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EAN : 9791022608329
448 pages
Éditeur : Editions Métailié (10/01/2019)

Note moyenne : 4.01/5 (sur 76 notes)
Résumé :
Alors qu’il approche de son 60e anniversaire, Mario Conde broie du noir. Mais le coup de fil d’un ancien camarade de lycée réveille ses vieux instincts.
Au nom de l’amitié (mais aussi contre une somme plus qu’honorable), Bobby le charge de retrouver une mystérieuse statue de la Vierge noire que lui a volée un ex-amant un peu voyou.
Conde s’intéresse alors au milieu des marchands d’art de La Havane, découvre les mensonges et hypocrisies de tous les “gag... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (34) Voir plus Ajouter une critique
Cancie
  28 janvier 2019
La transparence du temps est le deuxième roman que je lis de Léonardo Padura. J'avais beaucoup apprécié L'homme qui aimait les chiens, livre qui traitait de la mort de Trotski et j'ai été à nouveau conquise.
Mario Conde, ex-flic, actuellement acheteur de vieux livres pour les revendre ensuite afin de subsister, vit à La Havane et voit avec une grande appréhension approcher la soixantaine. de nombreuses questions le taraudent : « Sur le point d'avoir soixante ans, qu'avait-il ? Que lèguerait-il ? Rien de rien et qu'est-ce qui l'attendait ? »
Il est donc dans un grand désarroi quand un coup de fil interrompt son état de tristesse et de mélancolie. C'est Bobby, de son vrai nom Roberto Roque Rosell, ancien camarade de lycée et d'université qui est au bout du fil et lui demande au nom de leur ancienne amitié de l'aider.
Conde, en ouvrant la porte à son ancien collègue venu lui expliquer de vive voix, est pour le moins surpris par le nouveau look de cet homme perdu de vue depuis de nombreuses années : «… un être androgyne, les cheveux teints en blond cendré, une boucle dans le lobe de l'oreille gauche, les sourcils redessinés… »
Bobby lui avoue qu'il est homo. Il lui explique qu'il est tombé amoureux de Raydel, l'a installé chez lui, a vécu deux ans avec lui. Mais, voilà, pour le commerce d'achat et de vente d'objets précieux, oeuvres d'art, bijoux… dont il vit, il a dû s'absenter pour aller à Miami régler une affaire. Lorsqu'il est rentré, son amant avait disparu ainsi que tous ses biens, bijoux, télé, matelas et surtout… une statue de la Vierge noire de Regla qu'il tenait de son arrière-grand-père, statue détentrice de pouvoirs spéciaux.
S'il n'a pas porté plainte et fait confiance à son ancien ami pour retrouver sa vierge, c'est parce qu'il est toujours amoureux, et qu'il compte sur son ami pour la retrouver, moyennant rétribution. Conde, flatté peut-être par la confiance que lui témoigne Bobby et surtout attiré par la somme assez conséquente qu'il lui propose et qui lui permettrait de sortir pour quelque temps de l'indigence, accepte.
Marco Conde, entouré de sa femme Tamara, de ses amis fidèles et de son inséparable chien Bassara II, va, pour retrouver cette statue, devoir faire connaissance avec des négociants d'art et les rencontrer, certains ayant pignon sur rue et d'autres pas du tout déclarés.
Au moyen de cette enquête policière, Leonardo Padura nous fait vivre une vraie saga historique et nous plonge dans cette vie torride de la Havane où se côtoient des habitants survivant dans une extrême pauvreté, dans des quartiers vraiment insalubres et les fameux « gagnants » de l'ouverture cubaine que sont les marchands d'art.
Par la qualité et la richesse de son écriture, l'auteur réussit à nous faire humer les plus belles senteurs, partager les meilleures saveurs et ressentir la puanteur de ces rues de bidonvilles.
Par l'intermédiaire de cette vierge noire qui a traversé l'histoire, il réussit même à nous faire revivre le siège de la ville chrétienne la plus riche et la plus convoitée de la terre qu'était Saint-Jean d'Acre.
J'ai vraiment été subjuguée par la façon dont Leonardo Padura réussit à mener cette enquête de manière aussi brillante avec un suspense maintenu de bout en bout, au coeur de cette Havane si colorée, si odorante, si riche et si pauvre.
Si la mélancolie est omniprésente, elle est tempérée par beaucoup d'humour et l'amour, l'amitié et l'entraide sont rendus avec une grande justesse. La lecture de ce roman m'a remis en mémoire Quand nous étions révolutionnaires de Roberto Ampuero, un auteur qui abordait également le désenchantement politique.
Je remercie chaleureusement Babelio et les éditions Métailié qui m'ont permis de lire ce roman qui m'a à la fois tenue en haleine et fait découvrir la grande histoire cubaine et l'Histoire en général : une grande fresque littéraire. La très belle couverture contribue, à mon avis, à renforcer l’atmosphère de La transparence du temps.

Lien : http://notre-jardin-des-livr..
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Fandol
  26 janvier 2020
Se lancer dans la lecture d'un roman de Leonardo Padura, c'est partir à l'aventure, vivre plusieurs vies, remonter dans le passé lointain et aussi, surtout, vibrer au cours d'une enquête policière extrêmement bien menée, ce qui rappelle que l'auteur est connu pour ses romans policiers.
J'avais déjà lu Leonardo Padura et beaucoup apprécié L'homme qui aimait les chiens et j'ai retrouvé, dans La transparence du temps, tout le talent de cet auteur cubain. Justement, dans ce roman, Cuba tient une place très importante, centrale même. Ici, l'auteur m'a plongé dans la vie quotidienne, dans les quartiers les plus insalubres où s'agglutinent ces migrants venus de l'est de l'île, comme dans ceux habités par la classe moyenne ainsi que dans ceux où se regroupent les nouveaux riches qui font du trafic d'oeuvres d'art. Miami est tout proche.
Par contre, c'est avec la Catalogne, la Garrotxa, que se connecte ce livre grâce à cette histoire de vierge noire médiévale volée et sur le point de disparaître complètement. C'est Bobby, un camarade de lycée, qui possédait cette sculpture en bois noir, héritage d'un lointain parent, membre de Templiers, que l'auteur replace en plein siège de Saint-Jean d'Acre par les Sarrasins, en 1291, avant son retour en France puis en Catalogne.
Les amis lycéens de Mario Conde, le héros de l'histoire, tiennent une grande place mais le temps des études secondaires est déjà loin car notre homme va bientôt fêter ses soixante ans et cela le traumatise… Il a l'impression d'entrer dans le quatrième âge ! Cet homme fut policier il y a une dizaine d'années mais il a conservé d'excellents réflexes et le prouve malgré une consommation de tabac et d'alcool – ah, le fameux rhum cubain ! – que je trouve excessive.
Tension extrême, assassinats, humour, recherches, références historiques très bien documentées, j'ai aimé lire ce long roman qui donne encore plus envie d'aller découvrir cette île où la vie est en train d'évoluer depuis que, le 17 décembre 2014, Raul Castro et Barack Obama ont lancé les négociations pour la normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis.
Le temps file, insaisissable mais l'écriture est là pour figer ses meilleurs moments mais permet aussi de puiser dans un passé proche ou lointain, permettant d'éclairer La transparence du temps.
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viou1108
  10 janvier 2019
Mario Conde a bientôt 60 ans, et ça lui fiche le cafard. Chaque jour, voyant l'issue fatale et l'entrée dans le quatrième âge approcher, « il se lan[ce] dans un processus de plus en plus ardu pour cuirasser son moral et se disposer, de nouveau, à faire tout son possible pour empêcher que l'arrivée inéluctable de la mort ne prenne de l'avance et ne se produise par simple inanition. Bref : il devait se botter le train pour sortir dans la rue, la vraie, pour gagner la vie qu'il lui restait et, dans la mesure du possible, retarder l'appel fatal en oubliant ses branlettes mentales pseudo-philosophiques ou littéraires ». C'est alors qu'il traîne ses savates et son air désabusé dans le marasme de la Havane qu'on fait appel à ses services de détective, contre la promesse d'un tas non négligeable de monnaie sonnante et trébuchante. Bobby, un ancien camarade de lycée, lui demande, le supplie, de retrouver la statue d'une Vierge noire qu'un ex-petit ami lui a volée, et à laquelle il tient plus qu'à la prunelle de ses yeux. L'ancien flic se lance alors dans une enquête qui l'emmènera du milieu (très) privilégié des marchands d'art et des galeristes à celui (très) misérable des bidonvilles de la Havane, peuplés de migrants ayant quitté l'encore plus misérable Santiago pour cet eldorado tout relatif. Si le contraste est grand entre richesse et pauvreté, ces deux univers ont en commun que l'appât du gain transforme certains êtres en crapules patentées, voire en assassins. Et en l'occurrence, cette Vierge noire, dotée d'une valeur qui semble inestimable et d'un mystérieux pouvoir, attise les convoitises.
C'est la première fois que je lis Leonardo Padura, il m'est donc impossible de dire si cette nouvelle enquête de Mario Conde est un cru supérieur aux précédents. Toujours est-il que j'ai dégusté celui-ci avec un plaisir certain. Dans la trame policière assez classique sont intercalés des chapitres retraçant l'origine et le parcours de la Vierge noire à travers les siècles, de l'époque des Croisades au Proche-Orient à la Guerre d'Espagne. Malgré quelques longueurs, l'histoire est intéressante, l'humour est noir, la misère aussi, mais l'amour et les amitiés sont fidèles et sincères, les personnages attachants. Leonardo Padura est un grand-maître dans l'art de dépeindre La Havane, sa transformation au fil d'une Révolution qui n'en finit pas de tourner en rond quitte à revenir à son point de départ. « La transparence du temps » est un roman truculent et bigarré, empreint d'une touche d'amertume et d'une bonne dose de sens critique, mais qui montre un attachement profond, envers et contre tout, à une ville et à un pays.
En partenariat avec les Editions Métailié.
Lien : https://voyagesaufildespages..
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sandrine57
  01 mars 2019
A l'approche de ses soixante ans, Mario Conde broie du noir, il sait bien que rien ne pourra arrêter la course du temps qui va faire de lui un vieillard bougon, ressassant ses envies avortées d'écriture. Pourtant, c'est d'un pas encore allègre qu'il se lance dans une nouvelle enquête. Contacté par un ancien camarade de lycée, l'ex-policier, reconverti en vendeur de livres et détective à ses heures perdues, accepte d'aider ce visage du passé qui a beaucoup changé. Roberto Roque Rosell, adolescent coincé et moqué pour ses manières efféminées, est devenu Bobby, un riche marchand d'art qui affiche fièrement ses préférences sexuelles. Son dernier petit ami vient d'ailleurs de profiter d'un de ses séjours à Miami pour vider sa maison du moindre objet pouvant être revendu. Parmi eux, la Vierge de Regla qu'il tient de son grand-père catalan, une statuette de cette vierge noire vénérée à Cuba et qui selon Bobby posséderait des pouvoirs extraordinaires. Conde n'est pas homme à croire à de telles balivernes mais il est un homme d'amitié. En souvenir du passé, il part sur les traces de cette vierge qui semble semer la mort derrière elle.
Où l'on retrouve Mario Conde à la poursuite d'une vierge venue du fond des âges. C'est l'occasion pour lui de se frotter à la corporation des marchands d'art où certains se font des fortunes en magouilles, trafics et autres usages de faux. Evoluant à mille lieues de ce monde, Conde ne peut que constater le pillage systématique que pratiquent les revendeurs organisant une fuite inéluctable des oeuvres cubaines vers l'étranger. Mais ses découvertes ne s'arrêtent pas là. Ses investigations vont le mener vers les quartiers périphériques de la Havane, des bidonvilles sans eau ni électricité où vivent des clandestins venus de l'Est du pays sans autorisation officielle. Un choc pour l'ex-policier qui n'en finit pas de constater la déliquescence d'une société qui se voulait égalitaire et qui n'a su que creuser le fossé social. Mélancolique par nature, Conde ne se remet pas d'avoir surpris une misère plus terrible encore que celle qu'il côtoie tous les jours. Et ce n'est pas le départ programmé d'un de ses plus fidèles amis qui va lui remonter le moral ! Lui qui puise sa force auprès de ses complices de toujours voit d'un mauvais oeil la perte d'un autre pilier de sa petite bande. Mais ce qui était avant une entreprise dangereuse et secrète se fait dorénavant au grand jour et les candidats à l'exil, toujours plus nombreux, étalent leurs projets au grand jour. Conde doit accepter que s'il a décidé de ne jamais quitter son île d'autres rêvent d'un avenir moins confiné.
Et aux aventures de Conde s'ajoutent celles de la vierge de Regla qui n'en est pas une. Arrivée à Cuba dans le maigre bagage d'un catalan qui fuyait la guerre d'Espagne, elle n'est pourtant pas espagnole. Padura nous emmène en voyage à travers l'espace et le temps avec cette statuette qui a connu guerres et croisades, vénérée pour ses pouvoirs magiques...
Encore une fois, Padura montre toute l'étendue de son talent et son savoir encyclopédique. Un excellent moment de lecture au côté d'un Conde toujours aussi attachant qui réussit l'exploit d'être drôle et mélancolique à la fois.
Un grand merci à Babelio et aux éditions Métailié.
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Stelphique
  07 février 2019
Ce que j'ai ressenti:
***Un pressentiment …
En lisant La transparence du temps, il y a comme un espace étrange qui s'est ouvert, pour que je puisse me glisser dans les failles de l'Histoire. Une histoire très dense où, il est question des pouvoirs d'une Vierge Noire, d'un Diable qui se promène dans les rues sans chaussures, et des meurtres crapuleux au sein des cercles huppés des collectionneurs. Et là, il m'est venu un pressentiment…L'idée même que j'allais A-DO-RÉ ce roman… C'était plus que cela même! Une intuition qui s'est vérifiée au fil du temps et de sa transparence… Je me suis imprégnée de ce roman d'une richesse incroyable, et impressionnée par la profondeur et la plume de Leonardo Padura…Et si l'on allait voir en quelques points, comment ce livre m'a immensément touchée par son tourbillon mélancolique et ses couloirs obscurs…
« Il pensa alors qu'il voyait le temps à travers la transparence d'une goutte de pluie accrochée à une branche. Ou en franchissant les années, à travers la transparence cristalline d'une larme qu'un état d'âme altéré mais incoercible avait arraché à ses yeux. »
***Un feeling…
Tout d'abord, il y a eu un coup de foudre pour le personnage principal, Mario Conde, ancien flic à la retraite, torturé à l'idée de passer le cap de la soixantaine, féru de littérature et de bon café. Il a une vision idéaliste de l'amitié, donc quand un ancien camarade vient sonner à sa porte, il fonce les yeux fermés dans une enquête dangereuse où les requins ne reculeront devant rien, pour s'approprier la pièce rare…Il paraissait évident que j'allais avoir un attachement immédiat pour cet homme touchant, désintéressé, intelligent et surtout addict à la lecture. On sent dans ce roman, que la dynamique de l'amitié est le moteur de cette intrigue, mais qu'elle est souvent contrariée par les mécanismes aléatoires, tels que les ambitions personnelles, la situation politique, les enjeux économiques…
« -Et tu crois que je devrais changer?
(…)
-Non, ne change pas…Tu es un désastre, mais un désastre plutôt bon. Et comme nous le savons toi et moi: ce qui est bien, mieux vaut ne pas y toucher. »
***Une ambiance…
Ce roman a une atmosphère puissante. Entre la situation politique et sociale de la Havane que l'on ressent extrêmement violente et l'Histoire sanglante de la Vierge Noire au cours des siècles, c'est une alchimie des plus intenses qui m'a saisie. La pauvreté, la foi, la convoitise mènent souvent sur des sentiers très sombres…Cette enquête se révèle donc des plus passionnantes grâce à ses sauts dans le temps, qui offre à cette Vierge très particulière, une aura énigmatique. L'auteur a sans doute dû faire un travail de recherches minutieux sur les croisades des Templiers et la guerre civile en Espagne, et le rendu est tel, que cette histoire de statue de la Vierge Noire devient juste fascinante. On craint son pouvoir autant qu'on voudrait qu'il soit réel…Et forcément, les personnages à son contact, sont subjugués et pourraient jusqu'à, tuer pour Elle.
« L'Histoire prouvait, disait-il, que rien ne s'était jamais amélioré; que les fondamentalismes, l'arrogance, le goût du pouvoir et les innombrables stratégies utilisés par les uns pour tromper, exploiter, gouverner et, par définition, pourrir la vie des autres, étaient des attitudes omniprésentes depuis l'âge des cavernes. »
***Un voyage…
Par sa qualité et cette plume immersive, j'ai voyagé dans les temps, sur d'autres continents, et j'ai même redécouvert un peu l'histoire de ma ville: Marseille. Et ça, c'est juste stupéfiant! Leonardo Padura m'a bluffée pendant ses 400 pages, avec sa sensibilité et son talent, pour me faire ressentir les turbulences du temps, mais en capturer aussi, toute sa magnificence. Mes passages préférés de ce livre sont ceux, avec Antoni Barral, personnage mystérieux, qui m'a littéralement envoûtée dans ses réflexions et ses incursions dans le temps. Ils resteront un de mes meilleurs moments de lecture. Il y a un mélange de mystères, de réflexions philosophiques et d'Histoire qui s'entremêlent, et qui m'ont passionnée.
C'était à la fois douloureux et réconfortant. Dévastateur et instructif. Ce désastre était aussi -ou surtout?- la vie.
***La poésie…
Et forcément, la crème de la crème, après tous ces excellents points de plaisir, il y a La Poésie. Leonardo Padura ajoute des touches de magie au coeur de ses pages. Des moments exquis de lecture où on se laisse glisser entre imaginaire et légendes, passé et présent troubles, mélancolie et tendresse…Un grand moment de lecture!
« Conde avait des réactions inédites et stupéfiantes. Il avait éprouvé la plus inquiétante de toutes la nuit où il s'était retrouvé face à face avec le diable. Il avait même senti son odeur. »
***Coup de coeur! ❤


Ma note Plaisir de Lecture 10/10
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critiques presse (3)
LeDevoir   15 juillet 2019
Un roman sombre et mélancolique, qui prend à rebrousse-poil les clichés habituels sur Cuba en les actualisant un peu.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LeMonde   18 mars 2019
Le créateur du policier Mario Conde aurait pu choisir l’exil au début de sa carrière littéraire. Il est resté, pour devenir le témoin intransigeant des évolutions sociopolitiques de son pays. La Transparence du temps en atteste une nouvelle fois.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Telerama   05 février 2019
Mario Conde, le héros désormais fameux de Leonardo Padura, traîne sa nonchalance sous le soleil noir de la mélancolie cubaine.
Lire la critique sur le site : Telerama
Citations et extraits (69) Voir plus Ajouter une citation
RilauRilau   09 octobre 2019
Quand il arriva à la petite commanderie, située sur un territoire soumis au pouvoir de Jaime d'Aragon, Antoni Barral se sentit en lieu sûr, du moins provisoirement. Il se disait que le monarque ibérique, à cause de vieilles querelles politiques et de ses ambitions personnelles, ne s'était pas joint, dans un premier temps, à la chasse organisée par son homologue franc, et que quelques mois plus tard,quand il avait finalement accepté de le faire, il n'avait pas semblé y mettre beaucoup d'ardeur, même s'il était bien disposé à profiter de la conjoncture pour s'emparer des biens de l'ordre. Dans la chapelle de la commanderie, juste un autel protégé par un toit, le fugitif avait déposé la statue de Notre-Dame à côté d'une statuette de la vierge, en bois moins noble et aux traits beaucoup plus grossiers et imparfaits, qui trônait là depuis un siècle. Même s'il profitait de la paix de ce lieu, participait à la récolte, à la préparation des olives, et même à la réfection de la chapelle, Antoni Barral avait le pressentiment que, tôt ou tard,les vents mauvais de l'Histoire souffleraient sur ce site paisible, car ce qui s'annonçait n'était pas un simple orage mais un déluge dévastateur. Face à de grands événements sur le point d'infliger au monde une révolution ou une régression, sa vulnérabilité était telle qu'elle semblait être la marque de son destin et il savait déjà que, seul, il ne pourrait faire que bien peu de choses pour se protéger.
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VALENTYNEVALENTYNE   09 octobre 2019
La lumière crue de l’aube tropicale, filtrée par la fenêtre, tombait comme un éclairage de théâtre sur le mur où était accroché l’almanach avec ses douze cases parfaites, réparties en quatre colonnes de trois rectangles chacune. À l’origine, aux espaces du calendrier correspondaient différentes couleurs, du vert juvénile et printanier au gris vieilli et hivernal, une palette que seul un dessinateur très imaginatif pourrait associer à une chose aussi inexistante que les quatre saisons dans une île de la Caraïbe. Au fil des mois, quelques chiures de mouches étaient venues agrémenter le bristol de points de suspension erratiques; plusieurs ratures et les couleurs de plus en plus délavées témoignaient de l’utilisation pratique du calendrier et de l’effet de la lumière abrasive qui l’attaquai tous les jours. Des traits aux géométries diverses et capricieuses, inscrits sur le pourtour, sur les bords, même sur certaines dates, étaient des pense-bêtes invoqués sur le moment, peut-être oubliés par la suite, jamais utilisés. Autant de marques du passage du temps et de mises en garde destinées à une mémoire en passe de se scléroser.
Sur le bord supérieur du calendrier, les chiffres concernant l’année en cours avaient fait l’objet d’une attention très spéciale et, outre plusieurs marques énigmatiques, le neuvième jour d’octobre était entouré de plusieurs signes de perplexité plus que d’exclamation, rageusement griffonnés avec un stylo-bille noir à peine plus fin que les caractères imprimés. Et, près des points d’exclamation, le chiffre magique aux résonances numérologiques, dont il n’avait jamais remarqué auparavant la parfaite récurrence : 9-9-9.
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FandolFandol   02 février 2020
Le prix de cette sculpture pouvait donc être incalculable et c’était pour cela que deux victimes s’étaient ajoutées à la liste probablement très longue des hommes sacrifiés sur l’autel d’une puissante statue, peut-être rapportée par un Templier anonyme ou par un roi devenu saint, des mythiques collines de Jérusalem, la Terre sainte pour laquelle trois religions qui paradoxalement croyaient au même Dieu s’étaient battues, avaient tué, s’affrontaient et tuaient encore.
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VALENTYNEVALENTYNE   02 mai 2019
Tandis que Yoyi conduisait sa rutilante Chevrolet Bel Air sur la route de Güines, comme s’appelait cette portion de la Route centrale, Conde se plongea dans ses réflexions. Il savait qu’il allait forcer une porte derrière laquelle il pouvait y avoir un dangereux précipice où il risquait de tomber sans aucune protection salvatrice : il allait participer à un nouveau jeu dont le dénouement était totalement incertain. Mais il n’avait pas le choix, impossible de reculer. Quelque chose dans son instinct lui assurerait que derrière cette porte imaginaire pouvait s’ouvrir une piste. Il allait assumer les risques et tenter de les surmonter, même avec les chaussures en cuir racorni qu’il s’était choisies – un choix plus que limité. Enfin, pensa-t-il : c’est pour ça qu’on me paie. Pour ça qu’on me paie ? Oui et non, se répondit-il. Et il évita de s’offrir l’éclaircissement de son jugement, digne de Salomon : il se fourrait dans ce labyrinthe par curiosité et surtout par connerie, le comportement psychologique qui exprime le mieux sont sens « démodé » de la responsabilité et de la justice.
Excité par l’aventure, Yoyi était passé le prendre avant l’heure prévue mais, toujours prévoyant, pour protéger l’intégrité physique de son cher véhicule, il avait amené avec lui son mécanicien de confiance, un personnage que toute la Havane connaissait sous le nom de Paco Chevrolet. L’homme, un chauve au crâne oblong, avec une tête de forçat, était considéré dans l’île comme le meilleur spécialiste de ce type de voitures et Yoyi le traitait comme l’éminence qu’il semblait être.
En traversant le carrefour d’où l’on descendait vers la Finca Vigia, Conde observa le bar minable où devait encore se trouver les toilettes qui avaient vu les parties intimes d’Ava Gardner le soir où elle avait fui la neurasthénie d’un Hemingway guetté par la stérilité littéraire. L’association se fit immédiatement dans le cerveau de Conde.
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VALENTYNEVALENTYNE   27 avril 2019
Conde entra chez Tamara où il supposait qu’un repas sain et frugal l’attendait. Il reçu l’estocade d’une odeur renversante et eut l’agréable sensation d’avoir retrouvé la douceur du foyer. Il sentit immédiatement que ses sucs gastriques trop longtemps à l’affût se révoltaient. Une odeur de friture à l’huile d’olive, d’ail et d’oignon, de cumin et de laurier, flottait dans la maison, un parfum de bonnes choses, de vrai repas… De la viande cuite à l’étouffée ? De la viande hachée à la Havanaise avec des olives et des câpres ?Un steak à la dutch? Assistait-il à un miracle de la nature, de l’histoire, de la mémoire la plus persistante ?
En silence, comme il aimait le faire, il se prépara à répondre dans son meilleur rôle théâtral à la surprise gastronomique que Tamara préparait. Dans le vestibule, il commença par enlever ses chaussures trempées, sa chemise et son pantalon dégoulinants et tant qu’il y était, il retira aussi son slip. Surprise pour surprise, se dit-il, et, tout juste vêtu de ses chaussettes mouillées, il se dirigea vers la cuisine où il vit, de dos, la femme qui remuait les aliments parfumés avec une grande cuillère en bois dans une gigantesque poêle.
Il demanda alors :
– A quelle heure on dîne ?
La voix fit sursauter la femme qui se retourna et Conde sentit immédiatement son scrotum se ratatiner et son pénis rentrer en lui-même comme un accordéon crevé.
– Aymara ! s’exclama-t-il, en découvrant que la cuisinière n’était pas Tamara mais sa sœur jumelle.
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