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EAN : 9782843351013
251 pages
Éditeur : Verticales (04/09/2001)
3.59/5   11 notes
Résumé :
A l'âge de dix ans, l'enfant à la guirlande de deux mille six cent trente-trois trombones s'apercevait, devant une image du passé, qu'il n'avait pas de mémoire. L'adulte, le même, n'en finit pas de remettre sur le métier les bribes de fantasmagoriques souvenirs qui lui restent d'alors. Et l'enfant et l'adulte cherchent à reconstituer le protocole de l'expérience dont il aurait été le sujet, exp... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
daniel_dz
  02 février 2020
Découvrant peu à peu des notes de son père, professeur d'éthologie, un homme en vient à se demander si son père ne l'aurait pas pris comme sujet d'expérience quand il était enfant. le texte sonne comme des mémoires, le ton est enlevé, le style est fluide, je me suis régalé des images ironiques du Paris universitaire des années 70.
Voici une histoire intrigante. le narrateur nous entraine dans son questionnement à propos de sa jeunesse, dont des souvenirs lui manquent. Dans les notes de son père, il retrouve par exemple des listes de mots qu'il aurait prononcés dans son enfance et il se demande pourquoi ces listes ont été écrites. Il essaie d'en retrouver le contexte, dans les bribes de souvenirs qui lui restent. Peu à peu, il se demande s'il n'aurait pas été le sujet d'une quelconque expérience menée par son père. Plus tard, il se souvient que son père lui avait demandé d'aider une de ses assistante à observer des souris de laboratoire et finit soupçonner que ce n'était qu'un prétexte pour que l'assistante l'observe lui.
Présentée comme ça, cette histoire pourrait sembler glauque. Mais il n'en est rien: l'auteur l'emballe d'ironie, de souvenirs d'enfance et d'images du Paris des années 70 qui rendent la lecture fort plaisante.
J'ai déjà rapporté que ma sympathie pour Yves Pagès est née lorsque j'ai découvert son intérêt pour les graffitis, en particulier ceux de Mai 68. Je ne le recommanderais pas spécialement à ceux qui cherchent de la belle littérature, des émotions profondes ou de suspenses haletants. Je le recommanderais plutôt à ceux qui cherchent des écrits qui sortent de l'ordinaire, sur ce soit par leur style ou par leur thème. C'est cet aspect qui me donne plaisir à lire Yves Pagès. Certes, cela ne fonctionne pas toujours : j'avais je n'avais pas trop apprécié ses «  Petites natures mortes au travail ». Mais ce revers n'avait pas suffi pour m'éloigner de l'auteur et je suis heureux d'avoir retrouvé dans « Le théoriste » la dose d'originalité que j'avais trouvée dans « Encore heureux ». Dans ce dernier texte, l'originalité résidait principalement dans la forme. Dans « Le théoriste », elle réside plutôt dans le thème, qui finalement, prête à réfléchir sur les relations entre un père et son fils ainsi que sur la place excessive que certains chercheurs peuvent accorder à leurs travaux.
Je vais continuer à découvrir Yves Pagès avant de décider lequel de ses livres je vous conseillerais, si vous ne deviez n'en lire qu'un. À suivre…
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MarianneL
  17 mars 2014
«Je suis né dans l'exposition permanente d'un muséum comprenant deux chambres, un living-room, un bureau, deux couloirs-bibliothèques, une cuisine, une salle d'eau et un water-closet séparé. J'y ai été hébergé à plusieurs titres : pièce maîtresse de la collection, gardien et visiteur quelconque. C'est mon histoire naturelle.»
Au fil des années et des documents retrouvés dans l'appartement de ses parents, le narrateur du livre (un double fictionnel d'Yves Pagès) comprend - à moins qu'il n'imagine - qu'il a été étudié dans sa jeunesse comme un primate ou une souris de laboratoire, par un père zoologue qui épiait et notait ses gazouillis et ses moindres mimiques, par des parents qui communiquaient entre eux en langues étrangères ou sabirs créés de toutes pièces, pour échanger des informations qu'ils voulaient cacher à leur fils.
Son environnement familial est un monde étrange, un appartement-dédale encombré de paperasses, de tombereaux d'objets amassés par des parents obsédés de stockage, par un père éthologue collectionneur de tout et toujours absorbé dans des discours théoriques, un appartement qui ne compte pas moins de sept bibliothèques inaccessibles dissimulées dans des recoins secrets. Dans cet univers familial chaotique et bizarre qui ressemble davantage au monde de Lewis Caroll qu'à la réalité, le narrateur, qui découvre à dix ans son amnésie précoce, est persuadé d'avoir été manipulé par son père et sa mère complice, figures machiavéliques cherchant à le façonner.
«J'avais tant vécu déjà et pour rien, comme un panier percé, une cruche fêlée, une boite crânienne déversant à mesure sa matière grise par la fontanelle jamais refermée. J'avais grandi cul par-dessus tête en surplomb d'un abîme cérébral, sans souffrir jusque-là de vertige.»
Voulant échapper à cet appartement labyrinthe, à l'oppression de la surveillance et des théories du père, à cette enfance qu'il subit comme une dépossession du moi, il va conquérir sa liberté contre cette surveillance et cette servitude que, pense-t-il, lui imposent ses parents, en fuguant, en manifestant, et en découvrant la résistance par les mots.
«Les bousculades, bris de vitrines, pillages, début d'incendie qui allaient s'en suivre m'ont évidemment marqué, mais c'était peu de choses, confronté à ma première expérience physique d'une insurrection verbale.
Tous ces mots majuscules, se moquant d'eux-mêmes pour mieux prendre au sérieux une colère à laquelle, sans en comprendre toutes les subtilités, j'adhérais épidermiquement, comme on dit du motif d'un Malabar qui, humecté d'un peu de salive, vous colle à la peau quelques heures durant.»
Par un narrateur non fiable dans un environnement qui ne l'est pas davantage, «Le théoriste» oscille entre farce et drame, avec un humour qui est toujours là même au coeur du sinistre, témoignant du sort d'une humanité devenue cobaye – cette humanité qu'on retrouvera dans «Portraits crachés» ou «Petites natures mortes au travail».
Dans ce roman logiquement imparfait et très intéressant, on assiste à la découverte d'une mémoire faillible, angoissée et drôle, qui va sans cesse à la recherche de ses propres souvenirs, avec une inventivité langagière jamais démentie, et dans laquelle on replongera avec jubilation, grâce à «Souviens-moi», un récit d'Yves Pagès paru en mars 2014.
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catchopedro
  06 septembre 2014
Livre en 5 chapitres de Yves Pagès dans lequel le narrateur essaie de reconstituer à la première personne son enfance de 1 à 10 ans. N'ayant de celle-ci aucun souvenir précis, il soupçonne son père, directeur d'un Institut d'éthologie comparée, de l'avoir utilisé comme cobaye pour ses recherches. Les seules preuves dont il dispose sont les notes de son père qui consignent ses observations tant sur ses animaux de laboratoire, des souris, que sur son propre fils dans ses premières années. Ces 5 chapitres reprennent dans le désordre chronologique les événements marquants de l'enfance du narrateur. A la fin , une révélation sèmera le doute dans l'esprit du lecteur quitte à refaire le chemin inverse de lecture. A méditer cette citation de Pessoa (elle donnera peut-être un indice au lecteur) : "Les animaux ne savent pas ce qu'ils font: ils naissent, grandissent, vivent et meurent sans pensée, sans réflexion, sans véritable avenir. Mais combien d'hommes vivent différemment des animaux ? " le Livre de l'Intranquilité.
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Citations et extraits (5) Ajouter une citation
daniel_dzdaniel_dz   26 janvier 2020
[Une chercheuse et le fils de son patron observent des souris de laboratoire.]
- Tu vas voir... encore une minute, et il ne restera plus qu’une souris au sec, là-haut. Et le plus dingue, c’est que ton père a raison... y’en a toujours une qui finit par dominer les autres, et c’est toujours la même.
- Pourquoi tu dis ça ?
- C’est comme ça, j’y peux rien...
- Mais alors, le fascisme... c’est prouvé scientifiquement ?
- Chez les fourmis, oui.
- Et chez qui d’autre, encore ?
- Tu sais, la liberté, la justice, tout ça, c’est rarement... enfin les bonnes choses, c’est plutôt contre-nature...
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MarianneLMarianneL   15 mars 2014
J’ai retrouvé dans les affaires de mon père des pans entiers de ma mémoire, non des photos de classe ou d’anniversaire ni des gribouillis de bébé ou de simples bulletins scolaires, mais des fragments de mon existence consignés par écrit, pensés à ma place, dupliqués sur le papier ou vécus à mon insu derrière un miroir sans tain. Comme si les souvenirs les plus enfouis de ma conscience étaient tous passés à travers la cloison de ma chambre pour s’empiler dans la pièce d’à-côté, sur les linéaires qui couvraient les quatre murs du bureau. L’amnésie de l’un nourrissant les archives de l’autre.
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daniel_dzdaniel_dz   30 janvier 2020
[Les travaux du trou des Halles à Paris]
Plusieurs fois par semaine, j’allais lorgner l’avancée des travaux sur la passerelle provisoire qui offrait aux riverains un aperçu à la fois sublunaire et vietnamisé, selon qu’on veuille y trouver la preuve d’une vie extraterrestre ou la simulation d’une apocalypse en direct. Rapetissés à distance, les camions, les grues, les bulldozers et les bétonneuses me faisaient l’effet d’un mécano téléguidé de nulle part avec, ça et là, quelques figurines d’Arabes creusant soit leur propre tombe, soit le plus court chemin pour s’exiler en Chine populaire.
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MarianneLMarianneL   16 mars 2014
Qui n'a jamais vu les organes de reproduction d'une demoiselle et d'un garçonnet en coupes longitudinales, leur sexe respectif tranché en deux et agrandi de près de huit cent pour cent sur un panonceau plastifié, ne peut comprendre ce qu'est l'obscénité laïque et obligatoire, la duplicité de son moralisme faisant passer nos zizis pour des natures mortes indigestes et la partie adverse pour quelque champignon vénéneux.
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MarianneLMarianneL   15 mars 2014
Il me semble avoir toujours vécu à cette croisée des chemins, là où les langues fourchent, copulent, s'enfantent et ne meurent jamais.
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Vidéo de Yves Pagès
Un inventaire de statistiques improbables pour interroger l'emprise des chiffres sur nos vies, c'est ce que propose notre invité, Yves Pagès, écrivain et éditeur, dans "Il était une fois sur cent. Rêveries fragmentaires sur l'emprise statistique" (coll. “Zones”, La Découverte, 2021).
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