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Critique de Tempuslegendae


Tempuslegendae
  05 avril 2014
C'est un petit livre au grand charme. Si le propos se veut sobre, l'histoire, elle, est totalement loufoque. Un «apprenti anthropologue» est recruté comme assistant par Samuel Beckett pour l'aider à classer ses archives. Durant l'été 1985, ce jeune chercheur consigne anecdotes et échanges avec l'énigmatique écrivain irlandais. Très vite, ceux-là vont s'entendre comme larrons en foire. Une complicité qui donne à ce journal imaginaire un véritable sens, un mouvement et un titre.
Métamorphose. Dans son appartement parisien, Samuel Beckett, longue barbe, reçoit en tenue exotique ou en blouse blanche et masque d'apiculture. Bientôt octogénaire, l'homme est resté athlétique, passablement lubrique et volontiers fine gueule. Il mange comme un glouton, projette d'écrire un spectacle pour Coluche et s'occupe de six ruches sur son toit. «Nous devons être à la hauteur des abeilles. Être des alchimistes et faire notre miel», assène-t-il à son acolyte.
S'étonnant d'être l'objet d'une telle attention chez ses pairs universitaires, il décide de fabriquer des archives, toutes plus farfelues les unes que les autres. C'est un véritable acrobate, il s'attarde à brouiller les pistes dans un «Paris transformé en terrain de jeu», en collectant des revues, manuels d'exercices physiques et gadgets en tous genres. Je passe sur les lubies dont il s'approprie.
Si les mots de ma chronique peuvent aboutir à des sourires ou des malentendus, autant appliquer la dérision jusqu'au bout, mettre à mal l'image officielle de l'écrivain, et renvoyer tout le monde dos à dos: «Ce qui compte, c'est la biographie de ceux qui lisent mes livres, plus que la mienne. Les universitaires feraient mieux d'enquêter sur leur propre vie s'ils veulent comprendre quelque chose à mon oeuvre.»
Évidemment, le cocasse serait ici l'envers d'une lucidité bien triste: «Il faut abandonner l'idée d'être compris et bien lu (…). C'est la paradoxale félicité des artistes.»
Dans cet ouvrage, Martin PAGE a l'élégance de mettre son érudition en retrait, c'est un art. Sous sa plume vive, Samuel rédige un magnifique journal imaginaire. Un bel hommage d'une éclatante simplicité.
Je vous conseille cette lecture.
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