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ISBN : 2757856979
Éditeur : Points (21/01/2016)

Note moyenne : 4.03/5 (sur 196 notes)
Résumé :
Lancé sur la piste d'un mystérieux tableau de Rembrandt, disparu dans le port de La Havane en 1939 et retrouvé comme par magie des décennies plus tard dans une vente aux enchères à Londres, Mario Conde, ex-policier reconverti dans le commerce de livres anciens, nous entraîne dans une enquête trépidante qui tutoie souvent la grande histoire. On y fréquente les juifs de la capitale cubaine, dans les années prérévolutionnaires, tiraillés entre le respect des traditions... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (54) Voir plus Ajouter une critique
joedi
  18 avril 2015
Hérétiques est plus qu'un roman, Hérétiques se divise en trois livres et se termine par une Genèse. Les trois livres portent les prénoms de DANIEL, ELÍAS et JUDITH, personnages bibliques hébraïques.
J'imaginais que Hérétiques avec le personnage de Mario Conde, ex-policier reconverti dans le commerce de livres anciens et détective à ses heures était un roman dans la lignée de Brumes du passé que j'avais apprécié. Erreur, si Mario Conde fidèle à lui-même, un homme sensible, humain, analyste, qui va au fond des choses, occupe une place de choix dans une grande partie du roman, il est absent du second livre, livre de ELÍAS, partie historique consacrée au peintre Rembrandt et son époque. Pour ce qui est du troisième livre, le livre de JUDITH, Mario Conde découvre une jeunesse cubaine qui se marginalise, divisée en tribus, emo, freaks, rockeurs ... tous voulant afficher leur non-conformisme et leur liberté. Conde recherche une jeune fille émo disparue ...
Leonardo Padura, fidèle à lui-même, raconte Cuba et La Havane personnage principal de ses livres et raconte, dans le livre de ELÍAS qui se déroule dans les années 1643-1645 à Amsterdam, la Nouvelle Jérusalem, une partie de l'histoire des Juifs, de leurs persécutions, l'atelier de Rembrandt et l'évolution d'un de ses élèves, juif qui brave sa religion lui interdisant la peinture, pour revenir à La Havane en 2008 dans le livre de JUDITH.
Hérétiques est un roman magistral !
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Sachenka
  09 juillet 2016
J'ai beaucoup d'éloges à écrire à propos du roman Hérétiques, de Leonardo Padura. Beaucoup d'éloges, oui, même si quelques détails m'ont agacé. Des trois parties, le premier livre commence par une enquête policière avec Mario Condé, un ancien policier converti en libraire (mettons !) mais aussi détective privé à ses heures. Il se voit confier une affaire par Elias Kaminsky, le fils d'une vieille connaissance. Une peinture de Rembrandt qui appartenait depuis des siècles à la famille mais qu'on croyait perdue a refait surface dans un encan à Londres. Qui l'a dérobé ? Oui, bien sur, mais surtout comment ? Car le sort du tableau est lié à celui, tragique, de la famille Kaminsky.
En effet, Daniel Kaminsky, le père d'Elias, était un juif originaire de Pologne. Sa famille l'a envoyé à Cuba, où l'oncle Joseph habitait déjà, et espérait l'y rejoindre rapidement. Elle pensa y parvenir à la fin 1938 quand elle acheta avec ses dernières économies un billet sur le navire St-Louis. Il ne lui restait comme seule possession que le fameux tableau Malheureusement, des intrigues politiques mirent fin à leur espoir : on refusa l'asile aux centaines de réfugiés et le navire dut rebrousser chemin sous le regard impuissant de Daniel. La famille Kaminsky (le père, la mère et la soeur Judith) fut prise dans la tourmente de la Seconde guerre mondiale et de l'Holocauste. Mais qu'est-il advenu du tableau dans tout ça ? Comment s'est-il retrouvé à Londres ?
Cette histoire était très intrigante. En tant que lecteur, on est pris entre ces deux époques. Mario Condé qui mène ses recherches à notre époque, mais aussi Daniel Kaminsky qui essaie de survivre dans les années 30 et 40, qui est témoin de l'arrivée du St-Louis dans le port de LaHavane mais aussi de son renvoi. Padura a un don certain pour ce qui est d'intégrer la petite histoire des personnages à la grande Histoire de l'humanité. J'y ai cru, à ce jeune juif et à son oncle Joseph, à leurs déboires mais surtout à leur ingéniosité et à leur débrouillardise pour se créer leur petit monde dans ce grand monde presque hostile qui les entourait.
Puis, dans le deuxième livre, on est transporté plus de trois cents ans en arrière, à l'époque de Rembrandt. On comprendra assez facilement que cette partie du roman racontera comment le fameux tableau du maitre peintre s'est retrouvé entre les mains de la famille Kaminsky. J'ai trouvé ce passage très instructif. J'ai appris beaucoup de choses sur les Pays-Bas, Amsterdam, le protestantisme mais aussi sur le judaïsme et les communautés juives, sur leur sort dans une Europe en pleine guerre de religion et de bouleversements multiples. Évidemment, Padura s'est beaucoup documenté et son roman est une preuve de sa grande érudition.
Puis, avec le troisième livre, on revient à nouveau à notre époque. Mais, cette fois-ci, Mario Condé est supplié par la jeune Yadine (qu'il avait croisé par hasard lors de son enquête) de retrouver son amie disparue. Cette jeune fille a vu le détective en action et, devant l'inaction de la polcie, elle croit qu'il pourra faire quelque chose. Une autre trame à une histoire déjà longue et inutilement compliquée ? J'ai compris assez vite qu'elle n'y avait pas été intégrée sans raison, qu'un lien quelconque allait la rattacher aux autres livres, soit le sort du fameux tableau. Mais, rendu à près de 500 pages, même si l'intrigue est intéressante, on a hâte d'en arriver au dénouement. Au moins, il nous présente un LaHavane différent, celui des émos, des gothiques, des laissés-pour-compte.
La principale critique que j'ai à formuler à propos d'Hérétiques : un peu trop long ! C'est ce qui m'empêche de lui donner 5 étoiles. Mais j'ai tout de même passé un excellent moment à lire ce roman. On a plus qu'une seule intrigue policière et c'est probablement ce qui m'incitera à vouloir le relire dans quelques années.
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michfred
  06 juin 2017
Troisième Leonardo Padura à mon actif !

Une somme- trois livres en un, en fait, comme l'ont déjà dit maintes critiques avant moi.
Un peu longuet, malgré l'intérêt évident des périodes évoquées, très « politiques » , très « historiques » comme toujours chez Padura.
Plus de 600 pages, donc , qui baladent le lecteur de la Havane à la fin des années 30 à Miami à la fin des années 50, d'Amsterdam au milieu du XVIIème siècle à La Havane en 2009, pour se terminer par une Genèse qui est aussi une sorte d'Apocalypse- en Pologne, au moment des pogromes de Chemiel le Cosaque…
Un peu pesant aussi, car, pour assurer la lisibilité du lien qui relie les trois livres de cette double enquête, Padura s'étend parfois laborieusement sur ce qui les rapproche.
A savoir, cette hérésie-du grec airèsis, le choix- qui relie les trois livres et leurs trois héros éponymes-Daniel, Elias, Judith- : hérésie morale et religieuse pour Daniel, hérésie religieuse et artistique pour Elias, hérésie sociétale et philosophique pour Judith.
Des longueurs et des pesanteurs, donc, mais néanmoins un livre instructif et fascinant : en dépit des dictatures, des persécutions, des intolérances exogènes ou endogènes, en dépit des déterminismes sociaux ou familiaux, en dépit des règles et des lois, Padura proclame hautement la primauté du choix, de la liberté individuelle, celle de la VIE qui doit toujours l'emporter sur tous les carcans , toutes les pressions, toutes les pesanteurs de la société ou de la religion.
Et notre Conde avec son chien foutraque et puant, ses potes improbables, sa compagne libre et sensuelle, son goût immodéré pour le rhum et les grandes bouffes amicales et surtout son indépendance viscérale est certainement le meilleur ex-flic pour dénouer les fils embrouillés de cette intrigue tissée autour d'un tableau de Rembrandt, qui, venu à La Havane depuis l'Allemagne nazie, sur le paquebot Saint Louis de honteuse mémoire, échoue dans une vente publique de Londres, déclenchant questions, morts et remords…
La Havane est comme toujours un des « personnages » les plus vivants ( d'une partie ) de cette trilogie. On la retrouve comme on retrouverait une vieille amie un peu usée par la vie, le rhum et les désillusions.
Surtout on apprend mille choses sur la diaspora juive à Cuba et Miami, au temps du nazisme ou de la dictature de Batista, puis au temps de la révolution castriste, ou encore à Amsterdam, cette « Nouvelle Jérusalem » du XVIIème siècle, fragile îlot de tolérance dans une Europe où l'Inquisition sévissait sur les juifs sépharades et les terribles pogromes des Cosaques sur les juifs ashkénazes…
Autre délice aussi, pour moi : visiter l'atelier de Rembrandt, écouter ses secrets, admirer sa « manière » si novatrice, si « hérétique » elle aussi !
Au final, donc, un bilan mitigé : une lecture de l'auteur cubain moins enthousiaste, un peu plus poussive, parfois, que les précédentes, mais un apport historique, culturel immense, et une très grande richesse de contenu !
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Tricia12
  09 octobre 2014
Autant le dire tout de suite, on a affaire ici à un roman très dense et on comprend qu'il ait fallu plus de trois ans à Leonardo Padura pour nous produire cet opus de 603 pages (qui sont bien remplies...).
Je l'avais découvert avec «Les brumes du passé» et enchainé avec «Mort d'un chinois à la Havane». Je ne suis pas déçue d'avoir pris un peu de temps pour lire «Hérétiques».
Pour ceux qui ne connaissent pas Padura, le héros, Conde, est récurrent: c'est un ancien flic, aujourd'hui la cinquantaine, devenu revendeur de livres anciens que certains cubains désargentés sont contraints de vendre.
Dans les aventures qui nous intéressent ici, il va rencontrer un homme américain, Elias Kaminsky, peintre de son état, dont le père, Daniel Kaminsky était arrivé enfant en 39 à la Havane pour la fuir vingt ans plus tard. Il avait débarqué seul et avait été accueilli par un oncle.
Le reste de sa famille juive devait le rejoindre avec pour monnaie d'échange si nécessaire pour soudoyer les autorités cubaines, un tableau de Rembrandt (dans la famille depuis trois siècles).
Seulement voilà, le petit Daniel Kaminsky verra depuis le port le bateau Saint Louis à bord duquel se trouvent ses parents et sa petite soeur, quitter les eaux cubaines le 1er juin 1939 après six jours interminables d'attente et de palabres avec les autorités. Ce bateau qui n'avait pratiquement à son bord que des juifs fuyant l'Europe sera aussi refusé par les Etats-Unis et retournera en Europe où l'on sait le sort qui fut réservé à ses passagers...(le fait est véridique).
Bref, Elias Kaminsky voudrait bien savoir, avec l'aide de notre héros Conde, ce qui s'est passé et pourquoi aujourd'hui le tableau de Rembrandt se retrouve en vente à Londres.
Le roman est constitué de trois «livres» et d'une genèse en toute fin (références bibliques obligent).
Le premier, «livre de Daniel» prend place à la Havane de 1939 à 1959 (comme toujours ville-personnage à part entière chez Padura), le Miami de la communauté cubaine exilée dans les années 60 et enfin en 2007, année où se situe «l'enquête».
Le second, «livre d'Elias» se situe entre 1643 et 1647 à Amsterdam (appelée la Nouvelle Jerusalem par les juifs ayant fui l'inquisition qui y trouvèrent refuge et liberté). On suit un jeune juif, Elias Ambrosius, fervent admirateur du Maître Rembrandt, qui souhaite devenir peintre malgré le fait que la pratique soit interdite par «le deuxième commandement de la Loi sacrée» car source d'idolâtrie et qui risque le bannissement par sa communauté s'il enfreint la règle.
Enfin, dans le dernier livre, «livre de Judith», on retrouve Conde chargé d'enquêter sur la disparition d'une adolescente à la Havane en 2008.
Bien entendu, tout est lié...Et la genèse de la fin (bel oxymore...) du livre nous donne aussi quelques clés sur l'histoire du fameux tableau disparu et surtout sur le massacre des juifs perpétré en Pologne dans les années 1650.
Le propos du livre est centré sur l'exercice du libre-arbitre de chacun des principaux personnages qui ont à faire des choix qui peuvent aller à l'encontre de leurs communautés.
J'ai préféré les deux premières parties à la troisième bien que cette dernière dépeigne certainement avec beaucoup de justesse le désenchantement d'une partie de la jeunesse cubaine actuelle mais je l'ai trouvé un peu long.
Le personnage de Conde est définitivement attachant (vieux garçon et compagnon d'un chien plutôt repoussant), aimant partager des moments (toujours bien arrosés) avec ses vieux amis et amoureux de sa Tamara avec laquelle il hésite désormais à se marier.
Le talent de Padura tient dans le fait que certes, l'écriture est assez exigeante, avec parfois de longues phrases (mais avec quel talent!... et bravo au passage à la traductrice) et de la réflexion mais qu'il sait aussi faire part de beaucoup d'ironie et de tendresse en particulier lorsqu'il évoque Conde et ses relations amicales et amoureuses. Les différentes atmosphères sont très bien restituées.
La partie sur Amsterdam est vraiment passionnante et si vous avez eu l'occasion de visiter la maison de Rembrandt, vous pourrez «visualiser» un certain nombre de scènes ce qui est toujours intéressant.
Le livre est émaillé de références à des enquêtes passés (les titres des romans sont indiqués) mais ça ne gêne en rien la lecture si on ne les a pas lus.
Je conseillerasi peut-être cependant de commencer plutôt par «les Brumes du passé» qui est plus court et et si cela vous plait, d'enchainer sur ce brillant ouvrage.

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Ode
  03 mai 2015
Voici un roman complexe et foisonnant, qui rend hommage aux hérétiques contemporains ou anciens, osant défier leur religion ou l'ordre établi. Sa construction biblique en trois livres et une genèse, assez ironique compte tenu du titre, permet de séparer le récit en trois parties distinctes, bien que liées.
Le héros, ou plutôt anti-héros, de cette histoire est Mario Conde, ex-policier cubain, qui vivote maintenant en revendant des livres anciens. Dans la première partie (livre de Daniel), il aide le fils de Daniel Kaminsky — juif polonais émigré à La Havane avant la guerre — à reconstituer le parcours de son père sur les traces d'un mystérieux tableau de Rembrandt extorqué à sa famille à l'époque nazie.
La deuxième partie (livre d'Elias), située au XVIIe siècle à Amsterdam, décrit la vie de Rembrandt et d'un de ses apprentis, expliquant ainsi l'origine du fameux tableau.
Retour à La Havane pour la troisième partie (livre de Judith), où Conde enquête cette fois sur la disparition d'une jeune fille. Cette sombre affaire le remettra contre toute attente sur la piste du tableau.
Quant à la genèse, en partie tirée d'une chronique du XVIIe siècle, je vous signale seulement qu'il faut avoir le coeur bien accroché pour la lire...
Reconstitution historique et polar, immersion dans la Havane de 1939 à nos jours, biographie de Rembrandt, essai sur la liberté ou sur la persécution des juifs au cours des siècles, les 600 pages d'Hérétiques ne cèdent jamais à la facilité. Une fois acclimatée aux redondances de Leonardo Padura, qui ne lésine ni sur les adjectifs ni sur les explications, j'ai adoré suivre Mario Conde, ses bouteilles de rhum et sa vieille clique de copains tous affublés de surnoms: le Flaco (le maigre), le Conejo (le lapin), Candito el Rojo (le rouge), Yoyi el Palomo (le pigeon)… . Vieux con et macho dans l'âme, mais très fidèle en amitié comme en amour, Conde est décidément bien attachant. En revanche, j'ai trouvé la partie sur Rembrandt et son apprenti, bien que très documentée, un peu lente et touffue à mon goût. Heureusement que Conde reprend la main, et la bouteille, dans la dernière partie.
Au cours du récit, l'auteur fait souvent référence à ses enquêtes précédentes. Il n'est pas nécessaire de les avoir lues pour suivre celle-ci, mais je me laisserais bien tenter par une nouvelle virée à la Havane ! C'est l'occasion d'ajouter quelques titres à mon pense-bête.
*** Livre sélectionné pour le prix Libraires en Seine 2015 ; prix décerné à Jacob, Jacob ***
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critiques presse (1)
Telerama   17 septembre 2014
Roman flamboyant, Hérétiques est une épopée dédiée à cette cité, où un tableau du xviie siècle fait résonner d'éternelles révoltes...
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (98) Voir plus Ajouter une citation
SachenkaSachenka   30 juin 2016
Ou alors, il est aussi possible que les juifs aient voulu ressembler aux Allemands pour se débarrasser de l'image du commerçant ventru, économe, mesquin, comptant ses sous, et être ainsi accepté par les Allemands... Ce n'est pas un hasard si beaucoup de juifs se sont assimilés totalement, ou presque, et certains en sont mêmes venus à détester le judaïsme, comme Marx, un juif qui haïssait les juifs... Ce qui est terrible, selon l'auteur de ces jugements si inquiétants, c'est que, pourtant, le rêve des Allemands était juste l'opposé : ressembler pour l'essentiel aux juifs, c'est-à-dire, être de sang et d'esprit purs comm elles juifs disaient l'être, se sentir supérieurs, comme les juifs de par leur condition de peuple élu de Dieu, être fidèles è une Loi millénaire, être un peuple, un Volk, comme disaient les nationaux-socialistes et, en possédant toutes ces caractéristiques merveilleuses, devenir indestructibles, comme les juifs avaient toujours survécu, bien qu'ils n'aient pas de patrie et qu'ils aient été mille fois menacés d'extinction. En résumé : être différents, uniques, singuliers, grâce à la protection divine.
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OdeOde   08 mai 2015
Pendant qu’il se débarrassait de la sueur et des chaleurs de la journée, tout en imaginant lui donner une conclusion sexuelle satisfaisante, Mario Conde pensa qu’en vérité il pouvait considérer qu’il avait beaucoup de chance : des milliers de choses lui manquaient, le monde entier partait en couilles, mais il possédait encore quatre trésors qu’il pouvait considérer, dans leur magnifique conjonction, comme les meilleures récompenses que lui avaient données la vie. Parce qu’il avait de bons livres à lire ; un chien fou et voyou à soigner ; des amis à emmerder, à embrasser, avec lesquels il pouvait se saouler et se lâcher en évoquant les souvenirs d’autres temps qui, sous l’effet bénéfique de la distance, semblaient meilleurs ; et une femme à aimer qui, s’il ne se trompait pas trop, l’aimait également. Il jouissait de tout cela — et même maintenant d’une somme d’argent — dans un pays où bien des gens n’avaient presque rien ou sacrifiaient le peu qui leur restait : chaque jour, en travaillant au hasard des rues, il en rencontrait qui vendaient leurs livres dans l’espoir de sauver leurs estomacs, alors qu’ils avaient déjà perdu jusqu’à leurs derniers rêves.
Selon sa coutume de loup solitaire, Conde suspendit dans la douche le slip qu’il venait de laver et récupéra celui qu’il y avait laissé la veille.
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Yggdrasil7Yggdrasil7   26 novembre 2014
Suite à la disparition mystérieuse d'un tableau de Rembrandt, Mario Conde (héros récurrent des romans policiers de Leonardo Padura) est contacté par Elias Kaminsky, dont la famille juive a été spoliée de cette toile dans des conditions dramatiques en 1939. Bientôt convaincu, de la nécessité d'enquêter, l'ex-policier devra comprendre pourquoi Daniel Kaminsky, le père d'Elias, est parti précipitamment de la Havane juste avant la Révolution cubaine et pourquoi le tableau probablement volé, refait surface à Londres pour y être vendu. A partir de ce fil rouge, le lecteur est invité à un voyage passionnant parmi la diaspora juive de Cuba entre 1930 et 1950, dans l'atelier de Rembrandt dans lequel un jeune juif peint malgré les interdits de sa communauté, parmi des adolescents rebelles à leur façon dont la figure de Judith, cherchant désespérément sa liberté d'être.
Au travers de trois personnages emblématiques, Leonardo Padura livre une réflexion bouleversante sur le libre-arbitre mêlant différents genres littéraires tout en préservant l'attachement du lecteur à son héros principal carburant au rhum et à l'amitié indéfectible de ses amis.
La construction du roman procède par accumulation de trois récits distincts à différentes époques dont le deuxième intitulé : le livre d'Elias est d'un style plus exigeante et d'une portée philosophique très intéressante.
Extrait article Le Monde 09/2014 : Leonardo Padura "replacer les réalités cubaines dans un contexte plus vaste et universel. Il s'agit pour l'auteur "d'un roman ambitieux à la fois historique, philosophique, conceptuel, social, policier sans pour autant suivre les codes d'aucun genre"
A conseiller : aux lecteurs de policier, privilégiant un arrière-plan historique, une réflexion sociale, aux amateurs de Padura sans modération, appréciant un peu de complexité dans une intrigue. A mettre en parallèle avec trilogie de Padura " Les quatre saisons". A noter l'adaptation au cinéma du "Retour à Ithaque" (sortie le 3/12/2014) - 26/11/2014
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GabySenseiGabySensei   28 septembre 2014
Tandis qu'ils s'approchaient en voiture de l'adresse que Conde avait indiquée à Élias, le vieux quartier havanais leur révélait son éternel aspect sordide et son délabrement irréversible, de plus en plus flagrant et même blessant. Les maisons, dont la plupart ne bénéficiaient pas d'une terrasse sur le devant, avaient des portes crasseuses donnant directement sur des trottoirs sales. Les rues, pleines de profonds nids-de-poule d'ascendance historique, où croupissaient toutes les eaux possibles, semblaient avoir subi un bombardement méthodique. Les constructions, pour la plupart de matériaux peu nobles, qui avaient dépassé le cycle vital pour lequel elles avaient été programmées, exhalaient sans grâce leurs derniers soupirs. Pendant ce temps, les immeubles, qui avaient prétendu se démarquer de leurs voisins plus pauvres par leur qualité et leur taille, avaient bien souvent été victimes de la fragmentation : depuis des dizaines d'années, on les avait transformés en solares où les familles s'entassaient dans des espaces réduits et devaient encore, en plein XXIe siècle, utiliser ces toilettes collectives qui avaient tant martyrisé Pepe Cartera, à son époque. Dans les rues, sur les trottoirs, aux carrefour, une humanité sans expectatives, en marge du temps ou, pire encore, détaché de lui, regardait passer la brillante Audi avec des regards qui allaient de l'indifférence pour une vie possible qui, pas même en rêve (car ils ne rêvaient plus), ne serait jamais la leur, et l'indignation (leur dernier recours) par rejet viscéral de ce qui leur avait été refusé pendant des générations malgré d'infinis discours et d'infinies promesses. Des êtres dont l'existence, malgré l'obéissance et les sacrifices, s'était écoulée comme un passage transitoire entre le néant et le vide, entre l'oubli et la frustration.

(P209)
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joedijoedi   11 avril 2015
De plus, le haham lui avait transmis la douce conviction que les jours de la vie sont une sorte de cadeau extraordinaire dont il faut jouir goutte à goutte, car la mort de la substance physique, comme il l'affirmait souvent de sa chaire, ne signifie que l'extinction des attentes qui ont déjà disparu de nos vies. "La mort ne signifie pas la fin, disait le professeur. Ce qui conduit à la mort, c'est l'épuisement de nos désirs et de nos émois. Et cette mort s'avère vraiment définitive, car qui meurt ainsi ne peut aspirer au retour le jour du Jugement dernier ... La vie après la mort se construit ici-bas. Entre un état et l'autre, il n'existe qu'un seul lien : selon que nous avons vécu dans la plénitude, la conscience et la dignité notre existence, en apparence si petite, bien qu'en réalité si transcendante et unique comme ... comme un pain."
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Videos de Leonardo Padura (6) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Leonardo Padura
La chronique de Gérard Collard - Leonardo Padura
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