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EAN : 9782355260070
189 pages
Éditeur : Nouvelles Editions Lignes (05/03/2008)

Note moyenne : 4.54/5 (sur 12 notes)
Résumé :
«Au moment même ou le capital global semble être venu à bout de tous les obstacles extérieurs qui l'entravaient encore, c'est un facteur interne qui vient le menacer : la désaffection grandissante des ressources humaines, sans lesquelles celui-ci n'est rien. C'est le ventre mou du colosse. Contrairement à ce que croyait Marx, il se pourrait finalement que la limite de World Trade Inc. ne soit pas objective, mais subjective, à savoir : la baisse tendancielle du taux ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Apoapo
  06 février 2016
Ayant fait connaissance de l'auteur par l'excellente synthèse de son Manifeste des Chômeurs Heureux que voici :[url] http://cqfd-journal.org/Le-manifeste-des-chomeurs-heureux[/url]
mes attentes modérées et légitimes se limitaient à un pamphlet humoristique, pertinent et provocateur. Jamais je n'aurais pensé être confronté à l'un des ouvrages les plus sérieux et rigoureux de critique économique qui me soit passé entre les mains depuis longtemps. Elargissant en accordéon le concept de motivation tel qu'on le connaît dans le contexte étroit du monde du travail, mais sans en perdre de vue l'origine, cet essai alterne l'analyse du marché-consommation avec celle du (pseudo-)marché du travail, pour faire, des deux, une critique se poussant au-delà même des théories de la décroissance.
Ses postulats sont d'une extrême simplicité, mais la rigueur de l'argumentation les conduit à des conséquences profondément troublantes et à des stratégies de résistance authentiquement subversives :
1. "Aujourd'hui, tant le travail que la consommation exigent sans relâche notre participation active, notre créativité effrénée et les preuves tangibles de notre engagement positif." (p. 159) ;
2. "Il va sans dire que le but de ce que l'on nomme couramment, faute de mieux, le système économique, n'est pas la satisfaction des besoins. Quels besoins d'ailleurs ? le but du jeu est l'accroissement infini du capital : faire avec de l'argent plus d'argent." (p. 76).
3. (Dépassement la théorie de la lutte de classe) "Aujourd'hui en revanche, la classe supérieure mondialisée mène une lutte unilatérale. L'un après l'autre, les systèmes de défense (que ceux-ci soient d'ordre juridique, politique ou coutumier) qui, dans chaque pays, protégeaient encore les populations de l'invasion mercantile sont enlevés de haute main." (p. 164).
Dans ces conditions, la "démesure" aussi bien du marché, de la production, de la consommation que de l'investissement requis du travailleur post-taylorisé, laquelle représente le cheval de bataille des théories de la décroissance, n'est pas perçue comme une dérive pathologique, mais bien comme la conséquence propre du fonctionnement du capitalisme qui fait s'écrouler toutes contraintes à son encontre.
L'ouvrage se développe autour des six chapitres suivants :
1. "Pourquoi fait-on quelque chose plutôt que rien" - développement de la métaphore de l'âne motivé par la carotte et le bâton;
2. "Marchés obligatoires" - sur l'élargissement des marchés et des rapports de force par "dissémination" dans des domaines que traditionnellement ils n'investissaient pas;
3. "L'entreprise veut votre bien (ne le lui donnez pas)" - organisation du travail depuis le taylorisme (qu'admirait tant Lénine...);
4. "La drogue travail" - sur le caractère addictif et le manque de reconnaissance socio-médicale de celui-ci que le travail moderne possède;
5. "Les métamorphoses du fétiche" - critique historique du concept marxien de "marchandise fétiche" et en particulier des illusions déresponsabilisantes sur le pouvoir pervers du marketing;
6. "Annulation de projet" - la "pars construens" de l'ouvrage, sur l'opportunité d'une résistance passive par la démotivation (au sens large).
Comme chez Marx, paraît-il, nous sommes en présence d'un ouvrage massif (Le Capital) et d'un Manifeste plus vulgarisateur...
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lolo71
  19 novembre 2009
Pour faire avancer un âne, deux méthodes : le bâton, c'est-à-dire la sanction ou la menace de sanction, et la carotte, autrement dit la récompense. Tout repose sur le bon dosage de ces deux ingrédients. C'est sur cette métaphore que s'ouvre l'excellent essai de Guillaume Paoli, philosophe et membre du mouvement « Chômeurs heureux ». Les ânes, ce sont nous les salariés que la crainte de la pauvreté et du déclassement, et l'espoir d'une gratification financière et sociale, enchaînent au travail. « Soumis à une âpre concurrence, les propriétaires des ânes ne sont plus décidés à gaspiller de coûteuses carottes à l'exercice. Afin de baisser les coûts du travail, ils substituent à celles-ci des images coloriées, ou ils engagent des communicateurs chargés de persuader leurs employés que la perche à laquelle rien n'est accroché est en elle-même un mets succulent. Ou bien que le bâton se transformera en carotte le jour où il aura été suffisamment asséné sur leurs dos. On admire leurs efforts ».
« La motivation est une question centrale de l'époque et elle est appelée à le devenir toujours plus. » du taylorisme, où le travail répétitif était contrôlé par des petits chefs, nous sommes passés à un système où la contrainte a été intériorisée, où toutes nos « ressources » doivent être mobilisées pour répondre aux exigences du marché, en tant que travailleurs et en tant que consommateurs. Pour les managers, rien ne vaut l'implication des employés. Celle-ci peut aller pour certains jusqu'à la dépendance au travail, plus forte à mesure que les tâches sont plus créatrices, innovantes et à responsabilités, et source de grandes souffrances (en témoignent de nombreux suicides ou dépressions). le système capitaliste se nourrit de cette addiction qui se vit également sous la forme du manque, dans le cas des chômeurs et des stagiaires par exemple. le travail moderne tue la joie de vivre.
Guillaume Paoli fait dans cet essai limpide et passionnant quelques observations que le discours dominant tend à éclipser. Ainsi rappelle-t-il par exemple que le « marché » est avant tout une idéologie, un modèle d'interprétation, et non cette réalité transcendante, « naturelle », contre laquelle - veut-on nous faire croire - il serait vain de lutter. Son expansion suppose l'affaiblissement de l'état politique. C'est ce à quoi s'emploie une élite mondialisée qui fait sauter les dernières barrières nationales qui protégent du marché, imposant plus que jamais sa logique à tous les aspects de notre vie, dans le travail ou en-dehors, et façonnant les rapports sociaux.
C'est volontairement que l'auteur se borne à une critique négative du système, ne proposant rien en échange : « On en a assez vu, de ces utopies qui ne dénigraient la carotte en vigueur que pour y substituer une carotte plus tyrannique encore. » Il remarque que la critique de la société de consommation a souvent tendance à fourbir les armes de ce qu'elle prétend combattre. D'autre part, il n'existe plus d'un côté le travailleur aliéné, de l'autre le capitaliste exploiteur, mille liens les rattachent désormais l'un à l'autre, chacun est à la fois bourreau et victime. S'appuyant sur le « Discours de la servitude volontaire » de la Boétie, il constate que le système capitaliste ne perpétue sa domination que parce que nous le laissons faire. Certes, nous n'avons pas le choix de vivre en-dehors, et la lutte est par trop inégale. Alors le meilleur moyen de le combattre est-il peut-être de ralentir, voire de ne rien faire, d'opposer au mouvement perpétuel requis par le capitalisme, à l'immolation de nos énergies vitales imposées par les marchés, une inertie salutaire, une grève du zèle, de « constituer pour ainsi dire des unités de partisans du moindre effort ». « L'abstention, la suspension d'activité, le non-engagement sont aussi des moyens d'agir ». En somme, pratiquons la démotivation. Chiche ?

Lien : http://plaisirsacultiver.unb..
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Tom_Otium
  24 août 2019
Guillaume Paoli s'inscrit dans toute une tradition de critique du travail. Sa proposition ressemble à celle faite par Corinne Maier dans Bonjour paresse, une sorte de sabotage mou, une grève du zèle, un passivisme. Les plus zélés seront les plus lésés, après la phase maniaque, la phase dépressive, après la fascination, la déception. C'est sans doute ce 2e temps que nous sommes en train de vivre. Parfois avec grèves, manifestation et ressentiment, mais souvent avec joie de vivre et légèreté. En effet, le système capitaliste libéral n'est pas si puissant comme l'auteur le dit lui-même, il n'est pas non plus si pervers que cela. Il est simplement constitué d'une diversité de personnes : certaines entreprenantes, activistes voire hyperactifs et d'autres plus tire-au-flanc, poètes, artistes. Evidemement ma sympathie va plutôt à la 2e catégorie mais il faut de tout pour faire un monde et je vois mal comment on pourrait sortir de cette relation dominant-dominé inhérente au vivant.
Avec Paoli, on passe donc de la critique du système, à la critique du travail puis à la critique d'une partie obscure de la nature humaine : Mais qu'est-ce qui pousse tant les gens à courir ? Et après quoi courent-ils ? "Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre." écrivait Blaise Pascal. Certes ça fait du bien de ralentir et de réfléchir mais ce monde moderne a tellement de choses à offrir (loisirs, culture, voyages), je comprend qu'on soit comme des enfants dans une boutique de bonbons. Me voilà donc défenseur du système. Un système qui laisse énormément de liberté au gens : travailler plus ou moins, consommer plus ou moins, besoins de base ou luxe, développement intérieur ou signes extérieurs de richesse, accepter la servitude volontaire ou tenter d'être plus libre... On utilise le système autant que le système nous utilise. Point besoin de désengagement, cette société est un self-service, servons-nous.
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Lybertaire
  24 octobre 2012

Né dans une ambiance de constante culpabilisation des chômeurs et des assistés, qui creusent le « trou de la Sécu », et relayée par la classe politique et les petits-bourgeois de droite, ce petit traité sur la démotivation détonne.
Qu'est-ce que la motivation ? Comment et pourquoi la motivation est-elle sollicitée sur le marché du travail ? le marché-tout-puissant et la concurrence permettent aux entrepreneurs et aux États de légitimer la pression faite aux salariés. Dans un esprit de collaboration, on leur demande d'être performants, flexibles, mobiles, rapides, de vendre leur personnalité dûment conforme à l'entreprise dont ils épousent les valeurs et les exigences sans contrepartie. Au final, le salaire, selon Guillaume Paoli, n'est pas la rétribution du travail mais celle de l'obéissance : les salariés doivent se soumettre.
La motivation au travail est alors indispensable pour soumettre volontairement les salariés à l'entreprise : à cela rien de nouveau, il suffit de se replonger dans le Discours de la servitude volontaire de la Boétie. Grâce aux « consultants d'entreprise » et à leurs méthodes de positivisme, le salarié est gratifié par de douces paroles et une surcharge de travail supplémentaire (dont il sera capable de s'acquitter), mais il attendra vainement la récompense par l'argent, car on sait bien que l'âne repu de sa carotte cesse d'avancer.
Et la motivation, si elle se transforme en addiction, c'est mieux ! Quel énorme tour de force que de faire de l'addiction au travail une norme professionnelle, cautionnée par les entreprises et les instituts de santé publique, lesquels taisent les dangers liés au travail – car on ne peut remettre en cause le marché tout entier qui « dicte ses lois ». L'addiction au travail, ça rapporte aussi : les Français sont les premiers consommateurs au monde d'antidépresseurs et d'anxiolytiques.
Qu'est-ce que la motivation à la consommation ? La grande bouche du capitalisme se nourrit à l'infini des désirs humains : pour une croissance éternelle, il lui faut innover sans cesse dans des produits, et de plus en plus rapidement.
Mais cette « destruction créatrice » dont parlait Schumpeter a besoin d'un public aux désirs toujours réactivés : l'obsolescence programmée et la publicité sont censées maintenir la motivation à l'achat nécessaire pour écouler les produits.
Or, de quoi est fait le désir lié à la possession d'un objet ? Quelle est la valeur immatérielle propre à chaque objet, et dont les publicitaires traquent l'existence pour mieux nous appâter ? À force de nous pousser à vouloir des produits remplacés la semaine suivante, les désirs sont saturés. Est-il possible qu'à force de solliciter nos désirs, nous voulions juste ne plus vouloir ?
Lisez la suite de la critique sur mon blog :
http://www.bibliolingus.fr/eloge-de-la-demotivation-guillaume-paoli-a80136696
Lien : http://www.bibliolingus.fr/e..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
stekasteka   22 décembre 2015
Faut-il préciser, il n'est pas question ici de faire l'apologie cynique d'un état social dans lequel végéterait une multitude apathique et veule. Le manque d'appétence pour la vie, l'asphyxie des passions ne sont que le revers de la mobilisation totale exigée par World Trade Inc. et ils sont provoqués par elle. On ne soigne pas la boulimie par l'anorexie ! Non, l'objectif d'un entraînement à la démotivation dont ce petit traité ne propose que quelques modestes préliminaires serait bien plutôt de se déprendre des dispositifs destinés à mener au marché les ânes que nous sommes tous, d'en démonter méthodiquement les mécanismes qui font que, malgré tout, ça marche.
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LybertaireLybertaire   24 octobre 2012
Au Moyen âge, entre les fêtes religieuses, celles de son quartier, de sa corporation et les foires, un artisan parisien bénéficiait d’au minimum 150 jours fériés par an. La journée de travail d’un paysan n’était pas mesurable parce que constamment interrompue, et à la fin de chaque été, la fête de la mousson venait célébrer la fin annuelle du labeur. Si un Méphisto était venu proposer aux gueux de l’époque le marché suivant : je vous offre le chauffage central, la machine à laver et la sécurité sociale, mais c’est à condition que vous doubliez votre temps de travail et renonciez aux réjouissances communautaires, il est peu probable qu’ils l’eussent accepté.
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stekasteka   30 décembre 2015
Une enquête menée récemment par l'institut Gallup auprès de salariés allemands le livre : 18% déclarent n'avoir aucun lien émotionnel à leur emploi; 70% avouent se borner au strict minimum; 88% estiment n'avoir aucune obligation vis-a-vis de leur employeur; 46% disent avoir déjà démissionné intérieurement. (...)
On peut contraindre les gens à travailler, mais pas à bien travailler.
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Tom_OtiumTom_Otium   24 août 2019
La motivation, nous explique la littérature spécialisée, est une « source d’énergie que chaque individu porte en lui. Personne ne travaille seulement pour se nourrir. On attend plus de sa vie professionnelle, par exemple la possibilité de créer une œuvre personnelle, ou d’avoir du pouvoir et de l’influence. » On remarquera déjà que les motifs intrinsèques sont ici soigneusement présélectionnés. Ainsi le motif de la solidarité ou celui de la quiétude, que presque chaque individu porte également en lui (du moins peut-on le présumer), n’entrent-ils pas en ligne de compte. Ce ne sont pas des sources génératrices de profit.
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Tom_OtiumTom_Otium   24 août 2019
le marketing a découvert dans l’hypomaniaque (on disait naguère : le maniaco-dépressif) le client rêvé : dans sa phase maniaque, celui-ci s’enflammera pour un produit nouveau, lui inventant même d’autres usages, mais pour une durée très courte, après laquelle il se jettera sur le produit suivant. Mieux encore, il éprouvera le besoin irrésistible de communiquer son enthousiasme autour de lui, se faisant ainsi « leader d’opinion ». C’est à son identification narcissique que s’adresse par exemple le slogan de L’Oréal : « Parce que je le vaux bien. » Viendra ensuite la phase dépressive, et alors, incapable de se décider, il cherchera refuge dans les marques dont il a l’habitude et qui lui procureront un sentiment de sécurité. Ce comportement hybride de l’hypomaniaque répond parfaitement au double impératif contradictoire du commerce : accroche aux nouveautés et fidélisation. Que World Trade Inc. soit lui-même un système de caractère foncièrement hypomaniaque, on s’en convaincra en jetant un coup d’œil sur la bourse où les « dépressions » subites succèdent aux enthousiasmes spéculatifs démesurés selon un rythme aléatoire caractéristique de la manie collective. Il est donc logique que le segment maniacodépressif de la population réponde au mieux à ses attentes.
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