AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestions
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
ISBN : 2918698695
Éditeur : Editions Invenit (14/11/2014)

Note moyenne : 3.52/5 (sur 20 notes)
Résumé :
« Il faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l’ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement
de lumière avec un millier de gros coquillages. »
Un châle, à première vue commun s’il n’était constitué de fils de Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. Lorsqu’elle retrouve l‘objet précieusement conservé dans les réserves du musée, les souvenirs reviennent à la narratrice. Se dépl... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr
Critiques, Analyses et Avis (10) Voir plus Ajouter une critique
nadejda
  06 décembre 2014
« Le conservateur déroule le châle devant moi, sur une table de la réserve. Il n'a pas d'odeur, sauf peut-être un léger badigeon de renfermé, une teinte nouvelle du temps arrêté aux narines, mais il a gardé la trace des plis, les plis que faisait ma tante Nella en le rangeant dans sa boîte. Je retrouve les taches, les petits trous dans ce tricot très fin, à des endroits plus fin qu'à d'autres, les endroits d'habitudes, les endroits usés, les endroits de contact avec nos peaux à toutes les deux, nos peaux consanguines. »
Ainsi débute ce petit livre et toute la suite est concentrée dans ce début. Nous partons de la découverte d'un châle rare, en soie de mer, remis au Musée des Confluences de Lyon par la narratrice, nièce de Nella, qui va en se dépliant faire renaître une histoire d'amour et de haîne entre un frère et une soeur dont la narratrice nous dit : « Je n'ai jamais su du début à la fin de leur relation, ce qu'il y avait d'amour, à la limite de l'inceste, ou de haine, à la limite de l'inceste aussi, parce que haïr aussi fort son frère, sa soeur, haïr au point de livrer une guerre, de brouiller et séparer toute la famille, haïr si fort qu'on en tremble, je crois que c'est de l'inceste. »
C'est un livre écrit à fleur de peau, brûlant de sensualité qui dit la vie des deux soeurs Nella et Bice isolées dans la maison familiale de Stellanello en Ligurie dont le frère, chef d'entreprise, dominateur, leur a laissé la jouissance. Lui, a hérité de tous les biens et a fondé une famille.
Nella est une rebelle qui tient tête à son père et à son frère, qui aime courir les bois non pour leur ombre mais « pour la lumière au contraire, piégée par la fente des frondaisons (…) apercevoir par les trouées,… La lumière à travers. » comme à travers les trames du châle lorsqu'éclairé il perdait son aspect terne et redevenait chatoyant.
Ce châle lui fait retrouver toute sa féminité quand elle le déploie, c'est son bien le plus précieux qu'elle lèguera à sa nièce :
« Nella n'avait aucun sens des usages, elle lâchait ses cheveux qui tombaient défaits et longs, à peine brossés, sur ses épaules, son torse et son dos, comme les cheveux du châle, lorsqu'elle s'en revêtait en cachette, les mèches de byssus à peine retenus par le galon, chavirant ambrés sur sa peau un peu boucanée et desséchée parce que trop souvent découverte. »
Je sors de cette lecture avec l'impression d'avoir vécue une grande aventure. Ce petit livre m'a fait découvrir l'existence de la soie de mer, et ma curiosité (en tapant soie de mer sur google) m'a menée en Sardaigne où une femme, Charia Vigo, initiée par sa grand-mère, est la seule artiste qui utilise encore la soie marine comme fil de broderie. L'histoire du livre se prolonge et s'enrichit de celle de Charia
Allez faire sa connaissance ici : http://www.sardolog.com/bisso/france/index.htm
Et puis visionnez ici : http://www.museedesconfluences.fr/fr/en-cheveux-emmanuelle-pagano , plutôt après avoir lu ce beau petit livre, la vidéo où Emmanuelle Pagano, alors résidente à la villa Médicis, nous raconte les « hasards » qui l'on conduite à écrire cette histoire qui vient enrichir la nouvelle collection des Editions Invenit, « Récits et Objets » créée en collaboration avec le Musée des Confluences de Lyon qui doit ouvrir ses portes le 20 décembre prochain.
Ce petit livre, peu onéreux, beau par son aspect et son contenu peut faire un cadeau plein de richesses.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          330
nilebeh
  11 février 2015
Deuxième livre, après « L'enfant fossile », dans la série « récits d'objets » initiée par le Musée des Confluences de Lyon.
Cette fois, l'«  objet » est un châle, doux et mordoré, frangé sur les quatre côtés et venu d'Italie, probablement fin XIX ème. Sa particularité est d'être fait de « soie de mer  tricotée », une matière si rare qu'il n'existe qu'une soixantaine d'articles (gants, bonnets, étoles) qui en soient constitués dans le monde entier. Destinés à des gens riches, ecclésiastiques ou nobles, il figurent aujourd'hui dans les musées comme celui de Lyon, sagement rangés dans des tubes cylindriques quand il s'agit de ce châle, à l'abri de la lumière, des regards et du moindre contact avec les mains.
C'est la narratrice qui a donné le châle au musée et qui raconte aujourd'hui tout une vie dont il a été témoin. Et d'abord elle raconte avec tous les détails la fabrication de ce tissu si rare et étonnant à partir de fils de Pinna nobilis, ce mollusque bivalve qu'on trouve dans la Méditerranée.
« Il faut pêcher mille grands nacres, les sortir de l'ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages .»
Ce châle fait partie de l'héritage de la famille, caché dans des malles avec tous les objets de valeur, retourné à l'ombre par la volonté du père de la narratrice dans la maison où il « autorise » ses deux soeurs à vivre dans la gêne avec pour tout moyen de survivre de vendre les objets à des antiquaires. Tous, sauf le châle, ornement féminin qui pour cette raison doit rester entre les mains des femmes, les deux soeurs, la douce Bice et la rebelle Nella. Deux portraits de femmes, l'une soumise au moins en apparence, l'autre qui se coupe les cheveux, refuse le mariage et porte des pantalons pour résister à son machiste de frère, politicien fasciste aux grandes heures mussoliniennes.
Le châle, doux et résistant, précieux et en apparence malléable, représente assez bien la condition féminine en ces temps où une femme n'avait à peu près aucun droit personnel, placées sous le contrôle des pères, des frères, des maris.
Un livre bien écrit, avec délicatesse et poésie, sans concession toutefois ni féminisme exacerbé. Une lecture agréable et intéressante.
On attend avec intérêt les prochains »objets »du musée qui donneront lieu à de nouveaux textes.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
Mirontainestaleggendo
  17 février 2018
...."Mon père était un macho, une caricature. Il répétait j'aime ma fille, je pense à elle, elle aura quelque chose, mais elle n'héritera pas, parce que c'est une fille. Il m'aimait, oui, comme un père aime sa fille, souvent plus que son garçon, mais il ne m'aimait pas autant qu'il aurait pu."
L'héritage repose sur un bout de tissu, un châle précieux car "[il] faut pêcher mille grandes nacres, les sortir de l'ombre, pour obtenir deux cent cinquante grammes de fil de soie de mer, deux cent cinquante grammes seulement de lumière avec un millier de gros coquillages".
La singularité du châle ne repose pas seulement sur la richesse de son matériau, la Pinna nobilis, la grande nacre de Méditerranée. C'est le seul objet dérobé au père que la narratrice tente de dénouer pour nous livrer les mystères du tissage.Un père qui aimait sa soeur Nella comme sa propre fille, la narratrice. Nella ne souhaite pas que la tradition misogyne se perpétue, elle faisait de ce désaccord un combat social, un combat féministe.
Le châle comme un vêtement de femme, défendue par Nella, celle qui s'habillait en pantalons et prônait l'égalité des sexes, n'est pas un objet de séduction féminin. Il est le symbole de la féminité, le balancier des pleins et des creux féminins dans sa rareté et sa préciosité.La bouche qu'on enterre qui ne doit que se taire en terre fasciste italienne, l'hypocrisie offerte au père.Un corps qui s'efface sous le châle.
La femme n'est pas absente sous les traits de Nella, elle est libre, en fragile équilibre au nom de toutes celles qui n'ont pas pu se délier.
Le fil se dénoue au fil des pages pour murmurer au lecteur l'histoire familiale sous l'Italie fasciste. La figure paternelle impressionnante dans son ardeur à défendre les idées fascistes qui garde son ascendant sur toute chose et sur tout le monde auquel seule Nella tient tête.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
topocl
  20 janvier 2015
A l'occasion de l'ouverture du Musée des Confluences, celui-ci s'est allié aux éditions invenit pour lancer une collection de quatre petits livres, où, partant de quatre objets du musée, quatre auteurs écrivent un texte.
Emmanuelle Pagano parle d'un carré de soie - une soie un peu particulière, la soie de mer - dont la photo orne l'entrée du livre. Comme avec une vieille photo, à partir d'un objet, on peut écrire une histoire, créer une ambiance, retrouver des personnages.
A partir de ce carré de soie qu'elle a donné à un musée, la narratrice se remémore sa tante Nella, enfant puis jeune femme fantasque, vieille femme étrange, toujours rebelle, rejetant les conventions et les compromis dans une famille italienne fasciste, Elle vit une relation complexe faite d'amour passion et de haine rejetante avec son frère beaucoup plus âgé qu'elle, fasciné et horrifié à la fois par les choix de sa soeur.
Cela, donne une belle ambiance à ce récit écrit d'une plume poétique à la fois douce et intransigeante. Il révèle plus d'attachement au personnage qu'à l'objet de départ de l'oeuvre, et j'ai regretté que cet aspect n'ait pas été plus creusé. On apprend des choses intéressantes sur la soie de mer, dont je ne connaissais pas l'existence, mais le lien avec l'histoire est finalement assez léger. Il n'en demeure pas moins que la tante Nella fascine avec ses promenades en forêt, ses récoltes et accumulations d'objets inutiles, qui sont autant de clins d'oeils aux cabinets de curiosité mis en avant dans le musée. On aurait sans doute aimé en savoir un peu plus sur elle.
N'ayant ni tablette, ni smartphone, je n'ai pas pu bénéficier de la Réalité Augmentée proposée en parallèle à la lecture et l'ai profondément regretté. Mais quand on choisit de vivre dans une caverne, on l'assume
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          20
Chipiecat78
  18 mars 2016
J'ai tout d'abord admiré la jolie couverture de ce livre des Editions Invenit.
La narratrice a confié le châle de sa tante Nella au musée des Confluences de Lyon. Il ne s'agit pas d'un châle ordinaire, celui-ci est un châle de soie de mer. Il est fabriqué à partir de la soie élaborée par un coquillage bivalve : la grande nacre de Méditerranée.
Alors qu'il ne lui appartient plus, les souvenirs reviennent à la narratrice. Elle nous conte la vie de ses deux tantes : Nella la rebelle et Bice la douce. Nella, aux cheveux auburn et aux mêmes reflets que ceux de la soie du châle.
Deux portraits de femmes. L'une soumise, l'autre qui agit de manière désinvolte en résistant à l'autorité du machiste de frère et à la volonté du père.
Un livre bien écrit et poétique. Une lecture intéressante et agréable. C'est un bon moment de lecture.
Commenter  J’apprécie          60
Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
claraetlesmotsclaraetlesmots   16 décembre 2014
Je crois qu'elle aimait les bois pour la même raison de transparence contrariée, de luminosité en alternance, je crois que ce qu'elle aimait dans les bois, ce n'était pas l'ombre, non, c'était la lumière au contraire, piégée, par les fentes des frondaisons, tombant en rayons comme des branches cassées, ou réservée au regard de bascule en arrière, vers la rosace du ciel dessinée par les hauts épicéas lorsqu'elle se laissait aller allongée sur le dos dans une courte clairière. Y voir menu, apercevoir par les trouées, c'était ce que ma tante préférait.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          70
MrsMMrsM   09 juin 2016
L'été, les fleurs des arbres fruitiers fanaient dans les feuillages verts et copieux, il faisait bien trop chaud pour s'évader en milieu de journée, mais fuir les soirées mondaines était un ravissement à la fraîche, toute agitation de la journée tue, Nella pouvait sentir le respire des arbres, les lucioles occupaient les haies de myrte, et les oliviers centenaires semblaient se densifier plus encore lorsque la lune se rétrécissait pour laisser la place au sombre. Au-delà des collines, au sud, on apercevait certains jours clairs l'éclat métallique de la mer enflée.
p.56
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          10
MrsMMrsM   09 juin 2016
Elle fuyait cette société en s'en allant à travers les bois des collines, dans les halliers fournis, presque inhospitaliers. Elle s'en allait à l'ombre, à l'abri des arbres, accompagnée de ses chiens, la moindre lueur ravivait les reflets cuivrés de ses cheveux comme ceux du châle, et ces feux mon père ne voulait pas que l'on puisse les apercevoir.
Commenter  J’apprécie          10
LiliealuLiliealu   17 mars 2015
Je n'ai jamais su, du début à la fin de leur relation, ce qu'il y avait d'amour, à la limite de l'inceste, ou de la haine, à la limite de l'inceste aussi, parce que haïr aussi fort son frère, sa sœur, haïr au point de livrer une guerre, de brouiller et séparer toute la famille, haïr si fort qu'on en tremble, je crois que c'est de l'inceste.
Commenter  J’apprécie          10
LiliealuLiliealu   17 mars 2015
Nella n'avait pas conscience de sa propre insuffisance qui l'obligeait à demander toujours à sa sœur de rester avec elle. Elle lisait beaucoup, elle lisait précisément parce qu'elle ne se suffisait pas à elle-même.
Commenter  J’apprécie          20
Videos de Emmanuelle Pagano (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Emmanuelle Pagano
Emmanuelle Pagano Serez-vous des nôtres ?
autres livres classés : incesteVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonCulturaMomoxLeslibraires.fr





Quiz Voir plus

Famille je vous [h]aime

Complétez le titre du roman de Roy Lewis : Pourquoi j'ai mangé mon _ _ _

chien
père
papy
bébé

10 questions
1049 lecteurs ont répondu
Thèmes : enfants , familles , familleCréer un quiz sur ce livre