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Critiques sur Une histoire d'amour et de ténèbres (28)
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Melpomene125
  10 décembre 2016
J'avais entendu parler d'Amos Oz comme un des leaders du mouvement « La paix maintenant ». C'est cette réputation qui m'a donné envie de découvrir cet auteur majeur de la littérature israélienne contemporaine.
Une histoire d'amour et de ténèbres… le titre est bien choisi, autant au niveau intime que politique.

L'amour et les ténèbres ont marqué la relation qu'Amos Oz entretenait avec sa mère Fania, qui s'est suicidée quand il n'avait que douze ans, ainsi que la relation de l'écrivain avec cet autre que représente le peuple arabe : les Palestiniens. Sa tentative lorsqu'il était enfant de se lier d'amitié avec Aïcha et son frère Awad se termine en catastrophe et symbolise de façon troublante l'amitié impossible entre deux peuples qui ne parviennent pas à se comprendre et s'entendre. En toile de fond se trouve toujours l'horreur de la Shoah, des persécutions, des pogroms, drames absolus des Juifs, qui fait dire à Ephraïm Avnieri, un des fondateurs du kibboutz où le jeune Amos s'est réfugié après la mort de sa mère, pour tenter d'avancer : « Personne au monde ne veut de moi, nulle part. La question est là […] C'est l'unique raison pour laquelle je porte une arme, pour qu'ils ne me chassent pas d'ici aussi. Mais je ne traiterai jamais d' « assassins » les Arabes qui ont perdu leurs villages. »

Une atmosphère mélancolique plane sur ce livre, atmosphère que l'on retrouve parfois aussi chez Modiano (Rue des Boutiques Obscures) ou Zweig (La Pitié dangereuse) et qui est loin de me déplaire. Loin de la mode de la « feel good littérature », elle est propice à une réflexion qui n'est jamais caricaturale ou manichéenne et amène le lecteur vers une meilleure compréhension du monde et une plus grande lucidité.
Grâce à ce livre, j'ai effectué une immersion radicale dans une culture que je ne connaissais pas : celle des érudits juifs ashkénazes qui discutent de philosophie et de politique, étudient le talmud, la mishna et la gemara dans des yeshivas. Tout ce vocabulaire spécifique rend un peu la lecture difficile au départ mais c'est aussi la découverte d'un univers intellectuel très riche. La famille Klausner, le vrai nom d'Amos Oz, connaissait un prix Nobel de littérature : S.J. Agnon dont l'oeuvre a marqué l'écrivain, en particulier À la fleur de l'âge qui lui rappelle Fania, sa mère.
J'ai aimé les réflexions d'Amos Oz sur l'écriture et la dette qu'il affirme avoir à l'égard de Sherwood Anderson, grand écrivain qu'il m'a fait découvrir et qui mériterait sans doute d'être davantage connu. Celui-ci lui a appris que la vie des gens ordinaires valait aussi la peine d'être racontée et il l'a mis en pratique en racontant les rêves, les espoirs et les souffrances des habitants du kibboutz.
L'imagination de l'auteur est foisonnante. Ce roman, en partie autobiographique, brasse plusieurs thèmes très intéressants voire passionnants : de la construction de l'État d'Israël aux débats sur le sionisme, le conflit israélo-palestinien, la responsabilité des Britanniques dans l'échec du plan de partage de la Palestine à l'ONU en 1947, qui a provoqué une guerre interminable et de nombreuses victimes et même un diplomate assassiné, le comte suédois Bernadotte. le thème le plus émouvant du livre est la quête sans fin d'Amos Oz pour comprendre sa mère et son geste irrévocable. Il lui consacrera un livre Mon Michael, sur une femme qui n'arrive pas à être heureuse. Pourquoi ? À cause des déceptions de la vie conjugale, des rêves impossibles à réaliser ou du souvenir des amis morts en Ukraine au cours de la Shoah par balles ? C'est pourtant grâce à Fania qu'Amos Oz est devenu écrivain puisqu'elle jouait avec lui à inventer des histoires et qu'il a continué seul de le faire après sa mort, cruelle pour un enfant. C'est elle qui lui inspire certains des plus beaux passages du livre. Elle donne à ce dernier une dimension tragique et poétique, bouleversante pour le lecteur qui ne peut s'empêcher de partager la souffrance de l'auteur, surgie du souvenir de cette femme énigmatique et tourmentée. Son suicide demeurera à jamais un mystère insoluble.
Une histoire d'amour et de ténèbres est une grande oeuvre de la littérature israélienne qui illustre à merveille les vers de Baudelaire dans Les Fleurs du mal : « Tu m'as donné ta boue » ou ta souffrance « et j'en ai fait de l'or ».
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araucaria
  05 septembre 2017
Il est difficile de parler de ce roman autobiographique, tant il est dense. Disons dans un premier temps que c'est un beau livre qui n'est pas si facile à aborder, c'est sans doute la raison pour laquelle j'ai mis 3 semaines à le lire. Amos Oz, parle de sa famille, de ses ancêtres, de leur vie en Pologne et Russie, puis de leur arrivée dans un eldorado, sous mandat britannique, qui n'était pas encore l'Etat d'Israël. Les conditions de vie sont difficiles et l'intégration n'est pas évidente dans un pays si différents de ceux qu'ont connu les protagonistes en Europe de l'Est. Naturellement l'auteur évoque le nazisme, la shoa, et aussi la disparition de sa mère lorsqu'il était tout jeune adolescent. le climat est lourd. Amos Oz évolue dans un milieu bourgeois surtout composé d'intellectuels et de savants, de gens bardés de diplômes. Les références littéraires sont fréquentes, ainsi que des remarques sur l'étymologie, science chère à son père. Ce roman est très intéressant et riche en informations, mais la narration n'est pas linéaire et chronologique, Amos Oz effectue souvent des retours en arrière. de même, volontairement ou non, il y a énormément de redites. Ce qui alourdit le texte. Ce sont les seuls reproches que je m'autoriserai vis à vis de ce livre. Cette lecture est à déconseiller aux personnes qui apprécient les textes amusants et légers. Il n'y a rien de tout cela dans le texte d'Amos Oz, c'est une histoire où il y a beaucoup de ténèbres, et finalement peu d'amour... Beaucoup d'erreurs d'aiguillages, des non-dits, des silences. Un très beau livre. L'illustration de couverture, Amos enfant avec ses deux parents, est splendide.
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mimipinson
  28 janvier 2012
Amos Oz, romancier majeur de la jeune génération israélienne, celle qui est née en Israël, nous suivre ici ses souvenirs d'enfance. Il ne se contente pas de se raconter, il est aussi un témoin de l'histoire de son pays, et au-delà celle de son peuple. L'ouvrage fourmille de détails que l'absence de linéarité rend vivant, et, compense avantageusement la richesse et la complexité (parfois) linguistique et culturelle. La lecture en est de fait aussi agréable qu'un roman, et intellectuellement enrichissante comme un livre d'histoire. Ses souvenirs d'enfance arrivent assez tardivement dans la bibliographie de l'auteur, ce qui se comprend aisément au fur et à mesure de la lecture.
Ces derniers s'articulent autour de 3 axes principaux, qui ne font évoqués distinctement, mais subtilement tout au long de son ouvrage.
• L'aspect politique et historique
Natif de Jérusalem, la famille d'Amos Oz est originaire d'Europe centrale, et a entrepris l'Alya en 1933 et s'installe en Eretz-Israël. le jeune Amos va vivre la création de l'état d'Israël en étant préparé au sionisme. Lui-même se fera sa propre expérience au sein d'un Kibboutz. J'ai trouvé ses passages d'un grand intérêt, parce que les grandes figures de l'époque sont présentes, et il les a côtoyées de près, mais surtout parce que qu'il est d'une grande lucidité, et d'une grande tolérance. Seul comptait à ce moment-là bouter les anglais hors de cette région pour pouvoir y vivre libre, construire une nation, et accueillir les rescapés des camps nazis.
J'ai été frappée par la haute conscience politique de ce gamin de 8 ans, qui suivait à la radio les travaux de L'ONU sur le vote ou pas de la création de l'état
• L'aspect littéraire
Amos Oz grandit au sein d'une faille d'intellectuels, et de grands lettrés, sans avoir forcément pu avoir le parcours professionnel qu'ils méritaient, en particulier son père. le jeune garçon est très jeune imbibé de littérature aussi bien classique, que judaïque. Sa prose est riche, son style est raffiné.
• L'aspect familial et affectif
Amos Oz saura me toucher dans le drame familial qui le frappe alors qu'il a douze ans. Ce deuil, il n'en parlera pas d'emblée, mais insidieusement, de- ci de –là, pour y revenir plus longuement. C'est une blessure qui ne s'est jamais complètement refermée. Un épisode de sa vie qui a sans aucun doute façonné sa vie d'homme et de père.
Ses rapports avec le père sont compliqués. Cela passera par un changement de nom, une expérience communautaire qui changera ses visions du sionisme.
« Je lui en voulais d'être partie sans me dire au revoir, sans m'embrasse, sans explication : pourtant même un parfait étranger, un coursier un colporteur qui frappait à la porte, ma mère ne le laissait jamais repartir sans lui proposer un verre d'eau, sans un sourire, un mot d'excuse, quelques paroles aimables. Quand j'étais petit elle ne me permettait jamais d'aller seul à l'épicerie dans une cour inconnue ou un jardin public. Comment avait-elle pu ? »
Ce livre, épais, peut impressionner au premier abord, le portrait de famille de la couverture a une allure austère, un peu froide. L'ouvrage est d'une richesse inouïe, d'une lecture agréable. Il est à mon sens incontournable.
Lien : http://leblogdemimipinson.bl..
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KRISS45
  11 juin 2017
Après de nombreuses déceptions, j'ai trouvé avec "une histoire d'amour et de ténèbres" un roman qui justifie pleinement ma passion pour la littérature.
D'ailleurs, je trouve regrettable que les critiques précédentes ne fassent pas suffisamment honneur à l'excellence de ce récit autobiographique. Saurais-je faire mieux pour vous communiquer mon enthousiasme ?
Amos Oz est un Sabra, né sur la terre d'Israël en 1939, alors que ses parents sont des exilés, déracinés d'Europe de l'Est, c'est à dire qu'ils portent à des degrés divers les stigmates de leur déracinement.
Enfant curieux et éveillé, élevé dans un milieu intellectuel, l'auteur a vécu la fin du mandat britannique, la création de l'Etat, la guerre d'indépendance. Tous les évènements douloureux et chaotiques qui s'y rattachent sont évoqués avec force et une réflexion de fond.
En marge de la grande Histoire, c'est le passé de ses grands parents et de ses parents qu'il relate avec un exceptionnel talent de narrateur et de conteur, en faisant toujours preuve d'humanité, d'esprit d'observation, d'analyse. Son regard est lucide, souvent drôle envers les travers de sa communauté, et plein d'empathie pour la partie adverse dont il admet la frustration et la révolte.
L'absence de chronologie du roman n'est pas un problème. Au contraire, elle exprime tous les souvenirs qui le hantent et se rappellent à lui au fil de sa pensée, passant de l'intime au général, ou inversement.
Il y a des pages douloureuses concernant son entourage, ceux qui n'ont pas su ou pu maîtriser les souffrances, les déceptions, les pertes. Sa mère est le plus bouleversant exemple de cette tragédie.
Mais il y a aussi des pages d'espoir qui évoquent les conquérants, ceux qui ont décidé de tourner la page et de reconstruire un monde à leur mesure. Bien sûr, le problème de fond n'est toujours pas réglé mais je rappelle qu'Amos Oz, partie prenante dans le conflit, appartient à la minorité progressiste qui oeuvre pour la paix.
Je quitte le monde et la pensée d'Amos Oz avec regret.
Six jours m'ont suffit pour venir à bout des 850 pages de la version Folio. J'aurais pu mettre Six étoiles si c'était possible.
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JeanPierreV
  12 juin 2016
Un homme passionnant, un auteur majeur de la littérature israélienne nous livre l'histoire de sa vie et celle de sa famille. Une histoire familiale pas banale qui se mêle avec la grande Histoire de l'État d'Israël, et avec celle de la Littérature.
Trois histoires intimement imbriquées
Histoire tout d'abord de familles, paternelles et maternelles qui quittèrent l'Europe centrale et la Russie dès le début du XXème siècle pour certains et, pour d'autres, afin de fuir les menaces staliniennes et nazies. Deux régimes qu'Amos Oz met dans le même sac. Certains cousins, moins chanceux perdirent leur vie dans cette Shoah par balles. Quant à lui, il naquit en Israël en 1939...Une histoire familiale rattrapée et bousculée par la Grande histoire. Amos Oz nous fait partager les grands et petits moments de ses familles paternelles et maternelles, avant leur arrivée en Israël ainsi que son histoire, enfant puis celle de l'adolescent, dont le père ne partageait pas les idées. Il voulait vivre dans un Kibboutz, son père lui avait prévu un autre destin, plus digne de ses capacités. Des conditions de vie familiale spartiates, un petit appartement sombre, une cour toujours à l'ombre au sol dur et stérile où même les radis refusaient de pousser. Un père intellectuel et une mère au foyer mélancolique et dépressive qui disparaitra bien trop tôt. Deux êtres simples et aimant qui ont transmis à Amos Oz sa simplicité humaine et un amour certain des autres
Histoire politique d'un pays ensuite, qui nous permet d'assister aux premiers pas de l'État d'Israël, de côtoyer aussi bien bien les leaders sionistes que les combattants de 1947, Ben Gourion et Begin, que son père rencontrait et avec lesquels Amos eut également le plaisir d'échanger des idées. Il eu même l'honneur, alors qu'il effectuait son service militaire, d'être reçu en tête à tête par Ben Gourion. L'histoire d'un pays qui créa son propre modèle social et socialiste, les kibboutz. Les informations sont nombreuses, Cette histoire est aussi une partie de celle de la Pologne, de la Russie, de l'Angleterre, des pays Arabes. Cette Histoire est aussi celle de ces milliers de réfugiés, homme et femmes d'origines géographiques et de langues diverses. Des réfugiés qui fondaient de grands espoirs parfois déçus, mais qui très vite devinrent un peuple uni qui se battra pour son autonomie et pour créer un pays.
Histoire de la littérature, de la culture enfin. "Papa lisait seize ou dix-sept langues et en parlait onze (avec l'accent russe). Maman en parlait quatre ou cinq et en lisait sept ou huit. Ils discutaient en russe et en polonais quand ils ne voulaient pas que je comprenne (ce qui était presque toujours le cas). [....] Pour la culture, ils lisaient surtout en allemand et en anglais, et rêvaient probablement en yiddish. Mais à moi, ils n'enseignaient que l'hébreu : peut-être craignaient-ils que je succombe à mon tour au charme de la belle et fatale Europe si j'en connaissais les langues." (P. 11). Son grand-oncle paternel Yosef Klausner était professeur d'université et fut l'un des leaders sioniste. Cette proximité avec eux détermina en partie la vocation littéraire du jeune Amos. Très tôt il aima et dévora les livres. Parmi les relations de son père et sont grand-oncle paternel figurait Shmuel Yosef Agnon, connu sous l'acronyme Shai Agnon. Écrivain israélien, il fut le premier écrivain de langue hébraïque à remporter le Prix Nobel de littérature. C'était en 1966. Il fut aussi l'un des premiers à lire les textes du jeune auteur Amos OZ et à lui donner son avis.
Trois histoires qui se mêlent et s'imbriquent étroitement, trois histoires qui m'ont passionné.
Un livre dense, pas toujours facile à lire et à suivre, l'auteur jonglant avec les périodes, les retours en arrières..près de 870 pages riches qu'on ne lira pas d'un trait et dans lesquelles on se perd parfois. Des pages d'un destin pas banal et d'amour d'un homme pour sa mère trop tôt perdue par son état dépressif, d'amour d'un israélien pour son pays, sa culture, son peuple et d'amour d'un auteur pour les livres et la Littérature.
Des pages d'émotions, de détails, de réflexions. Une belle leçon de vie et d'Histoire

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Pasoa
  05 novembre 2017
"Une histoire d'amour et de ténèbres" d'Amos Oz, c'est d'abord la photo de la couverture du roman. Sous une couleur bleutée, elle réunit un couple et leur jeune fils. Représente-t-elle le petit Amos et ses parents ? J'ai voulu croire que oui car tout au long de la lecture, je suis souvent venu la regarder, scruter dans le regard de chacun les reflets de l'histoire, de leur histoire.

"Une histoire d'amour et de ténèbres" est un roman dense, polyphonique, le plus résolument autobiographique de l'écrivain israélien. Au récit historique (celui du peuple juif d'Europe centrale et de l'est fuyant les pogroms dans les années 30 pour venir s'installer en Palestine) se mêle celui de la famille de l'auteur, de ses parents, Fania sa mère et Yehuda Arié son père. C'est un portrait tout en nuances claires et obscures d'une famille au travers du regard d'un enfant puis d'un jeune homme qui ne s'est jamais remis de la disparition prématurée de sa mère et de celle plus récente de son père qu'il estimait par-dessus tout.

Je le confesse, j'ai eu quelque mal à rentrer dans le récit, dans un livre de près de 900 pages. L'auteur s'emploie longuement à retracer l'histoire de sa famille et celle du peuple juif d'Europe de l'est, empruntant à l'une de quoi faire connaître l'autre. Puis, lentement, je me suis fait aux circonvolutions de style, au récit ténu et par petites touches, je suis allé à la rencontre de cette histoire, de chacun des personnages (l'attentive tante Greta, la déconcertante grand-mère Shlomit, le grand oncle érudit Yosef Klausner) et plus encore de Fania et de Yehuda Arié, les parents du jeune Amos.

Au fil des pages, le style se dessert, comme si le sortir de l'enfance permettait au narrateur de rentrer plus avant dans son histoire et celle des siens.

Teinté de nostalgie, de tendresse mais aussi de douleur, c'est un roman qui suscite l'idée de lien. Liens avec l'histoire, le destin de son peuple, de son pays mais aussi avec les siens aujourd'hui disparus mais à jamais vivants dans le coeur de l'écrivain.

C'est un roman que j'ai profondément aimé.
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Tezelsup
  10 mai 2017
J'ai lu ce livre alors que je ne connaissais pas du tout l'écrivain israélien, Amos Oz.
Le livre est juste sublime. Ce récit autobiographique raconte la jeunesse d'Amos Oz, comment il s'est construit et formé. Un seul bémol: j'ai parfois trouvé un peu long la description des étapes menant à la constitution de l'Etat d'Israël.
Son enfance et adolescence sont marquées par la constitution d'Israël en tant que nation mais pas seulement. Les rapports sont parfois compliqués avec son père qui occasionnellement trompe sa femme. La mère d'Amos Oz, une femme sensible et douce, fragile aussi, met un terme à sa vie alors que le petit Amos a une dizaine d'années. Ce choc est vécu comme un tremblement de terre par Amos Oz. L'auteur dira plus tard qu'il a mis cinquante ans à pouvoir juguler cette souffrance.
Les dernières pages du récit sont incroyablement belles et bouleversantes. Elles m'ont fait pleurer. Amos Oz y parle de sa mère. S'il ne fallait lire ces 850 pages uniquement pour parvenir à cette dernière partie, cela en vaudrait largement la peine.
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cathe
  11 août 2015
Autre grande figure de la littérature israélienne avec Appelfeld, j'ai découvert Amos Oz par son autobiographie, imposant livre de presque 600 pages.

Sortant de plusieurs livres d'Appelfeld, j'ai d'abord été déstabilisée par le style, beaucoup moins lyrique et beaucoup plus "bavard" si je puis dire. Mais très vite on est emporté par la puissance de cette évocation qui nous mène de la vie de ses grand-parents au 19è siècle en Europe de l'Est jusqu'à la création d'Israël et même jusqu'à quelques incursions de nos jours.

Les parents de l'auteur ont tous les deux été élevés dans des familles juives non pratiquantes et ont de solides racines intellectuelles et littéraires. le père parle une quinzaine de langue et ce n'est qu'à cause d'un concours de circonstances qu'il n'a pas été nommé professeur à l'Université mais est resté bibliothécaire à la Bibliothèque nationale de Jérusalem. Sa mère a une culture très russe et française et donne des cours particuliers. Elevés en Europe de l'Est , ils rejoignent Israël en 1919 pour l'un et dans les années 30 pour l'autre. Leur minuscule appartement en sous-sol, à Jérusalem, est tapissé de livres et chez eux littérature et tolérance vont ensemble. Bien sûr une telle "saga" ne va pas sans des portraits étonnants, des anecdotes émouvantes et des circonstances tragiques. On est littéralement emporté par l'itinéraire de cet auteur dont la vie personnelle se mêle à l'histoire mondiale.

Pourtant, au milieu du livre, une brèche apparaît : il nous annonce que sa mère s'est suicidée à 38 ans alors qu'il avait onze ans (il est né en 1939). Et soudain ce livre nous apparait comme une quête désespérée de comprendre. Pourquoi ce suicide, pourquoi cet abandon, pourquoi son père ne lui en parle-t-il jamais, même quand Amos Oz partira à quinze ans dans un kibboutz (il y restera quarante ans) ? le livre, sous un aspect très agréable à lire et dans un style très enlevé, est un témoignage inoubliable sur cette période mais aussi une tentative de mieux connaître cette mère, son histoire et son entourage, et peut-être les raisons de sa mort !
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Aryia
  08 septembre 2017
J'ai beau être une lectrice passionnée, je dois avouer être toujours assez peu enthousiaste face aux bibliographies obligatoires de mes professeurs de littérature : de mauvais souvenirs datant du collège m'ont rendues plutôt réticente aux lectures scolaires. C'est donc assez peu motivée que je me suis lancée dans ce roman, le seul de la liste qui me semblait un minimum intéressant. Et finalement, je suis véritablement ravie d'avoir dépassé mon appréhension première : ce fut une très belle lecture, même si ce n'est pas du tout le genre de livre que je lis d'ordinaire ! Pas évident à chroniquer car j'ai toutes les grilles de lecture données par ma prof en tête, mais je vais essayer de faire abstraction de ces considérations littéraires pour vous expliquer simplement ce qui m'a plu dans ce roman autobiographique.

Nous suivons donc l'enfance du petit Amos, qui vit avec ses parents dans un quartier modeste de Jérusalem. Chapitre après chapitre, pièce après pièce, il reconstitue le puzzle de son enfance, qui a fait de lui ce qu'il est aujourd'hui. Pour cela, il nous conte l'histoire complexe de sa famille, il remonte toujours plus loin dans le passé pour mieux saisir le fabuleux hasard qui lui a donné naissance. Pour cela, il nous conte l'histoire tumultueuse de son pays, il explique avec son regard et ses mots d'enfants les événements qui ont précédés et suivis la reconnaissance de l'Etat d'Israël par l'ONU. Et ces deux histoires s'entremêlent pour n'en former plus qu'une, celle du petit Amos qui grandit au milieu de tous ces événements nationaux et familiaux …

A mes yeux, la force de ce récit, c'est sa narration : elle mêle avec brio l'innocence de l'enfance et la pleine conscience de l'âge adulte. Tout tourne sans cesse entre ces deux perceptions, ces deux visions du monde, qui n'en forment finalement qu'une puisqu'il s'agit simplement de la même personne à deux moments différents de sa vie. Il y a des choses que l'enfant ne comprend pas encore, ou pas parfaitement, et qui restent donc floues jusqu'à ce que l'adulte narrateur intervienne pour clarifier tel ou tel événement. le lecteur se retrouve donc au coeur de cette rencontre, au milieu de cette confrontation entre les souvenirs d'enfance et la compréhension à posteriori de cette mémoire. Et finalement, il est aussi question de la construction d'une identité : comment les événements extérieurs, les rencontres, la vision que les autres ont sur nous, permettent-ils de faire qu'un enfant devienne un adulte unique et différent de tout autre ? Quelle est la force du passé sur le présent ? Tout ceci, cette histoire le montre bien.

Je dois avouer ne pas vraiment savoir quoi ajouter : comme précise au début, ce n'est pas du tout mon genre de prédilection, aussi ne sais-je pas trop comment approfondir cette chronique. Je me contente donc de dire que ce fut une belle lecture, une histoire qui nous fait voir l'histoire plus concrètement, un récit de vie qui se lit très facilement. Il y a finalement plusieurs histoires dans cette histoire : celle d'Amos, celle de l'état d'Israël, mais aussi celle de la maman d'Amos, celle de sa maitresse, celle de son grand-père ... et j'en passe ! Bien loin de me décourager ou de me perdre, cette multiplication d'histoires m'a passionnée : finalement, ne serions-nous pas aussi les héritiers inconscients du vécu de nos parents, de nos grands-parents, et ainsi de suite ? Ne serions-nous pas la somme de toutes ces rencontres, de tous ces événements qui conduisirent à notre naissance ? Je conseille donc ce livre aux passionnés d'histoire ainsi qu'à ceux qui aiment les autobiographies.

Lien : https://lesmotsetaientlivres..
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stcyr04
  25 octobre 2017
Une histoire d'amour et d'ombre est, de l'aveu de son auteur et à l'image de l'ensemble de son oeuvre, un récit autobiographique, de grande envergure. Dans cette fresque familiale, Amos Oz retrace son enfance à Jérusalem, dans un milieu multiculturel modeste mais érudit, cultivant un profond dévouement pour le verbe et les livres, au sein d'une famille de sionistes fervents, ayant des relations suivis avec le monde politique et l'intelligentsia hiérosolymitaine. C'est à travers son regard juvénile que nous nous familiarisons avec les figures attachantes et hautes en couleur de sa famille, à commencer par ce père particulièrement cultivé, vibrant des poèmes épiques qu'il déclame, adepte des plaisanteries et des calembours propre à combler les silences qu'il redoute par dessus tout. Impossible d'oublier le portrait de sa mère, mélancolique et insomniaque, inconsolable et regrettant à jamais sa jeunesse ukrainienne, et partie trop tôt. Mais la liste des personnages, proches, voisins, amis est étendue, il serait vain de tous les évoquer ici tant le roman foisonne de figures d'une belle et riche humanité. L'auteur en excellent conteur convoque ses personnages dans le théâtre de sa mémoire et les mêle à l'évocation de figures littéraires et politiques juives de premier plan qu'il a eu l'honneur insigne de côtoyer. La chronique familiale est le reflet de l'évolution d'une société israélienne composite et complexe en pleine mutation et le récit s'inscrit également dans des événement historiques de plus grande envergure. le présent roman propose aussi de belles et sensibles pages du temps de la diaspora lorsque ses parents vivaient encore en Lituanie et en Ukraine. L'auteur partage aussi ses réflexions sur la lecture, l'écriture, sa production littéraire, évoque les grand auteurs russes, les écrivains d'expression hébraïques et yiddish.

Une histoire d'amour et d'ombre est une chronique douce amère, parcouru par l'humour tendre et indulgent de celui qui conte ses espiègleries et ses naïvetés d'enfance et inclinant ensuite vers une note plus douloureuse à l'évocation des chers disparus. Un vaste panorama de la société israélienne moderne, une belle découverte.
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