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ISBN : 2246772818
Éditeur : Grasset (11/01/2012)

Note moyenne : 4.21/5 (sur 144 notes)
Résumé :
"A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines.
Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmères rouges. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (56) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  07 octobre 2013
1975….Sur l'échelle de l'histoire mondiale, cette date n'est pas si reculée dans le temps, elle n'est pas très éloignée de nous et de notre époque. Cette année-là, Emile Ajar remportait le Prix Goncourt pour « La vie devant soi », Mike Brant se suicidait, Pasolini était assassiné et le groupe « Il était une fois » susurrait « J'ai encore rêvé d'elle »…
Où étions-nous alors ? Où étaient nos parents, nos grands-parents, nos familles, tandis que méthodiquement, au Cambodge, des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, mouraient sous le joug de la dictature de Pol Pot?
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent possession de Phnom Penh et ce sont 1,7 millions de cambodgiens sur les huit qu'en compte le pays qui vont périr sous la torture, la famine, les contraintes, afin que s'illustre, dans toutes ses contradictions, l'idéal révolutionnaire du Kampuchéa démocratique.
Dans la révolution khmère rouge, le peuple est un grand corps qui doit être rassemblé, uni, homogène. L'individu n'existe plus, il doit se fondre dans la grande masse communautaire. Et afin de « construire » cette société agraire égalitaire, la politique devient machine à broyer. Destructrice, exterminatrice, ravageuse.
De grands mouvements de masse sont organisés, les villes sont désertées, les citadins sont déportés dans les campagnes où ils sont rééduqués. Intellectuels, professeurs, médecins, scientifiques, tous ceux qui se distinguent par l'éducation, la culture, le prestige ou le pouvoir, sont méthodiquement brisés, torturés, tués. Ils représentent « le nouveau peuple », le peuple à abattre. Déportation, extermination, dénonciations, persécutions, sévices : une méthodique entreprise de déshumanisation est mise en oeuvre. le maître mot en est « Elimination ».
Le régime idéologique communautaire du Kampuchéa (nouveau nom du Cambodge) va durer quatre ans. Quatre longues années d'enfer pendant lesquelles Rithy Panh, qui a alors treize ans, va perdre l'un après l'autre tous les membres de sa famille et découvrir les mille visages qu'emprunte le Mal dans sa puissance dévastatrice.
De cette époque subsistera un chagrin sans fin, né d'ineffaçables images, de souvenirs traumatisants, d'une mémoire irréversiblement marquée au fer rouge.
Et c'est ainsi que devenu adulte, Rithy Panh a voulu se faire le témoin de cette période sombre de l'histoire cambodgienne. Il est devenu un cinéaste renommé dont les films ont permis de découvrir une réalité bouleversante, terrifiante, monstrueuse : l'ampleur inouïe d'un génocide longtemps passé sous silence. « Les gens de la rizière », « Bophana », « S21 – La machine de mort khmer rouge »…autant de moyens et longs métrages qui ont révélé au monde les atrocités commises par les Khmers rouges au long de ces quatre ans d'un calvaire alliant terreur et dénuement.
Prolongement direct de l'oeuvre cinématographique, le livre-témoignage « L'élimination » va être aussi pour Rithy Panh l'occasion de mettre des mots sur ses propres douleurs, sur ses propres souvenirs de victime. En se confrontant à la figure du Mal la plus emblématique de cette époque, celle de Duch, « le maître des forges de l'enfer », le responsable du centre de torture et d'exécution S21, Rithy Panh libère également sa propre mémoire, laisse émerger les aspects personnels de son douloureux parcours d'enfant-victime, esquisse son propre profil d'homme détruit par le souvenir, s'illustre dans les doutes et les questionnements de l'historien désireux de comprendre les sombres abîmes de l'être humain.
Son travail de cinéaste et son aspiration d'écrivain vont au-delà de la seule dénonciation ou de la simple perpétuation de la mémoire collective et personnelle. C'est avant tout un travail d'analyse et de réflexion sur le Mal, la volonté d'expliquer ses mécanismes afin de le circonscrire et de rendre son humanité, son intelligence et son histoire à un peuple maltraité, acculé, opprimé par une entité totalitaire effarante. Rithy Panh a ainsi mené de longs entretiens avec les gardiens du centre S21, avec les bourreaux, avec les rares survivants.
C'est dans une prison de l'ONU où il attend son procès en appel que l'exécuteur en chef de S21, celui qui a le sang de milliers d'individus sur les mains et s'est plus tard converti au christianisme, l'incompréhensible et redoutable Duch, accorde une série d'entrevues à Rithy Panh. Ce qu'il nous révèle des conditions de détention et des méthodes d'aveux donnent la chair de poule.
Duch est un doctrinaire. Intellectuel se sentant investi d'une mission, il va jusqu'au bout de son délire, de sa ferveur révolutionnaire, de sa folie. Sous ses directives, la torture est méthodiquement structurée, organisée, voire conceptualisée. Déshumanisation du prisonnier et inhibition du bourreau font partie d'un processus mûrement réfléchi. L'on taira la longue liste des sévices infligés. Infinie est l'imagination des hommes en ce domaine !
En interrogeant Duch sur son implication dans le génocide et sur ses motivations profondes, Rithy Panh, avec une sobriété exemplaire, tente de cerner ce concept effroyable du Mal qui s'est affiché avec tant d'horreur au Cambodge mais aussi en Allemagne, plus récemment au Rwanda ou en ex-Yougoslavie, partout où des hommes ont décidé d'éradiquer d'autres hommes en leur reniant leur part d'humanité, au nom d'une race, d'un idéal politique, d'une vision, d'une folie. A ce titre « L'élimination » est un témoignage aussi bouleversant qu'universel sur les méthodes génocidaires. Pourtant, la personnalité de Duch, son caractère foncièrement énigmatique, complexe, troublant, nous reste hermétique, saturé de zones d'ombre, un « silence des bourreaux » qui engendre un sentiment d'impuissance floue souvent déconcertant.
Les souvenirs personnels de Rithy Panh mêlés aux entretiens avec Duch fournissent cependant un document extrêmement poignant sur la noirceur humaine, sur la quête de vérité et de sens, et sur la nécessité de mettre des mots d'apaisement sur les tragédies.
« L'élimination »…un long voyage au bout de l'enfer.
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Unvola
  05 mars 2015
Rithy Panh a subi le Génocide Cambodgien à l'âge de 13 ans. Aujourd'hui, il est cinéaste et se donne comme mission de restituer le plus fidèlement possible ce que fut cet effroyable Génocide, commis par le Parti Communiste du "Kampuchéa Démocratique" (P.C.K.) des Khmers Rouges, dirigé par l'infâme Pol Pot, entre le 17 avril 1975 et le 6 janvier 1979. Cette entité à caractère Totalitaire était également nommée l'Angkar (l'Organisation). le siège permanent du Comité Central du Parti Communiste était intitulé : le Bureau 870.
Rithy Panh a notamment réalisé deux documentaires essentiels qui sont sortis en 2012 dans un coffret en double D.V.D. : "S21 : La machine de mort Khmère Rouge" qui retrace l'histoire de ce Génocide, et : "Duch, le Maître des Forges de l'Enfer" qui présente, entre autres, une interview unique d'un bourreau encore en vie, issu d'un régime Totalitaire.
Lors de ce Génocide qui a coûté la vie à au moins 1 700 000 victimes sur une population d'environ 7 000 000 de Cambodgiens (soit l'extermination d'environ 25 % de la population), Rithy Panh a perdu dans sa propre famille : ses soeurs, son grand frère, son beau-frère et ses parents !
La seule petite difficulté dans ce formidable ouvrage réside dans l'alternance permanente entre la propre expérience de Rithy Panh et l'interview du bourreau Duch. Cette présentation peut donc éventuellement déstabiliser quelque peu le lecteur, peu informé sur le sujet. En revanche, cela procure une grande densité analytique et Mémorielle à l'ouvrage.
Je suivrai donc, dans ce commentaire, la forme de présentation choisie par l'auteur.
Cet incroyable ouvrage retrace donc le témoignage de Rithy Panh quant à cet effroyable Génocide, mais également la retranscription de moments cruciaux lors de l'interview filmée qu'il a faite de Kaing Guek Eav (alias Douch ou Duch), dans sa prion, en attendant son Procès devant le Tribunal International (le C.E.T.C. : "Chambres extraordinaires au sein des tribunaux cambodgiens"). En effet, Duch fut le Responsable, entre autres, du Centre d'interrogatoire et de Torture S-21 (ou Tuol Sleng) situé dans l'ancien lycée de Ponhiear Yat, dans la Capitale Phnom Penh ; et du champ d'exécution Choeung Ek situé à 15 kilomètres de Phnom Penh ; ainsi que de plusieurs autres Centres de torture au Cambodge. J'écris "entre autres" parce qu'avant, entre 1971 et 1975, il fut également le Responsable du Centre de détention, de torture et d'exécution : M-13 (confer l'excellent ouvrage de François Bizot : "Le Portail") situé dans la jungle Cambodgienne. Et durant le régime des Khmers Rouges, Duch fut aussi le Haut-Responsable de la Police Politique, nommée Santebal.
Qui plus est, lors de ses tournages, Rithy Panh a également pu interviewer les bourreaux de S-21 qui torturaient les victimes, sous la Responsabilité de Duch. Et aussi incroyable et terrible que cela puisse paraître, depuis 1979, ces tortionnaires vivent en liberté au Cambodge parmi la population Cambodgienne qui a tant souffert !
Rithy Panh se souvient parfaitement bien de ce 17 avril 1975, lorsque les Khmers Rouges ont envahi Phnom Penh, pour en faire évacuer aussitôt toute la population, en prétextant un risque imminent de bombardement par les B-52 Américains. Ce prétexte était évidemment fallacieux et les Khmers Rouges promirent aux habitants qu'ils pourraient réintégrer la Capitale trois jours plus tard. C'était également une fausse promesse, puisque tragiquement, nombreux sont ceux qui ne revinrent jamais chez eux, ayant été massivement exterminés durant le Génocide (page 49) :
"Aujourd'hui, les historiens pensent que les révolutionnaires ont déversé vers les campagnes près de 40 % de la population totale du pays. En quelques jours. Il n'y avait aucun plan d'ensemble. Aucune organisation. Rien n'était prévu pour guider, nourrir, soigner, héberger ces millions de personnes. Peu à peu, nous avons vu sur les routes des malades, des vieux, de grands invalides, des brancards. Nous avons senti que l'évacuation tournait mal. La peur était palpable."
Dans le régime Totalitaire Communiste des Khmers Rouges, les victimes étiquettées par le Parti comme des "ennemis de classe" étaient immédiatement déshumanisées et considérées en tant que : Non-êtres ; comme en témoigne la réponse d'un tortionnaire à Rithy Panh (page 12) :
"Les prisonniers ? C'est comme un bout de bois."
Un autre tortionnaire lui explique que (pages 12 et 13)... :
"Les prisonniers n'ont aucun droit. Ils sont moitié homme, moitié cadavre. Ce ne sont pas des hommes. Ce ne sont pas des cadavres. Ce sont comme des animaux sans âme. On n'a pas peur de leur faire du mal. On n'a pas peur pour notre karma".
À Duch aussi, je demande s'il cauchemarde, la nuit, d'avoir fait électrocuter, frapper avec des câbles électriques, planter des aiguilles sous les ongles, d'avoir fait manger des excréments, d'avoir consigné des aveux qui sont des mensonges, d'avoir fait égorger ces femmes et ces hommes, les yeux bandés au bord de la fosse, dans le grondement du groupe électrogène. Il réfléchit puis me répond, les yeux baissés : "Non." Plus tard, je filme son rire."
Duch est passé de la condition de professeur de mathématiques cultivé et respecté avant les années 1970, à l'état de "Révolutionnaire Communiste" sanguinaire et sans aucune morale humaine. En effet, désormais la seule "morale" qui comptait pour lui, était celle de l'application stricto sensu de..., l'Idéologie Communiste.
En interrogeant ces bourreaux, Rithy Panh cherche donc à comprendre comment des gens simples et ordinaires ont pu se transformer en tortionnaires sanguinaires ; et qui plus est, de répéter un nombre de fois incalculable ces mêmes horreurs d'interrogatoires, de tortures et d'exécutions sommaires d'une très grande sauvagerie.
C'est donc d'abord au Centre M-13, entre 1971 et 1975, que Duch mit en place et peaufina ses "techniques" d'interrogatoires et de tortures (page 23) :
"En 1973, au bureau M13, je recrute des enfants. Je les choisis selon leur classe : paysans de la classe moyenne ou pauvre. Je les mets au travail, je les amène ensuite à S21. Ces enfants sont forgés par le mouvement et par le travail. Je les contrains à garder et à interroger. Les plus jeunes s'occupent des lapins. Garder et interroger passe avant l'alphabétisation. Leur niveau culturel est faible, mais ils sont loyaux envers moi. J'ai confiance en eux"."
Lors du tournage du documentaire : "S21 - La machine de mort khmère rouge", à la fin des années 1990, Rithy Panh fut confronté physiquement aux menaces des Khmers Rouges toujours en libertés, et qui surveillaient le tournage. Dans ce passionnant documentaire Rithy Panh montre la confrontation morale entre, l'un des rares rescapés de S-21, Vann Nath (confer son terrible témoignage : "Dans l'enfer de Tuol Sleng : L'inquisition khmère rouge en mots et en tableaux") et des tortionnaires de S-21. Vann Nath n'a eu la vie sauve que parce qu'il était un très bon peintre et que Duch l'avait choisi pour peindre des portraits valorisant de Pol Pot, afin de mettre en place un "Culte de la personnalité" sur les modèles de : Staline, Mao et King Il-sung.
En effet, Duch avait écrit sur le dossier de Vann Nath la mention suivante : "Garder pour utiliser".
Donc, lorsque Duch a été arrêté afin d'être jugé, Rithy Panh a demandé l'autorisation, aux juges Cambodgiens et Internationaux, d'interviewer et de filmer le chef des bourreaux, pour la postérité, comme lors du Procès des Nazis devant le Tribunal de Nuremberg. À la grande différence, qu'ici, Rithy Panh a pu interviewer Duch en tête-à-tête.
Dès le début du tournage du second documentaire : "Duch, le Maître des Forges de l'Enfer", Duch avoue sa responsabilité en tant que chef de S-21 et semble vouloir "confesser" tous ses crimes. Pourtant, en réalité, comme nous allons pouvoir le constater tout au long de ce commentaire, psychologiquement, ce n'est pas aussi simple pour lui de tout avouer (page 27) :
"Je ne reconnais pas tout ce qui est dit dans votre film, mais j'endosse toute la responsabilité en tant que directeur de S21." Duch veut croire que la rédemption s'achète avec des mots. Il conteste la vérité historique ; puis il affirme endosser toute la responsabilité. Autrement dit : je nie ce que vous affirmez, mais je porterai le fardeau de votre vérité."
La voix de Duch est douce et posée. Mais parfois, touché au vif par Rithy Panh, il s'emporte avant de se calmer à nouveau...
Rithy Panh tente alors d'élucider le principe hallucinant des interrogatoires destinés à extirper de faux aveux aux victimes (page 35) :
"Moi : Les dirigeants savent que les aveux sont faux ?
Duch : Je sais ! Je sais ! Cela m'inquiète ! Depuis M13, je veux comparer avec la vérité, mais comment faire ?
Moi : Donc tout le monde sait que les aveux sont faux ?
Duch : Oui, mais personne n'ose le dire ! Monsieur Rithy, j'aime le travail de la police, mais pour chercher la vérité ! Je n'aime pas le faire à la manière des Khmers rouges."
Dans l'immensité des Archives abandonnées par Duch à S-21, on y trouve, entre autres : des photos des victimes et des dossiers détaillés des interrogatoires. Duch étant minutieux dans son "travail", il supervisait et annotait les dossiers de ses commentaires, à l'encre rouge (page 45) :
"Annotation à l'encre rouge dans le registre de S21, en face du nom de très jeunes enfants : "Réduis-les en poussière". Signature : "Duch". Duch reconnaît son écriture. Oui, c'est bien lui qui a écrit cela. Mais il précise : il l'a écrit à la demande de son adjoint, le camarade Hor, le chef de l'unité de sécurité - pour "secouer" le camarade Peng, qui semblait hésiter...
Sur une page de ces registres, il peut y avoir vingt ou trente noms. Pour chaque nom, une mention manuscrite de Duch : "détruire", "garder", "vous pouvez détruire", "photographie nécessaire", comme s'il connaissait chaque cas dans le détail. Minutie de la torture. Minutie du travail de torture."
Rithy Panh et toute sa famille étaient considérés par les Khmers Rouges comme appartenant au : "nouveau peuple", également nommés : "Les 17 Avril". En effet, comme pour des millions d'autres Cambodgiens, ces terminologies étaient censées classifier les "ennemis du peuple" ou "ennemis de classe", comprenant : des "bourgeois", des "intellectuels", des "propriétaires", mais aussi les citadins vivant dans les villes, les professeurs et instituteurs, les médecins, etc.. Selon la propre définition de Duch, ces ennemis s'appelaient aussi (page 58)... :
"capitalistes, féodaux, fonctionnaires, classes moyennes, intellectuels, professeurs, étudiants."
Ces ennemis devaient être rééduqués dans les campagnes ou être exterminés. Mais finalement, comme dans tous les pays Totalitaires Communistes de la planète, c'était TOUTE la population qui était susceptible d'être visée par le régime, d'être persécutée de manière aveugle, soumise : aux maladies, à la famine de masse, aux tortures et exécutions sommaires et arbitraires.
Le reste de la population était nommé : "l'ancien peuple" ou "peuple de base".
De toute façon, lorsqu'un État Totalitaire, ici l'Angkar des Khmers Rouges, est capable d'exterminer environ 2 000 000 de personnes, soit 25 % de sa propre population, l'ignoble critère de "classe" consistant à déterminer qui doit vivre ou mourir, se trouve donc largement dépassé.
Les Nazis du IIIe Reich utilisaient, eux, le tout aussi monstrueux critère de "race".
Toute l'organisation sociétale a été détruite au Cambodge durant ces terribles années sous le régime de l'"Angkar" : le système monétaire fut supprimé et la régression sociétale fut totale. le troc et les échanges réapparurent jusqu'à ce qu'il n'y eut plus rien à échanger.
Pour les Communistes Khmers Rouges, il fallait donc déstructurer totalement la Société Civile, dissoudre même le principe de la famille et détruire les traditions politiques, intellectuelles, culturelles et religieuses.
Après une déportation aussi massive des populations des villes vers les campagnes, très rapidement des milliers de morts s'accumulèrent aux bords des routes : les malades, les personnes âgées, les femmes enceintes, les enfants en bas âge et les affamés !
Lorsque Rithy Panh interview Duch, il essaye toujours, par des questions subtiles, de le faire avouer (page 63) :
"L'aveu ne vient jamais de façon claire et directe. C'est un murmure, auquel il faut prêter une oreille extrêmement attentive. Je mets ces deux phrases sous forme logique : "À l'époque, tout le monde a cru que l'ennemi nous affamait, et que si nous l'arrêtions, nous n'aurions plus faim. Ce n'était pas vrai. Ce n'était pas vrai mais nous, les Khmers rouges, nous avons menti. Et nous avons cru à notre mensonge". À son niveau de responsabilité - il est le chef de la police du régime, comme il le dit lui-même -, Duch ne pouvait pas ignorer ce mensonge. J'insiste sur ce "nous", car Duch dit désormais "ils" pour évoquer les Khmers rouges. "Ils ne pensent pas à la vie des gens." Ils, ce n'est pas lui. le révolutionnaire, c'est l'autre."
Rithy Panh et sa famille furent déportés en wagons à bestiaux, à Mong, dans le nord-ouest du Cambodge. Puis, ils subirent d'autres déportations par la suite.
Comme les gigantesques Famines de l'univers Totalitaire Communiste, notamment celles : de 1921-1922 en Russie (U.R.S.S.) sous Lénine, Trotski et Staline faisant 5 000 000 de morts ; sous Staline en Ukraine (Génocide de l'Holodomor) en 1932-1333 ajoutant encore 6 000 000 de victimes ; puis lors de la politique du "Grand Bond en avant" (confer notamment, le formidable travail, très récent, de reconstitution effectué par Yang Jisheng, au péril de sa vie, dans son ouvrage : "Stèles") sous Mao Zedong entre 1958 et 1961, engendrant la mort de 36 000 000 de victimes, etc.. Pol Pot réutilisa, à nouveau, cette même arme de destruction massive qu'est..., la Famine !
Certains intellectuels pensent que la frontière entre le bourreau et la victime peut être extrêmement ténue, lorsqu'une Société Civile se retrouve sous le joug d'un régime Totalitaire de Terreur de masse (confer le formidable ouvrage de Christopher Browning : "Des hommes ordinaires : le 101e bataillon de réserve de la police allemande et la Solution finale en Pologne"). le sujet est extrêmement complexe puisque l'on convoque ici : la conscience humaine. Dans ce contexte de Terreur, on se pose également souvent la question de savoir si un bourreau est un être humain comme un autre, un être humain "ordinaire", et qu'est-ce qui le fait basculer dans l'horreur de cette condition de tortionnaire ? Ce qu'analyse très bien Primo Lévi dans son extraordinaire ouvrage : "Les Naufragés et les Rescapés : Quarante ans après Auschwitz" sur la notion de "zone grise" ; et également Hannah Arendt avec sa notion de "banalité du mal", développée dans son prodigieux ouvrage concernant le Procès du Nazi Adolf Eichmann, dans : "Eichmann à Jérusalem".
Mais Rithy Panh n'adhère pas complètement à ce type d'analyse, comme il l'explique en décortiquant l'exemple de Duch (page 79) :
"La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il est humain ou non. Il est humain à chaque instant : c'est pourquoi il peut être jugé et condamné. On ne doit s'autoriser à humaniser ni à déshumaniser personne. Mais nul ne peut se tenir à la place de Duch dans la communauté humaine. Nul ne peut endosser son parcours biographique, intellectuel et psychique. Nul ne peut croire qu'il était un rouage parmi d'autres dans la machine de mort. Je reviendrai sur le sentiment contemporain que nous sommes tous des bourreaux en puissance. Ce fatalisme empreint de complaisance travaille la littérature, le cinéma et certains intellectuels. Après tout, quoi de plus excitant qu'un grand criminel ? Non, une feuille de papier ne sépare pas chacun de nous d'un crime majeur. Pour ma part, je crois aux faits et je regarde le monde. Les victimes sont à leur place. Les bourreaux aussi."
Je ne pense pas qu'il existe vraiment de réponses précises et uniques à ces terribles questions, car dans ce contexte de persécution, les êtres humains réagissent différemment : à l'oppression, aux ordres, aux menaces de mort, à la propagande Idéologique, etc..
Alors si l'on considère que ces interrogations peuvent être légitimes envers le "simple" bourreau exécutant, il me semble, en revanche, qu'elles le sont nettement moins dans le cas d'un Haut Responsable des bourreaux, puisque-là rentre en compte, dans d'importantes proportions, la notion d'adhésion à l'Idéologie, comme dans le cas de Duch qui a adhéré à l'Idéologie Totalitaire Communiste Marxiste-Léniniste de la Dictature du prolétariat. de plus, le fait que la responsabilité destructrice soit encore plus élevée dans le cas de Hauts Responsables Criminels, cela soulève de manière encore plus prégnante, la question de la responsabilité Morale.
Or, un bourreau peut être particulièrement perfide, car en reprenant le cas du Nazi Eichmann, ce dernier se targuait cyniquement de n'avoir jamais tué un être humain de ses propres mains (c'était en tout cas ce qu'il prétendait !), alors qu'il était l'un des principaux organisateurs et responsables de : "la Solution Finale de la question Juive" ! Il reconnaissait juste avoir : "aidé et encouragé" l'exécution des crimes dont on l'accusait !
P.S. : Ce commentaire étant trop long pour figurer en totalité sur Babelio, vous pouvez le lire dans son intégralité sur ma Page Google+ : https://plus.google.com/+CommunismeTotalitarisme/posts/Sx1Bt3x1pWx
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canel
  10 août 2012
Rithy Panh avait treize ans en 1975 lorsque la révolution khmère se déchaîna au Cambodge sous le gouvernement de Pol Pot. A l'actif des révolutionnaires : persécution des intellectuels qui durent travailler la terre, famine, déplacements contraints de populations, torture, exécutions, négation de l'individu. En face : des innocents mourant de faim, de blessure, de maladie, des personnes terrorisées mettant fin à leurs jours. On estime le nombre de morts à 1,7 millions, soit près du quart de la population.
Entre souvenirs, fragments d'interrogatoires et véritable essai, Rithy Panh raconte dans ce texte "la cruauté et la folie khmères rouges" et réfléchit de manière plus générale sur les totalitarismes et les révolutions : "(...) je crois à l'universalité du crime khmer rouge, de même que les Khmers rouges ont cru à l'universalité de leur utopie." (p. 319). Cinéaste et auteur de documentaires sur cet épisode noir de son pays, il revient pour ce récit auprès de Duch (un des rouages du génocide). Il le filme et le questionne, patiemment, calmement, pour savoir et tenter de comprendre. L'ancien bourreau se réfugie dans le déni, dans le rire : il n'a rien vu, rien entendu, il n'a pas torturé… mais il se contredit aussi, parfois.

Le douloureux travail de Rithy Panh force le respect : en tant que rescapé, il ne semble jamais mu ni par la haine, ni par l'esprit de vengeance, mais il a besoin d'entendre la vérité, des aveux - à défaut de repentir - de la part d'un de ses tortionnaires. Admirable, il ne se départit jamais de son calme, même face au bourreau ricanant.

L'élimination est un témoignage-documentaire intense et bouleversant sur quatre années mal connues et/ou mal interprétées par l'Occident pendant et après. Tout au long de l'ouvrage, j'ai ressenti le besoin d'en savoir plus, non pour légitimer la parole de l'auteur mais pour comprendre notamment le contexte international, la longue inertie des autres nations, l'impuissance de l'ONU... Et bien sûr, j'ai également très envie de voir les films de Rithy Panh.
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ATOS
  08 octobre 2013
« Essayez de regarder. Essayer pour voir. » Charlotte DELBO
(«  Aucun de nous ne reviendra », extrait).
Rithy Panh est là. L'enfer lui a traversé les chairs.
Est ce qu'on « en revient », un jour, de l'enfer?
«  Ainsi la violence demeure. le mal qu'on m'a fait est en moi. »
Il est là , présent Rithy, l'enfant, et interroge Duch.
Kaing Guek Eav, Duch le tortionnaire en chef du S21.
Cambodge 1975-1979. 1,7 millions de morts. Phnom Penh, S21.
«  A S21, nul n'échappe à la torture, Nul n'échappe à la mort ».
L'enfant ne cesse jamais de rêver, il rêvait qu'un appareil photo tombe du ciel.
L'appareil photo n'est jamais venu.
Noël n'existe pas en enfer.
Alors pour, vivre encore, il doit «  tenir ses poings dans ses poches », et il choisit les images et les mots.
Puisqu'on n'a rien dit, puisqu'on a rien vu, il nous montre, puisque «  ce qui blesse est sans nom », il prononce.
Le conflit vietnamien – cambodgien est une gorgone.
Chine, USA, France, ONU, colonie, communisme, américanisme...
Bourbier «  sans nom » . «Ce qui blesse est sans nom »...
Certains répondent «  Pol Pot » par « agent orange », certains répondent «  raisons » par « famine », certains répondent « légitime défense » par «  torture », corruption par discipline, doctrine par dialectique, etc etc etc .
On répond beaucoup, nombreux, très vite, par anticipation quand on ne veut pas entendre les questions....
La guerre chez soi est toujours plus propre que chez les autres.
On a toujours de bonnes raisons, mon voisin a toujours de mauvaises intentions.
Et qu'avaient ils, eux, les 1,7 millions de morts  du Cambodge ?
Qu'avaient ils, ces enfants du Rwanda, du Chili, d'Arménie, de Tchétchènie , d' Ukraine, du Tibet, de Syrie, de Varsovie, du Vel d'Hiv, de Palestine, du Vietnam, du Japon, du Cambodge. et tous leurs frères et soeurs.. ?

Tenter de justifier ce que rien ne pourra jamais justifier est un crime.
Le combat peut être un devoir, la résistance une nécessité, l'éducation une priorité,
La destruction est un crime.
Quelque soit la main, quelque soit la couleur du drapeau, quelque soit le livre, quelque soit la colère. L'élimination est un crime.
Un de nos présidents occidentaux et non des moindre puisqu' il s'agit du nôtre, a, lors d'une conférence de presse déclaré : «  l'ennemi sera détruit ».
Vaincu ! Monsieur le Président, vaincu !, pas détruit.
Détruire est un mot de bourreau, vaincre est un mot de combattant.
Il faut faire attention au mot. Ils sont importants.
Extrêmement important, ils sont le plus souvent la première arme de tous les extrémistes.
Une démocratie peut combattre, une dictature détruit toujours.
Monsieur le président, n'oubliez jamais que lorsque vous parlez, un peuple vous écoute.
Vous avez une responsabilité, n'en faites jamais un métier ni une fonction.
Rithy Panh veut savoir, veut comprendre l'injustifiable. Il veut nommer, montrer, ne pas oublier, expliquer.
Il interroge Duch.
Duch rie.
Duch est un homme.
Duch ne veut pas être un homme.
Il veut être une machine, une pièce de la grande machine.
La grande machine qui détruit ce qui n'est pas humain, ce qu'elle appelle l'ennemi.
L'ennemi... ?
L'ennemi n'a pas de nom, n'a pas de visage, il est partout, il est « tout le monde », alors pour mieux le détruire, la grande machine, l'organisation va effacer, tout effacer, détruire.
L'organisation, l'Angkar, va changer les mots. On invente un nouveau langage pour remodeler le nouveau peuple.
Duch est un technicien de la révolution.
Les recettes sont partout les mêmes. Un chef, un pays, un peuple.
L'homme perd son travail, son adresse, son nom, sa famille, ses enfants, ses vêtements.
Tous égaux : la peur, la faim, la maladie, la coupe de cheveux, la pauvreté, la misère, la terreur. le mécanisme de la machine infernale ne peux supporter que des rouages égaux.
On lamine, on détruit, on coupe, on extermine, on taille, on éradique, on tranche, on élimine.
L'être n'existe plus, il appartient.
«  Ne touchez personne. Jamais. Et si vous n'avez pas le choix, ne touchez jamais avec la main, mais avec le canon du fusil ».
On compte, on recompte, on décompte, on inscrit, on reporte, on rapporte, on fiche, on éventre, on répertorie, on démembre, on dénombre, on affame.
Le crime a toujours ses outils.
Toutes les pièces se valent, c'est à dire qu'elles ne valent rien.
«  A te garder, on ne garde rien. A t'éliminer, on ne perd rien. » .
La technique fait son travail.
«  kamtech »....réduire en poussière
Rien ne doit rester de l'humain.
Rithy ne l'accepte pas, ne l'acceptera jamais.
«  J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi j'étais vivant, car je n'étais plus rien ».
«  Ce que je cherche c'est la compréhension de la nature de ce crime et non le culte de la mémoire. Pour conjurer la répétition. »
Voilà ce que Rithy essaie d'obtenir en interrogeant Duch.
«  Je n'ai jamais envisagé un film comme une réponse, ou comme une démonstration. Je le conçois comme un questionnement. »
Puisqu' « une langue totalitaire est une réponse à l'absence de question » , Rithy lève les poings d'interrogation par ses mots et par son oeil.
Duch répond,
Duch rie.
Il est stoïque.
Il lit la bible.
Duch pense.
Duch se souvient.
Duch dit.
Duch lit.
Duch écoute.
Duch lit de la poésie
Duch est humain.
Il n'est pas tous les humains.
«  le monde est un enfer pour l'homme qui ne croit pas au diable » Jacques Lacan.
Le livre, « L'élimination »   pose la question . le film « l'image manquante » montre son origine.
Un diptyque nécessaire pour opérer le remontage de ce temps subi et enrayer toutes les mécaniques infernales.
Astrid Shriqui Garain
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IreneAdler
  23 septembre 2013
Niveau crime de masse, il est beaucoup question, à raison, de l'Allemagne nazie et du Rwanda. le Cambodge, Kampouchéa démocratique à l'époque, est souvent oublié.
Et pourtant... Presque 2 millions de morts en 4 ans (1975-1979) pour une population légèrement inférieure à 8 millions, bon score non ? En vrac : tortures et exécutions, évacuation des villes, travail forcé, famine... Personne n'est à l'abri.
Rithy Panh, 13 ans en 1975, évacué de Phnom Penh avec sa famille, survivra avec sa soeur aînée. 4de ses frères, étudiants à l'étranger y sont restés et ont également survécu. Tout le reste de la famille est mort, souvent à cause de la famine ; parfois exécuté ou de manque de soins.
Ici, il nous raconte plusieurs choses en simultané. Sa rencontre avec Duch, responsable du tristement célèbre centre de torture S21, en procès pour crime de masse. Mais cela réveille ses souvenirs de jeunesse : travail, blessures, morts, famine... Et les effets qu'elles ont sur l'homme adulte et la révolte devant un procès mal mené semble-t-il.
Eh bien, c'est horrible et nécessaire. Et encore, ce ne sont pas des descriptions détaillées de tortures (encore que certaines sont évoquées, Duch oblige)... Bien que voir sa famille mourir, frôler la mort à plusieurs reprises et voir les charniers que sont devenus les hôpitaux sont des formes de tortures également. Mais jamais une plainte ; toujours de la dignité et du courage pour survivre un jour de plus. Sans abdiquer son humanité. Survivre pour un jour avoir l'opportunité de comprendre.
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critiques presse (5)
NonFiction   12 mars 2012
Avec L’élimination, […] Rithy Panh fait un pas de plus sur le chemin de la connaissance. Il s’impose surtout comme conscience universelle.
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Telerama   01 février 2012
L'Elimination trouve immédiatement place parmi les ouvrages essentiels qui témoignent des immenses tragédies du XXe siècle. Aux côtés notamment de Si c'est un homme, de Primo Levi, de L'Espèce humaine, de Robert Antelme, ou de La Nuit, d'Elie Wiesel.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   16 janvier 2012
Entre mille autres choses, «l'Elimination» dit comment et pourquoi les mots peuvent tuer, comment et pourquoi ils peuvent apaiser. Cheminement personnel trop intime et complexe pour être un film, mais lumineux dans ce livre qui éclabousse la nuit où tant d'êtres ont été emportés.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   13 janvier 2012
L'abîme, l'absence, le souvenir, il l'écrit. Une anxiété transpire entre les lignes, sans doute celle du sens de ses questions à venir, d'une narration sans fin.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Lexpress   12 janvier 2012
Cinéaste, Rithy Panh filme Douch. Mais l'écriture lui permet d'aller plus loin. Il interroge, explique sa démarche, nie la possibilité de s'enticher du "silence du bourreau" comme le fit pourtant François Bizot dans son récit de captivité. Il y a là des scènes insoutenables. Mais vraies. L'Elimination est un très grand livre. Un témoignage capital.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (118) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   05 juin 2012
La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il est humain ou non. Il est humain à chaque instant : c'est pourquoi il peut être jugé et condamné. On ne doit s'autoriser à humaniser ni à déshumaniser personne. Mais nul ne peut se tenir à la place de Duch dans la communauté humaine. nul ne peut endosser son parcours biographique, intellectuel et psychique. nul ne peut croire qu'il était un rouage parmi d'autres dans la machine de mort. je reviendrai sur le sentiment contemporain que nous sommes tous des bourreaux en puissance. Ce fatalisme empreint de complaisance travaille la littérature, le cinéma et certains intellectuels. Après tout quoi de plus excitant qu'un grand criminel ? Non, une feuille de papier ne sépare pas chacun de nous d'un crime majeur. pour ma part, je crois aux faits et je regarde le monde. Les victimes sont à leur place. les bourreaux aussi.
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michelekastnermichelekastner   05 juin 2012
Je ne comprenais pas pourquoi personne ne venait à notre aide. pourquoi nous étions abandonnés. C'était insupportable, la souffrance, la faim, la mort partout. et le monde se taisait. nous étions seuls(...).
Quand je suis arrivé en France, je me suis souvenu de cet épisode. Je me suis appliqué et j'ai écrit une longue lettre au secrétaire général de l'ONU. Je lui ai raconté ce que j'avais vécu : je concluais en demandant pourquoi rien de sérieux n'avait été entrepris pour le Cambodge. Pourquoi j'avais été si seul, moi l'orphelin et l'enfant. Pourquoi l'inaction était impardonnable. pourquoi nul ne pouvait vivre avec ma mémoire.
Je n'ai jamais reçu de réponse de sa part. Rien. pas même un simple mot officiel. le jeune garçon blessé que j'étais n'a pas accepté ce silence : l'adulte que je suis, moins encore.
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canelcanel   01 août 2012
Les révoltés de tous les pays évoquent souvent une société sans monnaie. Est-ce l'argent qui les dégoûte ? Ou le désir de consommation qu'il révèle ? (...) J'ai vécu quatre ans dans une société sans monnaie, et je n'ai jamais senti que cette absence adoucissait l'injustice. Et je ne peux oublier que l'idée même de valeur avait disparu. Plus rien ne pouvait être estimé - j'aime ce mot à double sens, car compter n'est pas forcément mépriser ou détruire - à commencer par la vie humaine. (p. 56)
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bookaurebookaure   29 mars 2012
Aujourd'hui encore, mon père est pour moi une boussole: un résistant à sa manière. Parler français dans un village khmer rouge, alors que les grands crimes ont commencé, alors qu'on est soi-même fils de paysan illettré, c'est un acte politique qui signifie: ce langage est à moi. Je l'ai acquis pour être un homme, et pour le transmettre. Alors faites la révolution. Répétez vos slogans à l'infini. Mais cette conscience et ce savoir, vous ne pourrez pas me les retirer. Si vous voulez mon silence, il faudra me tuer.
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canelcanel   03 août 2012
Il m'a toujours semblé que ce régime, affirmant fonder une société égalitaire, ordonnée, profondément juste et libre, déchirant pour cela l'ancienne société, avait entretenu un flou inhumain : chacun peut disparaître à chaque instant, autrement dit : être déplacé ; renommé ; exécuté. Et il ne reste aucune trace. Je crois qu'il y a un nom pour ce régime : la terreur. (p. 186)
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?Exil?, de Rithy Panh, extrait .
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