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Philippe Guilhon (Traducteur)
EAN : 9782081226623
Flammarion (20/04/2009)
3.93/5   65 notes
Résumé :
Les textes ici rassemblés témoignent, par leur violence polémique d'une démarche provocatrice. Mais chez Pasolini la volonté de ne rien dissimuler dans sa recherche de la vérité est sa seule provocation. L'auteur de Théorème examine tour à tour le problème de l'avortement, le fascisme, l'antifascisme et surtout la société de consommation de masse qui conduit à la déshumanisation de la société et à la destruction de l'identité italienne.
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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Unhomosapiens
  05 juin 2018
Je viens de terminer la lecture de ce livre. L'impression générale que j'en retire est que tout cela est terriblement italien et ancré dans la réalité des années 70. J'avoue avoir parcouru des passages entiers en diagonale, à la recherche d'un passage sur lequel m'accrocher. Et j'y suis arrivé parfois. Tout ce qui concerne la consommation reste exact, et même amplifié. Mais déjà, sa dénonciation du pouvoir télévisuel perd de sa force à notre époque où les réseaux sociaux semblent prendre l'avantage. D'ailleurs, qu'aurait-il pensé d'Internet ?
Pour autant, tout le reste me semble propre à la culture italienne héritée de l'après-guerre. Les vieux combats entre l'Église, la démocratie chrétienne et le parti communiste sont à remiser au grenier.
Ce qui n'a peut-être pas changé en revanche, et l'actualité nous le montre, c'est cette capacité qu'a la politique italienne, que lui permet les institutions et la constitution, de pouvoir s'adapter, pour le meilleur ou le pire, à force d' »arrangements ». le pays fonctionne comme cela !
Les révoltes et dénonciations de Pasolini paraissent aujourd'hui bien fades, et j'en suis bien déçu, mais ce recueil de textes nous le prouve. Hormis, encore une fois, et là, il fut visionnaire, sa dénonciation du fascisme de la société de consommation qui nivelle la société par le bas. Même si quelques voix éparses se lancent dans la décroissance ou le recyclage écologique.
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lerital31
  05 septembre 2013
Pasolini développe ici sa pensée concernant la société de consommation qu'il considère comme l'idéologie totalitaire par excellence. Il aborde le fascisme et l'anti-fascisme modernes démontrant que ces luttes, qui opposent des personnes appartenant au même monde, créent des oppositions stériles dont la seule fonction est de neutraliser notre pensée critique. Les intellectuels modernes ne sont pas épargnés... Il développe également une analyse de l'évolution de l'Eglise en tant que structure de pouvoir, de la religion catholique en tant qu'idéologie du peuple, de l'histoire de l'Italie pendant les années de plomb, et des critiques, certes provocatrices mais construites, concernant l'avortement, le divorce, l'homosexualité. Cocktail explosif! J'ai apprécié cet essai, bien que je n'adhère pas à tout son contenu, Pasolini est un intellectuel qui me semble "libre" de tout dogme et bien au dessus des clivages bien définis de notre époque.
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Duluoz
  02 septembre 2015
Visionnaire !
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sergerivron
  14 août 2019
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
AlbuciusAlbucius   29 juin 2015
Une bonne partie de l'antifascisme d'aujourd'hui, ou du moins ce qu'on appelle antifascisme, est soit naïf et stupide soit prétextuel et de mauvaise foi. En effet elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique qui ne peut plus faire peur à personne. C'est en sorte un antifascisme de tout confort et de tout repos. Je suis profondément convaincu que le vrai fascisme est ce que les sociologues ont trop gentiment nommé la société de consommation, définition qui paraît inoffensive et purement indicative. Il n’en est rien. Si l’on observe bien la réalité, et surtout si l’on sait lire dans les objets, le paysage, l’urbanisme et surtout les hommes, on voit que les résultats de cette insouciante société de consommation sont eux-mêmes les résultats d’une dictature, d’un fascisme pur et simple.
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hupomnematahupomnemata   20 octobre 2013
Nous n'avons rien fait pour qu'il n'y ait pas de fascistes. Nous les avons seulement condamnés, en flattant notre conscience avec notre indignation; plus forte et impertinente était notre indignation, plus tranquille notre conscience.
En vérité, nous avons eu une attitude fasciste envers les fascistes (je parle surtout des jeunes) : nous avons hâtivement et impitoyablement voulu croire qu'ils étaient prédestinés à être fascistes par leur race et que, face à cette détermination de leur destin, il n'y avait rien à faire. Et ne nous le dissimulons pas : nous savions tous, dans notre vraie conscience, que quand l'un de ces jeunes décidait d'être fasciste, c'était purement fortuit, ce n'était qu'un geste sans motifs et irrationnel ; un seul mot aurait peut-être suffi pour qu'il en allât différemment. Mais jamais aucun d'entre nous n'a parlé avec eux, ou ne leur a parlé. Nous les avons tout de suite acceptés comme d'inévitables représentants du Mal, tandis qu'ils n'étaient sans doute que des adolescents et adolescentes de dix-huit ans qui ne connaissaient rien à rien, et qui se sont jetés la tête la première dans cette horrible aventure par simple désespoir.
Mais nous ne pouvions pas les distinguer des autres (je ne dis pas des autres extrémistes, mais de tous les autres). Voilà notre épouvantable justification.
Le staretz Zossime (littérature pour littérature!) a tout de suite su distinguer, parmi ceux qui s'étaient rassemblés dans sa cellule, Dimitri Karamazov, le parricide. Alors il s'est levé de sa chaise et est allé se prosterner devant lui; il a agi ainsi (comme il devait par la suite l'expliquer au plus jeune des Karamazov) parce que Dimitri était destiné à faire la chose la plus horrible et à éprouver la douleur la plus inhumaine qui soit.
Pensez (si vous en avez la force) au garçon ou aux garçons qui sont allés déposer les bombes sur la place de Brescia. Ne fallait-il pas se lever et se prosterner devant eux?
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hupomnematahupomnemata   19 octobre 2013
Aucun centralisme fasciste n'est parvenu à faire ce qu'a fait le centralisme de la société de consommation. Le fascisme proposait un modèle, réactionnaire et monumental, mais qui restait lettre morte. Les différentes cultures particulières (paysannes, sous-prolétariennes, ouvrières) continuaient imperturbablement à s'identifier à leurs modèles, car la répression se limitait à obtenir leur adhésion en paroles. De nos jours, au contraire, l'adhésion aux modèles imposés par le centre est totale et inconditionnée. On renie les véritables modèles culturels. L'adjuration est accomplie. On peut donc affirmer que la "tolérance" de l'idéologie hédoniste voulue par le nouveau pouvoir est la pire des répressions de toute l'histoire humaine. Mais comment une telle répression a-t-elle pu s'exercer? A travers deux révolutions, qui ont pris place à l'intérieur de l'organisation bourgeoise : la révolution des infrastructure, et la révolution du système d'information. Les routes, la motorisation, ect., ont désormais uni les banlieues au centre, en abolissant toute distance matérielle. Mais la révolution des mass media a été encore plus radical et décisive. Au moyen de la télévision, le centre s'est assimilé tout le pays, qui était historiquement très différencié et très riche en cultures originales. Une grande oeuvre de normalisation parfaitement authentique et réelle est commencée et - comme je le disais - elle a imposé ses modèles : des modèles voulus par la nouvelle classes industrielle, qui ne se contente plus d'un "homme qui consomme" mais qui prétend par surcroît que d'autre idéologies que celle de la consommation sont inadmissibles. C'est un hédonisme néolaïque, aveuglément oublieux de toute valeur humaniste et aveuglément étranger aux sciences humaines.
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hupomnematahupomnemata   19 octobre 2013
Les Italiens ont accepté d'enthousiasme ce nouveau modèle que leur impose la télévision, selon les normes de la production qui crée le bien-être (ou, mieux, qui sauve de la misère). Ils l'ont accepté, ce modèle, oui, mais sont-ils vraiment en mesure de le réaliser?

Non. Ou bien ils le réalisent matériellement seulement en partie et en deviennent la caricature, ou ils ne parviennent à le réaliser que d'une façon si réduite qu'ils en deviennent victimes. Frustration ou carrément désir névrotique sont désormais des états d'âme collectifs. Prenons un exemple : les sous-prolétaires, jusqu'à ces derniers temps, respectaient la culture et n'avaient pas honte de leur propre ignorance ; au contraire, ils étaient fiers de leur modèle populaire d'analphabètes appréhendant pourtant le mystère de la réalité. C'est avec un certain mépris effronté qu'ils regardaient les "fils à papa", les petits-bourgeois, dont ils se différenciaient, même quand ils étaient forcés de les servir. Aujourd'hui, au contraire, ils se mettent à avoir honte de leur ignorance : ils ont abjuré leur modèle culturel (les très jeunes ne s'en souviennent même plus, ils l'ont complètement perdu), et le nouveau modèle qu'ils cherchent à imiter ne prévoit ni l'analphabétisme, ni la grossièreté. Les jeunes sous-prolétaires - humiliés - dissimulent le nom de leur métier sur leurs cartes d'identité et lui substituent le qualificatif d'"étudiant". Bien évidement à partir du moment où ils ont commencé à avoir honte de leur ignorance, ils se sont également mis à mépriser la culture (caractéristique petite-bourgeoise, qu'ils ont immédiatement acquise par mimétisme). Dans le même temps, le jeune petit-bourgeois, dans sa volonté de s'identifier au modèle 'télévisé" - qui, comme c'est sa classe qui l'a créer et voulu, lui est essentiellement naturel - devient étrangement grossier et malheureux. Si les sous-prolétaires se sont embourgeoisés, les bourgeois se sont sous-prolétarisés. La culture qu'ils produisent, comme elle est technologique et rigoureusement pragmatique, empêche le vieil "homme" qui est encore en eux de se développer. De là vient que l'on trouve en eux une certaine déformation des facultés intellectuelles et morales.
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hupomnematahupomnemata   22 octobre 2013
Ce que l'on note avant tout, c'est une idée qui semble immédiatement aberrante à une personne normale : pour écrire quelque chose, il faut que quelqu'un possède une "autorité". Sincèrement, je ne comprend pas comment on peut avoir une telle idée en tête. J'ai toujours pensé, comme n'importe quelle personne normale, que derrière qui écrit doit se trouver la nécessité d'écrire, la liberté, l'authenticité, le risque. Penser qu'il doive y avoir quelque chose d'officiel et de social qui "fixe" l'autorité de quelqu'un est une pensée - précisément aberrante - qui est évidement due à la déformation subie par qui ne sait plus concevoir la vérité en dehors de l'autorité.
Moi, je n'ai derrière moi aucune autorité, sinon celle qui me vient paradoxalement de n'en pas avoir et de ne pas en avoir voulu, et du fait que je me suis mis en situation de n'avoir rien à perdre, et donc de n'être fidèle à aucun pacte qui ne soit celui qui me lie à un lecteur que, du reste, je juge digne de la recherche la plus scandaleuse.
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Videos de Pier Paolo Pasolini (11) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pier Paolo Pasolini
Pier Paolo Pasolini (1922-1975), la rage, l'œil et la plume (Toute une vie / France Culture). Diffusion sur France Culture le 5 mars 2022. Un documentaire d'Anaïs Kien, réalisé par Angélique Tibau. Prise de son : Gilles Gallinaro. Archives Ina : Delphine André. Avec la collaboration d'Annelise Signoret de la Bibliothèque de Radio France. Photographie : Rome (10-01-1962) : Pasolini sur le tournage de "La Ricotta" • Crédits : Bettmann - Getty. Célébré pour la singularité de son œuvre cinématographique, Pier Paolo Pasolini était aussi un polygraphe qui intervenait sans relâche par le texte et l'image pour rendre visible la violence de son monde contemporain. Le 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est retrouvé battu à mort sur une plage d’Ostie. Fait divers sulfureux et affaire criminelle irrésolue, sa fin le fait connaître en dehors de l’Italie comme jamais. Elle oriente aussi l’imaginaire lié au personnage : poète et cinéaste maudit, quinquagénaire homosexuel en prise avec ses désirs illicites qui ont fini par avoir sa peau. Pourtant Pasolini n’est pas un marginal, loin de là. Intellectuel médiatique, il est lu et réputé pour ses critiques littéraires et cinématographiques avant même de passer derrière la caméra à quarante ans passés. Son assassinat l’enferme dans le cliché d’un homme solitaire, ce qu’il n’est pas non plus. Ses nombreuses amitiés font tout autant partie de sa vie et de son œuvre, des amitiés entretenues, des collaborations nombreuses avec entre autres Fellini, Bertolucci et bien sûr Moravia. Au moment de sa mort, il dénonçait avec la plus grande verve dans la presse les collusions entre la mafia et la démocratie chrétienne, une inimitié avec le pouvoir en place qu’il avait fini par payer cher même après sa mort : le procès de son assassin se transforme en procès de la victime, c’est Pasolini que l’on jugera et mal. Parce que l’affaire est politique dans une cruelle fidélité à son regard sur le monde : Pasolini faisait de la politique et parlait de politique dans tous les arts qu’il a fréquentés et ils étaient nombreux. Une pensée politique originale, parfois indéchiffrable, voire incompréhensible tant lui qui prônait l’émancipation avait réussi à se mettre à dos les féministes et les étudiants révoltés de Mai qui l’attendaient pourtant à leurs côtés. Si son œuvre cinématographique fait date, elle n’est pas d’un abord facile, la violence, les scènes d’humiliation insoutenables de "Salò", son tout dernier film sorti en salles après sa mort mais censuré en Italie, la recherche d’une rédemption des oubliés de l’histoire esquissent le tableau d’une humanité ténébreuse et torturée mais bien vivante, mâtinée d’un christianisme où voisine Marx, Freud et Jésus.
Invités :
Hervé Joubert-Laurencin, professeur en études cinématographiques à l'université de Paris Nanterre, codirecteur du département des arts du spectacle et de l'unité de recherches "HAR", traducteur et spécialiste de l’œuvre de Pier Paolo Pasolini René de Ceccatty, romancier, éditeur et essayiste, traducteur et spécialiste de Pier Paolo Pasolini Mélinda Toën, auteure d’une thèse sur la présence de l’histoire dans l’œuvre de Pier Paolo Pasolini
Source : France Culture
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