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EAN : 9782917582039
Éditeur : CALLEVA (15/04/2009)

Note moyenne : 4/5 (sur 3 notes)
Résumé :
Passionné par les langues, Maurice Guilhon en est le sauveteur, cueillant et consignant inlassablement, en voyageur infatigable, les vocabulaires en danger afin de sauver autant de langues que possible de la disparition de leurs locuteurs.
Alors qu’une femme insaisissable et silencieuse bouscule sa vie, une étrange maladie frappe les dictionnaires. Des temps entiers disparaissent, des pans complets de vocabulaire s’effacent des pages des livres…
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
LiliGalipette
  29 septembre 2013
Maurice Ghuilon poursuit un objectif obsédant : sauver de la disparition et de l'oubli les langues menacées. « Il était devenu chasseur de langage, idiomes singuliers, langues perdues ou en voie de disparition. Les langues l'intéressaient plus que les espèces. » (p. 21) Sa quête s'accompagne de la recherche incessante d'Élisabeth Wehland, une femme insaisissable dont il veut faire le personnage principal de son roman. Aidé par Françoise Grandterre, Maurice constate que le langage courant est malade : c'est une lèpre des livres qui se répand. « Les langues, comme les êtres, ont donc des maladies, une vieillesse, un déclin. » (p. 41) Les mots s'effacent des dictionnaires et les verbes perdent certains de leurs modes. « Comment désormais énoncer : 'Être ou ne pas être ?' faute d'infinitif ? La plus célèbre interrogation de la scène s'abolissait ainsi, et, avec elle, tout le théâtre. » (p. 27)
Maurice est incapable de vivre dans le monde actuel, lui qui trouve « que les voix disparues avaient un écho plus profond, peut-être, que les voix entendues. » (p. 19) Obsédé par les hapax et les mots disparus, il veut créer sa propre langue, langage exhumé du passé. « Maurice mourait successivement avec chaque langue disparue, renaissait avec chaque langue retrouvée. » (p. 98) Hélas, s'il est le seul à maîtriser ce langage fait de bric et de broc, cette langue nouvelle est également vouée à disparaître puisqu'elle n'est pas partagée. le serpent se mord ainsi la queue et la disparition du langage va de pair avec la décadence effrénée du monde.
Jean de Palacio, dont j'ai déjà apprécié l'érudition dans son essai Figures et formes de la décadence, signe un court roman teinté de fantastique. Entre jeux de mots et réflexion sur le langage, il travaille la page pour la faire coïncider avec son propos, comme dans un calligramme privé de ses mots. J'ai vraiment aimé ce roman, sauf – et c'est un problème ! – le premier et les deux derniers chapitres qui renvoient directement au titre puisqu'il est question d'un énigmatique portrait d'homme qui fascine son acquéreuse. J'ai été incapable de faire le rapprochement entre ces chapitres et le reste du roman. Dommage !
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Woland
  23 novembre 2010
Merci aux Editions Calleva qui, dans le cadre de ce partenariat avec Nota Bene, m'ont permis de découvrir ce livre.
Eh ! bien, j'ai été perplexe, il faut être honnête. Je ne pense pas avoir saisi l'identité du "Portrait" : est-ce Maurice Guilhon ? ou un parfait étranger ? Idem pour la femme qui a mis ce portrait dans sa chambre : qui est-elle et quel est son rôle dans l'histoire ? Evidemment, peut-être ne servent-ils tous les deux qu'à souligner l'apparente futilité (apparente seulement, on est bien d'accord) du combat qui a régi la vie entière de Maurice Guilhon : leur rencontre n'est qu'un hasard et le physique de cet inconnu est l'unique chose que la femme connaîtra jamais du disparu (en admettant que ce soit bien le portrait du linguiste). Leur amour commun pour la musique de Couperin les aurait sans doute unis mais ...
En un mot comme en cent, ce bref prologue et cette épilogue m'ont causé problème, c'est sûr.
Le reste au contraire m'a paru très limpide. Pourtant, le sujet est complexe : la mort des langues entraîne celle du langage, de la communication et donc de la société et de la qualité de vie. Au passage, Jean de Palacio égratigne (et il a bien raison) deux catégories d'auteurs : les forts tirages (genre Marc Lévy) et les académiciens. Pour lui, la littérature n'est pas chez ces gens-là. Comme il nous donne tout de même l'impression que c'est la situation dans laquelle se trouve notre propre langue qui est au coeur de sa réflexion, on lui donne bien facilement raison.
L'auteur vise aussi l'importance de moins en moins grande qui est celle actuellement accordée à la langue, aux mots, à la communication toute bête avec autrui, alors que l'être humain se laisse envahir de plus en plus par l'image et le son. Bon, il ne l'écrit pas comme ça mais enfin, c'est une évidence.
Bien entendu, la fin de l'histoire est triste et empreinte si ce n'est de désespoir, en tous cas de découragement.
Le style ... Alors là, c'est du soutenu, du châtié, de l'anti-journalistique, du littéraire. Ca fait plaisir de voir qu'il existe encore des auteurs pour y recourir. Bien sûr, ils n'ont pas droit aux têtes de gondoles avec encarts géants des supermarchés, ils ne passent pas non plus à la télévision, tout au plus ont-ils droit à une chronique sur France-Culture ou une radio similaire. Mais tant pis : les lire repose et enrichit. ;o)
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LydiaB
  13 novembre 2010
Voici un roman complètement atypique. Atypique par le thème notamment, une réflexion sur les langues à laquelle se livre le personnage, et, à travers lui, l'auteur, féru de linguistique. Jean de Palacio manie le verbe avec brio et le style est riche. le livre est une immense référence culturelle. On se délecte avec bonheur de tout un patrimoine littéraire, on voyage en même temps que le personnage, en Autriche, on sombre dans le "fantastique" lorsque cette "lèpre" touche les livres, lorsque certains tomes viennent à disparaître... On est hanté par les figures féminines esquissées. Qui sont-elles réellement ? Et cette référence à François Couperin qui revient, lancinante...
Cependant, je mettrai un bémol. En effet, bien que réunissant tout ce qui pouvait me plaire, j'ai eu du mal à aller jusqu'au bout. L'enchaînement des idées n'est guère évident. Je me suis perdue dans le dédale des 38 chapitres.
Ce livre me laisse à la fois perplexe et fascinée. Bizarre me direz-vous ! A mon humble avis, il demande certainement plusieurs lectures afin d'en percevoir toutes les finesses.
Merci aux Editions Calleva pour ce partenariat avec le forum Nota Bene.
Lien : http://livresetmanuscrits.e-..
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ReneeVivien
  01 janvier 2013
"Avec quelque chose des pastels estompés de Lévy-Dhurmer (...) On l'eût aimé peintre, écrivain, compositeur" (p.12)
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Citations et extraits (6) Voir plus Ajouter une citation
WolandWoland   23 novembre 2010
... (Devant sa bibliothèque fouillée et dérangée par un inconnu) ... Un mot s'imposa à son esprit : Babel ! Cette bibliothèque en folie, conjuguant la lacune et le brouillamini, les accouplements insolites, atteignant les textes les plus révérés, inaugurant insolemment des associations contradictoires, c'était Babel, en effet, le nouveau Capharnaüm, l'instauration du désordre des textes après celui des langues. L'ordre semblait irrémédiablement compromis, de même que l'intégralité. Marivaux, jadis allié à Goldoni, s'était acoquiné avec Beckett et Ionesco. Car Maurcie décelait aussi dans ses armoires des livres qu'il n'avait jamais acquis et qui lui étaient étrangers. Forme de souillure, celle-ci, encore plus perverse, car elle atteignait l'être intime, les prédilections, l'âme. Il découvrit avec horreur, au fil des rayons, les noms de Guy des Cars, Maurice Druon, Henri Troyat, Jean Dutourd, Jean d'Ormesson, comme il y avait eu, au siècle précédent, Georges Ohnet, Octave Feuillet, Victor Cherbuliez, Fortuné du Boisgobey, Richard O'Monroy : l'armée des académiciens satisfaits, la mise en coupe réglée des succès commerciaux. Alors que - il le vit en ouvrant au hasard quelques volumes choyés - des pages manquaient à La Princesse de Clèves, à Manon Lescaut, Adolphe, Dominique, les autres, les académiques, les faciles, étaient neufs, complets, respectés, indemnes. Il songea à la bataille des Livres chez Barbin, à Swift, imagina une mêlée sans pareille, une nouvelle querelle des anciens et des modernes, où les volumes combattaient, se heurtaient, s'entrechoquaient pour la déroute finale de l'âme, en faveur des plus piètres écritures mercantiles. Babel de la bibliothèque, autrement pernicieuse que l'autre, où trônaient tout ensembles académisables et académisés, amenant, comme un ânon son faix, leur facilité, leurs conventions, leur amphigouri et leur verbalisme. ...
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LydiaBLydiaB   13 novembre 2010
Les événements se précipitèrent. Tant de langues s'effritaient, menaçaient ruine, que Maurice Guilhon ne pouvait suffire. Appelé ici et là, il arrivait trop tard, manquait le dernier témoin, ne pouvait que constater le décès. La maladie des dictionnaires, - la dictionnairite -, se propageait un peu partout. Les conservateurs, atterrés, prenaient des mesures qui s'avéraient inefficaces. Cuit par la sécheresse, gondolé par l'humidité, marbré par les champignons, travaillé en galerie par les insectes, le papier cédait de partout. Pour un livre restauré, mille tombaient en poussière. Ce n'était plus, comme jadis, la peste noire et le choléra, mais la lèpre et le silence qui s'étendaient partout, gagnaient des pays entiers, bientôt des continents.

Françoise Grandterre avait abandonné ses travaux, quitté Londres, s'était réfugiée auprès d'Arcangelo Grifagni. Tous deux s'efforçaient de sauver, à Rome et à Florence, à la Riccardiana et à la Magliabechiana, ce qui pouvait encore l'être. Au prix d'un labeur intense, travaillant jour et nuit, Maurice avait patiemment reconstitué le cahier perdu, retrouvé les vestiges de la langue disparue, complété et augmenté ce fonds de tout ce qu'il avait pu glaner de la nuit passée avec Elisabeth Wehland. Près de neuf cents mots au total, autorisant une pensée, lui donnant l'espoir fou de poursuivre son roman. Ixion ressuscitait. Il devenait plus qu'un mythe, un symbole, celui de la survie du langage, de sa propagation, peut-être, de sa fructification, promesse de vocables nouveaux nés de son union avec Héra, dans une alliance harmonieuse de l'ancien et du moderne, du néologisme et de l'archaïsme.
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WolandWoland   23 novembre 2010
.. L'infinitif fut le premier à partir, rendant désormais toute désignation du verbe. Fuite, désertion ou plutôt défection, qui faisait désormais du verbe une entité lacunaire et mutilée. Mode, celui-ci essentiellement hybride, ayant perdu les caractères propres qui font de lui un verbe, et devenu substantivé, forme nominale du verbe, il oscillait constamment entre le procès et l'objet, dans un balancement qui le rendait d'ores et déjà insaisissable. C'était, pour Maurice Guilhon, un enjeu essentiel, une quête de tous les instants, non pour dire : le boire et le manger, mais le parler et l'écrire. Il se heurtait sans cesse au caractère non personnel, non temporel, d'un mode qui semblait déjà dilué dans l'abstrait. Maurice Guilhon avait le sentiment de poursuivre un fantôme.

Elisabeth Wehland aussi était un fantôme. Elle avait, en partant, emporté avec elle le secret de sa langue. Ce départ, pour une destination inconnue, était sans pensée de retour. Maurice n'avait pas d'autre indice que les notes prises le soir des conversations avec elle. Pour le reste, tout se brouillait, y compris les traits du visage. La revoyant, il ne l'eût pas reconnue. Il fallait absolument empêcher que la langue ne se perdît à l'égal du visage. Et de cette langue sans infinitif, où le subjonctif gagnait, à rebours de l'Histoire, il ne savait quasiment rien. Seuls subsistaient quelques dizaines de mots, une syntaxe embryonnaire, un poème un soir récité, hâtivement noté, incomplet. Il y était question de la terre et des arbres, de rameaux qui bougeaient et ployaient sans pluie ni vent. Indices vagues, insuffisants. D'ailleurs, cette langue s'était-elle jamais écrite ? ...
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 septembre 2013
« Les langues, comme les êtres, ont donc des maladies, une vieillesse, un déclin. » (p. 41)
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LiliGalipetteLiliGalipette   29 septembre 2013
« Comment désormais énoncer : 'Être ou ne pas être ?' faute d'infinitif ? La plus célèbre interrogation de la scène s'abolissait ainsi, et, avec elle, tout le théâtre. » (p. 27)
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5 questions posées à Jean de Palacio, à l'occasion de la parution de son livre Le portrait (Calleva).
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