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EAN : 9782702138458
334 pages
Éditeur : Calmann-Lévy (03/01/2008)

Note moyenne : 4.15/5 (sur 36 notes)
Résumé :
La souffrance des animaux, leur sensibilité d’êtres vivants, est un des plus vieux tabous de l’homme. Dans ce livre iconoclaste – que certains considéreront même comme scandaleux –, mais courageux et novateur, l’historien américain Charles Patterson s’intéresse au douloureux rapport entre l’homme et l’animal depuis la création du monde.
Il soutient la thèse selon laquelle l’oppression des animaux sert de modèle à toute forme d’oppression, et la « bestia... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
keria31
  08 mars 2016
Voilà un livre intelligent : instructif, révélateur malgré une certaine lourdeur.
L'auteur expose une étude fouillée de l'histoire de l'élevage et s'attarde bien sûr sur l'élevage intensif. On apprend ainsi que la domestication des animaux date de 11000 ans, que l'élevage a précédé l'esclavage qui lui est étroitement associé. Les pratiques de l'un sont en effet les mêmes pour l'autre : castration des mâles, marquage des "soumis"puis entraves pour contrôler leur production et leur mobilité. Les esclaves traités comme les animaux sont donc comparés à eux dans les noms qu'on leur donne. Le langage ainsi déshumanisant se charge de mépris pour déculpabiliser les bourreaux. Et on retrouve ensuite le même vocabulaire dépréciatif dans la Guerre pour nommer les ennemis. Mais l'auteur s'attarde surtout sur l'histoire de l'élevage industriel dont la patrie n'est autre que les Etats-Unis. Ils ont inventé et développé un système d'abattage mécanique, technicisé pour augmenter la rapidité de la chaîne, la rentabilité des carcasses au XIXè siècle. Ce sont les colons anglais qui ont introduit dans la culture ce goût prononcé pour la viande, une tradition qui s'est poursuivie par une augmentation croissante de la consommation dans ce pays. A tel point qu'au XXè siècle, dans les dernières décennies, le nombre d'animaux abattus a doublé par rapport au siècle précédant (de 4 à 9 milliards tués par an). L'auteur restitue aussi le lien qui unit l'abattage avec l'industrie : le fordisme s'étant inspiré des pratiques des abattoirs pour établir une chaîne de travail toujours plus rapide qui repose sur une division et une spécialisation des tâches. Ford qui nous rappelle-t-on était un antisémite proche des allemands nazis.
S'ensuit donc l'ultime comparaison entre le système des camps de concentration avec les abattoirs qui eux aussi, se sont inspirés de ce modèle. Bref, une longue histoire dont les articulations souterraines nous sont ici révélées. Qui aurait crû qu'il y ait un même fil invisible qui relie élevage, esclavage, industrie et camps de concentration nazis ? En tout cas, si je devinais l'association entre camps sous la 2nde Guerre mondiale et l'essor des abattoirs (avec en parallèle celui des ferme-usines), le reste était bien moins évident. Encore fallait-il le prouver...
Autrement dit, un bon, très bon travail de recherche même si je suis plus critique sur la rédaction. L'auteur cite aussi beaucoup de gens qui ont dénoncé, contesté ce type de "système" et qui sont pour beaucoup devenus végétariens : Sinclair, un américain qui le premier a écrit un roman (intitulé"La Jungle") sur les abattoirs, Isaac Bashevis Singer qui lui, a publié plusieurs nouvelles sur les rapports entre hommes et animaux, Muller, Liesel ou Christa Blanke qui sont devenus végétariens et militants dans des associations (CASH, PETA et Angels animals) et bien d'autres...On peut regretter toutefois le caractère exhaustif de cette liste : trop de détails sont évoqués, ce qui a pour effet d'embrouiller l'esprit du lecteur. Il faut parfois relire pour bien comprendre certains aspects. Ceci dit, il est vrai qu'on apprend, qu'on s'instruit beaucoup, ce qui est le principal pour ce genre de livre, un genre que je qualifierai de "livre-documentaire" car il nous pousse à réfléchir sur les excès dans nos sociétés à travers l'Histoire.
Reste une question, non abordée par l'auteur mais qui se pose pour nous lecteurs, du-moins pour moi : pourquoi, en dépit de contestations certaines, l'élevage intensif, industriel est encore si fort aujourd'hui ? Au cours de la 2nde Guerre mondiale, la lutte n'avait duré que 6 ans alors que là, elle semble incroyablement longue (+ d'1 siècle entre Sinclair et Christa). Je crois avoir ma réponse personnelle sur cette question : c'est qu'en dépit de la longue liste de gens que l'auteur cite, c'est précisément l'inverse qui se passe dans la réalité car trop peu de gens se sentent concernés par ce sujet et choisissent, surtout, de s'impliquer (à travers notamment des associations). Or on ne change l'Histoire, la société dans ses pratiques que par la lutte d'un grand nombre, la force du collectif....
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Tallula
  21 juillet 2014
Charles Patterson soutient dans Un éternel Treblika une thèse qui en choque plus d'un : notre façon de traiter l'animal est similaire à celle dont certains peuples ont été traités durant la Seconde Guerre Mondiale, ou plus exactement, peut être est ce à cause de notre rationalisation des "ressources" que représentent les animaux que ces personnes ont été traitées comme telles.
Ahurissant au premier abord, et pourtant... L'auteur démontre point par point cette idée, avec des dizaines de sources à l'appui. Regards condescendants sur les autres espèces, industrialisation toujours plus rapide de la mort, reproduction choisie et donc stérilisation ont été appliqués aux hommes... Aujourd'hui, comment nier l'évidence ? Pourquoi continuons nous à humilier et tuer, à infliger un meurtre de masse constant pour notre seul plaisir gustatif sacrifiant ainsi 60 milliards d'animaux par an ? C'est la question que pose ce livre.
" Un jour, nos petits enfants nous demanderont : Où étais tu pendant l'holocauste des animaux ? Qu'as tu fait contre ces crimes terrifiants ? Nous ne pourrons pas leur offrir la même excuse une seconde fois - que nous ne savions pas. " Helmut KAPLAN.
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mlou
  05 janvier 2015
Outre le thème relativement osé abordé dans ce livre, c'est un ouvrage qui est bien documenté et qui renvoie à notre Humanité (ou notre malheureuse absence d'Humanité pour certains...) quant au traitement que l'Homme afflige aux animaux dans le but de se nourrir. Bien que le livre ne soit pas une ode au végétarisme, c'est un thème qui en découle naturellement puisqu'il pose la question morale du choix alimentaire des Hommes.
Pour ma part j'ai apprécié la thèse défendue par ce livre, mais la surabondance de références tout au long de l'ouvrage alourdie grandement la lecture et peut la rendre fastidieuse. C'est dommage. de plus, la seconde moitié du livre m'a semblé être aussi redondante. J'aurai aimé également un plus large panel de références que les références d'auteurs pour la plupart juifs, même si c'est le parti prit de l'auteur et de l'Histoire de son peuple. C'est pourquoi le début de l'ouvrage m'a plu davantage en retraçant de façon concise l'historique de la place de l'animal au sein de notre société ( de la Genèse à nos jours en passant par Descartes et Saint Thomas d'Aquin). Néanmoins un bon ouvrage à conseiller et dont la thématique gagnerait à s'étendre au grand public....
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kpotrapeliouk
  29 juin 2016
Un livre lumineux, qui dévoile une pensée qui demeure encore malheureusement avant-gardiste - la conception de l'animal comme un être-vivant à part entière, qui ne mérite pas d'être réduit en esclavage et massacré par l'homme.
L'auteur fait le lien entre l'invention du travail à la chaîne aux abattoirs de Chicago, son application à l'industrie automobile par Ford - asservissement du prolétaire, le réduisant à un rouage dans la grande machine capitaliste -, ce même Ford qui sera "consultant" auprès des nazis pour leur apprendre à rationaliser le génocide de 6 000 000 de Juifs dans les camps de concentration... Comme quoi, celui qui ne se montre pas humain envers les animaux se prédispose à ne pas l'être non plus envers les hommes.
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lemillefeuilles
  10 décembre 2018
J'entends parler de ce livre depuis très longtemps, et quelqu'un me l'a offert à Noël l'année dernière parce que j'avais très envie de le lire pour me faire mon propre avis dessus... Entre temps, ma pensée a beaucoup évoluée, et, désormais, ça me gêne profondément de voir des comparaisons faites entre l'exploitation animale et la Shoah - par exemple.
Qu'importe, je voulais comprendre pourquoi parmi les animalistes, il y en avait tant pour faire des parallèles.
Cet essai est très documenté, si bien que sa lecture n'en a pas été aisée parce que les nombreuses références alourdissent le tout. Charles Patterson raconte comment les Juif·ve·s ont été traité·e·s durant la Seconde Guerre Mondiale, et il explique les similitudes avec la manière dont les animaux (d'élevage, notamment) sont traités.
J'ai pu apprendre de nombreuses choses sur la Shoah, et c'était très intéressant bien que déprimant.
Mais je reste campée sur mes positions de départ : les comparaisons entre la Shoah et l'exploitation animale sont, selon moi, très maladroites, surtout quand elles viennent de personnes non-juives (dans ce cas précis, l'auteur est concerné mais les personnes qui portent ce livre comme étendard et parlent sans cesse de "camps de concentration" ne le sont pas, la plupart du temps).
Il y a eu des similitudes dans les traitements qui étaient réservés, mais les buts étaient complètement différents : dans l'un des cas, il s'agissait de faire disparaître tout un peuple et dans l'autre, nous faisons naître inlassablement des animaux afin de pouvoir continuer à les manger.
J'ai la même opinion vis-à-vis des autres comparaisons (esclavage, viol pour parler de l'insémination artificielle) parce que j'estime qu'en tant qu'animalistes, nous n'avons pas à nous approprier la souffrance d'autres humain·e·s pour défendre notre cause, et que les parallèles n'ont pas lieu d'être parce que c'est tout simplement différent... Et je ne suis pas en train de nier que l'exploitation animale est abominable.
Je suis tout de même contente d'avoir découvert cet ouvrage qui m'a permis d'en apprendre plus, mais je pense que nous devrions laisser ce type de comparaisons à Charles Patterson et aux autres personnes concernées qui désirent les faire.
Lien : http://anais-lemillefeuilles..
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Citations et extraits (4) Ajouter une citation
aleatoirealeatoire   09 août 2013
La tentative la plus téméraire pour élargir le fossé entre humains et animaux fut une doctrine rendue célèbre à partir de 1630 par le philosophe et homme de science français René Descartes. Cette doctrine déclarait que les animaux n'étaient que de purs et simples machines ou automates, pareils à des horloges, capables d'avoir un comportement complexe, mais totalement incapables de parler, de raisonner ou même d'avoir des sensations, soutenant que les animaux n'éprouvaient pas de douleur et que leur cris, leurs hurlements, leurs contorsions n'étaient que des réflexes externes, sans lien avec une sensation interne.
Elargir à ce point le fossé entre l'homme et l'animal fournissait de loin la meilleure rationalisation jamais entendue en faveur de l'exploitation humaine des animaux. Le cartésianisme, justifiant l'ascendant des hommes, les autorisait à les maltraiter et libérait, comme le dit Descartes, "de tout soupçon de crime, si souvent qu'ils mangeassent de la viande ou tuassent des animaux".
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TallulaTallula   21 juillet 2014
(...) Dès le départ, Himmler se présenta comme une autorité en matière d'agriculture. Dans un lettre datée du 22 avril 1926 adressée à une personne qui s'intéressait aux fermes il dit : "Je suis une bauer (paysan) même si je n'ai pas de ferme." En attendant, gérer un élevage de poulets accrut son obsession pour l'eugénisme et pour l'amélioration des êtres humains comme celles des souches animales. Ainsi que l'analyse de Fritz Redlich : "Son intérêt pour la reproduction et l'abattage des poulets se transforma en intérêt pour la procréation et le meurtre des êtres humains."

La lecture d'un certain nombre de pamphlets racistes renforça Himmler dans sa conviction que la procréation humaine devait prendre en compte le facteur race. Il considérait que la tâche d'un leader était "comme le spécialiste en horticulture qui, quand il veut créer une nouvelle souche pure à partir d'une espèce ancienne qui a été épuisée par trop de croisements, commence par aller dans le champ pour arracher les plantes non désirées". Après la guerre, un de ses officiers SS témoigna que le passé agricole de Himmler était bien à la base de son obsession pour la procréation raciale. L'exploitation animale - reproduction, sélection et abattage - a posé les jalons à chaque étape sur la voie menant au génocide. "
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mloumlou   05 janvier 2015
"Auschwitz commence quand quelqu'un regarde un abattoir et pense : ce ne sont que des animaux". ADORNO
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EtrangesHistoiresEtrangesHistoires   20 janvier 2014
--Pour ces créatures, tous les humains sont des nazis ; pour les animaux, c'est un éternel Treblinka.--
- Isaac Bashevis Singer -
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