sa vie, sa raison d'être, volait en éclats sous ses yeux horrifiés. Comprenant qu'il avait provoqué de ses propres mains la perte de l'être qu'il aimait et admirait, il s'éloigna et alla se pendre. Ainsi est mort le premier Chrétien, conclut Shmuel dans son bloc-notes. le dernier. L'unique » (p. 179).
N'étant pas spécialiste en théologie et encore moins en questions inexpliquées qui, comme le dit Shmuel Ash dans sa thèse, le resteront à jamais, je trouve remarquable la vision que donne l'auteur de ce qu'aurait pu être Judas, de ce qu'est un traître et pourquoi il l'est. La patiente étude des textes religieux, les profondes questions qu'ils suscitent, les incohérences répétées, ont amené Amos Oz à donner une autre version de la diabolisation de Judas. Loin d'être sacrilège pour les Chrétiens, elle pourrait être, au contraire, une ouverture dans ce qui a séparé christianisme et judaïsme.
L'évolution des trois personnages du livre, le changement des attitudes qui s'opère durant cet hiver 1959-60 grâce à une meilleure écoute de l'autre, à une approche différente entre les événements vécus par les uns et les autres, sont emblématiques de ce que pourrait être le « compromis » que préconise Amos Oz.
Lecture extrêmement enrichissante. Livre relu à peine terminé. Dans mon Top 3 de 2016.
Shalom Alekhem.
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Annette55
  31 octobre 2016
Amos Oz, fervent partisan d'un double État pour résoudre le conflit israélo- palestinien- dont j'avais lu avec passion en 2004, le récit de l'existence tumultueuse de sa famille et de ses aïeux - dans : "Une Histoire D'amour et de Ténébres "nous revient avec cet ouvrage qui se déroule , à la fin des années 50, à Jérusalem , coupée en deux, dont on arpente les rues, dès que l'on sort du huit- clos..

Car il s'agit bien d'un huit- clos qui rassemble trois personnages et mêle le destin individuel d'un jeune étudiant de 25 ans, Shmuel Asch, celui de Gershom Wald, un grand vieillard érudit et Atalia Abravanel , une femme belle et résistante, mystérieuse , deux fois plus âgée que Shmuel.

Shmuel, idéaliste et hypersensible , corpulent, barbu, timide, émotif, socialiste ( il est membre du renouveau socialiste ), asthmatique, cyclothymique , aux épaules massives s'enflammait pour de nouvelles idées, s'épuisait très vite, avait la larme facile, ce qui le plongeait dans la honte........
Plaqué par sa petite amie et sans le sou, il abandonne ses études et son mémoire de maîtrise " Jésus dans la tradition juive " ..
Il se met au service de Gershom Wald, ce grand vieillard de 70 ans, laid, physiquement diminué, mais incroyable brasseur d'idées, théoricien inlassable, érudit ; sceptique et ô combien caustique!
Atalia Abravanel, sa bru compléte le trio dans la maison de Gershom.
Sa beauté mystérieuse enflamme et envoûte Schmuel.
Au gré des pages et de l'évolution de l'intrigue, l'auteur convoque nombre de fantômes , celui de Micha, son brillant mathématicien de fils, disparu dans la nuit du 2 avril 1948- marié une année à Atalia..
Et surtout- surtout ---, celui de Judas-Iscariote- l'apôtre , qui, par un baiser, livra Jésus à ses bourreaux - l'incarnation même du traitre - selon la tradition chrétienne .
Car le thème de la Trahison est le thème central de l'intrigue:
Chacun de nous n'est- il pas le traitre d'un autre ??
Qu'est- ce qu'un traitre?
Qu'est-ce qui fait qu'un traitre est considéré comme traitre ?
L'auteur ne craint pas de puiser ses sources à la théologie, au questionnement sur les textes religieux et les rapports entre christianisme et judaïsme afin de tisser l'apprentissage intellectuel, sentimental et politique du jeune Shmuel.
Il lui apporte des éléments théoriques et philosophiques passionnants .
Au cours de ces conversations enflammées, la création d'Israël, le sionisme, la question Arabe sont au coeur du dialogue .
Un roman puissant, audacieux, une fiction poignante portée par les émotions et les pensées de Shmuel, Atalia et Wald, habitée par le passé de chacun...... Hantée par leurs fidélités, leurs erreurs et leurs reniements.
Un ample roman d'idées, empreint de nostalgie, de désillusion cruelle, pétri d'êtres de sang, de chair, de désirs et d"incertitudes, de chagrins , de tourments, des personnes cernées par le deuil; la perte et les spectres - auxquels- d'une maniére ultime -l'auteur invite Judas à se joindre.......


Une mise en scène juste et subtile des questions essentielles qui animent l'auteur depuis toujours .
Un trio hanté par le passé et une réflexion vibrante et puissante sur la Trahison dans la Jérusalem de 1959......
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michfred
  31 octobre 2016
Un traître…est-ce l'infâme faux-cul qui vous lâche et vous livre ou un lonesome cow boy incompris qui a quelques longueurs d'avance dans sa pensée et quelques pieds de plus dans sa hauteur de vue ? Est-ce celui qui vous plante un couteau entre les deux omoplates en vous passant gentiment la main dans le dos ou celui qui voit clair trop vite ou trop tôt quand tous les autres ont encore la tête dans le guidon et les deux pieds dans la gadoue ?
Pour expliciter les choses : Abraham Lincoln, De Gaulle, Théodore Herzl: tous des traîtres ?
C'est autour de la figure du traître que se tisse le roman lent, ironique et spéculatif d'Amos Oz.
Shmuel Asch hiberne pendant trois mois dans une vieille maison de Jérusalem pour fuir sa thèse en panne, son amour en rade et sa famille sans tendresse.
Comme un ourson hirsute et mal léché, il se pelotonne, de décembre 1959 à février 1960, au coeur de la vieille ville, frileuse, à la fois glacée et poussiéreuse sous les vents d'hiver, dans une étrange tanière : une maison habitée par un vieil homme, Gershom Wald, et sa bru, la veuve Atalia Abravanel, fille d'un « traître » juif, Shealtiel Abravanel, militant actif contre la création de l'État d'Israël, mort en proscrit.
Dans cette maison, Shmuel exerce un étrange job : faire la conversation avec le vieux Gershom, bavard et cultivé, croiser parfois sa bru, Atalia, belle, mystérieuse et sensuelle qui enflamme Shmuel de désirs refoulés, manger la tambouille d'une voisine…et surtout faire le point.
Sur lui, sur sa vie…
Sur ses relations avec les femmes : l'éducation sentimentale auquel le soumet l'impérieuse Atalia le fait mûrir à grands pas !
Sur ses relations avec la religion – sa thèse abandonnée porte… sur le personnage de Judas, dont les Chrétiens ont fait l'archétype du traître…et du Juif, justifiant ainsi des siècles d'antisémitisme, alors que dans la doxa juive- comme le rappelle au XVIème siècle Rabbi Juda Arié-, Judas serait le vrai initiateur du christianisme. Non sans provocation, Shmuel affirme qu'il est « l'auteur, l' impresario, le metteur en scène et le producteur du spectacle de la crucifixion »
Faire le point aussi sur ses relations avec l'État d'Israël, tout jeune encore -12 ans !- et déjà vivement contesté : Shmuel est socialiste, d'un nationalisme plus que tiède et serait enclin à penser, comme le "traître" Shealtiel Abravanel, que Ben Gourion a commis une erreur impardonnable en dressant les uns contre les autres Juifs et Arabes, qui avaient pourtant tant de points communs : les uns « humiliés par les puissances coloniales », les autres subissant « pendant des siècles le mépris, l'expulsion, les persécutions, l'exil, les massacres et, pour finir, un génocide sans précédent dans l'histoire de l'humanité ».
Le temps d'un hiver, toute cette petite cuisine intérieure de questions plus ou moins lancinantes mijote et fristouille, entre les trois protagonistes, également hantés par le doute, par la perte, par le désir et par la figure ambiguë du traître.
Et puis le tremblement de terre d'Agadir a d'étranges répercussions sur le sort de notre sympathique anti-héros : il jette littéralement Shmuel dehors, le propulsant brutalement sur les routes de sa vie.
Et de tous les choix qui restent à faire.
J'ai beaucoup aimé cet évangile selon Judas, sa lenteur de gastéropode, ses éternelles discussions dignes d'une yeshiva, et, paradoxalement, ses profonds silences et tous ses non-dits, ses mises en garde inutiles, ses questions sans réponse, ses réponses à côté de la question.
Je l'ai lu lentement, par petite bouchées. Les personnages sont si finement approchés, dans une narration nonchalante, qui procède par cercles concentriques, qu'ils prennent une vraie épaisseur : on s'y attache et on les aime, surtout Shmuel, avec sa démarche de chien fou, sa maladresse, sa timidité et ses cheveux en bataille…
J'ai aimé séjourner dans cette Jérusalem de 1960, partagée en deux après la guerre d'indépendance, cette Jérusalem inhabituelle, hivernale, pleine d'arcades sombres où errent les mendiants, avec ses cafés enfumés et chaleureux, hantée par le passé des deux religions antagonistes et par la présence obsédante des check points, des soldats, des barrages..déjà.
Amos Oz, écrivain israélien de gauche, militant pour la création d'un État palestinien et pour le rapprochement culturel des deux peuples ennemis, fait ici, discrètement, une sorte de plaidoyer pro domo : il est le dernier « traître » de cet étonnant évangile..
Puisse-t-il faire école et son beau livre être entendu.
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viou1108
  18 août 2016
« L'histoire se déroule en hiver, entre fin 1959 et début 1960. On y parle d'une erreur, de désir, d'un amour malheureux et d'une question théologique inexpliquée ». Ajoutons – le détail a son intérêt – que nous sommes à Jérusalem, alors divisée par la ligne verte.
Le dépit amoureux, c'est celui que vit Schmuel Asch, étudiant pataud et souffreteux de 25 ans, depuis que sa copine l'a plaqué pour en épouser un autre. Ce qui lui restait de moral s'étiole encore un peu plus quand, faute d'argent, il doit renoncer à ses études et chercher du travail. Répondant à une petite annonce, il devient alors homme de compagnie d'un vieux savant aussi érudit que fantasque, Gershom Wald, qui vit reclus dans la maison qu'il partage avec une certaine Atalia Abravanel, sans que le lien qui les unit soit donné au départ.
Le désir, Schmuel le rencontre en même temps qu'Atalia. Celle-ci a deux fois son âge, est belle, séduisante, cruelle, inacessible. Elle est aussi la fille de Shealtiel Abravanel, figure du mouvement sioniste, décédé quelques années plus tôt.
Les séances de conversations quotidiennes entre Wald et Schmuel sont l'occasion d'aborder des sujets aussi différents que le contexte de la création de l'Etat d'Israël, dont le vieil homme fut un témoin privilégié, ou le personnage de Judas, le traître biblique, le juif déicide abhorré des chrétiens, dont Schmuel tente de décrypter le rôle dans sa thèse universitaire consacrée à « Jésus dans la tradition juive ». Des sujets a priori totalement étrangers, donc, et pourtant Amos Oz crée un lien entre eux. La question théologique de la trahison de Jésus par Judas est mise en parallèle avec la position de Shealtiel Abravanel qui, en 1947, allait à contre-courant de la volonté dominante personnifiée par David Ben Gourion et s'opposait au plan de partage de la Palestine et à la création d'un Etat juif indépendant, convaincu qu'il était encore possible de s'accorder avec les Arabes pour fonder un Etat unique où ceux-ci cohabiteraient pacifiquement avec les Juifs. De la même façon que Judas qui livra Jésus aux Romains devint la figure de la trahison par excellence, les chimères anti-nationalistes d'Abravanel lui valurent d'être exclu du Comité Exécutif Sioniste et considéré comme traître à la cause juive.
Et, au travers du destin de ces personnages fictifs, l'auteur de s'interroger : et si Judas était en réalité le premier chrétien authentique, le seul, dont l'erreur fatale aura été, précisément, de croire avec une foi inébranlable en la nature divine de Jésus ? de pousser celui-ci à se laisser crucifier pour ensuite miraculeusement descendre vivant de la Croix et révéler à cette occasion son immortalité ? Qu'en aurait-il été du christianisme sans cette croyance ? Qu'en aurait-il été de la haine des chrétiens envers les juifs ?
L'analogie avec le traître Abravanel est tentante, lui dont l'erreur avait été de croire que Juifs et Arabes pouvaient vivre ensemble dans un même Etat sans s'entre-tuer. Que serait-il advenu si une telle idée avait pu s'imposer ? Qu'en aurait-il été de la haine réciproque entre Juifs et Arabes ?
Je ne savais rien d'Amos Oz avant de lire ce roman, fort peu de choses de l'histoire de l'Etat d'Israël, et guère plus sur Judas et Jésus que ce que j'en ai appris au cours de religion à l'école. Je ne suis donc pas capable de juger de la vraisemblance des idées développées dans « Judas », mais quoi qu'il en soit, j'ai trouvé ce roman très riche et très intéressant, voire passionnant.
D'une belle écriture fluide, Amos Oz entrelace avec talent histoire, politique et religion – thèmes indissociables en Israël – à un passage à l'âge adulte assez cocasse et une tragédie familiale émouvante. Un grand roman et une belle découverte.
Merci à Masse Critique de Babelio et aux éditions Gallimard pour ce beau roman.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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Les critiques presse (6)
LaPresse   23 mars 2017
La narration s'essouffle, erre dans une romance floue et nous laisse finalement sur notre faim.
Lire la critique sur le site : LaPresse
Telerama   21 septembre 2016
Le romancier livre une réflexion vibrante sur la trahison.
Lire la critique sur le site : Telerama
LaLibreBelgique   12 septembre 2016
Un excellent roman, un huis clos tchékovien se déroulant en 1960 à Jérusalem, au fond d’un quartier plein d’atmosphère, sous forme de conversations entre trois personnages.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Culturebox   30 août 2016
Le dernier roman d'Amos Oz traverse toutes les strates, de la plus intime à la plus large, de l'aventure humaine (...) Un ample roman de cette rentrée.
Lire la critique sur le site : Culturebox
LesEchos   30 août 2016
Amos Oz fait partie de ces grands écrivains qui peuvent raconter le monde en partant d'un huis clos.
Lire la critique sur le site : LesEchos
LaLibreBelgique   24 août 2016
Un passionnant roman où être traité de traître est parfois un honneur, de Judas à l’Etat juif de Ben Gourion.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Citations & extraits (70) Voir plus Ajouter une citation
viou1108viou1108   21 juillet 2016
Le judaïsme, le christianisme - et n'oublions pas l'islam - dégoulinent de bons sentiments, de charité et de compassion, tant qu'on ne parle pas de menottes, de barreaux, de pouvoir, de chambres de torture ou d'échafauds. Ces religions, en particulier celles nées au cours des siècles derniers et qui continuent à séduire les croyants, étaient censées nous apporter le salut, mais elles se sont empressées de verser notre sang. Personnellement, je ne crois pas en la rédemption du monde. En aucune façon. Non parce que je considère qu'il est parfait. En aucun cas. Il est retors, sinistre et rempli de souffrances, mais qui veut le sauver versera des torrents de sang. [...] Le jour où les religions et les révolutions disparaîtront - toutes sans exception - il y aura moins de guerres sur la planète, croyez-moi. L'homme est par nature constitué comme un bois tordu, a dit Emmanuel Kant. Inutile de le redresser au risque de se noyer dans le sang.
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BookycookyBookycooky   03 septembre 2016
Mon cher ami, je ne crois pas en l’amour universel. L’amour est limité par nature. On peut aimer cinq personnes, peut-être dix, très rarement quinze. Mais ne venez pas me dire que vous aimez le tiers-monde tout entier, ou l’Amérique latine, ou le beau sexe. Ce n’est pas de l’amour, c’est de la rhétorique. Des paroles en l’air. Des slogans. Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu’un petit nombre d’êtres humains. L’amour est une affaire intime, étrange et pleine de contradictions. On peut aimer quelqu’un parce qu’on s’aime soi-même, par égoïsme, convoitise, par désir ou par besoin de dominer l’objet de cet amour, le soumettre ou, à l’inverse, se livrer à lui.
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viou1108viou1108   16 août 2016
Mon cher ami, je ne crois pas en l'amour universel. L'amour est limité par nature. On peut aimer cinq personnes, peut-être dix, très rarement quinze. Mais ne venez pas me dire que vous aimez le tiers-monde tout entier, ou l'Amérique latine, ou le beau sexe. Ce n'est pas de l'amour, c'est de la rhétorique. Des paroles en l'air. Des slogans. Nous ne sommes pas nés pour aimer plus qu'un petit nombre d'êtres humains. L'amour est une affaire intime, étrange et pleine de contradictions. On peut aimer quelqu'un parce qu'on s'aime soi-même, par égoïsme, convoitise, par désir ou par besoin de dominer l'objet de cet amour, le soumettre ou, à l'inverse, se livrer à lui. Au fond, l'amour est pareil à la haine, encore plus qu'on ne le croit. Ainsi, par exemple, qu'on aime ou qu'on déteste quelqu'un, on cherche toujours à savoir où il se trouve, avec qui, s'il va bien ou non, ce qu'il fait, à quoi il pense ou s'il a peur de quelque chose.
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viou1108viou1108   24 juillet 2016
- [...] Que ne peut-on accomplir par l'usage de la force, à votre avis?
[...]
- On pourrait conquérir n'importe quoi, en effet. Depuis l'Inde jusqu'à l'Ethiopie.
- C'est ce que vous croyez. Comme les Juifs en Israël qui ignorent les limites de la force. Toute la puissance du monde ne suffirait pas à transformer la haine en amour. On peut changer un adversaire en esclave, mais pas en ami. Tout le pouvoir du monde serait impuissant à faire d'un fanatique un modéré. Tels sont les problèmes existentiels de l'Etat d'Israël: convertir un ennemi en amant, un fanatique en tolérant, un vengeur en allié. Ai-je dit que la puissance militaire était inutile? Le ciel nous en préserve! Une telle ineptie ne me serait jamais venue à l'idée. Je sais comme vous que c'est la force, notre puissance militaire, qui s'interpose entre nous et la mort, à tout moment, même maintenant, pendant que nous parlons. En attendant, user de la force peut nous éviter d'être exterminés, à condition que nous nous rappelions toujours, à chaque instant, qu'elle n'est qu'un moyen de dissuasion. Elle ne réglera ni ne résoudra rien. Elle ne pourra que différer provisoirement la catastrophe.
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enkidu_enkidu_   29 août 2017
— Au fond, le baiser de Judas, le plus célèbre de l’histoire, n’était certainement pas celui d’un traître, poursuivit-il à mi-voix, comme s’il redoutait les oreilles indiscrètes. Les émissaires dépêchés par les prêtres pour arrêter Jésus à l’issue de la Cène n’avaient pas besoin que Judas leur désigne son maître. Quelques jours auparavant, en effet, Jésus avait fait irruption dans le Temple où, de colère, il avait renversé les tables des changeurs de monnaie au vu de tous. Du coup, la ville entière le connaissait. En outre, quand ils sont venus l’arrêter, il n’a pas essayé de s’enfuir et les a suivis sans opposer de résistance. La traîtrise de Judas ne s’est donc pas traduite par le baiser à Jésus à l’arrivée des geôliers. Sa traîtrise, si traîtrise il y a eu, s’est produite à la mort de Jésus sur la croix. C’est à ce moment-là que Judas a perdu la foi et le sens de sa vie.
Gershom Wald se pencha en avant.

— Dans toutes les langues que je connais, et même dans les autres, le nom de Judas est synonyme de traître et peut-être aussi de Juif. Pour des millions de Chrétiens lambda, tout Juif porte en lui le virus de la traîtrise. Lorsque j’étais jeune étudiant à Vilna, il y a cinquante ans, j’avais pris un jour le train pour Varsovie. Dans le wagon de seconde classe où je voyageais, j’étais assis en face de deux religieuses en habit noir et voile blanc immaculé. L’une était âgée, la mine austère, les hanches larges et le ventre proéminent, comme un homme. L’autre avec son visage doux et délicat avait l’air très jeune, presque une enfant. Avec ses grands yeux bleu clair, elle incarnait l’innocence, la piété et la pureté. Elle ressemblait à l’icône de la Madone dans une église de village. J’ai sorti de ma poche un journal en hébreu, je l’ai déplié et je m’y suis plongé. “Comment se fait-il que vous lisiez un journal juif, monsieur ?” a demandé la vieille dans un polonais châtié, d’un ton où se mêlaient la surprise et la déception. J’ai répondu du tac au tac que j’étais juif et que j’allais bientôt quitter la Pologne pour m’établir à Jérusalem. Sa compagne m’a fixé de son regard candide, mouillé de larmes. “Il était si bon, si bon, comment avez-vous pu Lui faire cela ?” m’a-t-elle reproché de sa voix douce et mélodieuse. Je me suis abstenu de répondre qu’au moment de la crucifixion, j’avais justement rendez-vous chez le dentiste. J’ai ravalé mes paroles. Vous devriez finir votre mémoire et peut-être publier un livre ou deux, l’un sur Judas et l’autre sur Jésus dans la tradition juive. Et pourquoi pas aussi Judas vu par les Juifs ?
Shmuel changea de position, il allongea sa jambe plâtrée avec précaution, tira un oreiller de dessous sa tête et le fourra entre ses genoux.

— Nathan Agmon, plus connu sous le nom de Nathan Bistritzky, a publié en 1921 un conte dramatique, une sorte de pièce de théâtre intitulée Jésus de Nazareth, dit-il. Le soir de la Cène, Judas revient de chez Caïphe, le grand prêtre, où il a appris que les autorités sacerdotales ont décidé que Jésus devait mourir. Judas implore Jésus de s’enfuir avec lui, cette nuit même. Le Jésus de Bistritzky refuse, alléguant que son âme est lasse et qu’il souhaite mourir. Il demande à Judas de l’aider. Il doit le trahir, affirmer qu’effectivement il prétend être le Messie ou le roi des Juifs. À ces mots, Judas “s’écarte de lui, avec horreur”, “il se tord nerveusement les mains” et interpelle Jésus : “Serpent... tu es un serpent déguisé en colombe.” Jésus réplique : “Dans ce cas, écrase-moi.” Judas l’apostrophe effrontément : “Arrête de jouer les petits saints”, et l’implore de ne pas lui imposer une mission aussi terrible. Jésus n’en démord pas : “Je t’ordonne de me livrer. Je veux mourir sur la croix.” Judas refuse. Il tourne les talons et s’éloigne dans l’intention de quitter la ville. Mais une force irrésistible le pousse à revenir sur ses pas. Il se prosterne devant son maître, lui baise les mains et les pieds, et accepte humblement la terrible tâche qui lui est imposée. En fait, le traître est un fidèle disciple : en livrant Jésus à ses ennemis, il ne fait qu’obéir à son maître. (45)
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Videos de Amos Oz (21) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Amos Oz
Amos Oz 1/10 : Ailleurs peut-être (France Culture - Adaptation radiophonique)
Amos Oz 1/10 : Ailleurs peut-être (France Culture - Adaptation radiophonique). Diffusion sur France Culture du 20 juin au 1er juillet 2016. Photographie : Arad. Amos Oz. 2004 © MICHA BAR AM / MAGNUM PHOTOS. La vie de tous les jours dans un kibboutz imaginaire des années 60, décrite par un des plus grands écrivains israéliens contemporains. Roman traduit de l’hébreu par Judith Kauffmann. Adaptation : Victoria Kaario. Réalisation : Jean-Matthieu Zahnd. Conseillère littéraire : Emmanuelle Chevrière. Ce feuilleton en dix épisodes est l’adaptation du premier roman d’Amos Oz, « Ailleurs peut-être », publié aux Éditions Gallimard. Amos Oz y dépeint la vie des membres d’un kibboutz imaginaire, celui de Metsoudat-Ram, dans les années soixante. Sur le fil d’une année, Ezra, Reouven, Bronka, Noga et les autres, s’aiment, se trompent, se quittent, font des enfants, légitimes ou pas. Et ces drames intimes qui jalonnent le récit n’entravent en rien la marche de la vie collective, rythmée tant par les célébrations communistes que par les rumeurs qui empoisonnent la vie des villageois.
1er épisode : Un village idyllique, Messieurs-dames 2ème épisode : Le charme de la banalité quotidienne 3ème épisode : Le Premier Mai 4ème épisode : Puissance du mal 5ème épisode : Deux femmes 6ème épisode : Soirées poétiques 7ème épisode : Un personnage diabolique 8ème épisode : Tu es à nous 9ème épisode : Idylle familiale 10ème épisode : Tableau final
Avec : Violaine Schwartz, Quentin Baillot, Jean-Gabriel Nordmann, Evelyne Guimmara, Mohamed Rouabhi, Christine Culerier, Rebecca Stella, Nicolas Lê Quang et bien d’autres
Bruitage : Sophie Bissantz Equipe de réalisation : Bernard Lagnel et Anil Bhosle Assistante de réalisation : Julie Gainet
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