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EAN : 9782843449581
672 pages
Éditeur : Le Bélial' (24/10/2019)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 73 notes)
Résumé :
Année 2454. Trois siècles après des évènements meurtriers ayant remodelé la société, les concepts d’État-nation et de religion organisée ont disparu. Dix milliards d’êtres humains se répartissent ainsi par affinités, au sein de sept Ruches aux ambitions distinctes. Paix, loisirs, prospérité et abondance définissent ce XXVe siècle radieux aux atours d’utopie. Qui repose toutefois sur un équilibre fragile. Et Mycroft Canner le sait mieux que personne… Coupable de crim... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (37) Voir plus Ajouter une critique
thimiroi
  17 novembre 2019
Des nouvelles du XXVème siècle…
Je voudrais d'abord remercier Babelio et les éditions le Bélial' pour l'envoi de ce premier tome de Terra ignota.
Ada Palmer a écrit avec ce roman (« terre inconnue » en latin) un véritable livre-univers, un univers original, riche et complexe : les nations ont disparu pour laisser place à sept Ruches, qui visent chacune des objectifs bien particuliers, et les familles ont été remplacées par les bash, des « collectifs de vie «  inspirés de l'épicurisme, regroupant « quatre à vingt amis choyant ensemble enfants et idées ».
Le narrateur du récit est un homme du XXVème siècle nommé Mycroft Canner, un personnage tout à fait étonnant puisqu'il s'agit d'un criminel qui purge sa peine en effectuant des tâches contraignantes et qui a des accointances avec les grands de ce monde !
Mycroft est confronté à une double énigme : l'une concerne un enfant aux pouvoirs fabuleux, l'autre le vol d'une liste des « plus puissants influenceurs mondiaux ». Les modifications de cette liste peuvent avoir des répercussions considérables sur l'équilibre de ce monde prospère, d'autant plus que les relations entre les Ruches donnent lieu à des manoeuvres pas très nettes…
Si l'univers créé par Ada Palmer est original, le traitement narratif ne l'est pas moins car l'auteure a pris pour modèle Jacques le fataliste de Diderot : son roman est donc une succession de dialogues entre le narrateur et les autres personnages, et le narrateur interrompt très souvent le récit pour s'adresser au lecteur (un lecteur d'après 2454 !) et donner d'abondantes explications, concernant notamment la philosophie des Lumières et ses relations avec cette société du XXVème siècle.
Je dois avouer que ce choix narratif nuit quelque peu au rythme du récit et engendre par moments une certaine lassitude, d'autant plus que rien n'est vraiment résolu à la fin du premier tome (647 pages tout de même) et qu'il faudra attendre la parution du second tome pour avoir une réponse à toutes nos interrogations...
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JustAWord
  24 octobre 2019
Chaudement recommandé par Jo Walton (Mes Vrais Enfants, Morwenna…) aux dernières Imaginales, Terra Ignota est l'oeuvre d'Ada Palmer, écrivaine américaine encore inconnue chez nous. Historienne et enseignante à l'université de Chicago, Palmer se lance dans l'écriture en 2016 avec son premier roman : Trop Semblable à l'Éclair. Immédiatement acclamée par la critique spécialisée Outre-Atlantique, l'oeuvre d'Ada Palmer est même nommée au prestigieux prix Hugo. Pensée comme une quadrilogie (les volumes marchant par paires), Terra Ignota continue avec Sept Redditions et La Volonté de se battre…en attendant l'ultime opus toujours en cours d'écriture.
Encensé par Jo Walton donc mais également par Robert Charles Wilson (Spin, Axis…) et Cory Doctorow, Trop Semblable à l'Éclair fera l'objet d'une traduction aux éditions du Bélial l'année prochaine en simultané du seconde volume, Sept Redditions.
Et si quelques blogueurs commencent déjà à promouvoir le livre en France, ce n'est pas pour rien…
Pour expliquer l'enthousiasme engendré par la lecture de Trop Semblable à l'Éclair, il est nécessaire d'expliquer en quoi le roman d'Ada Palmer se permet toutes les audaces. Pour bien comprendre cela, commençons par situer l'action elle-même.
Nous sommes en 2454 et le monde tel que nous le connaissons a changé. Beaucoup changé. de son propre aveu, Ada Palmer voulait nous faire visiter un monde qui nous serait aussi étranger que le nôtre à un individu vivant à l'époque de la Renaissance. Ainsi, Trop Semblable à l'Éclair rebat entièrement les cartes socio-politico-religieuses du XXIème siècle.
A l'origine de ces changements, une idée simple mais aux implications formidablement exploitées : la voiture volante.
Au XXVème siècle, la voiture volante existe et s'est imposée comme l'unique moyen de transport de par le monde. Ôtez-vous immédiatement le Cinquième Élément de la tête, la voiture volante de Trop Semblable à l'Éclair est un véhicule autonome (ou presque, nous y reviendrons) et qui file à des vitesses considérables. Il est désormais possible de traverser le globe en quelques heures et de se retrouver en Asie ou en Océanie avec une facilité déconcertante.
Cette révolution a eu des conséquences tout à fait inattendues. En supprimant le paramètre distance, la voiture volante a rendu la nation obsolète. Les hommes ont donc abandonné leur territorialité pour se réorganiser en Hives (Ruches) qui regroupent les individus non plus par origine géographique mais par affinités sociales, politiques, philosophiques ou culturelles. Il existe sept grandes Hives et chacune dispose de son système de loi, de ses habits traditionnels et de son système politique propre. Les Mitsubishi, par exemple, regroupent les pays asiatiques en un consortium géant qui a la main-mise sur la plupart des propriétés de la planète. Dirigé par Ando Mitsubishi, le Chief Director (Directeur Général), mais aussi par un comité de neuf autres dirigeants issus de la Chine, de la Corée, de l'Inde et du Japon. Autre exemple, les MASONs regroupés autour d'un Empereur tout-puissant, Cornel MASON et qui ont émergé des mythiques loges maçonniques que l'on croyait fantasmées. Ainsi, lorsque l'on devient adulte, il est possible de choisir quelle sera la Hive que l'on rejoindra. La nation s'effondrant, les hommes se sont rapidement réfugiés dans la religion, provoquant les Church Wars (Les guerres ecclésiastiques) qui ont coûté la vie à des millions de personnes. Pour enrayer le fanatisme, les Hives ont interdit la religion…ou pour être plus exact, le prosélytisme religieux.
En soi, il n'est pas interdit en 2454 de parler de religieux mais en parler avec plus de deux personnes devient un crime. Pour guider l'homme sur le chemin de la spiritualité, la société dispose de sensayers (du mot japonais sensei, maître-enseignant) qui sont attribués aux individus et dissertent avec eux en entretien privé sur les questions de mortalité et de spiritualité. Plus aucune religion n'est mise en avant, elles forment désormais une sorte de menu dans lequel on pioche ce que l'on désire. Forcément, avec de telles révolutions, l'entité fondatrice qu'est la famille a disparu également ou, du moins, s'est adaptée. Plus de famille donc mais des Bash'es où l'on se regroupe par affinités intellectuelles ou par filiation amicale ou amoureuse. Les Bash'es sont en réalité la transcription des Hives à l'échelle de la cellule familiale. On peut donc désormais avoir des enfants et des enfants de Ba (Ba'kids), les premiers de sang, les seconds de coeur (ou presque). Voilà quelques-uns des changements les plus notables envisagés par Ada Palmer, et encore ne s'agit-il ici que de vous expliquer la partie émergée de l'iceberg. C'est en effet le worldbuilding de l'américaine qui laisse bouche bée. Non seulement l'audace de ses idées éclabousse le lecteur de la première à la dernière page, mais elle arrive de plus à sous-tendre le tout par une histoire passionnante et pleine de rebondissements.
Revenons-en à l'origine.
Trop Semblable à l'Éclair prend place dans cette société utopique de 2454 et suit deux intrigues en parallèle.
Tout d'abord celle d'un vol dans l'un des journaux les plus populaires de la planète : le Black Sakura. Chacun des journaux distribués de par le monde édite une liste des personnes les plus influentes de l'année appelée Seven-Ten Lists. Celle du Black Sakura se voit dérobée et abandonnée dans l'un des Bash'es les plus importants de la planète, celui de la famille Saneer-Weeksbooth. Pourquoi sont-ils importants ? Parce que les membres de cette famille contrôlent le réseau des voitures volantes qui sillonnent le globe et sans eux, il faudrait se reposer sur le système de transport des Utopiens, une autre Hive capitale. Dès lors, difficile de croire que le vol de la Seven-Ten Lists ainsi que les secrets qui l'entourent ne soient qu'une coïncidence.
Pour enquêter sur cette affaire, l'empereur Cornel MASON diligente un homme de confiance, Martin Guildbreaker, qui va devoir fouiller dans les affaires de la famille Saneer-Weeksbooth.
A côté de cette affaire de premier plan, le roman s'ouvre sur l'arrivée d'un nouveau sensayer au Bash' Saneer-Weeksbooth : Carlyle Foster. le lecteur découvre avec lui l'existence d'un petit garçon de treize ans, Bridger, qui dispose d'un pouvoir extraordinaire : celui de donner vie à des choses inanimées. Un enfant unique gardé par Thisbe, le Major et Mycroft Canner.
L'histoire toute entière est d'ailleurs celle de ce dernier. le narrateur de Too Like the Lightning, c'est lui, Mycroft Canner, un condamné au Service. Car au XXVème siècle, les criminels sont punis selon un système d'esclavage social qui fait que lorsque l'on est reconnu coupable d'un méfait, on devient un outil pour la société. Mycroft doit donc se mettre au service des uns et des autres pour pouvoir se nourrir ou dormir. On constate rapidement que Canner est au centre d'une affaire aussi lugubre que terrifiante et qu'il entretient des liens indiscutables avec les plus puissants dirigeants de la planète. Mycroft s'avère aussi un personnage malicieux qui prend un malin plaisir à briser le quatrième mur pour s'adresser directement au lecteur, quitte à utiliser des tirades théâtrales pour arriver à ses fins (le théâtre occupant d'ailleurs une large place dans le roman).
Voila, en substance ce que renferme Trop Semblable à l'Éclair. Et encore ne vous-a-t-on pas parler des set-sets (des enfants élevés pour devenir des ordinateurs vivants), des poupées de Sniper, de l'absence de genre féminin ou masculin, des immenses déchetteries qui parsèment le globe, de la maison close de Madame ou encore de la terraformation de Mars par les Utopiens. Trop Semblable à l'Éclair est d'une telle foisonnance qu'il en devient d'une complexité remarquable. Il faut s'accrocher pour pénétrer dans l'univers d'Ada Palmer mais la récompense au bout n'est pas loin d'être extraordinaire tant le potentiel de l'univers semble sans limite.
Plus important encore, Trop Semblable à l'Éclair est une science-fiction philosophique de haut vol qui emploie un univers futuriste pour parler de façon ludique et passionnante du siècle des Lumières et des grands Philosophes. En effet, pour remplacer le religieux, la société de 2454 a tout misé sur les philosophes de Lumières qui sont devenus les nouveaux symboles de cette époque. Maligne, Ada Palmer en profite pour parler au lecteur de Diderot, Rousseau, Voltaire, Carlyle, d'Aquin et même de Sade. Non seulement elle le fait en évitant tous les pièges scolaires que sous-entend une telle démarche mais elle transmet par la même occasion sa passion pour ces écrivains célèbres d'un autre âge. Mieux encore, elle arrive à expliquer leurs oeuvres en transposant leur essence dans certains passages du roman. Prenons pour exemple la conversation qui se déroule dans la maison de Madame entre les diverses puissances ou encore par l'échange torride entre Dominic et Julia.
Le tout en ne gâchant rien d'une intrigue dense et pleine de surprises. On ne peut évidemment pas s'empêcher de louer le sens du suspense d'Ada Palmer qui surprend jusqu'au bout. Il faut également saluer sa façon de construire des personnages et des luttes de pouvoirs qui n'ont rien à envier à un Game of Thrones. A ce titre, J.E.D.D MASON fait office de maître étalon. Considéré comme un Dieu dans une époque agnostique, aussi mystérieux qu'effrayant, il reste l'une des trouvailles les plus exquises du récit avec Mycroft Canner. Voici un roman qui parle des Lumières et de philosophie, qui se risque à l'utopie et aux imbroglios politiques…et qui nous offre un meurtrier en guise de narrateur.
Oui, Ada Palmer ose tout. Et c'est pour ça que Trop Semblable à l'Éclair retourne le lecteur.
En l'état, Trop Semblable à l'Éclair est une promesse.
Pensé comme le premier opus d'un dyptique (qu'il forme avec Sept redditions), le roman pose une myriade de questions, donne quelques pistes au lecteur…mais laisse tout le reste en suspens. Ada Palmer se doit donc de tenir toutes ses promesses avec la suite pour que son récit soit pleinement convaincant.
Pourtant, inutile de tergiverser, ce premier opus de la série Terra Ignota est un coup de génie au worldbuilding fabuleux, à l'érudition vertigineuse et à l'audace de tous les instants.
Une entrée en matière éblouissante.
Lien : https://justaword.fr/too-lik..
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LeScribouillard
  19 décembre 2019
Parmi les romans qui auront fait 2019, on m'avait annoncé le tome 1 de Terra Ignota comme une nouvelle référence en matière d'utopie. Et le genre ayant été justement ces dernières décennies quelque peu laissé au fond du jardin, c'est avec joie que je m'élançais pour le dépoussiérer…
Je vais essayer de prendre le résultat avec des pincettes, mais la déception est là : un livre qui aurait pu certes juste être avec de grandes ambitions, mais risquant de perdre totalement le lecteur non averti, lequel ne verrait que ses défauts et passerait à côté de ses qualités, mais qui empire à mesure qu'on avance. Il s'agit d'un ouvrage exigeant, d'une manière parfois critiquable, mais méritant, pour un lectorat particulier uniquement. Et je n'en fais clairement pas partie.
De l'utopie et du fait QU'ON VA TOUS CREVER SI ON EN FAIT PAS UNE OH !
Disons-le néanmoins, quelles que soient leur nature, les utopies ont toute la légitimité qu'il faut pour revenir sur le devant de la scène en ce début de XXIe siècle : il en faut plus, davantage que toutes ces dystopies faciles devenues un bizness Young Adult quand le genre était né libre, provocateur et avant-gardiste. Aussi cette critique peut-elle se lire comme une réponse à l'une de mes plus virulentes : là où je considère la dystopie actuelle comme n'ayant plus de raison d'être, l'utopie en revanche doit être le genre prenant le relais.
Parce que oui : c'est bien joli d'agiter les peurs de notre belle époque moderne, mais quand on dénonce un truc auquel les gens sont déjà bien assez sensibilisés, le mieux pour être pertinent reste de proposer une alternative. Alternative, on en avait déjà parlé, souvent bâclée par les auteurs de dystopies, opposant les gros méchants coreux capitalistes aux maigres gentils tranceux-bisounours en harmonie avec la nature. Sauf que justement : cette société idéale mérite d'être approfondie, mérite d'être questionnée. Parce que les choses sont beaucoup moins simples qu'il ne semble : peut-on vraiment vivre sans argent, sans patrie ni patron ? Comment structurer (ou déstructurer) cet idéal ? Et ceux qui le partagent pas, on en fait quoi ?
Voilà pourquoi si vous me dites que les utopies ne peuvent être que des récits linéaires dépourvus de rebondissements parce que tout y est parfait, laissez-moi lâcher une bouffée de mon cigare en partant d'un grand rire condescendant, aha aha aha. C'est bien cette idée de perfection à atteindre qui va donner du peps à l'intrigue : ou bien l'utopie est en perpétuel cours de construction, et alors nous découvrons avec les protagonistes comment ils pourraient la faire progresser, quels seraient les adversaires et les soulèvements éthiques, ou bien l'utopie est remise en question, d'où le fait que certains ont forgé pour désigner cela un nouveau terme : une « ustopie », utopie pour les uns, dystopie pour les autres… Notre monde, mais en plus extrême, quoi.
En résultent toutes sortes de questionnements moraux, sociaux et politiques, que l'auteur tente de poser voire d'y répondre, bref de penser contre soi-même pour tenter d'imaginer comment pourrait se créer un monde profitable à tous. Une utopie où chacun pourrait pratiquer librement son ethnie ? Oui mais à quel prix ? Kirinyaga et Kilimandjaro tentent de soulever toutes ces problématiques. Une utopie où chacun vivrait en paix, avec en plus une nouvelle planète pour repartir vraiment à zéro ? Oui mais à quel prix ? Coucou Semiosis. Une utopie où l'on reviendrait aux fondements des principales philosophies communistes et anarchistes pour tenter de créer des communautés 100% locales, écolos et holacratiques ? Bon, j'avoue, sur ce coup-ci, c'est juste un gros teasing éhonté d'une des prochaines nouvelles que je compte publier sur le blog.
Tout cela est bel et bon, mais qu'est-ce qui me permet de dire que l'utopie est plus que jamais d'actualité ? Eh bien les penseurs du XXe siècle ont prédit à peu près tout ce qui nous arrivait, et c'est en effet un sacré margouillis ; mais inutile de rajouter de l'eau au moulin, leur message a été entendu. Tous les éditorialistes invoquent Orwell à tour de bras, le transhumanisme remplit son rôle de croque-mitaine, vous avez tous forcément entendu parler de l'effondrement. Voilà, on en est là : on sait ce qui nous tombe dessus, maintenant on fait quoi ? Comment on tente d'améliorer ? Dans quelle société on a envie de vivre ?
Quand nous connaissons nos peurs en long et en travers, il faut s'armer du courage qui nous permettra de détenir un savoir se trouvant hors d'elles. Quand nous savons ce que nous ne voulons pas pour l'avenir, il reste à savoir ce que nous désirons pour lui. Quand ceux d'hier ont envisagé le monde d'aujourd'hui, il nous reste à imaginer celui de demain.
Commençons par ce qui fâche…
Or Trop semblable à l'éclair répond-t-il à cela ? Il s'y lance en tout cas avec ambition, reconnaissons-le-lui. Aussi nous voyons-nous plongés quelques siècles dans le futur à l'intérieur d'un monde tentant de concilier nos idéaux actuels avec ceux des Lumières. Droits de l'Homme, liberté d'aller et venir, grandiose et volupté, tout ça, c'est plutôt cool, non ? Sauf qu'un type passe par là : Mycroft. Mycroft est un salaud, un criminel, une des rares parias du système, et donc qui connaît le mieux ses dernières failles dont on tente de dissimuler l'existence. Alors, est-il vraiment le méchant… ou juste le seul salaud parmi d'autres qui a eu la franchise de ne pas voiler sa monstruosité ?
C'est alors qu'il se voit contraint d'enquêter sur une mystérieuse disparition : la liste des Sept-Dix, recensant les personnes les plus à même de gouverner, vient de se faire voler (non, en fait, il délègue la tâche à un certain Martin Guildbreaker le temps de trois chapitres et on le voit se tourner les pouces dans le reste du livre :p). Dans sa noble quête chevaleresque de garder la paix dans le meilleur des mondes qui allait si bien jusque-là, il va devoir affronter des imbroglios politiques, des françaises séductrices, et d'innombrables péripéties. Avec un pitch pareil, il y avait de quoi s'enthousiasmer. Seulement, voilà : monsieur le livre est un esthète, exigeant dans sa forme et dans son fond. Alors on en a vu d'autres sur le blog, mais il faut faire une différence entre un bon et un mauvais dosage d'exigence. Prenons La Horde du Contrevent : qu'on l'aime ou pas, voilà ce qui attend le lecteur au début de l'ouvrage :
• aucune exposition des enjeux qu'il va découvrir peu à peu ;
• des néologismes pas expliqués tout de suite, histoire d'éviter le vieux poncif du poisson hors de l'eau ;
• un changement incessant de points de vue pour épouser les différentes psychologies dépeintes ;
• une utilisation de divers signes de ponctuation à première vue invraisemblable, mais justifiée par le point précédent.
C'est surmontable.
Ici nous avons :
• aucune exposition des enjeux qu'il va découvrir peu à peu ;
• des néologismes pas expliqués tout de suite ;
• des interventions incessantes du narrateur ;
• certains dialogues sous formes de didascalies ;
• une évolution de la langue pour éviter de genrer : on remplace il et ils devient ons, ce qui s'avère aussi pénible que l'écriture inclusive (allez-y, tapez-moi) ;
• des locutions latines ;
• un rythme lent et ne laissant quasiment aucune place à l'in medias res, qui dans La Horde justifiait le fait qu'on ne nous explique rien.
C'est beaucoup. Voire beaucoup trop :
• une utilisation fantaisiste de la ponctuation cette fois-ci pas franchement justifiée : selon la langue ou la nature des personnages, les guillemets et tirets seront remplacés par autre chose. Or ce genre de mesure n'est pertinent que si on l'emploie dans l'intrigue, comme plus tard dans le texte pour faire sous-entendre au lecteur que certains protagonistes comprennent une parole et d'autres pas ;
• un usage inutilement omniprésent des circonvolutions propres à la Renaissance (je précise, on parle pas de la « vraie » Renaissance du XVIe siècle, mais bien de la période qui va de 1492 à la Révolution française) : du genre « ah, lecteur, il faut que je vous précise que la conversation fut en japonais, mais que j'ai pris la liberté de la retranscrire en votre langue » quand il suffirait de glisser au détour d'une réplique un « dit-il en japonais » ;
• une orthographe reprenant celle de la Renaissance, à savoir avec des f, pardon des ʃ à la place des s. Avouons que si c'est drôle au début, ça devient vite pénible, surtout si l'autrice s'en sert exclusivement pour faire parler le lecteur, d'une part parce que ce n'est pas nous réellement, d'une autre parce que ce serait plus logique qu'il s'agisse des personnages de cette pseudo-Renaissance qui s'expriment ainsi (et là, le texte deviendrait vraiment illisible).
Ajoutez à ça l'absence de glossaire, de carte et/ou de dramatis personæ, et avouez qu'avec ça on est parfois dans les choux. Bref, un texte exigeant, oui, mais quand c'est justifié. Et en l'occurence, ça n'est pas forcément le cas. On se retrouve avec une lecture pas inintéressante mais par moments franchement pénible, d'où le fait que certains sauront passer outre tandis que d'autres piétineront à devoir supporter autant de fantaisies inutiles.
Cela dit…
À ce stade de l'article, on serait tentés de se dire qu'il ne s'agit que d'un bouquin prétentieux bon pour les oubliettes. Mais ce serait une grosse erreur. Trop semblable à l'éclair joue en effet son succès sur deux tableaux : premièrement, la remise en question permanente de l'utopie : comment ce système fonctionne-t-il ? comment pourrait-il fonctionner autrement ? est-ce que ce détail-ci fait franchement utopique ? Cela demande au lecteur une distanciation des valeurs qu'on lui a inculquées, à savoir la peur du transhumanisme par exemple quand il pourrait être bénéfique à certaines sociétés, mais aussi face aux textes fondateurs de l'humanisme et des Lumières parfois plus sombres que ce que nous voudrions croire. Exemple avec l'Utopie de Thomas More : bon, déjà, si vous êtes féministe, n'ouvrez pas ce vieux machin, mais surtout peut-on bel et bien légitimer l'esclavage pour punir les criminels ? Mycroft se retrouve ainsi serviteur à la solde des puissants : privé d'une partie de sa liberté, ses actions se voient ainsi réduites et donc sa capacité à recommencer ; sauf que pas tant que ça, étant donné qu'on lui délègue d'énormes affaires politiques. Il garde sa dignité puisqu'on le traite presque comme un humain normal… mais étant donné la rareté des esclaves, on pense qu'il est aussi autonome que les autres humains et il arrive qu'on oublie de lui donner à manger : est-ce vraiment un cadre dans lequel le détenu peut s'épanouir ?
C'est le politiquement correct de toutes les époques qui est repris et dont on pousse ici la logique à l'extrême, pour mieux en voir les failles : en supprimant la genraison, nous nous privons d'une certaine forme de beauté ; hommes et femmes sont uniformisés, sans surtout rien qui doive les dissocier l'un de l'autre. de sorte que les rares femmes conservant leur genre sont des gonzesses faisant tomber absolument tous les mecs. Et le genre devient pour ainsi dire un tabou. Toutes sortes d'architectures grandioses sont esquissées : mais pourquoi les avoir construites ici et pas à un meilleur emplacement ? Se pourrait-il que les dirigeants locaux aient voulu montrer la grandeur (forcément un peu plus grande que toutes les autres) de leur mère-patrie ?
Deuxièmement, la présence de l'élément qui pourrait le chambouler. Il s'agit de Bridger, un enfant aux pouvoirs psychiques gigantesques, sorte de dieu ignorant tout de la métaphysique. Mycroft doit le protéger mais on se rend compte bien vite qu'il est pourvu de pouvoirs mirobolants à la limite du « ta-gueule-c'est-magique » ; cependant, les problématiques que ces pouvoirs entraînent, politiques et religieuses, risquent d'ébranler toute la société : l'humain peut-il accéder aux miracles sans la foi ou ces prodiges pourraient-ils se faire tout simplement expliquer par la science dans un avenir lointain ? Et si des gens mal intentionnés faisaient croire qu'il s'agissait d'un nouveau messie ? Il s'agit de l'essence même de la fiction spéculative, prendre quelque chose d'improbable ou impossible et voir ce qui se passerait s'il était admissible dans la réalité. Procéder à un traitement réaliste à partir d'un élément irréaliste. Et en l'occurence, c'est poussé à l'extrême ici : si vos chimères d'enfant devenaient réalité, il se passerait quoi dans le monde adulte ?
Trop semblable à l'éclair est un ouvrage précieux pour la philosophie du fait qu'il expose avec une simplicité limpide des concepts métaphysiques par le biais des adultes expliquant à Bridger les différents courants de pensée. de même, dans l'interview qui sert de postface au livre, l'autrice dévoile une vision très proche de la mienne en matière de la SF « qui fait réfléchir » : chacun peut apporter sa pierre à l'édifice, vulgariser les grands raisonnements mais aussi les prolonger, et la fiction spéculative devient le meilleur terrain expérimental pour tester les différentes théories philosophiques.
… Finissons par ce qui fâche
Ces deux intérêts satisferont donc ceux qui y chercheront le côté philosophique uniquement. Mais même avec ça… Certains passages semblent touchés par la grâce quand d'autres s'enlisent dans les discussions. Ada Palmer possède un véritable don de vulgarisation et peut se montrer très simple ; pourquoi alors, tant d'esquives et de circonvolutions pour qu'on sache ce que peuvent être Mukta ou les Cousins ? le style s'éternise, et se fait d'autant plus sentir quand le roman passe d'un instant vif et intelligent à quelque chose de beaucoup plus complexe et digressif. On attend une fin du monde mais elle ne vient jamais. Mycroft est un monstre, mais on n'explique pas par quel processus de réflexion il a décidé d'être ainsi, ni comment il a changé ; d'ailleurs, à la rencontre de son petit ami Hannibal Lecter, je serais son patron, je me ferais du souci.
Vers les 100-200 dernières pages, l'autrice pète carrément un boulon et s'enfonce dans des fantasmes macabres et sexuels. Ça sert au scénario et aux réflexions philosophiques, mais le livre en rajoute inutilement, et sans forcément tout expliquer : c'était quoi exactement, la philosophie par laquelle Mycroft légitimait ses crimes ? Rien du tout. C'est quoi le dieu que Dominic affirme avoir trouvé en plein acte sexuel ? Rien du tout. Et si encore c'était bien écrit… Mais non même pas, on nous explique noir sur blanc « oui mais en fait non, Sade écrivait ses scènes de Q avec le sien, donc je fais la même chose pour lui rendre hommage ». Heu… Philosophiquement, je crois qu'on est tous d'accord que l'hommage à un auteur ne consiste pas à l'imiter aveuglément, et que c'est plus intéressant de donner à l'ensemble sa touche personnelle ? Parce que si on décidait de rendre un hommage à Céline, je vous assure qu'à côté les affaires Moix et Houellebecq ressembleront à des vacances à la plage…
Et puis il y a tous ces éléments qui n'arrivent pas à passer… Au moins ce livre m'aura appris exactement ce que je ne veux pas faire dans un domaine particulier : la rupture du quatrième mur. le narrateur s'adresse sans cesse au lecteur, donc, soit. Mais il l'appelle tout le temps ainsi, lui rappelant ainsi inutilement sa condition et bâtissant donc un mur entre le réel et la fiction ; mais paradoxalement Mycroft veut nous faire à tout prix rentrer dans le récit, quitte à nous faire parler à l'intérieur. Ce qui est une erreur puisqu'il veut anticiper en permanence ce que nous pensons du roman alors que ce n'est pas toujours le cas, et que nous le penserons pour ainsi dire jamais de la manière formulée. On confond ce que l'on attend du lecteur aux réelles attentes de celui-ci (je vous renvoie à cette analyse pour un exemple plus parlant : https://www.youtube.com/watch?v=o03hwDnARFg). Enfin, le faire trop souvent, surtout en plein milieu des scènes, finit par sérieusement empiéter sur le rythme, défaut que l'on pouvait trouver dans les Orphelins Baudelaire, certes, mais le narrateur préférait tout de même garder ses saillies avant ou après un dialogue ou une scène d'action. Ici, ça peut débouler n'importe quand.
Conclusion
Trop semblable à l'éclair me semble donc d'un intérêt limité et recommandable seulement du bout des lèvres aux férus de haute culture et de philosophie pour voir comment celle-ci évoluerait dans le futur. Un aspect qui m'aurait moi aussi très intéressé ; malheureusement, là où d'autres crient au génie, je n'ai vu qu'un long déjeuner sur l'herbe autour d'une tasse de thé, parlant de temps à autre de torture et de partouzes à perruques, et déballant avec plus de ferveur que de bon sens le kit des trouvailles stylistiques. Vous voulez des interrogations théologiques avec de la violence psychologique, du scandale, des complots et des grosses angoisses métaphysiques, le tout avec un tempo qui ne se presse pas forcément ? Lisez Les Frères Karamazov, qui semblent bien partis pour demeurer ma référence dans le domaine.
C'est donc extrêmement mitigé que je quitte le roman, espérant pour les autres lecteurs qu'il ne s'agisse que d'un tome d'introduction avec une suite un peu plus punchy. Pour ma part, mon tour en voiture volante s'arrête là. Vous, c'est vous qui voyez, c'est pour votre culture…
Lien : https://cestpourmaculture.wo..
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Igguk
  10 mars 2020
Le roman Trop semblable à l'éclair à déboulé fin 2019 en faisant beaucoup beaucoup beaucoup (beaucoup) de bruit. Des tonnes d'éloges, de superlatifs et de #AdaRules pleuvent à chaque fois que quelqu'un évoque le roman d'Ada Palmer quelque part sur le net. Il était donc de mon devoir de me lancer dans cette lecture à un moment ou à un autre. Non en fait, c'était juste de la curiosité, faut pas pousser.
L'année est 2454, Mycroft est un servant, condamné à servir la communauté et privé de tout droit de propriété à cause de ses crimes, il mange et dort selon le bon vouloir de ses « clients ». Mais Mycroft a aussi un gros carnet d'adresse, donc au lieu de jouer les éboueurs ou de sortir de chien de la voisine, il bosse pour les plus puissants. C'est ce qui va l'amener à enquêter sur le vol de la liste des 7-10 d'un des plus grands journaux du monde. Cette liste, éditée tous les ans par plusieurs journalistes, est un des leviers qui va faire bouger le monde, c'est un peu le cours de la bourse de l'influence. Mais comme par hasard, cette enquête va se retrouver mêlée à un autre petit secret de Mycroft : le jeune Bridger, enfant prodigieux qui cache un pouvoir très dangereux, planqué sous sa garde au sein du bash Saneer-Weeksbooth.
« Un bash ? C'est quoi ce truc ? » vous demandez-vous sûrement, chers lecteurs. Ou pas. Mais si, j'ai décidé alors vous vous le demandez et puis c'est tout, taisez-vous donc. Un bash donc, c'est une famille dans l'univers de Terra Ignota, mais une famille volontairement constituée qui n'a rien à voir avec les liens du sang. C'est une des premières innovations sociales qu'Ada Palmer crée parmi tant d'autres, parce que le roman est d'une richesse folle dans tout ce qui touche la projection vers l'avenir, technologique mais surtout sociale (même si les deux sont liés). Dans Trop semblable à l'éclair, les systèmes de transport sont arrivés au point où quelques heures suffisent à faire le tour du globe, le concept de nation est devenu ridicule et les gens choisissent où ira leur citoyenneté. Au lieu de nationalités bêtement déterminées par l'endroit où vous êtes nés, vous adhérez volontairement à une Ruche selon vos idéaux, passions, etc… Après des guerres de religions, le prosélytisme est interdit, on a le droit de croire en ce qu'on veut, mais discuter croyance en groupe est proscrit.
C'est pour moi la grande qualité de ce livre, l'univers science-fiction présenté par l'autrice est d'une précision et d'une imagination qui ringardise tous les auteurs qui en sont encore à se disputer les même concepts éculés depuis quarante ans. Je suis pas spécialiste de la SF donc il peut exister des univers aussi stimulants ailleurs, mais à ma petite échelle il me suffit de comparer la vision d'Ada Palmer avec les quelques obsessions d'un Alain Damasio pour réaliser le gouffre qu'il y a entre les deux. La comparaison n'est peut-être pas pertinente, pourtant les deux auteurs ont aussi en commun leur penchant très prononcé pour la philosophie. Ada Palmer, comme notre Dada national, adore développer, argumenter, expliquer. Parfois un peu trop. Parfois beaucoup trop.
« Quoi ? Qu'ouïs-je ? Tu critiques Ada ? Tu mérites le châtiment ! », vous écriez-vous sûrement devant votre écran. Peut-être pas, mais c'est mon blog alors je vous fais dire ce que je veux. Mais reprenons au début, voulez-vous ? L'histoire est racontée par Mycroft lui-même qui a écrit ces évènements comme une espèce de rapport qu'il nous offrirait. Il s'adresse d'ailleurs souvent directement au lecteur, procédé intéressant d'un côté, mais qui devient un peu énervant quand notre protagoniste s'invente des dialogues avec nous pour nourrir son propre monologue. On a ainsi souvent des commentaires, des parenthèses explicatives, des « ah mais oui vous devez trouver ça bizarre, laissez-moi vous raconter ça ». Par exemple il revient assez souvent sur l'utilisation des genres dans ce futur, qui n'a déjà plus rien à voir avec le sexe biologique et utilise souvent un pronom neutre. Cet exemple me permet de revenir sur ce point de l'univers qui est extrêmement intéressant et très bien mis en place. Globalement, les apartés de Mycroft sont souvent pertinents, souvent intéressants, parfois agaçants, et parfois j'en avais rien à foutre parce que j'étais perdu.
Ada Palmer se sert de son personnage pour jouer avec le lecteur, parce qu'il omet souvent des éléments pour se la ramener 100 pages plus loin avec un « ah oui au fait, je vous l'ai pas dit mais truc truc… ». Ça lui permet d'amener des surprises dans une histoire autrement extrêmement plate. Ou plutôt inexistante. Parce que Trop semblable à l'éclair est plus un livre politique et philosophique que vraiment une histoire, ce qui peut (et manifestement c'est le cas pour à peu près tout le monde) convenir à la plupart des lecteurs mais je me suis ennuyé tout le long de ma lecture. Ce fameux vol de liste, et l'existence même de Bridger n'amènent aucun développement important pendant les 650 pages du bouquin. On s'est contentés de papoter sur le « qui aurait pu vouloir donc faire ça ? » et « quelles conséquences ? » entre les innombrables personnages, qui sont souvent des politiciens. Mais finalement, il ne se passe rien ! Les personnages n'ont aucune épaisseur, ils ne sont que des machine à dialogues qui alimentent le déroulement des débats et le déballage progressif de cet univers. Certains ont des « caractéristiques » mais très très peu ont vraiment une motivation, et aucun n'a provoqué un attachement chez moi. Et comme ils sont quand même nombreux, ça devient vite confus.
« Oh, arrête, Mycroft est génial et mystérieux ! » Me balancez-vous au visage. Mycroft lui-même est un bloc de béton impénétrable, et c'est voulu puisqu'il est le moteur de certaines révélations sur son passé, mais il m'a surtout énervé. Je me retrouve dans l'histoire d'un gars apparemment condamné pour quelque chose, mais qui bizarrement côtoie absolument tous les hommes politiques importants de l'affaire. Tout le monde le connait et lui confie des tâches d'une importance capitale, et tu sais pas trop pourquoi. On apprend après 400 pages pourquoi il a été condamné, sans vraiment nous expliquer pourquoi il a fait ça, ni comment tout ça l'a transformé en toutou super-rencardé pour tout le monde. Mais faut avouer que sa position est pratique pour connaitre toute l'affaire. Bien sûr, tout ceci nous sera peut-être dévoilé dans le second tome à paraitre, parce que Trop semblable à l'éclair est le premier tome d'un diptyque, lui-même première partie d'une série, donc il ne se termine pas vraiment. Mais quand même, ça aurait été bien qu'en 650 pages, il se passe… quelque chose…
Le manque de personnages forts, les discussions et les digressions incessantes n'aident pas vraiment à suivre le roman de manière fluide, et on ajoute aussi un élément qui sera un point fort pour beaucoup de monde mais qui m'a un peu plus perdu : Ada Palmer use et abuse de références culturelles sur beaucoup de points, mais essentiellement sur le siècle des lumières qui semble modeler son univers par effet miroir. On nous fait des petits cours sur Voltaire, Diderot, Rousseau, certains personnages et lieux ressortent la mode du XVIIIe. Inculte que je suis, hermétique à ces références, me voilà dubitatif. Les 200 dernières pages nous amènent dans un lieu très marqué par cette ambiance anachronique, et qui tourne au grand-guignol orgiaque (tout en restant une simple discussion entre puissants qui se demandent toujours qui qui a volé le top 10 de Voici). Toute cette « richesse » nuit beaucoup à la clarté de la narration, certaines révélations tombent à plat, ou arrivent de manière un peu maladroite quand on a déjà le cerveau en train de « processer » quelques informations. Les amateurs de ce roman parleront de richesse enivrante, d'érudition, de fourmillement d'idées, je me contenterai d'un « oh putain c'est lourd ».
Trop semblable à l'éclair est éblouissant grâce à ce futur riche et pertinent qui nous est montré, il apporte réellement quelque-chose au genre, et à la littérature en général, par cet aspect-là. C'est un livre pour l'intellect, qui submerge le lecteur avide par sa richesse, ses débats et sa réflexion. Mais c'est froid, c'est confus, pour moi il échoue à m'apporter ce que je recherche dans un récit, des personnages, de l'attachement, des enjeux qui touchent au coeur, une fluidité qui le rende agréable. Et merde, il se passe rien dans ce livre !!!
Lien : https://ours-inculte.fr/trop..
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lianne
  05 juin 2018
(chronique plus complète sur le blog)
Un premier tome brillant dans un univers riche et complexe. J'ai adoré, c'est facilement ma meilleure lecture de l'année à cette date.
Pour résumer sans trop vous donner de détails je dirais que ce livre raconte, via de nombreux chemins différents, comment un système utopique qui semble limite parfait sur le papier peut être totalement déstabilisé par le plus petit élément insignifiant qui va le faire s'écrouler.
Ce premier tome est en fait une façon de nous représenter ce qui était, le monde utopique dans lequel commence l'histoire et de nous introduire l'élément perturbateur.
C'est un récit qui se passe dans les 25ième siècle et dont la trame principale commence par une enquête sur un vol. Il se révèle politique, philosophique et très intellectuel certaines fois mais dans le bon sens du terme. On peut ressortir un amour pour le Siècle des Lumières et les références historiques sur l'époque sont très nombreuses, mélangé à un futur très visuel ce qui donne un mélange détonant et mais vraiment fantastique.
Ce n'est pas la seule période historique qui est présente bien sur car il semble que nos descendants dans le futur sont fascinés par le passé et reproduisent - en les améliorant - les faits historiques. Ainsi on retrouve par exemple l'équivalent de l'empire romain antique, les Masons qui appellent leur dirigeant désigné à vie Caesar et qui ont réintégré un latin simplifié (sans déclinaisons) comme langue officielle.
*****
Pour l'instant vous ne devez pas trop comprendre grand chose à ce monde mais c'est un des éléments les plus marquants du livre !
La première information importante est de savoir qu'on est dans un monde utopique ou plus personne ne meurt de faim, tout est abondant, régulé technologiquement parlant. On en a terminé avec les pollutions, les injustices, les gens ne sont même plus obligés de travailler si ils ne le souhaitent pas (bien que ça reste théorique, une personne sans apport ne sera pas accepté dans une Hive et donc devra travailler pour vivre).
En fait dans ce monde les Pays physiques en tant que Nations ont disparu. Il n'existent plus que théoriquement parce qu'on ne peux pas non plus totalement effacer ce qui a été la règle pendant des millénaires et le sentiment patriotique d'appartenance à une région que peuvent avoir certaines personnes. du coup les gens portent des brassards ou des pins (et autres décorations) pour montrer d'où ils viennent.
A leur place sont apparu ce qu'on appelle des Hives (ou Ruches en français) qui sont des rassemblements de personnes sur un point commun. Les gens se groupent donc de par leurs convictions, leurs envies (et peuvent en changer quand ils le souhaitent, sur le papier), ou simplement par tradition familiale.
Et dans tout ça ce qui prévaut dans ce monde est la liberté d'être ce qu'on souhaite, d'habiter ou on souhaite, avec qui on souhaite. Les genres ont été abolis aussi, désormais on ne devra désigner une personne que par le neutre. En fait le narrateur n'est pas très bon pour ça du coup il nous donne sa propre interprétation du sexe de la personne qu'il rencontre, même si souvent on fini par comprendre que ce n'est pas forcement la vérité.
Je dirais juste que c'était totalement fascinant de découvrir tout ça. J'ai trouvé cet univers mélange de technologie, de futur "parfait" et d'une grosse dose de passé vraiment très visuel, ça donne totalement un effet "waou" très fort durant toute la lecture.
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Ce que j'ai aussi vraiment apprécié dans ce livre se sont les personnages. Mais en fait je dirais même qu'ils sont plus des Personnages. On voyage vraiment au coeur du pouvoir de ce monde pour cette enquête et donc tous les personnages qu'on croise sont très importants et ont de fortes personnalités.
La narrateur est Mycroft Canner, un condamné au service public à perpétué, car il a commis un crime et n'a plus le droit de posséder de biens physiques. La règle pour ce genre de personnes est qu'une demi journée de travail équivaut à un repas gratuit et c'est la seule chose qu'on a le droit de leur donner.
Il raconte donc l'histoire car il a été en son centre. On suis donc ses propres rencontres ainsi que celles qu'il a pu reconstituer via des témoignages ou des enregistrements.
C'est vraiment un sacré personnage ce Mycroft. Au début on a du mal à le cerner mais il semble si doux, si effacé et en même temps si brillant. On se demande bien comment il a pu être condamné et pourquoi. Il a beau n'être personne, il a des liens et la confiance de toutes les Hives et même au plus haut niveau. du coup durant tout le livre il est un peu l'homme derrière le pouvoir, il rend des comptes à tous les dirigeants au fur et à mesure que son enquête avance.
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Le livre est en fait un récit des événements après coup, racontés par une personne chargée de compiler tous les éléments comme une mémoire pour le futur.
Cette structure donne aussi un élément de narration qu'on n'a pas trop l'habitude de voir à savoir que le narrateur est souvent interrompu dans son récit par un être appelé lecteur qui demande des précisions ou qui le remet sur les rails quand ils s'égare un peu. Comme si le récit était raconté en direct à un témoin au moment ou il le compile. Mais du coup le narrateur ne se gêne pas pour souvent s'adresser à tout ses lecteurs, à nous poser des questions, à nous interpeller sur des points, etc ...
Pour ce qui est du rythme, ne vous attendez pas à une histoire rapide. Il faut du temps pour commencer à voir la situation dans son ensemble, à faire en sorte qu'on comprenne le monde dans toute sa profondeur.
Surtout c'est un livre que j'ai mis très longtemps à terminer. Pour moi qui ai tendance à dévorer mes livres, surtout quand ils me fascinent, ici je n'ai pas pu le faire.
Mais finalement on s'y fait et je n'ai pas trouvé le style d'écriture particulièrement difficile en soi.
C'est surtout le fait de combiner ça au coté totalement différent et à l'imagination qu'il faut pour se représenter et comprendre ce monde qui est difficile et qui rend la lecture particulièrement exigeante.
Conclusion :
Finalement je dirais que c'est une lecture formidablement marquante.
C'est un livre ou chaque chapitre est différent et nous apporte une nouvelle couche à l'intrigue ou au monde. (il y a même un chapitre entièrement en latin ! - avec la traduction). On trouve de tout dedans et c'est limite jouissif à certains moments, bizarre et fascinant en même temps.
Ce patchwork pourra plaire à un grand nombre de personnes de l'amateur de romans historiques ou philosophiques, celui qui aime les romans de type enquête, à celui qui recherche une intrigue et un monde complexe et différent de science fiction.
C'est une lecture exigeante sur plein de points mais elle en vaut vraiment le coup !
Je ne dirais qu'une seule chose : ce livre sors normalement en 2019 en français (Le Belial' à acheté les droits), jetez vous dessus.
18/20
Lien : http://delivreenlivres.blogs..
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Citations et extraits (14) Voir plus Ajouter une citation
Dionysos89Dionysos89   04 janvier 2020
Permettez-moi de clarifier les choses. J’ai une opinion, mais elle n’est pas fermement établie. Je suis conscient de ne rien savoir en réalité de la vie d’immuable. J’ai une réaction viscérale, en cela qu’il me semble affreux de passer son enfance totalement relié à un ordinateur, sans jamais jouer avec d’autres enfants ou voir le soleil réel, mais je sais aussi qu’il circule beaucoup de propagande sur les immuables, et je ne suis même pas sûr de la véracité de ces clichés. Je veux me former une opinion en apprenant à vous connaître. J’ai déjà côtoyé d’autres genres d’immuables, brièvement, un rapide et compteur, qui m’ont tous deux affirmé être très heureux. J’ai davantage de respect pour leur opinion que pour la mienne, car je sais parfaitement que je ne sais rien.
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gwendalgwendal   02 novembre 2019
Les civilisations d'antan, orientales ou occidentales, avaient conscience du souffle de pouvoir que confère le droit de tuer. C'était ce qui faisait de l'épée et du faisceau des signes de domination, ce qui plaçait le seigneur au dessus du paysan, l'homme au dessus de la femme, le magistrat au dessus du requérant. Nos siècles de paix ont perfectionné à tel point la force non létale que la police même se satisfait d'oeuvrer sans disposer du droit de tuer, mais nous ne sommes pas idiots. A ceux qui protègent la communauté dans son ensemble, aux gardes entourant le laboratoire de virologie d'Olenek ou le Sanctum Sanctorum et à Ockham, ici présent, nous accordons pour veiller sur des millions de vies "tous les moyens nécessaires", couteau, branche et jusqu'à cet outil meurtrier qu'est le poing.
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Dionysos89Dionysos89   28 janvier 2020
Dites-moi, lecteur, avez-vous jamais été témoin d’une mort ? Lorsqu’elle arrive lentement – à cause d’un saignement, par exemple – ce n’est pas tant un instant qu’un étirement d’ambiguïté. Après une expiration, on attend, incertain, l’inspiration suivante : était-ce le dernier souffle ? Va-t-il y en avoir un autre ? Deux autres ? Va-t-on assister à un ultime tressaillement ? Les joues mettent si longtemps à se relâcher, la puanteur des entrailles détendues à s’échapper des vêtements, qu’on ne saurait être certain d’avoir assisté à la visite de la Mort avant que l’instant n’en soit passé, et bien passé.
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gwendalgwendal   04 novembre 2019
Pensez plutôt à Vivien Ancelet, étudiant les données comme un médecin tend l'oreille au souffle d'un enfant ou examine une échographie et voit une catastrophe où d'autres ne voient que des tâches. Ses poings se serrèrent, les tendons bien visibles. S'il vous est impossible de concevoir que les chiffres puissent exercer un tel pouvoir sur un être humain, imaginez plutôt l'un de ses homologues historiques : vous êtes le tuteur qui a senti chez le jeune Caligula quelque chose d'étrange ; l'indigène qui distingue à l'horizon une deuxième voile blanche, derrière la première ; le chien qui perçoit les frémissements de tsunami prêt à s'abattre sur la Crète et à éliminer le peuple minoen, mais conscient que personne ne lui prêtera attention, même s'il aboie.
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gwendalgwendal   23 novembre 2019
A mon avis, l'artisan d'autrefois considérait chacune de ses créations comme une capsule d'immortalité : à partir du moment où l'avenir voyait l'oeuvre et connaissait le nom de l'auteur, il était immortel. Il a fallu qu'arrive l'époque du travail laborieux, où chacun attend la récréation avec impatience, pour qu'arrive aussi une production de masse dégénérée et des maisons ennuyeuses. Ceux qui ont réalisé la façade de Madame se sont dotés d'une immortalité respectable.
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Vidéo de Ada Palmer
A l'occasion du salon "Les Utopiales" à Nantes, rencontre avec Ada Palmer autour de son ouvrage ¨Terra ignota. Volume 1, Trop semblable à l'éclair¨ aux éditions le Bélial.
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Notes de musique : Youtube Audio Library Propos traduit par Fleur Aldebert
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