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Critiques sur L'homme qui aimait les chiens (80)
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andman
  20 janvier 2016
Quitter “L'homme qui aimait les chiens”, paru en 2009, c'est achever simultanément trois romans qui sur plus de 700 pages se chevauchent et s'imbriquent les uns dans les autres.
Il faut une passion d'historien, des centaines d'heures de recherche et une plume particulièrement habile pour donner la pleine mesure des purges staliniennes, sujet effrayant s'il en est.

L'auteur cubain Leonardo Padura s'est attaqué à cet Everest d'horreurs, peuplé de vingt millions de morts, en construisant une oeuvre d'une grande originalité sur la forme et suintant la peur de bout en bout.
La trame de son roman s'articule autour de la biographie de trois personnages :
Les deux premiers sont éminemment connus puisqu'il s'agit de Léon Trotski et de son assassin Ramón Mercader.
Le troisième personnage, Iván Cárdenas Maturell, est fictif et exerce la profession de vétérinaire à Cuba. Son talent d'écrivain, tué dans l'oeuf par le régime castriste, est ignoré de tous. A partir de sa rencontre fortuite un jour de 1977 avec le meurtrier de Trotski, il va dans son coin démêler avec obstination l'écheveau des monstruosités inhérentes à l'histoire de l'URSS.

Les dix dernières années de la vie de paria de Trotski sont évoquées avec moult détails. Sont exil de plus de dix ans, décrété par Staline, passe par la Turquie, La France et la Norvège avant de s'achever au Mexique à la Casa Azul appartenant aux peintres Diego Rivera et Frida Kahlo et transformée en camp retranché.
Les grandes lignes de la carrière de Ramón Mercader sont elles aussi brillamment retracées. Combattant dans les rangs des Républicains lors de la guerre civile espagnole puis agent secret au sein du NKVD, c'est lui qui réussit en août 1940 à déjouer la vigilance des gardes du corps de Trotski et à tuer ce dernier d'un violent coup de piolet sur le sommet du crâne.
Un peu comme sur un grand écran divisé en deux parties, le lecteur voit le parcours de vie de la victime et de son meurtrier peu à peu converger vers la forteresse mexicaine : une épopée romanesque d'une grande authenticité.
La fin de vie désabusée de Mercader entre Moscou et La Havane, après vingt années de geôles mexicaines, met l'accent sur la grande désillusion de ce communiste espagnol de la première heure et renvoie le lecteur aux tristes prévisions de Trotski qui sans relâche dénonçait les sombres desseins du camarade Joseph Staline.

Cinq ans avant que n'apparaissent avec Mikhaïl Gorbatchev les mots glasnost et perestroïka, neuf ans avant la chute du mur de Berlin et onze ans avant que ne meurt l'URSS, Jean Ferrat chantait déjà en 1980 l'utopie communiste trahie.
Sa chanson ô combien poignante “Le Bilan” est bien dans le ton du roman “L'homme qui aimait les chiens”. Elle commence ainsi :

“Ah ! ils nous en ont fait avaler des couleuvres
De Prague à Budapest, de Sofia à Moscou
Les staliniens zélés qui mettaient tout en oeuvre
Pour vous faire signer les aveux les plus fous
Vous aviez combattu partout la bête immonde
Des brigades d'Espagne à celles des maquis
Votre jeunesse était l'Histoire de ce monde
Vous aviez nom Kostov ou London ou Slansky…”



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caro64
  01 juillet 2012
Leonardo Padura délaisse les aventures du lieutenant Mario Conde, héros de nombreux de ses polars cubains (voir le dernier et très bon roman, Les brumes du passé), pour s’attaquer au " couple " Léon Trotsky/ Ramon Mercader, la victime et l’assassin. Un grand roman politique sur la puissance destructrice du mensonge, qui mêle avec art fiction et Histoire.

Autant annoncer tout de suite la couleur : voilà, à mon avis, un roman magistral, long certes, mais qu’on ne peut lâcher. Et pourtant la fin de l’histoire est connue… 
 On dévore, captivé. On ferme le livre hébété, bouleversé, époustouflé. Quelle force, quelle puissance de narration pour un si désespérant pan de l'Histoire ! Padura est décidément un immense conteur.

Mexico, 21 août 1940. Ramon Mercader, militant communiste espagnol devenu agent du NKVD, la police secrète russe, assassine d’un coup de piolet Trotsky, chassé par Staline de l’URSS et vivant en exil au Mexique. Si ce fait est célèbre, on connaît cependant très mal les circonstances qui ont précédé l’assassinat, et on est d’autant plus ignorant de la personnalité de Mercader. Padura entreprend, à travers l’itinéraire croisé de ces deux hommes, de nous raconter leur vie jusqu’à leur rencontre au Mexique, itinéraire dense et riche, qui emporte le lecteur à travers les 660 pages de cet impressionnant roman.

La force de l’auteur réside dans le refus de toute facilité et de tout manichéisme. Il fait intervenir un troisième personnage, Ivan, écrivain cubain qui, à la mort de sa femme en 2004, revient sur sa rencontre, vingt-cinq ans auparavant sur la plage de La Havane, avec un vieil homme étrange qui promenait deux magnifiques lévriers. Or, cet "homme qui aimait les chiens " lui fait d’étranges confidences sur Ramón Mercader , l’assassin de Trotsky. Comment le connaît-il aussi intimement ? Qui est cet homme ?

Les péripéties de la vie de l’écrivain brimé par le régime castriste, l’errance douloureuse de Trotsky à travers le monde, l’enrôlement progressif de Mercadier dans la peau d’un tueur… Les séquences se répondent, elles ne sont pas parallèles mais consécutives les unes des autres. D’où une subtilité certaine dans l’art de manier les concepts politiques, de coucher noir sur blanc des vérités longtemps cachées par les institutions officielles, doublée d’un sens de la narration qui fait que le roman reste très fluide. C’est aussi une réflexion sur la façon dont l’utopie la plus importante du XXème siècle, à savoir le communisme, a été pervertie.

L’homme qui aimait les chiens se présente également comme la restitution littéraire de l’un des crimes les plus révélateurs du monde moderne. C’est un roman puissant, qui dégage pourtant une grande mélancolie : les mensonges éhontés élevés au rang de vérités suscitent rapidement un sentiment de tristesse. Et pourtant, quelle énergie, quel tourbillon de personnages, de lieux , d’intrigues ! Quel foisonnement de détails, quel (colossal) travail de documentation on devine à la lecture de ce roman !

" Qui n’était pas victime, serait complice et même plus, bourreau. La terreur et la répression devenaient la politique d’un gouvernement qui faisait de la persécution et du mensonge des institutions d’Etat et un style de vie pour l’ensemble de la société. Etait-il ainsi que l’on construisait la meilleur société ? "

La peur, terrible, diffuse, tient en effet un rôle important dans toute cette histoire, que ce soit dans l’exil de plus en plus solitaire de Trotsky, dans la montée en puissance de Mercadier, l’agent de l’ombre qui se transforme en un soldat dur et obéissant, ou dans le quotidien sordide d’Ivan, elle est presque un personnage à part entière du roman. Dégoût, compassion, désillusions… Au final, le bilan est amer. Mais le talent de Padura est, lui, incontestable. Un livre monumental et passionnant.

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michfred
  07 février 2017
Quelle meilleure machine à broyer les hommes que les laisser se faire "happer par la fatigue historique et les idéologies perverties » ?

Le roman de Padura en fait la brillante démonstration en entrecroisant trois récits.

- Celui de l'interminable exil de Trotsky et des siens, après la révolution d'octobre, chassés et persécutés partout par la haine de Staline, jusqu'à l'assassinat du leader de la révolution permanente, à Mexico, en 1940.

- Celui du parcours de Ramon Mercader, communiste catalan, meurtri par l'échec de la guerre d'Espagne, préparé et endoctriné par la police secrète soviétique et missionné pour accomplir, précisément, cet assassinat politique télécommandé par le sanguinaire petit père des peuples- et bientôt condamné, lui aussi, à la prison, la proscription, réduit au seul refuge « offert » par l' URSS , une autre prison.

-Celui enfin d'Ivan, journaliste et écrivain raté, confiné dans son île cubaine par la peur, la censure et les menaces, ravagé par les remords de sa propre lâcheté, lui qui avait cru aux lendemains qui chantent promis par le vainqueur barbu de Moncada, Fidel Castro.

Trois hommes, trois périples et pourtant tant de points communs : la naïveté d'avoir cru à l'utopie communiste, la honte d‘être un des rouages de son dévoiement historique, et enfin l'amertume de s'en retrouver la victime, à la fois lucide et bâillonnée.

Reste leur dernier point commun, qui éclaire le titre du livre - tiré d'une nouvelle de Chandler - l'amour des chiens…

Lev, Ramon et Ivan : trois hommes qui aiment les chiens et trouvent dans leur bonté et leur inconditionnelle fidélité une joie et un réconfort que ne leur donne plus la société des hommes…

L'homme qui aimait les chiens, donc, est un roman dense, touffu, passionnant, truffé de personnages historiques bien réels -Dolorès Ibarruri, Orwell, Diego Rivera, Frieda Kalho, André Breton.. et j'en passe- nourri d'événements majeurs de notre histoire – la révolution russe, le stalinisme, les procès de Moscou, la guerre d'Espagne, le lâchage des républicains espagnols par les communistes russes à la manoeuvre, le pacte germano-soviétique, la révolution cubaine, la crise économique, les boat-people pour Miami, les muralistes mexicains, la casa Azul de Rivera et Kahlo….

Mais à cette trame historique, l'auteur a su donner chair et corps en créant de beaux personnages, en particulier les deux principaux protagonistes, Trotsky et Mercader, la victime et son assassin, pour lesquels, étrangement, on ressent empathie et compassion, à les voir harcelés par leurs propres excès, par leurs propres erreurs, progressivement dessillés, de plus en plus humains, de plus en plus attachants, à mesure que le filet autour d'eux se resserre et que leur fin approche.

J'ai aussi été sensible à la présence de grandes ombres littéraires qui veillent comme des divinités tutélaires sur ce beau récit : la « formation » de Ramon fait penser à celle du héros de 1984, il est hanté par l'image de sa démone de mère comme dans un roman de Barbey d'Aurevilly, persécuté par les cris et la morsure de sa victime comme dans un conte d'Edgar Poe, la violence désespérée et les luttes internes et fratricides évoquées dans la guerre d'Espagne renvoient à l'Espoir, le constat désenchanté de l'utopie communiste aux écrits de Claude Roy, la toute-puissance vindicative et paranoïaque de Staline aux récits de Boulgakov…


On dévore- mais il faut avoir le coeur bien accroché : cette balade fait plus de 700 pages et c'est un voyage au pays des illusions perdues !

Une belle construction, habile, parlante, éclairante : avoir confié à un avatar –raté- de lui-même le souci de faire le lien entre les deux récits principaux n'est pas la moindre trouvaille de Leonardo Padura dans cet excellent « pavé » : en effet, Ivan le cubain va être le révélateur qui fera remonter l'image de Trotsky et de son assassin du bain de sang où les plonge la critique historique.

Trotsky et Mercader sortent ainsi des clichés convenus : la mise en abyme romanesque leur redonne à la fois quelque chose de personnel et quelque chose de général qui les rapproche de nous : ils gagnent en individualité et en humanité…


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Chouchane
  12 décembre 2011
Ce livre est un chef-d'oeuvre. Les personnages sont si finement ciselés qu'on les entends respirer. Cela m'a fait pensé à l'Anna Karénine de Tolstoï où j'arrivais à sentir l'air froid de l'hiver Moscovite rien qu'en lisant. Là c'est pareil on a froid, on a chaud, on se révolte, on se met en colère, on rage.On passe de Cuba, à Madrid, de Moscou à Mexico et L Histoire qui nous paraissait floue devient d'une précision étourdissante. L'auteur va et vient entre les décennies sans aucune lourdeur. Sans difficulté, on suit le flot de l'histoire, les liens qui se tissent entre le présent et le passé. 60 ans sont revisités avec une telle vivacité qu'on prend un plaisir à plonger dans le passé. On a de la tendresse pour un Trosky presque inconnu jusqu'alors et on voudrait avoir deux beaux Barzoï au pelage princier. le voile se lève sur les sommets vertigineux des manipulations politiques d'hier mais sans doute aussi d'aujourd'hui. Tout s'éclaire différemment, la guerre d'Espagne et la débâcle républicaine, les accords Hitler/Staline, la passivité de l'Europe devant l'annexion des pays de l'Est, le martyre des peuples de l'Est, l'avilissement de l'homme par l'homme. Mais la grande force de ce roman c'est qu'il rend sa place à l'individu, à l'être particulier et singulier que les totalitarismes ont toujours tentés, en vain, de détruire. Car dans ce roman on s'attache (ou se détache) à des personnages qui sont d'un grand réalisme psychologique. Évidemment; on sort un peu désabusé de la lecture mais cela assainit. La politique semble être capter par des hommes avides de pouvoir qui se désintéressent de l'individu. Alors comment vivre en société ? le roman livre une des réponse possible page 469 « la véritable grandeur humaine réside dans la pratique de la bonté sans condition, dans la capacité de donner à ceux qui n'ont rien, non pas le superflu mais une partie du peu que nous avons(…) ne pas faire de politique ni prétendre par cet acte à une quelconque prééminence ».
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Archie
  07 avril 2019
L'homme qui aimait les chiens ! Un titre sans relief, pas vraiment attractif, qui aurait pu me faire passer à côté d'un livre époustouflant : un épais roman historique de sept cent cinquante pages portant sur des événements du vingtième siècle, accrochant comme un thriller, passionnant comme une biographie ; et instructif comme un commentaire politique, car certaines idéologies du vingtième siècle continuent à faire l'objet de débats aujourd'hui, bien que...

Que viennent faire les chiens là-dedans, demandez-vous ? Il y a bien, dans le roman, un personnage auquel le narrateur attribue le qualificatif d'homme qui aimait les chiens… Les autres personnages aimaient aussi les chiens... Parmi tous ces chiens, notons juste les barzoïs, des lévriers russes à poil long, qui furent les mascottes de l'aristocratie tsariste, avant d'accompagner, à leur tour, quelques hauts dignitaires soviétiques. Voilà qui nous permet de situer le coeur stratégique de l'intrigue.

Si c'est bien au Kremlin que l'on tire les ficelles, ce n'est pas à Moscou que se déroule l'essentiel de l'action. La trame romanesque se compose du meurtre annoncé d'un homme en exil, et de la minutieuse préparation psychologique de son assassin, pendant plusieurs années, par un agent des services secrets soviétiques. La narration, qui fait alterner les chapitres sur l'exilé et sur le tueur, est aussi fascinante qu'un roman d'espionnage de John le Carré. Les incertitudes et les rebondissements des derniers jours avant le meurtre, racontés presque heure par heure, sont pétrifiants.

Il s'agit pourtant d'une histoire vraie, largement connue, du moins dans ses grandes lignes : le meurtre au Mexique en 1940 sur ordre de Staline, de Lev Davidovitch Bronstein, plus connu sous le nom de Trotski, par Ramón Mercader, un jeune communiste fanatisé, sélectionné dans les rangs républicains pendant la Guerre d'Espagne et manipulé avec un cynisme absolu.

Que penser des deux protagonistes ? D'un côté, un homme vieillissant en exil, toujours ardent dans ses convictions, mais de plus en plus isolé, ce qui pourrait susciter la compassion ; en fait un fanatique obsessionnel, un idéologue illuminé, obnubilé par sa rancoeur contre Staline, et qui avait montré quelques années plus tôt, à la tête de l'Etat Bolchevique et de l'Armée Rouge, sa capacité à sacrifier cruellement à sa cause des dizaines de milliers d'hommes. de l'autre côté, un jeune Catalan exalté, rêvant d'un paradis sans exploiteurs ni exploités, où règnerait l'égalité et la prospérité ; un homme disposant de réelles qualités, auquel on aura inoculé artificiellement la haine de Trotski, et qui finira par perdre son libre arbitre et donc son âme ; quelques doutes au dernier moment ne le feront pas reculer. le premier perdra la vie, l'autre passera le reste de la sienne à rechercher son âme perdue, mais aucun des deux ne mérite la compassion.

S'il en est un qui mérite la compassion, c'est Iván, un écrivain cubain raté né en 1949, un homme malchanceux qui raconte son histoire personnelle en contrepoint de celle de la traque de Trotski par Ramón Mercader. Iván avait rencontré l'homme qui aimait les chiens, venu finir ses jours à Cuba à la fin des années soixante-dix. C'est ainsi qu'il avait entendu parler de Ramón Mercader. Une belle occasion d'écrire un roman, qu'Iván ne saisira pas, du moins sur le moment. Il ne se sentait pas le courage d'aller à l'encontre des « vérités » décrétées par l'URSS, que le régime castriste soutenait sans réserve, après en avoir adopté le modèle économique et l'orthodoxie politique fondée sur l'impossibilité d'une contestation. Très peu de Cubains savaient d'ailleurs qui avait été Trotski et il était presque impossible de se documenter sur lui. L'île vivait alors des subsides de l'URSS, jusqu'à ce que son effondrement plonge Iván et tous les Cubains dans la misère la plus sombre. Toute la vie d'Iván aura été une chute morale et matérielle, marquée essentiellement par la peur.

La peur ! Pour Iván, c'est l'un des piliers sur lesquels reposent les régimes totalitaires. Une peur de tous les instants, qui s'abat sur le peuple, ainsi astreint à l'obéissance muette, sur les dirigeants, exposés à tout moment à la disgrâce sans raison, et sur Staline lui-même, un assassin qui voyait partout des assassins à faire assassiner. L'autre pilier de ces régimes est le mensonge, la capacité cynique à proférer et diffuser des contre-vérités – on dirait aujourd'hui des fake news – pour instiller la haine.

Comment le système soviétique et ses copies ont perverti une grande utopie ! Quand le ciel aura fini de s'écrouler sur le malheureux Iván, c'est la leçon que tirera son ami Daniel, un autre écrivain cubain, dans lequel on peut voir un double de l'auteur, Leonardo Padura, que l'on reconnaît à sa passion pour le base-ball et que l'on suit dans sa Pontiac modèle 1954.

Leonardo Padura n'a jamais quitté Cuba, son pays, où il vit presque anonymement, ignoré par les médias nationaux assujettis au régime, alors que ses oeuvres sont traduites et diffusées en dix langues de par le monde. Cet homme qui n'a pas peur est un immense romancier.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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mariech
  16 mai 2012
Il y a quelques semaines , j'ai lu la biographie de Trotsky par Robert Service , j'ai aimé mais sans plus , et puis , je lis ' L'homme qui aimait les chiens ' , un livre fascinant qui est certes une biographie romancée mais tellement bien écrite , il y a des détails pertinents et surtout un réel talent , on apprends pleins de choses mais de façon passionnante .
Il y a même un détail que j'avais noté chez Robert Service , il dit que Georges Simenon est Français , tandis que Léonardo Padura lui rend bien sa nationalité de belge .
Nous voilà parti dans un voyage dans le temps et l'espace , en effet , nous sommes en Espagne pendant la tragique guerre civile , puis en URSS tout le long du règne du Tsar rouge , c'est-à-dire Staline , puis dans Cuba aux prises avec les restrictions encore augmentées par la fin ' du grand frère '.
J'ai découvert qu'à Cuba être homosexuel était un délit , je ne savais pas que la censure était si importante .
J'ai appris beaucoup sur les années de la guerre civile en Espagne , et surtout sur cette pieuvre monstrueuse qu'était le communisme Stalinien , sur toutes ces personnes sacrifiées au nom de l'idéal . Et puis que reste -t-il quand cet idéal s'effondre , que de vies gâchées pour rien .
Par un procédé original ; l'auteur ose un parallèle entre Trotsky et son meurtrier Ramon Mercadès , tous deux seront poursuivis toute leur vie , et seront apatrides .
Avec les portraits de Caridad et d' Africa , on touche à la passion destructrice qui anime ces passionnées d'une cause , elles renoncent à tous , même à leurs enfants .
Mais aussi , je garde en tête la plage cubaine avec les deux Barzoïs .
Un auteur qui me donne envie de le découvrir un peu plus .
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patrick75
  24 octobre 2015
Au travers de son personnage principal, Ramon Mercader, l'auteur retrace la désillusion que fût le "stalinisme".
La terreur que le petit "Père des peuples" à instauré et la Peur qui en à découlé, ont fermé les bouches et tués les consciences.
Ce livre est dense, précis, il nous promène de Moscou à Cuba et de Paris à Barcelone en passant par New-York.
C'est un mélange de fiction et de réalité, où la petite histoire d'un républicain espagnol rejoint la grande histoire du XXème siècle.
Padura Fuentes reste impartial et n'hésite pas à critiquer la "victime", il décrit les manipulations psychologique et dialectique misent en place par les penseurs moscovites du N.K.V.D, le "bras de fer" à distance entre Trotsky et Staline...très instructif.


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nadejda
  05 mars 2011
Plutôt que « L'homme qui aimait les chiens» on pourrait dire les hommes qui aimaient les chiens car les protagonistes principaux de ce roman sont tous reliés, entre autre, par leur amour des chiens, et cet amour est un point d'ancrage pour leurs vies errantes, leurs vies volées et éclatées. Il leur permet de rester fidèles à eux-même, de garder un peu de leur âme.
« C'était la chronique même de l'avilissement d'un rêve et un témoignage sur l'un des crimes les plus abjects jamais commis, non seulement parce qu'il affectait le destin de Trotski, après tout concurrent de ce jeu pour le pouvoir et protagoniste de nombreuses atrocités historiques, mais aussi celui de millions de gens entraînés -- malgré eux, bien souvent sans que personne ne se souciât de leurs désirs -- par le ressac de l'histoire et la folie de leurs maîtres déguisés en bienfaiteurs, en messies, en élus, en héritiers de la nécessité historique et de la dialectique incontournable de la lutte des classes.» p 373
Cette réflexion que se fait Ivan, le narrateur cubain de cette longue histoire, résume bien ce que ce roman de Padura nous fait vivre, dans une démonstration et selon une construction sans faille. 

C'est dans un climat de peur où règnent le mensonge et la délation que tous ceux qui sont impliqués dans cette affaire vont voir leur vie et celle de leur proches détruites. La manipulation est reine et le manipulateur suprême est Staline qui perfectionne son oeuvre d'effacement de la mémoire. 

A travers la nasse mise en place, dès le début de l'exil de Trotski, qui se refermera lentement sur lui et sa famille, après que chaque maillon ait été forgé et soudé à un autre, nous revisitons l'histoire du XXème siècle où des millions d'êtres vont être broyés. L'idéal révolutionnaire qui a fait se soulever des millions de personnes a été détourné au profit du pouvoir bureaucratique et totalitaire d'un seul. Que ce soit ceux qui ont été tués comme opposants ou déclarés comme tels, ou ceux qui ont tué en se croyant justifiés par leur participation à l'avènement de ce rêve de société égalitaire, ils auront au final tous été cyniquement dupés, laminés après avoir perdu toute individualité. Et au-delà de la révolte et du dégoût que peut susciter ce gâchis on ne peut s'empêcher de ressentir une grande compassion devant tant de souffrance.

Comme Ivan le narrateur, qui s'efforce de rassembler tout ce que Jaime Lopez, l'homme aux deux Barzoï, rencontré sur la plage, lui a confié de la vie de Ramon Mercader l'assassin de Trotski, le lecteur va vouloir savoir, comprendre, tenter de découvrir et démêler le vrai du faux. Et Padura réussit à nous tenir en haleine au long des sept cents pages de ce roman qui, loin d'être rébarbatif devient de plus en plus passionnant. Une histoire aux multiples ramifications qui ne trouvera son épilogue tragique qu'en 2004.
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Phil56
  04 août 2018
Après plus de 70 critiques déjà publiées, je ne souhaite pas faire mon intéressant.
Je me limiterai donc à, succinctement :
1) exprimer mon ressenti ;
2) poser un constat ;
3) émettre un petit bémol.
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1) Ayant précédemment savouré ses délicieux polars cubains mettant en scène Mario Conde son héros récurrent, je suis littéralement tombé sous le charme d'un Leonardo Padura au sommet de son art en observateur lucide, sensible et impartial des tourments historiques de ce court vingtième siècle ;
2) N'est-il cependant pas à craindre que ce roman soigneusement documenté (trop pour certains : il faut effectivement s'accrocher à de solides références historiques et idéologiques pour ne pas être largué), soucieux du moindre détail, d'une crédibilité à toute épreuve (j'en connais modestement un bout sur la vie et les idées de Léon Trotsky pour en juger) ne fasse plus guère écho auprès d'une génération post chute du mur de Berlin bien éloignée de cette époque où le fond de l'air était rouge ... (du moins nous fûmes nombreux à le croire) ? ;
3) Comme d'autres avant moi, raison pour laquelle je ne lui ai pas octroyé une cinquième étoile, je n'ai pas été convaincu par le portrait qu'il nous propose de Sylvia Ageloff (militante trotskyste états-unienne séduite par Mercader afin d'approcher l'entourage du "Vieux") :
a) inutilement caricatural quant à sa supposée naïveté ;
b) tendancieux eu égard à sa prétendue insignifiance intellectuelle et politique ;
c) sottement misogyne à propos de son physique péremptoirement jugé disgracieux.
Force est d'ailleurs de constater que Leonardo Padura ne fait généralement pas dans la nuance avec ses personnages féminins (Caridad del Río Hernández : mère atrocement castratrice de Mercader ainsi que le grand amour espagnol de ce dernier - África de las Heras : d'une extrême froideur affective et idéologiquement possédée).
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michdesol
  03 mai 2019
Il y a trois protagonistes dans ce livre : le révolutionnaire russe Léon Trotski, son assassin Ramon Mercader, et le narrateur cubain. On suit Troski, le proscrit, dans son exil difficile de la Turquie au Mexique via la France et la Norvège, on suit Mercader de la guerre d'Espagne à son recrutement par les services soviétiques dans le but de tuer Trotski, et le narrateur nous offre son éclairage sur la réalité cubaine de la fin du XXe siècle. C'est surtout un témoignage terrible sur la réalité du stalinisme, qui ruina à jamais le rêve communiste devenu cauchemar, dévoyé qu'il fut dans le totalitarisme. On entre difficilement dans le roman, sans doute à cause d'un style qui peut paraître lourd et épais. Mais tout se décante assez vite et, horrifié, fasciné, écoeuré, on ne le lâche plus
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