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ISBN : 207011368X
Éditeur : Gallimard (31/08/2017)

Note moyenne : 4/5 (sur 36 notes)
Résumé :
Comme tant d’autres, Mevlut a quitté son village d’Anatolie pour s’installer sur les collines qui bordent Istanbul. Il y vend de la boza, cette boisson fermentée traditionnelle prisée par les Turcs. Mais Istanbul s’étend, le raki détrône la boza, et pendant que ses amis agrandissent leurs maisons et se marient, Mevlut s’entête. Toute sa vie, il arpentera les rues comme marchand ambulant, point mobile et privilégié pour saisir un monde en transformation. Et même si s... >Voir plus
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Critiques, Analyses & Avis (30) Voir plus Ajouter une critique
Merik
  27 août 2017
Après la plage, rien de tel qu'un bon pavé pour s'évader et se déstresser, avant la rentrée. Et celui-ci n'est pas en reste question évasion, son souffle romanesque m'a plongé dans l'ambiance turque dès les premières lignes. Ça tombe bien, je garde un souvenir impérissable de la Turquie (il y a 20 ans certes), et d'Istanbul, cette ville cosmopolite et grouillante, si folle et si charmante.
Roman épique et foisonnant où s'entremêlent tout à la fois culture, histoire, politique et évolution de la société turque, où l'on peut voir se bâtir des bidonvilles sur des collines d'Istanbul qui deviendront rivales, où l'on suit les déambulations de Mevlut aux multiples métiers, mais vendeur de boza dans l'âme : «Il sentait que le monde intérieur qui l'habitait et la rue qu'il arpentait la nuit en vendant de la boza formaient désormais un tout. Cette connaissance étonnante lui apparaissait parfois comme sa propre découverte ou bien comme une lueur, une lumière que Dieu lui avait accordée à lui seul.».
Un héros ordinaire au profil ancré dans la réalité, à la recherche simple de bonheur, attachant et empreint de naïveté. L'on fait sa connaissance lors du premier chapitre, surpris qu'il est de découvrir que la fille qu'il est en train d'enlever pour l'épouser n'est pas celle à qui il a cru envoyer tant de lettres enflammées, depuis des années. Une habitude dans ce pays, l'enlèvement d'une douce par son amoureux, quand celle-ci s'oppose aux désirs de son père, ou que la dot est trop importante pour le prétendant. La suite du récit remontera le cours de la vie de Mevlut depuis 1968, pour aller au delà, en 2012.
L'écriture au long cours et au rythme lent invite le lecteur à choisir un bon fauteuil, pour prendre son temps. La narration s'y singularise par une polyphonie aux tonalités parfois inédites: les différentes voix des protagonistes peuvent s'opposer, se contredire, ou enrichir le point de vue général et omniscient, attaché aux pas de Mevlut. Un peu comme si les différents personnages prenaient corps autour de la table de l'écrivain pour élever leur voix, et intervenaient dans le récit pour donner leur avis au lecteur. Cela rend le récit vivant, alerte et rythmé. Largement de quoi rendre le pavé plus léger.
Mais le vrai tour de force de cette saga à l'écriture simple, c'est qu'il nous plonge sans retenue dans la société turque (enfin le tour de force est relatif, il y a quand même un prix Nobel derrière). On ne la lit pas cette saga, on la respire et on la vit. J'ai été avec Melvut, sa famille, ses amis et ses emmerdes depuis le début. le genre de bouquin qui fait hésiter avec ses 6OO et quelques pages, mais on peut finir par regretter qu'il n'y en ait pas un peu plus.
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Annette55
  23 septembre 2017
Voici une vaste fresque foisonnante que l'auteur nous livre aussi bien documentaire que sociale, familiale et politique, à travers les apprentissages, la vie, les amours, les rêves, les modestes ambitions d'un humble vendeur de rues à Istanbul : Melvut Karakas , ce qui donne un côté plaisant , frais et romanesque au récit !
L'auteur se penche avec talent et une bonne dose de travail sur l'histoire, le paysage, le souffle d'Istanbul, un portrait tout en mouvement où le temps s'écoule de 1968 à 2012 et la mégapole qu'elle est devenue ! Une Turquie moderne et contemporaine !
Attention: existent et accompagnent le roman, ajouté à la somme des pages et l'épaisseur , un arbre généalogique, un index, une chronologie qui pourraient rebuter nombre de lecteurs.......
Malgré tout, dès que nous faisons la connaissance de Melvut, un personnage sympathique, gai , naïf, transformé en portefaix, chargé de yaourt et de riz pilaf, friandise chère aux stambouliotes, et de boza, boisson fermentée , vendeur de rues avec son père, après un rapide passage au lycée , nous sommes conquis par son optimisme, sa capacité après une enfance rurale (il est arrivé à 12 ans à Istanbul ) , à connaître sur le bout des doigts la géographie de la ville , ses odeurs, son atmosphère , sa peur viscérale des chiens .
Beaucoup d'anecdotes familiales et des personnages multiples truffent le récit de détails domestiques qui dessinent le portrait de la ville et de ceux qui y vivent .
Au début du roman, Melvut enlève la jeune fille qu'il désire épouser mais.........je n'en dirai pas plus .
On découvre au fil du récit le nouveau visage d'Istanbul, nouveaux quartiers, nouvelles mœurs, irruption de l'Islamisme .......
Au final, un livre, genre grand roman d'apprentissage, dense, peuplé de personnages aux mille vies qui donnent corps et âme , avec beaucoup de fraîcheur romanesque, à l'évolution de la Turquie depuis quarante ans, les mutations et les métamorphoses d'Istanbul, à travers les tribulations d'un humble vendeur de boza , dont le trait le plus caractéristique est de voir la vie du bon côté même dans ses plus mauvais jours , un optimisme que certains taxeraient de naïveté !
Un récit choral, épique et talentueux, chaleureux !
Ce n'est que mon humble avis, bien sûr ..
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Gwen21
  09 septembre 2017
J'ai bien cru que je ne viendrais jamais à bout de ce pavé, et pourtant je m'en serais voulu de passer à côté. Quelle somme de travail, quelle fresque, monsieur Pamuk !
L'auteur justifie pleinement son prix Nobel de littérature avec ce nouveau roman (paru en 2014 mais traduit en Français cette année, merci Gallimard). Un roman qui va bien au-delà du simple récit pour tendre à la fois vers la chronique, le roman historique et la biographie d'un genre nouveau, celle d'une ville, d'une capitale, d'un centre névralgique : Istanbul.
Pour s'en convaincre, et avant même de débuter la lecture, il suffit de lire attentivement le titre complet du roman : "Cette chose étrange en moi. La vie, les aventures, les rêves du marchand de boza* Mevlut Karatas et l'histoire de ses amis, et tableau de la vie à Istanbul entre 1969 et 2012, vue par les yeux de nombreux personnages". Rien que ça. Donc, vous êtes prévenus, il s'agit d'un roman choral où pas moins d'une dizaine de narrateurs se succèdent, parfois en l'espace de quelques phrases. Voici mon seul vrai "reproche" : bien que n'ayant pas de problème particulier avec le narration polyphonique, le fait que seule celle de Mevlut, le personnage principal, soit impersonnelle alors que toutes les autres utilisent le "je narratif" m'a perturbée et n'a pas facilité mon immersion dans un univers pourtant fascinant. Ajoutez à cela une chronologie des événements qui tarde à se mettre en place, et des noms propres turcs difficiles à prononcer ou à retenir pour qui ne parle pas turc, je dois avouer que j'ai "galéré" avec les 250 premières pages, soit à peu près un tiers du roman.
Mais j'ai très bien fait de m'accrocher car une fois totalement immergée dans le bouillonnement d'Istanbul, une fois mes repères géographiques posés, une fois mon intérêt et mon affection attachés aux personnages des familles Aktas et Karatas, c'est allé comme sur des roulettes et je n'ai plus goûté que la beauté de la langue (chapeau à la traductrice), la magie des ambiances et l'authenticité du voyage intime proposé par l'auteur.
Bien plus qu'un roman, disais-je, "Cette chose étrange en moi" est un témoignage politique, sociologique, culturel et ethnologique d'une grande puissance. Ce n'est sans doute pas un hasard si Orhan Pamuk a défendu en 2013 le mouvement protestataire turc puis a écrit ce roman mettant à l'honneur un simple marchand ambulant de yaourt et de boza*, une figure tutélaire d'Istanbul (sa ville natale). Une façon, à mon avis, d'adresser un message fort à chaque Turc, humble ou puissant, pour lui révéler par un regard à la fois objectif et tendre les bouleversements profonds qui ont construit ou déconstruit la Turquie, et de lui montrer d'où il vient, de le questionner sur où il va. Orhan Pamuk, s'il avait été essayiste plutôt qu'écrivain, aurait pu intitulé son oeuvre "De l'importance des conséquences des flux migratoires", un sujet d'actualité, n'est-ce pas ?
Mais l'auteur ne se contente pas de décrire les situations du quotidien pendant presque quarante ans, le style n'est pas du tout journalistique mais bien romanesque. A partir de deux familles étroitement liées par les mariages et les cousinages, l'auteur déploie toute une gamme de sujets anodins ou graves, des petits boulots et des cancans de cuisine aux mariages des adolescentes, en passant par l'urbanisation, les mafias, les conflits d'intérêts, les guerres, l'occidentalisation... C'est véritablement le pouls d'Istanbul que renferment les nombreuses pages de son roman. J'ai eu la sensation de replonger dans l'atmosphère tendue de l'excellent film de Deniz Gamze Ergüven, "Mustang", qui mettait le doigt sur l'écartèlement de la Turquie entre émancipation et traditions.
Un grand roman, un précieux témoignage.

*Boisson fermentée faiblement alcoolisée
Challenge Nobel
Challenge Petit Bac 2017 / 2018
Challenge PAVES 2017
Challenge ATOUT PRIX 2017
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Macha_Loubrun
  24 août 2017
Petit point minuscule parmi la foule cosmopolite d'Istanbul, Mevlut arpente la ville au cours de longues marches nocturnes en criant "Boza ! Boza !".
Fuyant la misère économique de son village d'Anatolie, sa famille est arrivée dans la capitale lorsqu'il avait 9 ans pour vendre des yaourts puis de la boza et depuis il s'obstine à vendre cette boisson fermentée chaque soir, même si les clients se font rares.
Emboiter le pas de Mevlut, de 1968 à 2012, c'est avoir peur des chiens errants, peur de ne pas ramener assez d'argent pour vivre, quitter chaque jour une misérable habitation pour aller arpenter les rues d'Istanbul, pratiquer plusieurs petits métiers.
C'est une histoire universelle, quitter la campagne pour tenter d'avoir une vie meilleure, enlever une jeune fille pour l'épouser. Un peu rêveur et foncièrement honnête, sans autre ambition que de vivre une vie simple avec sa famille, Mevlut voit la ville se transformer sous ses yeux au fil des ans. Cette passionnante saga familiale, dans laquelle vie sentimentale et professionnelle s'entremêlent et font face aux évolutions politiques, sociologiques, économiques, culinaires, culturelles et religieuses du pays, est aussi un beau roman d'amour. Les vieilles traditions familiales ont la vie dure mais les femmes veulent s'émanciper, les bidonvilles comme celui où Mevlut vivait seront bientôt détruits pour laisser place à de grands immeubles, on achète des yaourts industriels plus conformes aux normes d'hygiène, les vendeurs ambulants sont chassés, la ville ne cesse d'évoluer…
La corruption règne, heureusement l'entraide familiale permet de survivre.
La narration très vivante, alternant les points de vue des différents personnages qui s'adressent directement au lecteur avec des retours en arrière, lève progressivement le voile sur les évènements au cours des multiples rebondissements de ce gros pavé qui se lit avec un grand plaisir. Orhan Pamuk nous rend tous les personnages très attachants ainsi qu'Istanbul que l'on découvre envoutante et grouillante.
Je remercie chaleureusement les Éditions Gallimard et Babelio pour la découverte de Cette chose étrange en moi.
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mollymon
  19 août 2017
À la fois chronique sociale et familiale, l'histoire de Melvut s'étale sur une large période allant de 1968 à 2012 qui nous plonge au coeur d'un Istanbul inattendu, celui d'un sous-prolétariat né de l'exode rural, vivant en périphérie urbaine dans des bidonvilles construits sur les collines.
Ce roman qui donne la parole à Melvut et aux siens fait la peinture d'une ville en mutation et exprime sur un fond historique parfois assez détaillé la réalité d'une société très politisée, coutumière de tensions sociales qui engendrent la violence. Une société en mutation elle aussi, divisée entre modernité et tradition.
Melvut assiste de plus ou moins près aux petits et grands évenements qui ont traversé ces quatre décennies mais il se garde bien de porter un jugement ou de prendre parti. Quand son père l'a initié au métier de vendeur de boza, il lui a surtout appris à être un homme qui voit tout et qu'on ne voit pas, qui entend tout mais qui fait comme s'il n'avait rien entendu. C'est un homme un peu naïf, il accepte les choses avec un fatalisme tout oriental et reste optimiste malgré ce petit quelque chose en lui de mélancolique qui l'empêche d'être en adéquation totale avec le monde dans lequel il vit. Comme une nostalgie d'un temps révolu dont le boza reste le symbole...
C'est une lecture passionnante, enrichissante pour qui veut comprendre l'âme turque mais que j'ai trouvée un peu longue même si le style simple et très vivant accroche le lecteur. Ce roman m'a fait penser à une énorme boîte de loukoums de chez Haci Bekir (les meilleurs d'Istanbul) qu'on se réjouit d'avaler. Au début j'en ai savouré les différents goûts avec gourmandise mais comme la boîte est décidément trop grosse, j'ai fini par saturer légèrement et ai eu un peu de mal à venir à bout de ces 660 pages qui heureusement n'abîment pas les dents.
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Les critiques presse (6)
LeDevoir   04 octobre 2017
Dans son nouveau roman, Cette étrange chose en moi, l’auteur de 65 ans trace un portrait de sa ville natale, Istanbul. Sur quatre décennies. Jusqu’à 2012. « Tellement de choses sont arrivées depuis », déplore-t-il, évoquant au premier rang le coup d’État raté de juillet 2016.
Lire la critique sur le site : LeDevoir
LaLibreBelgique   05 septembre 2017
Le Nobel 2006 livre un merveilleux opus sur la vie d’un humble marchand de boza. Par là, il retrace la mutation d’Istanbul et de la Turquie depuis 40 ans.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   04 septembre 2017
Dans « Cette chose étrange en moi », le Prix Nobel de littérature rejoue l’histoire passionnée qu’il entretient avec la mégapole turque, à travers les yeux d’un cœur simple – l’un des Turcs qui ont porté les islamistes au pouvoir.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LaCroix   01 septembre 2017
Le nouveau roman d’Orhan Pamuk donne vie à un migrant d’Anatolie, qu’il plonge dans le tumulte d’Istanbul.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LePoint   14 août 2017
Un magnifique roman sur les métamorphoses d'Istanbul.
Lire la critique sur le site : LePoint
Liberation   31 juillet 2017
Orhan Pamuk livre avec Cette chose étrange en moi un impressionnant récit épique et choral, dostoïevskien.
Lire la critique sur le site : Liberation
Citations & extraits (30) Voir plus Ajouter une citation
Macha_LoubrunMacha_Loubrun   02 août 2017
La maison était une bicoque de bidonville, un gecekondu. Son père utilisait ce terme quand il s’énervait contre l’aspect frustre et miséreux de cet endroit ; lorsqu’il n’était pas en colère – ce qui était rare -, il employait davantage le mot « maison », ce qui lui donnait l’illusion de refléter quelque chose de la maison éternelle dont ils seraient un jour propriétaires, ici, en ce bas monde, mais il était difficile d’y croire. Le gecekondu consistait en une grande pièce. Avec des toilettes attenantes – un trou au milieu du sol. La nuit par la lucarne sans vitre des toilettes, on entendait les hurlements et les bagarres des chiens des quartiers éloignés.
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Macha_LoubrunMacha_Loubrun   01 août 2017
Faire descendre un panier pour les courses était un usage ancien datant d'une époque où il n'y avait pas d'ascenseurs, pas d'interphones, et où il était rare de construire des immeubles de plus de cinq ou six étages à Istanbul. En 1969, quand Mevlut faisait ses premiers pas comme marchand ambulant auprès de son père, les femmes au foyer, qui n'aimaient pas descendre de chez elles et qui désiraient acheter de la boza mais aussi du yaourt tout au long de la journée, et passer leurs commandes au commis de l'épicier, accrochaient une clochette sous les paniers qu'elles suspendaient au-dessus du trottoir pour que, sans bouger de leur domicile qui n'était pas équipé de téléphone, l'épicier ou le vendeur de passage soit alerté de la présence d'un client dans les étages. Pour signaler que le yaourt ou la boza était correctement placés dans le panier, le vendeur agitait la clochette.
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DidiliDidili   07 septembre 2017
Abdurrahman Efendi "Quel genre de père es-tu ? Est même allée jusquà dire Vediha. A-t-on jamais vu un père briser un foyer, vendre sa fille pour prendre l'argent de la dot ? . La charge était tellement violent que j'ai pensé qu'il valait peut-être mieux faire comme si je n'avais pas entendu. Je n'ai pas pu "Honte à vous ! La souffrance que j'ai endurée toutes ces années,le mépris dont j'ai été l'objet, est-ce que j'ai supporté tout cela pour vous vendre et gagner de l'argent ? Si je l'ai fait, c'est pour vous trouver un bon mari, capable de vous faire vivre correctement. Le père qui réclame de l'argent à l'homme qui veut épouser sa fille veut juste récupérer les frais qu'il a engagés pour l'élever, pour l'envoyer à l'école, la vêtir et qu'elle devienne une bonne mère. Cette somme, elle montre quelle valeur le prétendant accorde à sa future épouse et en même temps, c'est le seul argent qu'on verse dans la société pour l'éducation des filles. Vous avez compris maintenant ? Dans ce pays, pour avoir un garçon et non une fille, tous les pères même les plus modernes, vont sacrifier des moutons, consulter des cheikhs pour qu'ils leurs fassent des rituels magiques, supplier Dieu de mosquée en mosquée.
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Macha_LoubrunMacha_Loubrun   14 août 2017
Son père était mort pendant son sommeil. Les voisins l'avaient découvert deux jours après. Le lit était défait, comme si son père était parti en toute hâte de chez lui. A ses yeux de militaire, la maison parut pauvre et désordonnée. Mais il y régnait cette odeur unique et particulière que Melvut n'avait jamais sentie ailleurs : cette odeur, c'était celle de son père, de son propre corps, de leurs souffles, de la poussière, de la cuisinière, des soupes qu'ils avaient préparées vingt ans durant, du linge sale, des vieux objets, l'odeur de leur propre vie. Melvut pensait rester des heures dans la pièce à se remémorer et pleurer son père, mais son chagrin était tel qu'il se précipita dehors.
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Macha_LoubrunMacha_Loubrun   09 août 2017
La préoccupation majeure du directeur Fazil Bey était d'instaurer la discipline dans l'école, de veiller à l'ordre et à l'harmonie entre une foule d'élèves pauvres et les enfants de bonne famille assis au premier rang. C'est pourquoi il avait développé un philosophie qu'il aimait exprimer en une formule laconique pendant la cérémonie du drapeau : " Une bonne éducation abolit la différence entre riches et pauvres ! " Que voulait dire Fazil Bey par ces mots ? Que si les enfants pauvres travaillaient bien et suivaient leur scolarité jusqu'au bout, ils pourraient devenir riches eux aussi, ou bien qu'on verrait moins combien ils étaient pauvres ? Melvut ne saisissait pas très bien.
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