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EAN : 9791022611473
600 pages
Editions Métailié (19/08/2021)
4.17/5   533 notes
Résumé :
Ils ont vingt ans. Elle arrive de New York, il vient de Cuba, ils s’aiment. Il lui montre une photo de groupe prise en 1990 dans le jardin de sa mère. Intriguée, elle va chercher à en savoir plus sur ces jeunes gens.
Ils étaient huit amis soudés depuis la fin du lycée. Certains vont disparaître, certains vont rester, certains vont partir.
Des personnages magnifiques, subtils et attachants, soumis au suspense permanent qu’est la vie à Cuba et aux péripé... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (106) Voir plus Ajouter une critique
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Quand je referme Poussière dans le vent, impressionnant roman de Leonardo Padura, je le fais avec regret même si la lecture en a été un peu longue.
Je termine ainsi de belles pages d'une aventure collant au plus près à la vie des Cubains, de Cuba et d'ailleurs. Sur les pas de Clara, Darío, Horacio, Bernardo, Irving, Walter, Joel qui formaient ce fameux Clan, l'auteur de L'Homme qui aimait les chiens, un précédent roman que j'avais adoré, retrace amour, amitié, haine, jalousie, drames, mais aussi vie sociale, misère, émigration, histoire d'un pays où une dictature a été renversée pour instaurer une révolution se voulant égalitaire sans pouvoir éviter la domination d'une caste privilégiés et les trafics en tous genres.
Il faut dire que la rupture avec le géant voisin tout puissant, dès 1960, n'a rien arrangé, Cuba se liant avec le monde soviétique, jusqu'à la chute du Mur de Berlin, en 1989.
Au travers des problèmes rencontrés par Clara et ses amis, Leonardo Padura m'a fait prendre conscience des souffrances endurées, de la misère, de la faim, alors qu'en même temps, la jeunesse poursuivait de brillantes études comme Ramsés et Marcos, les enfants de Clara et Darío le prouvent.
S'il découpe son récit en dix grandes parties, l'auteur alterne les époques, revient en arrière, explique, ménage le suspense jusqu'au bout. Ainsi, il permet de comprendre pourquoi de nombreux Cubains ont tenté de fuir leur île à laquelle ils sont profondément attachés. Où qu'ils aboutissent, cet amour-haine persiste toujours, même lorsque Barack Obama rétablit le contact entre les deux pays, embellie que son successeur s'empressera de gâcher, hélas.
L'essentiel du problème qui hante le livre de la première à la dernière ligne est concentré chez une certaine Loreta Fitzberg, mère d'Adela. Cette Loreta est une vétérinaire passionnée par les Cleveland Bay, une race chevaline unique, et elle est responsable d'un ranch, bien loin de Cuba, The Sea Breeze Farm, près de Tacoma (USA). Ringo, son cheval favori, âgé de 26 ans, est sur le point de mourir quand elle apprend que sa fille de 17 ans est amoureuse du jeune Marcos, un fan de base-ball, qui a réussi à fuir Cuba et vit en Floride, à Hialeah où la majorité des exilés cubains vivent comme à Cuba mais avec des supermarchés pleins !
Pourquoi Loreta est furieuse d'apprendre que sa fille fait l'amour avec un Cubain ? Il faut que Clara ouvre un compte Facebook, demande son fils, Marcos, comme ami, puis Darío, son père, Ramsés, son frère, et que Clara poste une photo de groupe prise à la maison familiale de Fontanar, à La Havane, pour que se déclenche une avalanche de révélations.
En effet, au premier plan, sur cette photo, une certaine Elisa, mariée à Bernardo qui vit maintenant avec Clara, est enceinte mais a disparu après cette fameuse photo prise en 1990.
À partir de là, Leonardo Padura dont j'avais aussi beaucoup aimé La transparence du temps et Retour à Ithaque, m'a fait vivre quantité d'aventures, de rebondissements, de tensions, de scènes d'amour torrides qu'elles soient hétéro, lesbiennes ou homo. Il m'a surtout plongé au coeur de la misère, des privations, des souffrances endurées par tout un peuple obligé de se débrouiller, d'espérer recevoir de l'argent des émigrés ayant réussi à gagner les États-Unis, le Mexique ou l'Espagne.
En même temps, une surveillance policière permanente basée sur le mouchardage, le système des indics, crée une atmosphère pesante dans les familles ou les groupes d'amis comme dans ce Clan formé autour de Clara.
Ainsi va la vie de ces personnages auxquels je m'attache de plus en plus, comme de la poussière dans le vent, Dust in the wind, fameuse chanson de Kansas, interprétée par Steve Walsh.
Avec les États-Unis, l'auteur m'emmène en Espagne, à Madrid, à Barcelone mais aussi en Italie, à Toulouse, s'appuyant toujours sur une documentation précise, jamais lassante, toujours très instructive.
Leonardo Padura m'a ramené à Cuba où il vit, une île où, hélas, je n'ai pas pu rester assez longtemps à cause du covid, un pays que je commençais à vraiment apprécier. Hélas, les confinements successifs dus à la pandémie dont nous ne sommes toujours pas débarrassés ont donné un coup terrible au tourisme qui permettait à beaucoup de Cubains de vivre et j'ai appris qu'ensuite, la faim, l'absence de nourriture en quantité suffisante causait à nouveau de gros problèmes.
Cela n'a pas empêché Cuba d'envoyer de nombreux médecins dans certains pays qui en manquaient grâce à l'excellence de la formation donnée sur l'île, formation que Leonardo Padura ne manque pas de souligner.
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Poussière dans le vent est un roman choral d'une grande intensité, très rythmé, qui m'a enthousiasmé comme tous ceux que j'ai pu lire de cet auteur, à savoir, L'homme qui aimait les chiens, La transparence du temps et Retour à Ithaque.
Adela et Marcos ont vingt ans. Elle arrive de NewYork, est tombée amoureuse d'un balsero, un réfugié cubain. Elle s'est installée avec lui à Hialeah, ville située à côté de l'aéroport de Miami, où vivent beaucoup de cubains qui se sont exilés et qui essaient de retrouver leur identité et de se reconstruire en ayant vivantes les traditions de leur île, un inepte caprice de jeunesse, pour sa mère.
Un jour, Marcos reçoit de sa mère, Clara, une photo de groupe prise en 1990 dans le jardin de leur maison. C'était le 21 janvier, jour anniversaire des trente ans de sa mère. Lui, n'avait que six ans. Marcos et Adela l'étudient pour tenter d'identifier les différents personnages. Adela est aussitôt intriguée et très troublée par cette photo et va chercher à en savoir davantage.
Trois jours après cette fête, un orage avait de façon étrange et définitive altéré le cours de l'existence de chacun des membres de ce groupe d'amis, baptisé le Clan, car le lendemain même de la fête, l'ami des parents de Marcos, Walter qui prenait la photo est mort. Il s'est suicidé … (ou pas). D'autre part, l'amie de la mère de Marcos, Elisa, enceinte on ne sait pas vraiment de qui, a disparu après cette photo.
Si ce n'est pas à proprement parler un roman policier, Poussière dans le vent est un roman qui comporte beaucoup de mystère, un suicide mystérieux et une paternité mystérieuse et l'on va s'interroger tout au long du roman pour tenter de résoudre ces deux énigmes.
C'est donc en 1990 que débute le roman, un an après la chute du mur de Berlin puis la quasi fin du socialisme en Europe de l'Est. Cette période est spéciale pour la société cubaine, Cuba se retrouve complètement isolée, sans aucune ressource économique, sans aucun allié commercial, sans aucun appui politique et sans ressource économique. Il y a donc une rupture dans la société cubaine et de nombreux jeunes gens, fatigués, obligés de se démener pour faire face aux innombrables pénuries matérielles et alimentaires, désenchantés et voyant tous leurs espoirs anéantis prennent le chemin de l'exil, poussés par un besoin vital de liberté. Ce sera le cas de huit de ces amis soudés depuis la fin du lycée et confrontés aux transformations du monde et à leurs conséquences sur la vie à Cuba. Deux resteront sur l'île, Clara et Bernardo, car sans doute pour Clara, il lui était plus facile de résister que de se reconstruire.
En suivant ces huit membres du Clan, Leonardo Padura nous entraîne et nous fait vivre au plus près de cette diaspora cubaine.
Il est à noter cette ambivalence chez ces exilés cubains qui consiste à renier sans cesse leur île sans pouvoir ou vouloir s'en défaire.
Remarquable roman sur l'exil, très pertinent sur le fond, Poussière dans le vent est en plus et peut-être encore davantage un roman sur l'amitié, la fidélité et sur l'amour, amitié et confiance entre eux, véritable refuge qui leur permet de surmonter les difficultés, de dépasser les faits et de faire face aux situations souvent très difficiles. C'est un roman, néanmoins traversé par la peur qui est quasiment omniprésente, le soupçon et la peur que l'autre ne vous dénonce, d'où nécessité de s'adapter.
Leonardo Padura réussit d'ailleurs à toucher le lecteur, par ses personnages bien sûr, mais surtout par les valeurs universelles qui les habitent, à savoir la peur, l'amitié, l'amour.
Un très grand roman sur une petite île, comme aime à définir Cuba, Leonardo Padura lui-même, Poussière dans le vent, « Dust in the wind », en plus d'être une fine et talentueuse peinture de l'âme de la société cubaine permet de suivre L Histoire mondiale.
Pour terminer, je ne résiste pas à vous offrir le refrain de cette belle chanson du groupe Kansas auquel il est fait référence à plusieurs reprises dans le livre :
Dust in the wind de la poussière dans le vent
All we are is dust in the wind Nous ne sommes que de la poussière dans le vent
Dust in the wind de la poussière dans le vent
Everything is dust in the wind Chaque chose n'est que de la poussière dans le vent
The wind… le vent...

Lien : https://notre-jardin-des-liv..
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Elle s'appelle Adela Fitzberg. Elle est américaine, de New York, enfin pas vraiment , « Adela, cette fille qui n'était ni cubaine, ni argentine, ni de Miami, et parfois même pas de New York… ».
Il s'appelle Marcos Martinez Chaple. Il est cubain, “cette tête brûlée de Marquitos le Lynx – ou Mandrake le Magicien –“, exilé depuis deux mois aux États Unis.
Ils se rencontrent dans une discothèque de Miami.
C'est le coup de foudre.

Adela fille d'un psychanalyste juif argentin qui hait tout ce qui a rapport à son pays d'origine, et d'une vétérinaire cubaine qui s'éloignera de ses origines de manière radicale est élevée comme une plante sans racines. Pourtant elle affiche une cubanophilie exaspérante qui va croître dans le temps , la preuve....
Marcos a fuit son pays , pour “une maison, une voiture “, mais le revers de la médaille est tout autre .....
Ces deux-là à part l'amour, ont autre chose en commun, est c'est le pitch de l'histoire.....Retour à Cuba et au passé !

Dans cette première incursion dans l'univers de Padura, le coeur du sujet qu'il aborde est universel et toujours d'actualité, la quête d'identité dans tout les sens du mot. Réinventer nos vies à la lueur de ces nouvelles identités qui se forment, dont les frontières entre le pays d'origine et celui d'adoption sont brouillés. Ces identités qui ne peuvent pourtant pas survivre sans l'attache viscérale à leurs racines,
“il aurait beau courir sans regarder en arrière, ses origines étaient aussi indélébiles que la maudite coquille d'escargot dont sa mère parlait souvent “.


Padura avec ce retour à Cuba et au passé, dénonce la grande supercherie que fut le communisme et ses conséquences économiques et sociales terrible pour le pays, dû à l'abandon du grand frère soviétique suite à sa propre chute début 90, et qui signera la fin du rêve socialiste. La fin du rêve de toute une génération , ici représentée par “ le Clan “ qui finira comme « poussière dans le vent »....avec ses rides et ses cicatrices. Un rêve auquel ont cru leurs parents et grands-parents sans questionnement à tel point que l'un des huit membres du « Clan » se posera la question de s'il aurait mieux valu « croire sans douter ou douter pour ensuite perdre la foi ». Une génération qui apprendra “dés l'enfance quoi dire et où , même s'ils ne pouvaient jamais être sûrs d'avec qui ils le faisaient “ , et qui finira en exil, toutefois sans perdre de son aplomb , d'un orgueil et d'une arrogance, qui fera jaser le monde « ..ces Cubains, qui même à demi morts de faim se comportaient comme des êtres supérieurs ».

A travers le chassé croisé de l'Histoire, la Politique et l'Exil, l'auteur nous déploie un récit romanesque riche en intrigues où l'amour,l'amitié et la trahison dotés d'une énergie à haute tension en sont les principaux ingrédients,
Un roman choral dense aux nombreux personnages bien esquissés et psychologiquement fouillés,
L'autopsie d'un pays et d'une société extrêmement dénudés pour ne pas dire pauvre, auquel même « Dieu n'y comprend rien, et même Dieu ne pourrait pas l'arranger »,
Bien que la littérature cubaine soit la seule de celles d'Amérique latine n'ayant pas un grand attrait pour moi, cette première rencontre avec Padura, malgré quelques petites longueurs a été une lecture très enthousiaste.

“ce qu'ils étaient tous, ce qu'était toute la vie,
Dust in the wind,
All we are is dust in the wind
Dust in the wind
Everything is dust in the wind
The wind…”

Un grand merci aux Éditions Métailié et NetGalleyFrance pour l'envoie du livre.
#Poussièredanslevent #NetGalleyFrance
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Poussière dans le vent fait pour moi partie de ces livres, dont j'ai ralenti la lecture des derniers chapitres, pour prolonger le plaisir. Et, là cette dernière page refermée, je me sens orpheline. Orpheline de ces hommes et de ces femmes qui m'ont accompagnée pendant quelques jours, des émotions incroyables ressenties à leurs côtés, de cette île au destin tragique, de ces cubains qui ont du mal à vivre bien, que ce soit sur leur ile ou dans leur exil.
Alchimie parfaite entre destins individuels et L Histoire avec un grand H, ce livre nous raconte la vie d'un groupe d'amis, le Clan. Ils se sont connus pendant leur enfance, ou un peu plus tard. Leurs vies vont prendre des directions très différentes, certains vont quitter l'ile vers l'Amérique ou l'Europe, d'autres vont y rester, essayant de survivre tant bien que mal, aidés par les subsides que leur envoient ceux qui sont partis.
2014 : le roman débute par la rencontre de Marcos et d'Adela. Marcos est un des nombreux cubains ayant choisi l'exil, c'est le fils de deux membres du Clan. Adela est américaine, fille d'un réfugié argentin et d'une exilée cubaine. Sa mère a complètement coupé les ponts avec son ile de naissance et Adela (par réaction ?) en a fait le sujet des ses études. Quelle n'est pas sa surprise de reconnaitre sa mère sur une photo de groupe, publiée par la mère de Marcos. Mais cette femme s'appelle Élisa, et non Loreta comme sa mère. Adela va vouloir comprendre.
L'auteur reprend ensuite à partir de l'époque de la photo (1990) l'histoire des membres du Clan. En 1990, peu après la prise de la photo, deux évènements vont secouer le groupe. L'un se suicide, une autre cette Élisa disparait. Et ces deux épisodes vont influencer directement sur la destinée de chacun d'entre eux. Les parties successives du roman vont s'attacher plus particulièrement à l'un d'entre eux et à son histoire, mais aussi à l'histoire d'Adela dont l'origine est brutalement remise en cause.
C'est un roman riche, foisonnant, qui à travers les destins de quelques personnes nous montre les conditions de vie à Cuba au cours des dernières décennies, comment le déclin des état communistes en Europe a fait de cette ile un pays perdu, où trouver à manger était un problème, où les magasins étaient souvent vides, où les communications étaient restreintes, un pays qui restait communiste envers et contre tous, un pays qu'on pouvait difficilement quitter, et dans lequel une fois parti il était compliqué de revenir, un pays où l'état et la police créait un climat de peur, où tout un chacun pouvait se croire espionné.
Le thème de l'exil est abordé à de nombreuses reprises par l'auteur, expliquant la difficulté de l'exilé à reconstruire une vie, pas tant sur le plan matériel, que sur le problème de l'appartenance. Comme le dit l'un de ces exilés « nous ne sommes dans la mémoire de personne et personne n'est dans notre mémoire à nous ». Même ceux qui ont le mieux réussi dans l'exil, ne se remettront jamais complètement de leur départ « cette chaleur n'était pas sa chaleur, ses nouveaux amis étaient seulement cela, des nouveaux amis, et non ses amis, ce qu'il avait perdu était irrécupérable ».
J'ai appris beaucoup de choses pendant cette lecture. J'ai surtout aimé ces hommes et ces femmes, j'ai ressenti leurs émotions, la force de l'amitié qui les lie malgré les aléas de la vie et la distance géographique imposée par l'exil. Je les quitte à regret.
« Pour Clara, bordel de merde ! parvint à crier Bernardo.
- Pour Clara ! lui répondirent les autres, qui furent encore capables de sourire et de boire, avant que certains d'entre eux, Irving en tête, ne se mettent à pleurer quand Ramsés, comme vingt-cinq ans plus tôt, mit la chanson de Kansas qu'aimait tant Bernardo et qui leur rappelait ce qu'ils étaient tous, ce qu'était toute la vie : Dust in the wind. »

Merci infiniment aux éditions Metailié pour ce partage #Poussièredanslevent #NetGalleyFrance
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Qu'il est bon de se plonger dans l'écriture d'un grand romancier qui sait mêler romance et historique d'un pays ! Un gros travail qui ne peut que forcer le respect du lecteur. Il nous fait entrer dans chacun des personnages, nous donnant la sensation de les connaître réellement. Idem avec des animaux comme le chien et surtout cette scène magnifique avec un cheval. C'est Cuba qui domine tout. L'énorme crise économique des années 1990 fait fuir des milliers de cubains en radeaux. Parmi eux des membres du Clan comme se sont appelés ce groupe d'amis dont les destins seront bien différents aux quatre coins du monde, tel des poussières, après cet exil forcé. C'est le jeune couple qui se forme et une photo qui va faire ressurgir les mystères du passé, en autre le suicide de Walter et la disparition brusque de Loreta alias Elisa, enceinte mais de qui, puisque son mari est stérile ?
Je remercie Masse Critique et Bookycooky. le hasard a fait qu'elle était en cours de lecture de celui-ci et que je lui ai demandé son avis pour postuler.
Le titre aurait pu être : « - Mais qu'est-ce qui nous est arrivé ? »
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critiques presse (3)
LePoint
19 janvier 2022
Dans ses pages, la sensualité, comme l’amour des nourritures terrestres, tient une place délectable. « Faire souffrir les personnages tout le temps, c’est bon pour Dostoïevski, pas pour un écrivain cubain ! » Avant d’être perdu, tous les paradis ont eu le goût du bonheur. Et à Cuba peut-être plus qu’ailleurs.
Lire la critique sur le site : LePoint
LaLibreBelgique
10 septembre 2021
Padura maîtrise l'art de l'intrigue et sait y faire pour mener l'enquête.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde
06 septembre 2021
Le romancier signe un nouvel excellent roman, où se lit en creux un demi-siècle d’histoire cubaine.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (120) Voir plus Ajouter une citation
Ce fut elle qui engagea la conversation. Elle fit un commentaire apparemment fortuit pour exprimer son admiration devant tant de liberté dans la composition et l'usage des couleurs, et la sensation de vie qui s'en dégageait, et ils échangèrent deux ou trois commentaires pour dire à quel point ils aimaient Renoir. En entendant son accent, il se dit qu'elle devait être britannique, mais il n'en était pas sûr et il osa lui demander. Elle répondit : "Moi, je ne suis de nulle part." Et cette réponse trop cérébrale, prétentieuse et énigmatique, mais qui ne déplût pas à Bruno, comme si elle avait été dite par un personnage de Garcia Marquez arrivant à Macondo, faillit conclure cet échange, qui n'était encore qu'une simple rencontre sans conséquences.

   Souriant à la réponse de la jeune femme, Bruno s'apprêtait à poursuivre sa visite quand il lut que cette toile de Renoir, intitulée Le déjeuner des canotiers, avait été prêtée pour être exposée au Fine Arts de Boston par la Phillips Collection de Washington, alors qu'il aurait juré l'avoir vue à Orsay. Il se remit alors à examiner le tableau, et il finit par comprendre qu'en fait il ne l'avait vue auparavant dans aucun musée, mais qu'il l'avait confondue dans ses souvenirs avec le Bal du moulin de la Galette, une autre des oeuvres majeures du peintre, qui l'avait tellement enthousiasmé quand il l'avait vue à Paris...

   - La jeune femme accoudée à la balustrade, c'est moi.
    Bruno sentit une décharge dans la nuque. Il se tourna et regarda la femme enceinte, puis à nouveau le tableau, et sourit. Qu'une jeune femme de 1990 prétende avoir son portrait sur un tableau de Renoir peint plus d'un siècle plus tôt était moins un trait de snobisme qu'une fanfaronnade ou le signe d'une possible folie, même si Bruno, qui s'y connaissait en altérations de la psyché humaine, opta pour la première hypothèse quand il eut observé attentivement la jeune femme et constaté que, en effet, elle ressemblait au personnage féminin sorti du pinceau du maître.
   - Ne me regardez pas comme ça, monsieur... vous ne croyez pas à la réincarnation ?... Cette jeune femme c'est moi, dans ma vie antérieure, et ces autres hommes et femmes ont été mes amis dans cette même vie antérieure, et j'en ai retrouvé plusieurs dans celle-ci.
   Amusé, Bruno décida d'aller dans son sens.
   - Et vous vous souvenez de vos vies antérieures ?
  - De chaque minute de chacune des vies...
  - Ça doit être terrible. - Il décida de rentrer un peu plus dans son jeu. - Comme dans Funes ou la mémoire, le récit de Borges... Et comment vous appeliez-vous dans cette autre vie ?
   Cette fois, la jeune femme réfléchit un instant avant de répondre.
   - Aline... comme la fille qui allait être l'épouse de Renoir.
   - Et comment vous appelez-vous maintenant, dans cette vie ou cette incarnation ?
   La jeune femme réfléchit à nouveau.
   - Loreta Aguirre Bodes.
   - Avec un nom pareil, vous n'avez pas l'air très française...
   - Peu importe... Dans chaque réincarnation, ou plutôt renaissance, on est ce que l'on est, et non ce que l'on a été.
   - Avec un nom pareil, si ça se trouve, dans cette vie vous parlez espagnol.
   Loreta sourit
   - oui, dit-elle en changeant de langue. Et vous ?
   - Aussi. Et moi, je sais d'où je viens : je suis argentin. Même si je ne le pratique pas. - Il rit. - Et je m'appelle Bruno Fitzberg et... j'ignore si je suis une réincarnation ou une renaissance...

   Loreta et Bruno visitèrent ensemble le reste des salles consacrées aux impressionnistes, ils évoquèrent la délicatesse de Degas, la pureté de Monet, l'énergie des coups de pinceau de Van Gogh et le mystère joyeux des toiles colorées de Cézanne, et quand Loreta senti la fatigue due au poids supplémentaire qu'elle portait, elle accepta l'invitation de Bruno d'aller prendre un café au restaurant du musée. Oui, elle avait besoin d'aller faire pipi et de s'asseoir. Les envies d'uriner se faisaient tous les jours plus fréquentes et elle avait les jambes enflées... Je suis horrible, dit-elle tout en touchant son ventre volumineux et en l'avertissant qu'elle en était au huitième mois.

   Assis à une table devant une tasse de café, ils discutèrent un moment de l'impressionnisme (elle en savait plus que lui sur les artistes), du bouddhisme et des réincarnations ( ils avaient tous  deux des connaissances basiques sur la question) et, sur l'insistance de Bruno, qui n'avait rien d'autre à faire, ils finirent par dîner au même endroit. Au cours des deux heures de conversation, le psychanalyste argentin de passage à Boston apprît que la fille enceinte était née à Cuba et avait vécu plusieurs années à Londres, où elle avait suivi des  cours d'arts plastique et visité un grand nombre des magnifiques musées de la ville. Loreta lui avoua aussi que cela faisait à peine un mois qu'elle était aux États-Unis, et qu'elle avait été accueillie par une amie anglaise qui faisait un doctorat à Harvard.

   - Et votre mari ?
   - Il n'y a pas de mari.
   - Et ça ? - Il montra son ventre.
   - Production indépendante.
   - Un ami qui figure sur le tableau de Renoir ?
   Ils rirent.
   - Peut-être, dit-elle...
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Chaque fois qu’il le pouvait, Horacio assassinait le temps, qui pour lui aussi avait augmenté depuis qu’il était docteur en sciences physiques, en allant s’asseoir sur le muret du Malecón pour regarder la mer et, si ses neurones se réveillaient, réfléchir. Il contemplait la mer et il se demandait si les flots bleus avaient toujours la même couleur, la même densité et la même composition que trois ou quatre ans plus tôt, ou trois ou quatre siècles plus tôt. La masse liquide semblait incontestablement plus impénétrable, augmentant la sensation d’enfermement, de condamnation, d’asphyxie : l’évidence d’un prodigieux changement physique et chimique, ou la preuve d’une insurmontable insularité légale, géographique et spirituelle.
(page 96)
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D'un pas rendu hésitant par la quantité de rhum ingérée, le mathématicien chercha alors la dalle la plus élevée de la terrasse d'où il pourrait surplomber le jardin. Clara essaya d'éviter les regards que, elle le savait, les autres échangeaient, peut-être avec un petit sourire moqueur, car elle sentait que regarder Bernardo lui causait une pointe de culpabilité. Le flash de l'appareil photo de Walter illumina les lieux et Bernardo s'éclaircit la gorge tout en attendant qu'achève de s'éloigner l'avion qui venait de décoller de l'aéroport de Rancho Boyeros, qui n'était pas loin.

   - Ramsés, s'il te plaît, finit par dire Bernardo. L'enfant sourit et appuya sur la touche play du magnétophone.

   Des accords de guitare acoustique, reconnaissables entre tous, inondèrent le jardin de la maison de Fontanar. Quelques uns sourirent, d'autres tournèrent la tête, pour observer, intrigués, Bernardo qui restait immobile, les yeux fermés, tandis que s'élevait la voix diaphane de Steve Walsh, le chanteur de Kansas.

      I close my eyes, only for a moment,

      And the moment's gone

      All my dreams pass before my eyes, a curiosity

     Dust in the wind.

   Bernardo ouvrit les yeux et regarda l'assistance. Clara craignit que quelque chose de grave ne soit arrivé. Elle savait que Bernardo adorait cette chanson, mais elle avait du mal à comprendre sa pertinence en pleine fête d'anniversaire. Le son mélancolique du violon de Robby Steinhardt flotta alors dans l'air, avant les paroles et les derniers accords de la chanson.

      Dust in the wind

      All we are is dust in the wind

      Dust in the wind

      Everything is dust in the wind

      The wind...

   Bernardo regarda une nouvelle fois les visages des convives, qui avaient gardé un silence expectatif.

    - Vous ne trouvez pas que c'est une des plus belles chansons jamais composées ?... Une des plus vraies ?... Eh oui, merde, tout n'est que poussière dans le vent... Et c'est pour ça que, avant que vous ne commenciez à vous remplir la panse avec du porc grillé et du riz aux haricots verts, je veux vous dire un truc. - Bernardo sourit alors, ses yeux se remirent à briller, avec ce vert profond toujours attirant et mystérieux, - Je ne sais pas si vous avez fait les comptes... faire les comptes, c'est mon boulot, je suis pas mathématicien informaticien pour rien. Et les comptes disent que c'est la onzième fois que nous sommes réunis ici pour fêter  l'anniversaire de notre chère Clara. La première, c'était en 1980 et nous étions presque tous là, sauf l'abominable Walter, comme disent certains, qui était à la chasse aux ours en Sibérie... Mais ceux d'entre nous qui étions ici, vous vous rappelez comment nous étions en 1980 ? Au top, non ? Et maintenant comment nous sommes en 1990 ? Et on a presque tous fêté nos trente ans et nous autres, ceux d'alors, nous ne sommes plus les mêmes, comme disait José Marti.

   - Ignorant ! ... C'est Neruda qui l'a dit, lança Irving.

   - Un poète !... Le fait est que nous ne serons plus jamais les mêmes ni la même chose, ce qui n'est pas tout à fait pareil... parce que c'est ce que nous sommes : poussière dans le vent... mais avec nos rides et nos cicatrices... nous sommes ensemble, et c'est ce que je voulais dire. Et nous sommes ensemble parce que Clara a été l'aimant qui nous a maintenus ainsi, serrés comme le Clan que nous sommes.

   Il hocha la tête, but, sourit. - Clara et cette maison. Clara et sa force de résistance, il en faut pour nous résister !... Mais avant de trinquer en l'honneur de Sainte Clara des Amis, de Maman Clara, je voulais porter un premier toast à ma femme, Elisa, mon amour... Et quoi encore, Irving ?

   - "Quand dans cette vallée rafraîchie par le vent / Nous ramassions ces fleurs fragiles..."

      - Merci, Irving...Rafraîchie par le vent...un peu trop rafraîchie, non ? dit Bernardo, et tous, sauf Walter, Elisa et Clara, avaient déjà le sourire. Je disais donc... Elisa, mon amour, pour qui je serais capable de tuer, parce que est en train de grandir dans ses entrailles l'enfant que, vous le savez, nous avons eu tant de mal à avoir. Un enfant que, quelqu'un a pu dire grâce à Dieu, à un miracle, mais moi je dis grâce à moi et à ma femme, nous allons enfin avoir et qui, je le promets, si c'est une fille s'appellera Clara Elisa, et si c'est un garçon, Attila - il sourit et presque tous les autres sourirent -, parce qu'il sera un barbare, et j'en ferai un joueur de base-ball, un boxeur ou un musicien, qu'est-ce qu'on peut en faire de mieux dans ce pays de merde... Je bois à la santé d'Elisa et de son utérus ! Et à la victoire finale !  À la vôtre ! cria-t-il en levant son verre, tandis que les autres répondaient et imitaient son geste. Et je bois à la santé de Clara, qu'elle fête beaucoup d'autres anniversaires et que nous soyons toujours, toujours, tous réunis pour les fêter !  À la tienne, Clara,  bon anniversaire ! - E l'on entendit des cris, des applaudissements, des sifflets, on réclama encore du rhum et de la bière...
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Au début, seuls Horacio puis Clara savaient que Darío avait grandi en étant souvent en butte au mépris, à l’exclusion et même à la violence parce que depuis toujours il était ce qu’il était, quelqu’un de différent ; un petit con toujours dans son coin qui lisait des livres et allait tous les jours à l’école. Qui, même avec ses pantalons rapiécés, était, grâce à ses notes, le premier de la classe et l’exemple à suivre, celui qui était toujours élu étudiant d’avant-garde chez les pionniers et auquel on avait même accordé le privilège de sauter une classe.
(page 113)
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Par la mer, par la terre, par les airs, par les frontières nord, sud, ouest. Par le détroit de Floride, les chutes du Niagara, les confins du Mexique ou, via Moscou, jusqu’au lointain détroit de Béring et les neiges de l’Alaska… Durant les dernières années de sa vie à La Havane, Marcos le Lynx était devenu une véritable encyclopédie des stratégies, moyens et systèmes pouvant permettre aux Cubains d’entrer aux États-Unis pour y obtenir le statut qui leur assurait au bout d’un an et un jour un titre de résidence légale. Marcos avait énormément d’amis qui avaient testé l’un ou l’autre de ces moyens, beaucoup d’entre eux avec succès.
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