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René Solis (Traducteur)Elena Zayas (Traducteur)
ISBN : 2864247550
Éditeur : Métailié (06/01/2011)

Note moyenne : 4.36/5 (sur 308 notes)
Résumé :
En 2004, Iván, écrivain frustré, responsable d'un misérable cabinet vétérinaire de La Havane, revient sur sa rencontre en 1977 avec un homme mystérieux qui promenait sur la plage deux lévriers barzoï. “L'homme qui aimait les chiens” lui fait des confidences sur Ramón Mercader, l'assassin de Trotski qu'il semble connaître intimement.
Iván reconstruit les trajectoires de Lev Davidovitch Bronstein, dit Trotski, et de Ramón Mercader, alias Jacques Mornard, de la ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (80) Voir plus Ajouter une critique
andman
  20 janvier 2016
Quitter “L'homme qui aimait les chiens”, paru en 2009, c'est achever simultanément trois romans qui sur plus de 700 pages se chevauchent et s'imbriquent les uns dans les autres.
Il faut une passion d'historien, des centaines d'heures de recherche et une plume particulièrement habile pour donner la pleine mesure des purges staliniennes, sujet effrayant s'il en est.
L'auteur cubain Leonardo Padura s'est attaqué à cet Everest d'horreurs, peuplé de vingt millions de morts, en construisant une oeuvre d'une grande originalité sur la forme et suintant la peur de bout en bout.
La trame de son roman s'articule autour de la biographie de trois personnages :
Les deux premiers sont éminemment connus puisqu'il s'agit de Léon Trotski et de son assassin Ramón Mercader.
Le troisième personnage, Iván Cárdenas Maturell, est fictif et exerce la profession de vétérinaire à Cuba. Son talent d'écrivain, tué dans l'oeuf par le régime castriste, est ignoré de tous. A partir de sa rencontre fortuite un jour de 1977 avec le meurtrier de Trotski, il va dans son coin démêler avec obstination l'écheveau des monstruosités inhérentes à l'histoire de l'URSS.
Les dix dernières années de la vie de paria de Trotski sont évoquées avec moult détails. Sont exil de plus de dix ans, décrété par Staline, passe par la Turquie, La France et la Norvège avant de s'achever au Mexique à la Casa Azul appartenant aux peintres Diego Rivera et Frida Kahlo et transformée en camp retranché.
Les grandes lignes de la carrière de Ramón Mercader sont elles aussi brillamment retracées. Combattant dans les rangs des Républicains lors de la guerre civile espagnole puis agent secret au sein du NKVD, c'est lui qui réussit en août 1940 à déjouer la vigilance des gardes du corps de Trotski et à tuer ce dernier d'un violent coup de piolet sur le sommet du crâne.
Un peu comme sur un grand écran divisé en deux parties, le lecteur voit le parcours de vie de la victime et de son meurtrier peu à peu converger vers la forteresse mexicaine : une épopée romanesque d'une grande authenticité.
La fin de vie désabusée de Mercader entre Moscou et La Havane, après vingt années de geôles mexicaines, met l'accent sur la grande désillusion de ce communiste espagnol de la première heure et renvoie le lecteur aux tristes prévisions de Trotski qui sans relâche dénonçait les sombres desseins du camarade Joseph Staline.
Cinq ans avant que n'apparaissent avec Mikhaïl Gorbatchev les mots glasnost et perestroïka, neuf ans avant la chute du mur de Berlin et onze ans avant que ne meurt l'URSS, Jean Ferrat chantait déjà en 1980 l'utopie communiste trahie.
Sa chanson ô combien poignante “Le Bilan” est bien dans le ton du roman “L'homme qui aimait les chiens”. Elle commence ainsi :
“Ah ! ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous
Vous aviez combattu partout la bête immonde
Des brigades d'Espagne à celles des maquis
Votre jeunesse était l'Histoire de ce monde
Vous aviez nom Kostov ou London ou Slansky…”



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caro64
  01 juillet 2012
Leonardo Padura délaisse les aventures du lieutenant Mario Conde, héros de nombreux de ses polars cubains (voir le dernier et très bon roman, Les brumes du passé), pour s’attaquer au " couple " Léon Trotsky/ Ramon Mercader, la victime et l’assassin. Un grand roman politique sur la puissance destructrice du mensonge, qui mêle avec art fiction et Histoire.
Autant annoncer tout de suite la couleur : voilà, à mon avis, un roman magistral, long certes, mais qu’on ne peut lâcher. Et pourtant la fin de l’histoire est connue… 
 On dévore, captivé. On ferme le livre hébété, bouleversé, époustouflé. Quelle force, quelle puissance de narration pour un si désespérant pan de l'Histoire ! Padura est décidément un immense conteur.
Mexico, 21 août 1940. Ramon Mercader, militant communiste espagnol devenu agent du NKVD, la police secrète russe, assassine d’un coup de piolet Trotsky, chassé par Staline de l’URSS et vivant en exil au Mexique. Si ce fait est célèbre, on connaît cependant très mal les circonstances qui ont précédé l’assassinat, et on est d’autant plus ignorant de la personnalité de Mercader. Padura entreprend, à travers l’itinéraire croisé de ces deux hommes, de nous raconter leur vie jusqu’à leur rencontre au Mexique, itinéraire dense et riche, qui emporte le lecteur à travers les 660 pages de cet impressionnant roman.
La force de l’auteur réside dans le refus de toute facilité et de tout manichéisme. Il fait intervenir un troisième personnage, Ivan, écrivain cubain qui, à la mort de sa femme en 2004, revient sur sa rencontre, vingt-cinq ans auparavant sur la plage de La Havane, avec un vieil homme étrange qui promenait deux magnifiques lévriers. Or, cet "homme qui aimait les chiens " lui fait d’étranges confidences sur Ramón Mercader , l’assassin de Trotsky. Comment le connaît-il aussi intimement ? Qui est cet homme ?
Les péripéties de la vie de l’écrivain brimé par le régime castriste, l’errance douloureuse de Trotsky à travers le monde, l’enrôlement progressif de Mercadier dans la peau d’un tueur… Les séquences se répondent, elles ne sont pas parallèles mais consécutives les unes des autres. D’où une subtilité certaine dans l’art de manier les concepts politiques, de coucher noir sur blanc des vérités longtemps cachées par les institutions officielles, doublée d’un sens de la narration qui fait que le roman reste très fluide. C’est aussi une réflexion sur la façon dont l’utopie la plus importante du XXème siècle, à savoir le communisme, a été pervertie.
L’homme qui aimait les chiens se présente également comme la restitution littéraire de l’un des crimes les plus révélateurs du monde moderne. C’est un roman puissant, qui dégage pourtant une grande mélancolie : les mensonges éhontés élevés au rang de vérités suscitent rapidement un sentiment de tristesse. Et pourtant, quelle énergie, quel tourbillon de personnages, de lieux , d’intrigues ! Quel foisonnement de détails, quel (colossal) travail de documentation on devine à la lecture de ce roman !
" Qui n’était pas victime, serait complice et même plus, bourreau. La terreur et la répression devenaient la politique d’un gouvernement qui faisait de la persécution et du mensonge des institutions d’Etat et un style de vie pour l’ensemble de la société. Etait-il ainsi que l’on construisait la meilleur société ? "
La peur, terrible, diffuse, tient en effet un rôle important dans toute cette histoire, que ce soit dans l’exil de plus en plus solitaire de Trotsky, dans la montée en puissance de Mercadier, l’agent de l’ombre qui se transforme en un soldat dur et obéissant, ou dans le quotidien sordide d’Ivan, elle est presque un personnage à part entière du roman. Dégoût, compassion, désillusions… Au final, le bilan est amer. Mais le talent de Padura est, lui, incontestable. Un livre monumental et passionnant.
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michfred
  07 février 2017
Quelle meilleure machine à broyer les hommes que les laisser se faire "happer par la fatigue historique et les idéologies perverties » ?
Le roman de Padura en fait la brillante démonstration en entrecroisant trois récits.
- Celui de l'interminable exil de Trotsky et des siens, après la révolution d'octobre, chassés et persécutés partout par la haine de Staline, jusqu'à l'assassinat du leader de la révolution permanente, à Mexico, en 1940.
- Celui du parcours de Ramon Mercader, communiste catalan, meurtri par l'échec de la guerre d'Espagne, préparé et endoctriné par la police secrète soviétique et missionné pour accomplir, précisément, cet assassinat politique télécommandé par le sanguinaire petit père des peuples- et bientôt condamné, lui aussi, à la prison, la proscription, réduit au seul refuge « offert » par l' URSS , une autre prison.
-Celui enfin d'Ivan, journaliste et écrivain raté, confiné dans son île cubaine par la peur, la censure et les menaces, ravagé par les remords de sa propre lâcheté, lui qui avait cru aux lendemains qui chantent promis par le vainqueur barbu de Moncada, Fidel Castro.
Trois hommes, trois périples et pourtant tant de points communs : la naïveté d'avoir cru à l'utopie communiste, la honte d‘être un des rouages de son dévoiement historique, et enfin l'amertume de s'en retrouver la victime, à la fois lucide et bâillonnée.
Reste leur dernier point commun, qui éclaire le titre du livre - tiré d'une nouvelle de Chandler - l'amour des chiens…
Lev, Ramon et Ivan : trois hommes qui aiment les chiens et trouvent dans leur bonté et leur inconditionnelle fidélité une joie et un réconfort que ne leur donne plus la société des hommes…
L'homme qui aimait les chiens, donc, est un roman dense, touffu, passionnant, truffé de personnages historiques bien réels -Dolorès Ibarruri, Orwell, Diego Rivera, Frieda Kalho, André Breton.. et j'en passe- nourri d'événements majeurs de notre histoire – la révolution russe, le stalinisme, les procès de Moscou, la guerre d'Espagne, le lâchage des républicains espagnols par les communistes russes à la manoeuvre, le pacte germano-soviétique, la révolution cubaine, la crise économique, les boat-people pour Miami, les muralistes mexicains, la casa Azul de Rivera et Kahlo….
Mais à cette trame historique, l'auteur a su donner chair et corps en créant de beaux personnages, en particulier les deux principaux protagonistes, Trotsky et Mercader, la victime et son assassin, pour lesquels, étrangement, on ressent empathie et compassion, à les voir harcelés par leurs propres excès, par leurs propres erreurs, progressivement dessillés, de plus en plus humains, de plus en plus attachants, à mesure que le filet autour d'eux se resserre et que leur fin approche.
J'ai aussi été sensible à la présence de grandes ombres littéraires qui veillent comme des divinités tutélaires sur ce beau récit : la « formation » de Ramon fait penser à celle du héros de 1984, il est hanté par l'image de sa démone de mère comme dans un roman de Barbey d'Aurevilly, persécuté par les cris et la morsure de sa victime comme dans un conte d'Edgar Poe, la violence désespérée et les luttes internes et fratricides évoquées dans la guerre d'Espagne renvoient à l'Espoir, le constat désenchanté de l'utopie communiste aux écrits de Claude Roy, la toute-puissance vindicative et paranoïaque de Staline aux récits de Boulgakov…

On dévore- mais il faut avoir le coeur bien accroché : cette balade fait plus de 700 pages et c'est un voyage au pays des illusions perdues !
Une belle construction, habile, parlante, éclairante : avoir confié à un avatar –raté- de lui-même le souci de faire le lien entre les deux récits principaux n'est pas la moindre trouvaille de Leonardo Padura dans cet excellent « pavé » : en effet, Ivan le cubain va être le révélateur qui fera remonter l'image de Trotsky et de son assassin du bain de sang où les plonge la critique historique.
Trotsky et Mercader sortent ainsi des clichés convenus : la mise en abyme romanesque leur redonne à la fois quelque chose de personnel et quelque chose de général qui les rapproche de nous : ils gagnent en individualité et en humanité…

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Archie
  07 avril 2019
L'homme qui aimait les chiens ! Un titre sans relief, pas vraiment attractif, qui aurait pu me faire passer à côté d'un livre époustouflant : un épais roman historique de sept cent cinquante pages portant sur des événements du vingtième siècle, accrochant comme un thriller, passionnant comme une biographie ; et instructif comme un commentaire politique, car certaines idéologies du vingtième siècle continuent à faire l'objet de débats aujourd'hui, bien que...
Que viennent faire les chiens là-dedans, demandez-vous ? Il y a bien, dans le roman, un personnage auquel le narrateur attribue le qualificatif d'homme qui aimait les chiens… Les autres personnages aimaient aussi les chiens... Parmi tous ces chiens, notons juste les barzoïs, des lévriers russes à poil long, qui furent les mascottes de l'aristocratie tsariste, avant d'accompagner, à leur tour, quelques hauts dignitaires soviétiques. Voilà qui nous permet de situer le coeur stratégique de l'intrigue.
Si c'est bien au Kremlin que l'on tire les ficelles, ce n'est pas à Moscou que se déroule l'essentiel de l'action. La trame romanesque se compose du meurtre annoncé d'un homme en exil, et de la minutieuse préparation psychologique de son assassin, pendant plusieurs années, par un agent des services secrets soviétiques. La narration, qui fait alterner les chapitres sur l'exilé et sur le tueur, est aussi fascinante qu'un roman d'espionnage de John le Carré. Les incertitudes et les rebondissements des derniers jours avant le meurtre, racontés presque heure par heure, sont pétrifiants.
Il s'agit pourtant d'une histoire vraie, largement connue, du moins dans ses grandes lignes : le meurtre au Mexique en 1940 sur ordre de Staline, de Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom de Trotski, par Ramón Mercader, un jeune communiste fanatisé, sélectionné dans les rangs républicains pendant la Guerre d'Espagne et manipulé avec un cynisme absolu.
Que penser des deux protagonistes ? D'un côté, un homme vieillissant en exil, toujours ardent dans ses convictions, mais de plus en plus isolé, ce qui pourrait susciter la compassion ; en fait un fanatique obsessionnel, un idéologue illuminé, obnubilé par sa rancoeur contre Staline, et qui avait montré quelques années plus tôt, à la tête de l'Etat Bolchevique et de l'Armée Rouge, sa capacité à sacrifier cruellement à sa cause des dizaines de milliers d'hommes. de l'autre côté, un jeune Catalan exalté, rêvant d'un paradis sans exploiteurs ni exploités, où règnerait l'égalité et la prospérité ; un homme disposant de réelles qualités, auquel on aura inoculé artificiellement la haine de Trotski, et qui finira par perdre son libre arbitre et donc son âme ; quelques doutes au dernier moment ne le feront pas reculer. le premier perdra la vie, l'autre passera le reste de la sienne à rechercher son âme perdue, mais aucun des deux ne mérite la compassion.
S'il en est un qui mérite la compassion, c'est Iván, un écrivain cubain raté né en 1949, un homme malchanceux qui raconte son histoire personnelle en contrepoint de celle de la traque de Trotski par Ramón Mercader. Iván avait rencontré l'homme qui aimait les chiens, venu finir ses jours à Cuba à la fin des années soixante-dix. C'est ainsi qu'il avait entendu parler de Ramón Mercader. Une belle occasion d'écrire un roman, qu'Iván ne saisira pas, du moins sur le moment. Il ne se sentait pas le courage d'aller à l'encontre des « vérités » décrétées par l'URSS, que le régime castriste soutenait sans réserve, après en avoir adopté le modèle économique et l'orthodoxie politique fondée sur l'impossibilité d'une contestation. Très peu de Cubains savaient d'ailleurs qui avait été Trotski et il était presque impossible de se documenter sur lui. L'île vivait alors des subsides de l'URSS, jusqu'à ce que son effondrement plonge Iván et tous les Cubains dans la misère la plus sombre. Toute la vie d'Iván aura été une chute morale et matérielle, marquée essentiellement par la peur.
La peur ! Pour Iván, c'est l'un des piliers sur lesquels reposent les régimes totalitaires. Une peur de tous les instants, qui s'abat sur le peuple, ainsi astreint à l'obéissance muette, sur les dirigeants, exposés à tout moment à la disgrâce sans raison, et sur Staline lui-même, un assassin qui voyait partout des assassins à faire assassiner. L'autre pilier de ces régimes est le mensonge, la capacité cynique à proférer et diffuser des contre-vérités – on dirait aujourd'hui des fake news – pour instiller la haine.
Comment le système soviétique et ses copies ont perverti une grande utopie ! Quand le ciel aura fini de s'écrouler sur le malheureux Iván, c'est la leçon que tirera son ami Daniel, un autre écrivain cubain, dans lequel on peut voir un double de l'auteur, Leonardo Padura, que l'on reconnaît à sa passion pour le base-ball et que l'on suit dans sa Pontiac modèle 1954.
Leonardo Padura n'a jamais quitté Cuba, son pays, où il vit presque anonymement, ignoré par les médias nationaux assujettis au régime, alors que ses oeuvres sont traduites et diffusées en dix langues de par le monde. Cet homme qui n'a pas peur est un immense romancier.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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Chouchane
  12 décembre 2011
Ce livre est un chef-d'oeuvre. Les personnages sont si finement ciselés qu'on les entends respirer. Cela m'a fait pensé à l'Anna Karénine de Tolstoï où j'arrivais à sentir l'air froid de l'hiver Moscovite rien qu'en lisant. Là c'est pareil on a froid, on a chaud, on se révolte, on se met en colère, on rage.On passe de Cuba, à Madrid, de Moscou à Mexico et L Histoire qui nous paraissait floue devient d'une précision étourdissante. L'auteur va et vient entre les décennies sans aucune lourdeur. Sans difficulté, on suit le flot de l'histoire, les liens qui se tissent entre le présent et le passé. 60 ans sont revisités avec une telle vivacité qu'on prend un plaisir à plonger dans le passé. On a de la tendresse pour un Trosky presque inconnu jusqu'alors et on voudrait avoir deux beaux Barzoï au pelage princier. le voile se lève sur les sommets vertigineux des manipulations politiques d'hier mais sans doute aussi d'aujourd'hui. Tout s'éclaire différemment, la guerre d'Espagne et la débâcle républicaine, les accords Hitler/Staline, la passivité de l'Europe devant l'annexion des pays de l'Est, le martyre des peuples de l'Est, l'avilissement de l'homme par l'homme. Mais la grande force de ce roman c'est qu'il rend sa place à l'individu, à l'être particulier et singulier que les totalitarismes ont toujours tentés, en vain, de détruire. Car dans ce roman on s'attache (ou se détache) à des personnages qui sont d'un grand réalisme psychologique. Évidemment; on sort un peu désabusé de la lecture mais cela assainit. La politique semble être capter par des hommes avides de pouvoir qui se désintéressent de l'individu. Alors comment vivre en société ? le roman livre une des réponse possible page 469 « la véritable grandeur humaine réside dans la pratique de la bonté sans condition, dans la capacité de donner à ceux qui n'ont rien, non pas le superflu mais une partie du peu que nous avons(…) ne pas faire de politique ni prétendre par cet acte à une quelconque prééminence ».
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critiques presse (2)
Telerama   30 janvier 2013
Ce roman magistral décrit avec justesse et tristesse la chute d'un rêve et l'écroulement de la foi révolutionnaire.
Lire la critique sur le site : Telerama
Lexpress   30 novembre 2011
Ce livre est un requiem, titre que Padura donne d'ailleurs au dernier chapitre de cette oeuvre crépusculaire sur une génération perdue.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (95) Voir plus Ajouter une citation
patrick75patrick75   15 septembre 2015
Assis sur le sable, le dos appuyé au tronc d'un casuarina, j'allumai une cigarette et ferrmai les yeux. Dans une heure le soleil se coucherait, mais comme cela devenait habituel dans ma vie, je n'éprouvais aucune impatience et n'avais aucune expectative. Ou plutôt je n'avais presque rien : et presque sans le presque ! Tout ce qui m'intéressait à ce moment-là, c'était le plaisir de voir arriver le crépuscule, ce cadeau de l'instant fabuleux où le soleil s'approche de la mer argentée du golfe et dessine un sillage de feu à sa surface. Au mois de mars, avec la plage pratiquement déserte, la promesse de cette vision m'apportait une sorte de sérénité, un état proche de l'équilibre qui me réconfortait et me permettait de croire encore à l'existence palpable d'un petit bonheur, fait à la mesure de mes maigres ambitions.
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Tricia12Tricia12   29 juin 2015
A part mes allées et venues à la plage, ce dont je me rappelle le mieux de cette période, c'est la fébrilité avec laquelle je dévorais cette volumineuse biographie du révolutionnaire nommé Leon Bronstein qui, par la même occasion me faisait découvrir ma prodigieuse ignorance des vérités (vérités?) historiques, sur les circonstances et les faits qu'avait vécus cet homme, des circonstances et des faits si russes et si lointains, à commencer par la révolution d'Octobre (je n'ai jamais très bien compris ce qui s'est passé à Petrograd ce 7 novembre, qui en réalité était le 25 octobre, et comment était tombé le palais d'Hiver qu'à la fin presque personne ne voulait défendre, ce qui entraîna automatiquement le triomphe de la Révolution et donna le pouvoir aux bolcheviks), en continuant par de tout aussi étranges luttes dynastiques entre révolutionnaires, où seul Staline semblait disposé à s'emparer du pouvoir, pour terminer avec les procès de Moscou, pratiquement passés sous silence (pour nous ils semblaient ne jamais avoir existé), où les prévenus étaient les pires accusateurs. A la fin de tout ce défilé de manifestations de "l'âme russe" (quand on ne comprend pas quelque chose chez les Russes, on dit toujours que c'est la faute de leur âme) venait la confirmation de l'assasinat du vieux leader, gommé dans les livres soviétiques qui lui étaient consacrés, car Trotsky (peut-être parce qu'il était ukrainien et non russe) semblait plutôt être mort d'un rhume, ou mieux encore, avalé par un marécage mouvant comme un personnage d'Emilio Salgari.
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matotakumatotaku   28 septembre 2015
Il avait honte, en pensant à ce que cela signifiait pour l'idéal socialiste, de savoir qu'après l'invasion de la Pologne, Staline y imposait l'ordre soviétique avec la même fureur que Hitler exportait l'idéologie fasciste. Cette grossière application du modèle soviétique à la Pologne et à l'Ukraine occidentale entraînerait la démoralisation des ouvriers européens devant l'opportunisme politique du stalinisme. Quant aux habitants des régions envahies, victimes historiques des empires russes et germaniques, ils avaient déjà dû se demander quelle était la différence entre les deux envahisseurs, et Lev Davidovitch ne serait pas étonné de voir bientôt la plupart de ces peuples en arriver à considérer les nazis comme leurs libérateurs du joug stalinien.
Même aisni, Lev Davidovitch était accablé par le poids de la contradiction : jusqu'à quel point était-il possible de s'opposer au stalinisme sans cesser de défendre l'URSS ? Il se tourmentait, ne discernant pas vraiment si la bureaucratie était déjà une nouvelle classe, enfantée par la Révolution ou seulement une excroissance comme il l'avait toujours pensé. Il avait besoin de se convaincre qu'il était encore possible de marquer une différence qualitative entre le fascisme et le stalinisme pour tenter de démontrer à tous les hommes sincères, anéantis par les coups bas de la bureaucratie thermidorienne, que l'URSS conservait l'essence ultime de la Révolution et que cette essence devait être défendue et préservée. Mais si, comme le disaient certains, vaincus par les évidences, la classe ouvrière avait montré dans l'expérience russe sont incapacité à se gouverner elle-même, alors il faudrait admettre que la conception marxiste de la société et du socialisme était erronée. Cette possibilité le confrontait au coeur du terrible problème : le marxisme n'était-il qu'une simple "idéologie" de plus, une sorte de fausse conscience qui menait les classes opprimées et leurs partis à croire qu'ils se battaient pour leurs propres objectifs, quand en réalité ils servaient les intérêts d'une nouvelle classe dirigeante ?... Le seul fait d'y penser lui infligeait une souffrance intense : la victoire de Staline et son régime se dresseraient comme le triomphe de la réalité sur l'espoir philosophique, comme un acte véritable de la stagnation historique. Beaucoup, dont lui, se verraient obligés de reconnaître qu'il ne fallait pas chercher les racines du stalinisme dans le retard de la Russie ni dans l'hostilité impérialiste ambiante, comme on l'avait dit, mais dans l'incapacité du prolétariat à devenir une classe gouvernante. Il faudrait admettre aussi que l'URSS n'avait été que le pays précurseur d'un nouveau système d'exploitation et que sa structure politique devait inévitablement engendrer une nouvelle dictature, parée tout au plus d'une autre rhétorique.
Mais l'exilé savait qu'il ne pouvait changer sa façon de voir le monde et de concevoir la lutte. C'est pourquoi il ne se lassera pas d'exhorter les hommes de bonne foi à demeurer aux côtés des exploités, même si l'histoire et les nécessités scientifiques semblaient être contre eux. À bas la science, à bas l'histoire ! S'il le faut, on doit les recréer ! écrivit-il : de toute façon, je resterai du côté de Spartacus, jamais des Césars, et en dépit de la science, je continue à affirmer ma confiance dans la capacité des masses travailleuses à se libérer du joug capitaliste, qui a vu ces masses en action sait que c'est possible. Les erreurs de Lénine, les miennes, celle du parti bolchevik, qui ont permis la déformation de l'utopie, ne devraient jamais être attribuées aux travailleurs. Non, jamais, il en resterait persuadé.
Page 454-455 de l'édition grand format de Métaillé (janvier 2011)
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KirsikkaKirsikka   21 mai 2017
Donner à en avoir mal, ne pas faire de politique ni prétendre par cet acte à une quelconque prééminence, et encore moins pratiquer la trompeuse philosophie qui consiste à obliger les autres à accepter nos conceptions du bien et de la vérité parce qu'elles sont (croyons-nous) les seules possibles et parce que, de plus, ils doivent nous être reconnaissants de ce que nous leur avons donné même s'ils n'ont rien demandé. J'avais beau savoir que ma cosmogonie était totalement impraticable (qu'est-ce qu'on peut bien foutre de l'économie, de l'argent, de la propriété, pour que tout ça fonctionne ? Et des esprits prédestinés et des salauds de naissance ?), j'avais la satisfaction de penser qu'un jour peut-être l'être humain pourrait cultiver cette philosophie qui me semblait si élémentaire, sans avoir à supporter les douleurs d'un accouchement ni les traumatismes du "tout obligatoire" : par pur et libre choix, guidé par le besoin éthique d'être solidaires et démocratiques. Bref, tout ça c'était mon habituelle branlette mentale.
C'est pourquoi, en silence et non sans douleur, je me laissais entraîner par l'écriture, sans toutefois savoir si je me risquerais un jour à montrer le manuscrit, ou à lui chercher une plus haute destinée, car ces possibilités ne m'intéressaient guère. Ma seule conviction était que cet exercice de sauvetage d'une mémoire escamotée avait beaucoup à voir avec ma responsabilité devant la vie ou plutôt ma vie : si le destin avait fait de moi le dépositaire d'une histoire cruelle et exemplaire, mon devoir d'être humain était de la préserver, de la soustraire au raz de marée des oublis.
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matotakumatotaku   28 septembre 2015
Je sus alors que la plupart des gens de ma génération ne sortiraient pas indemnes de ce saut de la mort sans filet : nous étions la génération des naïfs, des romantiques qui avaient tout accepté et tout justifié, les yeux tournés vers l'avenir, qui coupèrent la canne à sucre, convaincus qu'ils devaient le faire (et, bien entendu, sans être payés pour ce travail infâme) ; la génération de ceux qui partir faire la guerre à l'autre bout du monde puisque l'internationalisme prolétarien l'exigeait, sans attendre d'autre récompenses que la gratitude de l'Humanité et de l'Histoire ; la génération qui fut la cible des attaques de l'intransigeance sexuelle, religieuse, idéologique, culturelle et même alcoolique, qu'elle endura tout au plus avec un petit hochement de tête et, bien souvent, sans éprouver le ressentiment ou le désespoir qui mène à la fuite, ce désespoir qui ouvrait maintenant les yeux aux plus jeunes et les décidaient à fuir, avant même de recevoir leur premier coup de pied au cul.
Page 567 de l'édition grand format de Métaillé (janvier 2011)
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