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Citations sur Une histoire d'amour et de ténèbres (35)

fanfanouche24
fanfanouche2411 août 2015
Je devinais son chagrin: mon père entretenait un rapport charnel avec les livres. Il aimait les manipuler, les palper, les caresser, les sentir. C'était une véritable obsession, il ne pouvait s'empêcher de les toucher, même si c'étaient ceux des autres. Il faut dire que, jadis, les livres étaient beaucoup plus sensuels qu'aujourd'hui: il y avait largement de quoi sentir, caresser, et toucher. certains avaient une couverture en cuir odorante, un peu rugueuse, gravée en lettres d'or, qui vous donnait la chair de poule, comme si l'on avait effleuré quelque chose d'intime et d'inaccessible qui se hérissait et frissonnait au contact des doigts. (...) Chaque livre avait son odeur propre, mystérieuse et excitante. (p. 43)
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araucaria
araucaria11 août 2017
Je suis né et j'ai grandi dans un rez-de-chaussée exigu, bas de plafond, d'environ trente mètres carrés : mes parents dormaient sur un canapé qui, une fois ouvert pour la nuit, occupait presque entièrement l'espace, d'un mur à l'autre de la chambre. De bon matin, ils l'escamotaient, dissimulaient la literie dans les ténèbres du coffre, ils rabattaient le matelas, repliaient et refermaient l'ensemble avant de le recouvrir d'une housse gris clair où ils jetaient quelques coussins orientaux brodés, effaçant les traces de la nuit. La pièce servait à la fois de chambre à coucher, de bureau, de bibliothèque, de salle à manger et de salon.
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araucaria
araucaria19 août 2017
Mon grand-oncle affectionnait les dédicaces lyriques : chaque année, depuis que j'avais neuf ou dix ans, il ma faisait cadeau d'un volume de l'Encyclopédie junior où il avait écrit un jour en lettres légèrement inclinées à gauche, comme si elles reculaient d'effroi :

Au petit Amos, appliqué et talentueux
pour son jour = anniversaire
avec mes compliments du fond du coeur, qu'il grandisse
et fasse honneur à son peuple,
de la part de
son grand-oncle Yosef
Jérusalem = Talpiot, Lag Baomer 1950

En relisant cette dédicace, à plus de cinquante ans de distance, je me demande ce que mon grand-oncle Yosef savait à mon sujet, lui qui avait l'habitude de poser sa petite main froide sur ma joue avant de me demander, sa moustache blanche me souriant avec bonté, ce que j'avais lu dernièrement, si j'avais terminé l'un de ses livres, ce que les petits Israéliens étudiaient de nos jours à l'école, quels poèmes de Bialik et de Tchernichovsky je connaissais par coeur, quel personnage de la Bible j'appréciais le plus...
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fanfanouche24
fanfanouche2411 août 2015
Le plus beau jour de ma vie-je devais avoir six ans-fut celui où papa me fit un peu de place sur l'une des étagères pour y ranger mes livres. (...)
C'était un rite de passage, une cérémonie initiatique: celui dont les livres tiennent debout n'est plus un enfant, c'est déjà un homme. J'étais comme mon père. Mes livres tenaient droit. (p.44)
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Melpomene125
Melpomene12519 décembre 2016
Les pires conflits entre les individus ou entre les peuples opposent souvent des opprimés. C'est une idée romanesque largement répandue que d'imaginer que les persécutés se serrent les coudes et agissent comme un seul homme pour combattre le tyran despotique. En réalité, deux enfants martyrs ne sont pas forcément solidaires et leur destin commun ne les rapproche pas nécessairement. Souvent, ils ne se considèrent pas comme compagnons d'infortune, mais chacun voit en l'autre l'image terrifiante de leur bourreau commun.
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fanfanouche24
fanfanouche2410 août 2015
L'histoire des conversations téléphoniques démontre le mal qu'ils avaient- tous et pas seulement mes parents- à extérioriser leurs sentiments. Quant aux déclarations publiques, ils n'éprouvaient aucune difficulté- c'étaient des gens émotifs qui savaient parler. Et comment qu'ils savaient ! Ils pouvaient se lancer pendant des heures dans un débat passionné sur Nietzsche, Staline, Freud, Jabotinsky, se plonger corps et âme dans un pathos larmoyant, s'enflammer à propos du colonialisme, de l'antisémitisme, la justice, la "question agraire", "le problème de la femme", " la question de l'art par opposition à la vie". Mais dès qu'ils tentaient d'exprimer un sentiment personnel, il en résultait invariablement quelque chose d'emprunté, d'aride, d'effarouché même, le fruit de générations et de générations d'inhibitions et d'interdits. Interdits redoublés et multipliés: la civilité petite-bourgeoise européenne décuplait les blocages du shtel traditionnel juif. Presque tout était "défendu" ou "ne se faisait pas" ou n'était "pas joli" . (p.24-25)
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KRISS45
KRISS4511 juin 2017
Les pires conflits entre les individus ou entre les peuples opposent souvent des opprimés. C'est une idée romanesque largement répandue que d'imaginer que les persécutés se serrent les coudes et agissent comme un seul homme pour combattre le tyran despotique. En réalité, deux enfants martyrs ne sont pas forcément solidaires et leur destin commun ne les rapproche pas nécessairement.
Souvent, ils ne se considèrent pas comme compagnons d'infortune, mais chacun voit en l'autre l'image terrifiante de leur bourreau commun.
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nadiouchka
nadiouchka09 août 2017
Seule la cruauté faisait perdre à papa son indulgence amusée. La méchanceté le dégoûtait. Alors, au fond de ses yeux clairs, l’étincelle de gaieté s’assombrissait : Une bête féroce ? Mais qu’est-ce que c’est une bête féroce ? Se demandait-il en yiddish. Les bêtes féroces, ça n’existe pas. Les bêtes ne peuvent pas être féroces. Elles ne savent pas ce que c’est, le mal. Nous avons le monopole du mal, nous, les hommes. Et si nous avions mangé la mauvaise pomme au paradis ?
P.258
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Melpomene125
Melpomene12531 décembre 2016
L'héritage, comme le milieu où nous avons grandi et notre statut social, sont des cartes qu'on nous distribue à l'aveuglette au début du jeu. Il n'y a aucune liberté là-dedans: on se contente de prendre ce que le monde nous donne arbitrairement. Mais, poursuivait ta mère, la question est de savoir comment chacun dispose des cartes qu'il a reçues. il y en a qui jouent formidablement avec des cartes médiocres, et d'autres qui font exactement le contraire: ils gaspillent et perdent tout, même avec des cartes exceptionnelles! Voilà où réside notre liberté: nous sommes libres de jouer avec les cartes que l'on nous a distribuées.
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mimipinson
mimipinson28 janvier 2012
Je lui en voulais d’être partie sans me dire au revoir, sans m’embrasse, sans explication : pourtant même un parfait étranger, un coursier un colporteur qui frappait à la porte, ma mère ne le laissait jamais repartir sans lui proposer un verre d’eau, sans un sourire, un mot d’excuse, quelques paroles aimables. Quand j’étais petit elle ne me permettait jamais d’aller seul à l’épicerie dans une cour inconnue ou un jardin public. Comment avait-elle pu ?
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