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Critiques sur Le petit livre des couleurs (50)
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Erik35
  15 novembre 2017
Ô, LA BELLE BLEUE ! Ô, LA BELLE ROUGE !

Quoi de plus universel, quoi de plus anodin, quoi de plus neutre que les couleurs, penserez-vous peut-être ? Et bien, détrompez-vous, car c'est à peu près tout le contraire : rien de plus lié à son époque, à son ère géographique, aux us et coutumes, aux religions, aux modèles sociaux et, bien entendu, aux sciences, aux modes de fabrication et de reproduction que nos couleurs !

Sous la forme d'un amical entretien d'un peu plus de cent pages passionnantes, le grand historien, médiéviste de renom, spécialiste des... couleurs, mais aussi paléographe et héraldiste de renom Michel Pastoureau se livre, avec la passion, le sens de la formule et une clarté jamais mise en défaut, à un rapide mais enthousiasmant petit survol de l'histoire des principales couleurs qui ont marqué l'humanité à travers les âges, les cultures (les différences de perception, d'usage, d'interprétations symboliques sont encore notable entre l'Asie et l'Occident d'aujourd'hui, pour ne prendre que ce distinguo), les sphères sociales, les utilisations. Évitant toute froide érudition, Michel Pastoureau répond ainsi aux questions choisies avec intelligence et curiosité par le journaliste, écrivain, essayiste, journaliste et amateur d'art Dominique Simonnet dont les interventions relancent et rythment cet échange plein d'esprit et de subtilité.

Ainsi, on prendra conscience de cette espèce de guerre culturelle que se livrent le rouge et le bleu à travers notre histoire. Que si le jaune est une couleur plutôt mal perçue chez nous - cocu un jour, cocu toujours...- malgré la promotion réalisée par un certain maillot cycliste, il n'en est franchement pas de même en extrême Orient où cette couleur vit des jours plutôt heureux !
Se servant et de l'histoire et des sciences les plus récentes, Michel Pastoureaux en profite aussi pour faire la peau aux supposées "couleurs primaires" et autres "complémentaires" qui ne se justifient guère plus que par des conventions et des astuces inventées pour l'essentiel à partir du XVIIIème siècle et consolidées à partir du XIXème. Ainsi, avant le siècle des "lumières", nul ne se serait lancé à mélanger jaune et bleu pour obtenir du vert. Et pour cause : si l'on a mis fort longtemps à stabiliser les pigments verts obtenus naturellement (ce qui a d'ailleurs longtemps fait de cette couleur celle de l'extravagance, de l'instabilité, bien avant d'être celle de la... nature !), on savait cependant parfaitement le réaliser sans tour de passe-passe !

Ainsi, Michel Pastoureau n'hésite-t-il pas à redéfinir, ou plutôt à bousculer nombre de nos certitudes concernant ce que nous croyons acquis de tout temps (et qui ne l'est, en vérité, que depuis deux ou trois siècles). Voici d'ailleurs ce qu'il en dit, sans ambages :

«Elle [la théorie des couleurs primaires et secondaires] ne repose sur aucune réalité sociale, elle nie tous les systèmes de valeurs et de symboles qui se sont rattachés à la couleur depuis des siècles, elle refuse d'admettre que celle-ci est d'abord un phénomène culturel. Une telle classification témoigne d'une étonnante méconnaissance de l'Histoire.»

Systèmes de valeurs et de symboles, voilà les maîtres mots lorsqu'il s'agit d'évoquer ce que sont, en réalité, nos si courantes, si sympathiques, si faussement évidentes couleurs !

Et de remettre le blanc et le noir dans la courses - mais surtout pas dans cet espèce de néant chromatique où ces deux COULEURS ont été maintenues par ce classement aussi arbitraire qu'inconséquent -, ainsi que le jaune, donc, ainsi, bien sûr, le vert (couleur fétiche de notre médiéviste, il est important de le préciser).

A la suite de ces six couleurs principales, on trouvera ce que l'historien appelle les "demi-couleurs". Pourquoi un tel semblant de dénigrement ? Pour une raison fort simple, c'est que ces couleurs sont d'un cortège infini de nuances tandis que, nous explique-t-il, les six couleurs de base «se définissent de manière abstraite sans avoir besoin d'une référence dans la nature, au contraire de ce qu' [il] appelle les demi-couleurs : le violet, le rose, l'orangé, le marron ; le gris, quant à lui, est un peu particulier.» Et de s'en expliquer plus longuement dans la suite de sa démonstration.

Et de conclure, sur la portée et l'importance de cette (re)connaissance du rôle et de la symbolique des couleurs :

«Mais, malgré les découvertes technologiques, l'essentiel ne change pas. En Occident, nos six couleurs de base seront rigoureusement les mêmes dans les prochaines décennies. Des changements affecteront peut-être les nuances, mais pas notre système de symboles. Nos couleurs sont des catégories abstraites sur lesquelles la technique n'a pas de prise. Je crois qu'il est bon de connaitre leurs significations, car elles conditionnent nos comportements et notre manière de penser.»

Petit ouvrage s'il en est - par ses dimensions modestes - le petit livre des couleurs est de ces ouvrages tout à la fois passionnant, sobrement didactique, enjoué, et parfaitement abordable par quiconque est un tant soit peu curieux du monde qui l'entoure. Les plus épris de cette Histoire Ô! combien fascinante pourront satisfaire leur appétit symbolique et coloriste en allant fouiner du côté des autres ouvrages - onéreux dans leurs versions "beau-livre" mais sublimissimes - de ce très grand bonhomme : Bleu : Histoire d'une couleur, Vert : Histoire d'une couleur, Noir, Histoire d'une couleur, Rouge, Histoire d'une Couleur (à noter que ni le blanc ni le jaune n'ont eu leur publication dans cette collection à ce jour) ou encore, regroupant l'ensemble des couleurs abordées dans la présente édition poche, ce très bel ouvrage : Les Couleurs expliquées en images ...

Autant d'idées de cadeaux intelligent et beaux à la fois pour cette fin d'année approchante ! Précisons que nous n'avons pas d'action ni un quelconque intérêt aux éditions du Seuil où sont tous édités ces riches volumes... Hélas !
Disons que, considérant ce grand esprit - peu médiatique malgré son immense jovialité et son sens inné de la vulgarisation - comme l'un de ceux parmi les plus élevés de notre temps, au moins dans le domaine historique, il faut parfois mettre un point d'honneur à leur faire une promotion aussi méritée qu'elle est injustement rare.
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Jean-Daniel
  07 mars 2018
Elles sont partout et pourtant les hommes ne cessent de les chercher, les inventer ou les recréer.
De nombreux ouvrages de Michel Pastoureau apportent un éclairage passionnant sur les couleurs d'un point de vue historique, anthropologique et culturel, ce qui est d'autant plus intéressant que l'histoire des couleurs offre un témoignage de l'évolution des moeurs et des pensées d'une époque.

« Le petit livre des couleurs » est écrit en sept chapitres sur le mode vivant de l'entretien avec Dominique Simonnet, journaliste et écrivain, autour de six couleurs : le bleu, le jaune, le rouge, le vert, le blanc et le noir. Les six premiers chapitres sont consacrés chacun à une couleur, le septième aux demi-couleurs. A l'instar d'Aristote, Michel Pastoureau compte en effet 6 couleurs de base qui sont incontournables. Viennent ensuite les demi-couleurs, celles dont les noms sont principalement issus de la nature tels l'orange, le rose, le mauve…

Ainsi apprend-t-on que c'est au XIIe siècle que l'on passe de trois couleurs de base - le blanc, le rouge, le noir - à un système à six couleurs avec le bleu, le vert et le jaune. Au fil du temps, le rouge va rentrer en concurrence avec le bleu. « A la fin du Moyen Age, la vague moraliste, qui va provoquer la Réforme, se porte aussi sur les couleurs, en désignant des couleurs dignes et d'autres qui ne le sont pas. La palette protestante s'articule autour du blanc, du noir, du gris, du brun… et du bleu. » L'approche de Pastoureau consiste essentiellement à décrire comment est perçue la couleur à diverses époques.

Ce « petit livre des couleurs » se lit rapidement et nous présente l'essentiel des connaissances sur la symbolique des couleurs en tenant compte de leur poids culturel et historique. Celles-ci sont en effet chargées d'histoire, et consciemment ou non, nous sommes influencés par le passé dans le choix de nos couleurs (vestimentaires, décoratives…). Comme nous le rappelle l'auteur, chaque culture appréhende différemment les couleurs, le savoir occidental en la matière n'a pas force de loi. Avec des mots simples et justes, à travers des anecdotes liées à l'histoire, aux arts ou aux religions, Michel Pastoureau s'adresse à tout public et s'attache à faire connaître et comprendre les émotions liées aux couleurs aujourd'hui.
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Aela
  20 juillet 2012
Saviez-vous que jusqu'au 19ème siècle, la couleur de la robe de la mariée était le rouge ?
Rouge qui signifiait alors prospérité.
Saviez-vous que le bleu était une couleur fort dépréciée du temps des Romains, à tel point que les femmes qui avaient les yeux bleus étaient mal vues, car supposées mener une vie de débauche ?
Saviez-vous que le noir a été la couleur du deuil réservée aux nobles et aux membres des classes supérieures jusqu'au 19ème siècle ? ceci en raison du coût élevé pour obtenir des vêtements de cette couleur.

Michel Pastoureau, célèbre historien anthropologue, interrogé ici par Dominique Simonnet, auteur de romans et d'essais, nous relate l'histoire des couleurs, ou plus exactement l'histoire de la perception des couleurs au travers des âges.
C'est un essai que j'ai trouvé réellement passionnant.

Bien sûr il y a des constantes au cours de cette Histoire : ainsi même si certaines couleurs comme le blanc, le rouge gardent globalement le même symbolisme au travers des âges, le blanc étant apparenté à l'innocence, la pureté et le rouge au pouvoir, et à la guerre, certaines couleurs ont eu un statut qui a fortement « bougé » au travers des siècles.
Le meilleur exemple est la couleur bleue, qui va être « méprisée » tout au long de l'Antiquité, symbolisant alors la débauche, tout simplement parce qu'à cette époque elle était une couleur difficile à obtenir et chimiquement instable.
Ce n'est qu'au Moyen-Age que le bleu va acquérir un statut de couleur « noble », en étant associée au divin et aux cieux.
Depuis le 18ème siècle, cette couleur devient la couleur préférée des Occidentaux, à l'inverse des Japonais qui lui préfèrent le noir.
Une histoire passionnante.

Michel Pastoureau nous montre tout l'enjeu et l'importance de cette perception des couleurs.
Les couleurs ne sont pas anodines. Elles véhiculent des tabous, des préjugés conscients ou inconscients.
Elles possèdent aussi des sens cachés et ont une histoire mouvementée qui raconte l'évolution des mentalités.
L'art, la peinture, la décoration, l'architecture, la publicité, nos produits de consommation, nos vêtements et même nos sous-vêtements, tout est régi par ce code non écrit.
Michel Pastoureau nous montre magnifiquement que cette perception évolue certes au fil du temps mais aussi en fonction des variables géographiques et sociales : ainsi l'Europe occidentale est moins colorée que l' Asie, l'Afrique ou l'Amérique du Sud.
De même, il nous montre fort bien que l'on ne vit pas la couleur de la même manière selon les milieux sociaux. Et encore de nos jours, dans les quartiers défavorisés, vous verrez beaucoup plus de couleurs que dans les quartiers «huppés ».
J'ai adoré ce livre, court et passionnant ;
La couleur qui m'a passionnée le plus est la couleur blanche, la plus ambivalente finalement.
Une couleur aussi bien associée à l'enfance qu'à la vieillesse, à la naissance et à la mort…
Quel exploit…
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Macha_Loubrun
  04 janvier 2013
Dominque Simmonet interroge Michel Pastoureau, historien, anthropologue, spécialiste de l'histoire des couleurs. Il nous raconte l'histoire du bleu, du rouge, du blanc, du vert, du jaune, du noir et enfin des demi-couleurs en s'appuyant sur des textes anciens, des tableaux et à la fin de cet ouvrage, on ne dira plus jamais « les goûts et les couleurs, c'est personnel » tant nous sommes inconsciemment conditionnés dès notre plus jeune âge.
Ses réponses fourmillent d'anecdotes passionnantes, il nous permet d'apprendre un tas de choses sans jamais être ennuyeux.
C'est un petit livre qui se lit d'une traite et dont on a envie de mettre à chaque page, une citation sur Babelio tant le propos est intéressant !
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Saiwhisper
  17 septembre 2018
Les couleurs, elles ont envahi notre quotidien depuis des siècles… Et pourtant, on en sait finalement très peu sur elles… On connait quelques significations comme le rouge, symbole de l'amour, ou le blanc, celui de la pureté, mais saviez-vous qu'il n'en a pas toujours été ainsi ? La symbolique de certaines couleurs change réellement au fil du temps et résulte souvent d'une mutation sociale, religieuse ou idéologique… C'est justement ce que va nous apprendre cet essai. J'ai passé un moment agréable et intelligent avec cet ouvrage faisant un point sur les teintes suivantes : le bleu, le rouge, le blanc, le vert, le jaune, le noir ainsi que les demi-couleurs. C'était très intéressant !

Grâce à un système d'entretien avec des questions/réponses, les auteurs permettent au lecteur de découvrir l'histoire de chaque couleur de façon ludique : sa place à tel ou tel siècle, son emploi dans le langage courant (blanc comme un linge, rouge de honte, main verte, cordon bleu, etc.), sa représentation au quotidien, sa symbolique ainsi que sa place dans la société. Par exemple, j'ai appris que les robes de mariées étaient autrefois rouges et non blanches. J'ai également été intéressée par l'évolution du vert, aujourd'hui représentatif de la nature et de la santé. La place du bleu, autrefois mal vu puis apprécié dès le XVIII ème siècle m'a également captivée.

Cet essai se lit vite (entre trente minutes et une heure) qui aurait presque pu être un peu plus développé. Même si les anecdotes sont sympathiques, on va quand même souvent à l'essentiel. On est plus sur une introduction à la sémantique des couleurs. de ce fait, on en redemanderait !… En tout cas, le contenu est instructif et léger. On tourne les pages facilement. Si, comme moi, vous souhaitez faire une petite pause entre deux romans, « le petit livre des couleurs » m'a semblé l'idéal. D'ailleurs, j'ai été conquise par la version collector avec les rayons de couleur que l'on peut tourner à sa guise. On a là un beau livre objet ! Merci à ma mère pour cette découverte aussi divertissante qu'enrichissante.
Lien : https://lespagesquitournent...
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GabyH
  16 décembre 2012
Ecrit sous la forme d'une conversation, d'une interview entre Dominique Simonnet et l'historien Michel Pastoureau, "Le petit livre des couleurs" se propose de faire découvrir au lecteur l'histoire de chaque couleur, les différentes significations qu'elles ont pris au cours du temps et pourquoi certaines se sont imposées, affirmées plus que d'autres.

Articulé autour de six chapitres, faisant chacun la part belle à une couleur, ce petit livre décode d'une manière très plaisante successivement le bleu, le rouge, le blanc, le vert, le jaune et le noir, avant de consacrer son dernier chapitre aux "demi-couleurs".

Le tout se lit très vite, très facilement et avec beaucoup de plaisir. C'est un petit livre au contenu extrêmement didactique pour qui s'intéresse aux arts graphiques et à l'histoire. Cependant, les non initiés y trouveront aussi leur compte, voire même une invitation à mieux connaitre l'histoire de chacune des couleurs mentionnées ici.
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Fabinou7
  24 mars 2018
Ce petit entretien d'une centaine de pages est une introduction historique à la symbolique des couleurs.
Au fil des questions, l'historien Michel Pastoureau retrace les significations morales, géopolitiques, religieuses, populaires successives auxquelles les couleurs ont été associées ainsi que les contingences des sciences et techniques qui ont propulsé une couleur sur le devant de la scène ou au contraire précipité le déclin d'une autre.

Cet ouvrage révèle toute l'ambivalence des couleurs chargées d'affects et d'aspects versatiles, parfois contradictoires et de versants positifs et négatifs.

Ainsi le blanc fut symbole de deuil quand le noir fut celui de l'humilité.
Le vert doit tout au hasard et le jaune porte une sombre histoire.
Le bleu fait désormais consensus mais nos sens continuent de voir rouge.

Les autres couleurs sont brièvement abordées, le violet excentrique, l'orange électrique, le rose inverti et le gris synthétique.


Cet essai très accessible reste néanmoins un petit aperçu seulement de l'histoire des couleurs et pour les plus désireux d'approfondir le sujet, l'auteur a publié des ouvrages “monochromes” sur le bleu, le rouge, le vert ou le noir.

Qu'en pensez-vous ?
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Luna26275
  14 février 2017
Sous les questions variées de Dominique Simonnet, Michel Pastoureau, historien de grande renommée nous relate l'histoire des couleurs sous forme d'interview.

Un livre très instructif, utile pour décrypter le sens des couleurs et pratique pour les artistes en herbe. Michel Pastoureau sait nous expliquer facilement et efficacement, une qualité qui rend la lecture vraiment prenante et fascinante.

Celui-ci nous apprend donc, par exemple que le rouge signifie le pouvoir, le sang, la violence tout autant que le désir et la passion ; que le bleu, la couleur préférée des européens est une couleur calme paisible, qui se fond bien dans le décor sans trop se faire remarquer comme on peut le constater avec les jeans ; que le jaune, la couleur mal-aimée est depuis toujours dans les pays occidentaux un signe de mensonge, de trahison, de tromperie. Une couleur qui ne signifie rien de bien, comme on le retrouve dans les expressions « rire jaune » ou bien « avoir le teint jaune » et même avec l'étoile juive qui fut… jaune. Il nous parle également du noir, la couleur du deuil et de l'élégance, du chic et de la mort, une couleur qui fut à l'époque très difficile à reproduire parfaitement (Cette couleur nécessitant des matériaux extrêmement couteux). Et du blanc son compère, signe d'espoir et de pureté, de virginité et d'innocence, mais qui en Asie représente également le deuil. Un voyage à travers le temps et les couleurs. On observe que les symboliques évoluent avec les siècles, avec les personnes et même avec la science qui s'en est mêlé. Notre regard également change sur les couleurs, on ne les perçoit pas de la même façon qu'il y a 400 ans ou même qu'il y a 100 ans.
Un livre indispensable pour les passionnés d'art, je le recommande vivement !
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Junie
  31 août 2015
Les couleurs sont évidentes, aveuglantes de simplicité, les enfants les nomment dès l'âge le plus tendre, on joue avec elles, avec des pinceaux, avec des lettres, e blanc, i rouge, on les étale et on s'en régale, comme des cornets de glace: rouge cerise, jaune vanille, marron chocolat, violet myrtille, vert menthe....Mais les couleurs jouent avec nous, le jaune devient vert, le bleu se fait gris, le rose éclate en fuschia, ou pâlit vers le blanc, le noir est-il anthracite ou d'ébène?
"Rêve ta vie en couleurs" dit la chanson, car une vie de grisaille, de sépia, en demi-teintes, c'est une vie sans gaieté, morose et terne.
Mais suffit-il d'une couche de Ripolin pour chasser le spleen et embellir le monde? Les plus beaux films, les meilleures photos, ne sont-ils pas en noir et blanc?
Les papistes aiment la couleur, les huguenots préfèrent la rigueur de l'habit noir à col blanc.Pourtant, la couleur n'a ni sexe, ni opinion, ni croyance, elle est neutre, croyons-nous.
Pas du tout! le rouge est de gauche, le bleu conservateur, et le noir c'est le désespoir des anars, des pirates et des hors-la-loi. La "couleur politique" c'est plus que des slogans, des affiches et des insignes, c'est une vibration, un manifeste, une déclaration.
Le rouge à lèvres fait de moi une vamp, une voiture rouge roule plus vite qu'une blanche, et le feu rouge me crie STOP. La couleur, c'est surtout un signe, celui des émotions, des interdits, des désirs, des rêves, des visions, un code non écrit qui nous influence en silence.
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Aelinel
  23 septembre 2016
C'est en empruntant à la bibliothèque, le livre Bleu, histoire d'une couleur de Michel Pastoureau que je suis tombée sur cet essai de vulgarisation du même auteur. Sous forme d'entretien, l'historien, spécialiste des couleurs, répond de manière concise, simple et très instructive sur l'utilisation des couleurs à travers le temps, leur fabrication et leur origine, leur symbolisme et leur évolution au travers des époques.

Le bleu était par exemple une couleur peu utilisée dans l'Antiquité car difficile à fabriquer (guède) ou relativement cher à se procurer (lapis-lazuli). Pour Rome, cette couleur était l'apanage des Germains qui s'enduisaient le corps de guède pour effrayer leurs ennemis. Jusqu'au Moyen Âge, il n'y a d'ailleurs pas de mots pour désigner cette couleur : on emprunte au germain le mot "blau" pour bleu et aux Arabes, le mot "Azraq" pour l'azur. À partir du XIIème siècle, la situation se renverse puisque le bleu s'associe au "divin" : il devient par exemple la couleur qui désigne la Vierge ou orne les rosaces des cathédrales. Enfin, avec la découverte de l'Indigo, dans les colonies américaines, le bleu devient une couleur récurrente, au point d'être plébiscitée en première position par les Européens. On la trouve partout aujourd'hui : chez les Républicains, dans les instances européennes, à l'ONU, l'UNESCO, etc... le bleu se veut alors consensuel et sage.

L'utilisation du rouge, dans la teinture ou les peintures pariétales, est très précoce et remonte au paléolithique, grâce à l'emploi de végétaux (la garance) ou de métaux (oxyde de fer). Dès l'Antiquité, il devient le symbole du pouvoir et est couramment associé à la religion (Mars) ou à la guerre (Le général victorieux se peint le visage en rouge). le Christianisme récupère d'ailleurs ce symbolisme puisque le rouge représente aussi le sang versé par le Christ. À partir du XIII-XIVème, le Pape et les Cardinaux, autrefois habillés de blanc, revêtent désormais cette couleur. Aujourd'hui, le rouge est en concurrence directe avec le bleu, voire son opposé : c'est la couleur des socialistes, de la passion, du luxe, du danger, etc...

Le symbolisme du blanc, en revanche, a peu évolué dans le temps et est relativement universel. Il revêt un caractère d'innocence, pacifique, pur, propre et est l'apanage des jeunes vierges ou de la vieillesse. En Afrique et en Asie, il devient la couleur du deuil.

Dans l'Histoire, le vert était une couleur mal aimée car s'il n'est pas difficile de la fabriquer, elle reste, en revanche, très instable et vire avec la lumière et le temps. Elle était obtenue soit à partir de végétaux (aulne, bouleau, poireau ou épinard), soit par des métaux (vert-de-gris). le vert est donc devenue rapidement le symbole de l'instabilité, de la chance, du hasard ou du destin. Ce n'est qu'à partir du XIXème siècle et de la période romantique que le vert est associé à la nature. Aujourd'hui, il est couramment associé aux notions d'environnement et d'écologie.

Dans l'Antiquité, le jaune n'était pas dédaigné et était même arboré par les jeunes mariées romaines. C'est à partir du Moyen Âge qu'il devient la couleur de la trahison (dans la peinture, Judas porte des vêtements de cette couleur) ou de l'infamie (ceux condamnés au bûcher devaient porter une robe jaune ou l'étoile de cette même couleur imposée aux Juifs). En Asie, cette couleur est au contraire très positive puisqu'elle est réservée à l'empereur et au pouvoir.

Le noir est au contraire une couleur ambivalente : elle est tantôt associée à la Mort, au deuil, tantôt à l'humilité, l'austérité, l'autorité (la robe des moines, du juge ou des anciens policiers) et l'élégance.

En conclusion, l'essai de Michel Pastoureau vaut le détour à plus d'un titre : il livre des anecdotes intéressantes, est abordable pour tout le monde, court et précis. Pour ceux qui recherchent des connaissances plus poussées, je conseille davantage de se tourner vers ses ouvrages plus spécialisés comme Bleu, Rouge, Noir ou Vert.
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