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Critique de flag_


flag_
  24 janvier 2021
Si, comme le prétend la légende, les Inuits possèdent cinquante mots pour désigner la neige, un récit d'une centaine de pages peut-il dire le monde, ou tout du moins, une partie du monde. C'est sans doute le paradoxe apparent que Kamik, « long » récit de l'auteur inuit Markoosie Patsauq, semble mettre en lumière. Kamik, jeune chasseur inuit de seize ans, part sur la banquise avec son père et quelques compagnons, à la poursuite d'un ours blanc, rendu fou par un parasite. Mais la traque tourne rapidement au tragique, et la chasse ordinaire vire à la course contre la montre, en une lutte du jeune garçon pour sa survie, entre prédateurs d'un côté et environnement impitoyable de l'autre.

Comme mentionné dans la longue (mais incontournable) préface au récit, Kamik, présenté comme le premier roman écrit par un inuit, est une oeuvre de fiction qui est sans doute le fruit d'un mélange de plusieurs histoires imaginaires ou réellement vécues. Un conte des contes en quelque sorte. Dont l'intérêt réside par ailleurs dans la traduction directe depuis l'Inuktitut (langue de peuples autochtones dont la transmission reposait vraisemblablement jusqu'à peu sur une tradition orale), sans le filtre de traductions intermédiaires (« Des siècles durant, on a écrit sur eux. Sans eux. Figures caricaturales d'une histoire fabriquée par les vainqueurs », rappelle l'éditeur Dépaysage sur son site).

Il en résulte un récit haletant, composés de très courts paragraphes, alternant les points de vue de différents protagonistes, et d'une écriture épurée à l'extrême. Pour tout lecteur occidental biberonné aux autofictions contemporaines ou aux grandes fresques romanesques, dans lesquelles chaque situation, sentiment, fait ou geste, est décortiqué à l'infini, Kamik peut apparaître excessivement sobre. Or c'est peut-être là que résident toute la prouesse et la force de ce récit. Là où d'un Frodon quittant sa maison de hobbit s'ensuit une quête de mille pages et trois tomes, un Kamik sortant de son igloo poursuit la sienne en une centaine de pages, tout en déployant, telle la glace se fissurant en étoile, une multitude de thèmes tels que la famille et la transmission, la communauté et la solidarité, la fraternité et le couple, les racines et la terre d'origine, ses beautés et ses dangers, la vie et la mort... Si court soit-il, Kamik parvient à obtenir une évocation ample de tout un environnement. Et toucher avec si peu à l'universel. le propre des grands contes ?

Remerciements aux éditions Dépaysage, ainsi qu'à Babelio.
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