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ISBN : 2246772818
Éditeur : Grasset (11/01/2012)

Note moyenne : 4.2/5 (sur 147 notes)
Résumé :
"A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines.
Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s'alimenter. Ma mère, qui s'allonge à l'hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmères rouges. J'étais sans famille. J'étais sans nom. J'étais sans visage.<... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (55) Voir plus Ajouter une critique
Malaura
  07 octobre 2013
1975….Sur l'échelle de l'histoire mondiale, cette date n'est pas si reculée dans le temps, elle n'est pas très éloignée de nous et de notre époque. Cette année-là, Emile Ajar remportait le Prix Goncourt pour « La vie devant soi », Mike Brant se suicidait, Pasolini était assassiné et le groupe « Il était une fois » susurrait « J'ai encore rêvé d'elle »…
Où étions-nous alors ? Où étaient nos parents, nos grands-parents, nos familles, tandis que méthodiquement, au Cambodge, des milliers d'hommes, de femmes, d'enfants, de vieillards, mouraient sous le joug de la dictature de Pol Pot?
Le 17 avril 1975, les Khmers rouges prennent possession de Phnom Penh et ce sont 1,7 millions de cambodgiens sur les huit qu'en compte le pays qui vont périr sous la torture, la famine, les contraintes, afin que s'illustre, dans toutes ses contradictions, l'idéal révolutionnaire du Kampuchéa démocratique.
Dans la révolution khmère rouge, le peuple est un grand corps qui doit être rassemblé, uni, homogène. L'individu n'existe plus, il doit se fondre dans la grande masse communautaire. Et afin de « construire » cette société agraire égalitaire, la politique devient machine à broyer. Destructrice, exterminatrice, ravageuse.
De grands mouvements de masse sont organisés, les villes sont désertées, les citadins sont déportés dans les campagnes où ils sont rééduqués. Intellectuels, professeurs, médecins, scientifiques, tous ceux qui se distinguent par l'éducation, la culture, le prestige ou le pouvoir, sont méthodiquement brisés, torturés, tués. Ils représentent « le nouveau peuple », le peuple à abattre. Déportation, extermination, dénonciations, persécutions, sévices : une méthodique entreprise de déshumanisation est mise en oeuvre. le maître mot en est « Elimination ».
Le régime idéologique communautaire du Kampuchéa (nouveau nom du Cambodge) va durer quatre ans. Quatre longues années d'enfer pendant lesquelles Rithy Panh, qui a alors treize ans, va perdre l'un après l'autre tous les membres de sa famille et découvrir les mille visages qu'emprunte le Mal dans sa puissance dévastatrice.
De cette époque subsistera un chagrin sans fin, né d'ineffaçables images, de souvenirs traumatisants, d'une mémoire irréversiblement marquée au fer rouge.
Et c'est ainsi que devenu adulte, Rithy Panh a voulu se faire le témoin de cette période sombre de l'histoire cambodgienne. Il est devenu un cinéaste renommé dont les films ont permis de découvrir une réalité bouleversante, terrifiante, monstrueuse : l'ampleur inouïe d'un génocide longtemps passé sous silence. « Les gens de la rizière », « Bophana », « S21 – La machine de mort khmer rouge »…autant de moyens et longs métrages qui ont révélé au monde les atrocités commises par les Khmers rouges au long de ces quatre ans d'un calvaire alliant terreur et dénuement.
Prolongement direct de l'oeuvre cinématographique, le livre-témoignage « L'élimination » va être aussi pour Rithy Panh l'occasion de mettre des mots sur ses propres douleurs, sur ses propres souvenirs de victime. En se confrontant à la figure du Mal la plus emblématique de cette époque, celle de Duch, « le maître des forges de l'enfer », le responsable du centre de torture et d'exécution S21, Rithy Panh libère également sa propre mémoire, laisse émerger les aspects personnels de son douloureux parcours d'enfant-victime, esquisse son propre profil d'homme détruit par le souvenir, s'illustre dans les doutes et les questionnements de l'historien désireux de comprendre les sombres abîmes de l'être humain.
Son travail de cinéaste et son aspiration d'écrivain vont au-delà de la seule dénonciation ou de la simple perpétuation de la mémoire collective et personnelle. C'est avant tout un travail d'analyse et de réflexion sur le Mal, la volonté d'expliquer ses mécanismes afin de le circonscrire et de rendre son humanité, son intelligence et son histoire à un peuple maltraité, acculé, opprimé par une entité totalitaire effarante. Rithy Panh a ainsi mené de longs entretiens avec les gardiens du centre S21, avec les bourreaux, avec les rares survivants.
C'est dans une prison de l'ONU où il attend son procès en appel que l'exécuteur en chef de S21, celui qui a le sang de milliers d'individus sur les mains et s'est plus tard converti au christianisme, l'incompréhensible et redoutable Duch, accorde une série d'entrevues à Rithy Panh. Ce qu'il nous révèle des conditions de détention et des méthodes d'aveux donnent la chair de poule.
Duch est un doctrinaire. Intellectuel se sentant investi d'une mission, il va jusqu'au bout de son délire, de sa ferveur révolutionnaire, de sa folie. Sous ses directives, la torture est méthodiquement structurée, organisée, voire conceptualisée. Déshumanisation du prisonnier et inhibition du bourreau font partie d'un processus mûrement réfléchi. L'on taira la longue liste des sévices infligés. Infinie est l'imagination des hommes en ce domaine !
En interrogeant Duch sur son implication dans le génocide et sur ses motivations profondes, Rithy Panh, avec une sobriété exemplaire, tente de cerner ce concept effroyable du Mal qui s'est affiché avec tant d'horreur au Cambodge mais aussi en Allemagne, plus récemment au Rwanda ou en ex-Yougoslavie, partout où des hommes ont décidé d'éradiquer d'autres hommes en leur reniant leur part d'humanité, au nom d'une race, d'un idéal politique, d'une vision, d'une folie. A ce titre « L'élimination » est un témoignage aussi bouleversant qu'universel sur les méthodes génocidaires. Pourtant, la personnalité de Duch, son caractère foncièrement énigmatique, complexe, troublant, nous reste hermétique, saturé de zones d'ombre, un « silence des bourreaux » qui engendre un sentiment d'impuissance floue souvent déconcertant.
Les souvenirs personnels de Rithy Panh mêlés aux entretiens avec Duch fournissent cependant un document extrêmement poignant sur la noirceur humaine, sur la quête de vérité et de sens, et sur la nécessité de mettre des mots d'apaisement sur les tragédies.
« L'élimination »…un long voyage au bout de l'enfer.
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canel
  10 août 2012
Rithy Panh avait treize ans en 1975 lorsque la révolution khmère se déchaîna au Cambodge sous le gouvernement de Pol Pot. A l'actif des révolutionnaires : persécution des intellectuels qui durent travailler la terre, famine, déplacements contraints de populations, torture, exécutions, négation de l'individu. En face : des innocents mourant de faim, de blessure, de maladie, des personnes terrorisées mettant fin à leurs jours. On estime le nombre de morts à 1,7 millions, soit près du quart de la population.
Entre souvenirs, fragments d'interrogatoires et véritable essai, Rithy Panh raconte dans ce texte "la cruauté et la folie khmères rouges" et réfléchit de manière plus générale sur les totalitarismes et les révolutions : "(...) je crois à l'universalité du crime khmer rouge, de même que les Khmers rouges ont cru à l'universalité de leur utopie." (p. 319). Cinéaste et auteur de documentaires sur cet épisode noir de son pays, il revient pour ce récit auprès de Duch (un des rouages du génocide). Il le filme et le questionne, patiemment, calmement, pour savoir et tenter de comprendre. L'ancien bourreau se réfugie dans le déni, dans le rire : il n'a rien vu, rien entendu, il n'a pas torturé… mais il se contredit aussi, parfois.

Le douloureux travail de Rithy Panh force le respect : en tant que rescapé, il ne semble jamais mu ni par la haine, ni par l'esprit de vengeance, mais il a besoin d'entendre la vérité, des aveux - à défaut de repentir - de la part d'un de ses tortionnaires. Admirable, il ne se départit jamais de son calme, même face au bourreau ricanant.

L'élimination est un témoignage-documentaire intense et bouleversant sur quatre années mal connues et/ou mal interprétées par l'Occident pendant et après. Tout au long de l'ouvrage, j'ai ressenti le besoin d'en savoir plus, non pour légitimer la parole de l'auteur mais pour comprendre notamment le contexte international, la longue inertie des autres nations, l'impuissance de l'ONU... Et bien sûr, j'ai également très envie de voir les films de Rithy Panh.
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ATOS
  08 octobre 2013
« Essayez de regarder. Essayer pour voir. » Charlotte DELBO
(«  Aucun de nous ne reviendra », extrait).
Rithy Panh est là. L'enfer lui a traversé les chairs.
Est ce qu'on « en revient », un jour, de l'enfer?
«  Ainsi la violence demeure. le mal qu'on m'a fait est en moi. »
Il est là , présent Rithy, l'enfant, et interroge Duch.
Kaing Guek Eav, Duch le tortionnaire en chef du S21.
Cambodge 1975-1979. 1,7 millions de morts. Phnom Penh, S21.
«  A S21, nul n'échappe à la torture, Nul n'échappe à la mort ».
L'enfant ne cesse jamais de rêver, il rêvait qu'un appareil photo tombe du ciel.
L'appareil photo n'est jamais venu.
Noël n'existe pas en enfer.
Alors pour, vivre encore, il doit «  tenir ses poings dans ses poches », et il choisit les images et les mots.
Puisqu'on n'a rien dit, puisqu'on a rien vu, il nous montre, puisque «  ce qui blesse est sans nom », il prononce.
Le conflit vietnamien – cambodgien est une gorgone.
Chine, USA, France, ONU, colonie, communisme, américanisme...
Bourbier «  sans nom » . «Ce qui blesse est sans nom »...
Certains répondent «  Pol Pot » par « agent orange », certains répondent «  raisons » par « famine », certains répondent « légitime défense » par «  torture », corruption par discipline, doctrine par dialectique, etc etc etc .
On répond beaucoup, nombreux, très vite, par anticipation quand on ne veut pas entendre les questions....
La guerre chez soi est toujours plus propre que chez les autres.
On a toujours de bonnes raisons, mon voisin a toujours de mauvaises intentions.
Et qu'avaient ils, eux, les 1,7 millions de morts  du Cambodge ?
Qu'avaient ils, ces enfants du Rwanda, du Chili, d'Arménie, de Tchétchènie , d' Ukraine, du Tibet, de Syrie, de Varsovie, du Vel d'Hiv, de Palestine, du Vietnam, du Japon, du Cambodge. et tous leurs frères et soeurs.. ?

Tenter de justifier ce que rien ne pourra jamais justifier est un crime.
Le combat peut être un devoir, la résistance une nécessité, l'éducation une priorité,
La destruction est un crime.
Quelque soit la main, quelque soit la couleur du drapeau, quelque soit le livre, quelque soit la colère. L'élimination est un crime.
Un de nos présidents occidentaux et non des moindre puisqu' il s'agit du nôtre, a, lors d'une conférence de presse déclaré : «  l'ennemi sera détruit ».
Vaincu ! Monsieur le Président, vaincu !, pas détruit.
Détruire est un mot de bourreau, vaincre est un mot de combattant.
Il faut faire attention au mot. Ils sont importants.
Extrêmement important, ils sont le plus souvent la première arme de tous les extrémistes.
Une démocratie peut combattre, une dictature détruit toujours.
Monsieur le président, n'oubliez jamais que lorsque vous parlez, un peuple vous écoute.
Vous avez une responsabilité, n'en faites jamais un métier ni une fonction.
Rithy Panh veut savoir, veut comprendre l'injustifiable. Il veut nommer, montrer, ne pas oublier, expliquer.
Il interroge Duch.
Duch rie.
Duch est un homme.
Duch ne veut pas être un homme.
Il veut être une machine, une pièce de la grande machine.
La grande machine qui détruit ce qui n'est pas humain, ce qu'elle appelle l'ennemi.
L'ennemi... ?
L'ennemi n'a pas de nom, n'a pas de visage, il est partout, il est « tout le monde », alors pour mieux le détruire, la grande machine, l'organisation va effacer, tout effacer, détruire.
L'organisation, l'Angkar, va changer les mots. On invente un nouveau langage pour remodeler le nouveau peuple.
Duch est un technicien de la révolution.
Les recettes sont partout les mêmes. Un chef, un pays, un peuple.
L'homme perd son travail, son adresse, son nom, sa famille, ses enfants, ses vêtements.
Tous égaux : la peur, la faim, la maladie, la coupe de cheveux, la pauvreté, la misère, la terreur. le mécanisme de la machine infernale ne peux supporter que des rouages égaux.
On lamine, on détruit, on coupe, on extermine, on taille, on éradique, on tranche, on élimine.
L'être n'existe plus, il appartient.
«  Ne touchez personne. Jamais. Et si vous n'avez pas le choix, ne touchez jamais avec la main, mais avec le canon du fusil ».
On compte, on recompte, on décompte, on inscrit, on reporte, on rapporte, on fiche, on éventre, on répertorie, on démembre, on dénombre, on affame.
Le crime a toujours ses outils.
Toutes les pièces se valent, c'est à dire qu'elles ne valent rien.
«  A te garder, on ne garde rien. A t'éliminer, on ne perd rien. » .
La technique fait son travail.
«  kamtech »....réduire en poussière
Rien ne doit rester de l'humain.
Rithy ne l'accepte pas, ne l'acceptera jamais.
«  J'étais sans nom. J'étais sans visage. Ainsi j'étais vivant, car je n'étais plus rien ».
«  Ce que je cherche c'est la compréhension de la nature de ce crime et non le culte de la mémoire. Pour conjurer la répétition. »
Voilà ce que Rithy essaie d'obtenir en interrogeant Duch.
«  Je n'ai jamais envisagé un film comme une réponse, ou comme une démonstration. Je le conçois comme un questionnement. »
Puisqu' « une langue totalitaire est une réponse à l'absence de question » , Rithy lève les poings d'interrogation par ses mots et par son oeil.
Duch répond,
Duch rie.
Il est stoïque.
Il lit la bible.
Duch pense.
Duch se souvient.
Duch dit.
Duch lit.
Duch écoute.
Duch lit de la poésie
Duch est humain.
Il n'est pas tous les humains.
«  le monde est un enfer pour l'homme qui ne croit pas au diable » Jacques Lacan.
Le livre, « L'élimination »   pose la question . le film « l'image manquante » montre son origine.
Un diptyque nécessaire pour opérer le remontage de ce temps subi et enrayer toutes les mécaniques infernales.
Astrid Shriqui Garain
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IreneAdler
  23 septembre 2013
Niveau crime de masse, il est beaucoup question, à raison, de l'Allemagne nazie et du Rwanda. le Cambodge, Kampouchéa démocratique à l'époque, est souvent oublié.
Et pourtant... Presque 2 millions de morts en 4 ans (1975-1979) pour une population légèrement inférieure à 8 millions, bon score non ? En vrac : tortures et exécutions, évacuation des villes, travail forcé, famine... Personne n'est à l'abri.
Rithy Panh, 13 ans en 1975, évacué de Phnom Penh avec sa famille, survivra avec sa soeur aînée. 4de ses frères, étudiants à l'étranger y sont restés et ont également survécu. Tout le reste de la famille est mort, souvent à cause de la famine ; parfois exécuté ou de manque de soins.
Ici, il nous raconte plusieurs choses en simultané. Sa rencontre avec Duch, responsable du tristement célèbre centre de torture S21, en procès pour crime de masse. Mais cela réveille ses souvenirs de jeunesse : travail, blessures, morts, famine... Et les effets qu'elles ont sur l'homme adulte et la révolte devant un procès mal mené semble-t-il.
Eh bien, c'est horrible et nécessaire. Et encore, ce ne sont pas des descriptions détaillées de tortures (encore que certaines sont évoquées, Duch oblige)... Bien que voir sa famille mourir, frôler la mort à plusieurs reprises et voir les charniers que sont devenus les hôpitaux sont des formes de tortures également. Mais jamais une plainte ; toujours de la dignité et du courage pour survivre un jour de plus. Sans abdiquer son humanité. Survivre pour un jour avoir l'opportunité de comprendre.
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brigittelascombe
  30 avril 2012
"Je ne cherche pas la vérité mais la parole" affirme le cinéaste cambodgien Rithy Panh dans L'élimination: récit autobiographique (rédigé avec l'aide de l'écrivain Christophe Bataille) sur son vécu à l'âge de treize ans lors de la prise de pouvoir de Phnom Penh en 1975 par les Khmers Rouges, sur les 4 ans de dictature imposée par Pol Pot et les Révolutionnaires (qui "fit 1,7 millions de morts") et sur ses rencontres (lors de son proces) avec Duch "le chef de la police du régime" qui fut "responsable du centre de torture et d'exécution S 21".
Bien que très dur à lire, j'ai préféré ce témoignage plus réaliste que celui de Tian (dans sa BD L'année du lièvre Tomme 1de Au revoir Phnom Penh pourtant percutante) qui n'était qu'un nourrisson au moment des faits et trouve un récit autobiographique plus crédible que par exemple un roman d'anticipation comme Les années fastes de Chan Koonchung cinéaste et écrivain (paru dernièrement dénonçant les dérives chinoises).
"A S21, nul n'échappe à la torture, nul n'échappe à la mort".
"Sans peur et sans haine" Rithy Panh essaye de comprendre la cruauté et la folie des bourreaux.
Il dresse un portrait psychologique presqu' humain (car complètement inconscient de l'horreur de ses actes) de l'antipathique Duch: rigide, arrogant, rusé, menteur, décontracté, manipulateur, qui avoue s'être pissé dessus (comme un petit garçon) alors qu'il avait une envie pressante face à son supérieur intransigeant. Il essaye de comprendre le mal, inéluctable, mais le dénonce et se délivre par la même occasion de ses propres ressentiments.
Il ne pardonne pas mais analyse chaque "détail" pour que le génocide ne devienne pas un "détail" dans l'Histoire de son peuple.
Il relate sans tomber dans le pathos la famine des Cambodgiens,les droits de l'homme bafoués, la "chasse aux traîtres et aux ennemis", le passage de l'inquiétude à la terreur, le déplacement de la population,sa famille bourgeoise de neuf enfants (dont le père intellectuel était "chef de cabinet" ministériel) envoyée en camp de rééducation, "l'extermination de la classe bourgeoise" devenue "nouveau peuple", la faim,la soif, la survie...
"Je crois en l'image" car malgré la dictature on peut filmer une image juste, confie-t-il. Il en a tiré un film contre ce S 21, ce centre de torture abject et immonde à dénoncer, il publie ce témoignage pour dire plus jamais ça!
"Je voudrais que ce livre nous rende la noblesse et la dignité" dit-il.
On ne peut qu'admirer le courage de ceux qui traités d'une façon plus vile que du bétail, n'avaient plus rien, étaient considérés comme rien, étaient interdits de penser et ont su pourtant survivre et conserver leur identité tout au fond d'eux.
Bravo. L'élimination, faite par les Khmers rouges, qui dit que "l'homme n'a droit a rien" doit être dénoncée car l'homme a des droits à préserver pour conserver son statut d'homme et sa liberté!
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critiques presse (5)
NonFiction   12 mars 2012
Avec L’élimination, […] Rithy Panh fait un pas de plus sur le chemin de la connaissance. Il s’impose surtout comme conscience universelle.
Lire la critique sur le site : NonFiction
Telerama   01 février 2012
L'Elimination trouve immédiatement place parmi les ouvrages essentiels qui témoignent des immenses tragédies du XXe siècle. Aux côtés notamment de Si c'est un homme, de Primo Levi, de L'Espèce humaine, de Robert Antelme, ou de La Nuit, d'Elie Wiesel.
Lire la critique sur le site : Telerama
Bibliobs   16 janvier 2012
Entre mille autres choses, «l'Elimination» dit comment et pourquoi les mots peuvent tuer, comment et pourquoi ils peuvent apaiser. Cheminement personnel trop intime et complexe pour être un film, mais lumineux dans ce livre qui éclabousse la nuit où tant d'êtres ont été emportés.
Lire la critique sur le site : Bibliobs
LeMonde   13 janvier 2012
L'abîme, l'absence, le souvenir, il l'écrit. Une anxiété transpire entre les lignes, sans doute celle du sens de ses questions à venir, d'une narration sans fin.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Lexpress   12 janvier 2012
Cinéaste, Rithy Panh filme Douch. Mais l'écriture lui permet d'aller plus loin. Il interroge, explique sa démarche, nie la possibilité de s'enticher du "silence du bourreau" comme le fit pourtant François Bizot dans son récit de captivité. Il y a là des scènes insoutenables. Mais vraies. L'Elimination est un très grand livre. Un témoignage capital.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (96) Voir plus Ajouter une citation
michelekastnermichelekastner   05 juin 2012
La question aujourd'hui n'est pas de savoir s'il est humain ou non. Il est humain à chaque instant : c'est pourquoi il peut être jugé et condamné. On ne doit s'autoriser à humaniser ni à déshumaniser personne. Mais nul ne peut se tenir à la place de Duch dans la communauté humaine. nul ne peut endosser son parcours biographique, intellectuel et psychique. nul ne peut croire qu'il était un rouage parmi d'autres dans la machine de mort. je reviendrai sur le sentiment contemporain que nous sommes tous des bourreaux en puissance. Ce fatalisme empreint de complaisance travaille la littérature, le cinéma et certains intellectuels. Après tout quoi de plus excitant qu'un grand criminel ? Non, une feuille de papier ne sépare pas chacun de nous d'un crime majeur. pour ma part, je crois aux faits et je regarde le monde. Les victimes sont à leur place. les bourreaux aussi.
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michelekastnermichelekastner   05 juin 2012
Je ne comprenais pas pourquoi personne ne venait à notre aide. pourquoi nous étions abandonnés. C'était insupportable, la souffrance, la faim, la mort partout. et le monde se taisait. nous étions seuls(...).
Quand je suis arrivé en France, je me suis souvenu de cet épisode. Je me suis appliqué et j'ai écrit une longue lettre au secrétaire général de l'ONU. Je lui ai raconté ce que j'avais vécu : je concluais en demandant pourquoi rien de sérieux n'avait été entrepris pour le Cambodge. Pourquoi j'avais été si seul, moi l'orphelin et l'enfant. Pourquoi l'inaction était impardonnable. pourquoi nul ne pouvait vivre avec ma mémoire.
Je n'ai jamais reçu de réponse de sa part. Rien. pas même un simple mot officiel. le jeune garçon blessé que j'étais n'a pas accepté ce silence : l'adulte que je suis, moins encore.
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canelcanel   01 août 2012
Les révoltés de tous les pays évoquent souvent une société sans monnaie. Est-ce l'argent qui les dégoûte ? Ou le désir de consommation qu'il révèle ? (...) J'ai vécu quatre ans dans une société sans monnaie, et je n'ai jamais senti que cette absence adoucissait l'injustice. Et je ne peux oublier que l'idée même de valeur avait disparu. Plus rien ne pouvait être estimé - j'aime ce mot à double sens, car compter n'est pas forcément mépriser ou détruire - à commencer par la vie humaine. (p. 56)
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bookaurebookaure   29 mars 2012
Aujourd'hui encore, mon père est pour moi une boussole: un résistant à sa manière. Parler français dans un village khmer rouge, alors que les grands crimes ont commencé, alors qu'on est soi-même fils de paysan illettré, c'est un acte politique qui signifie: ce langage est à moi. Je l'ai acquis pour être un homme, et pour le transmettre. Alors faites la révolution. Répétez vos slogans à l'infini. Mais cette conscience et ce savoir, vous ne pourrez pas me les retirer. Si vous voulez mon silence, il faudra me tuer.
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canelcanel   03 août 2012
Il m'a toujours semblé que ce régime, affirmant fonder une société égalitaire, ordonnée, profondément juste et libre, déchirant pour cela l'ancienne société, avait entretenu un flou inhumain : chacun peut disparaître à chaque instant, autrement dit : être déplacé ; renommé ; exécuté. Et il ne reste aucune trace. Je crois qu'il y a un nom pour ce régime : la terreur. (p. 186)
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Videos de Rithy Panh (18) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Rithy Panh
?Exil?, de Rithy Panh, extrait .
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