AccueilMes livresAjouter des livres
Découvrir
LivresAuteursLecteursCritiquesCitationsListesQuizGroupesQuestionsPrix Babelio
Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures
EAN : 9782072701023
176 pages
Éditeur : Gallimard (03/01/2017)

Note moyenne : 3.7/5 (sur 5 notes)
Résumé :
«Chardin sait que la révolution se prépare, à Paris et dans le reste du pays, tout va basculer, c’est inévitable, les encyclopédistes vont triompher, le futur est en marche, la guerre du Vrai contre le Faux ne fait que commencer. Ses piètres collègues nouvellement acclamés, les peintres historiques, exposent partout dans les salons leurs grandes toiles néoclassiques, didactiques et poussives ? Soit : il leur oppose ses études de têtes au pastel, le portrait de jeune... >Voir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox
Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
fanfanouche24
  16 août 2018
"(...) Jean-Siméon [ Chardin ] devenu un artisan du Roi, mais pas un menuisier créant des meubles, non, un peintre du Roi créant des tableaux plus vrais que nature, et davantage encore, des tableaux prolongeant et amplifiant la nature (...) le tableau en tant qu'oeuvre permettant la démultiplication de toutes choses. (...)
Donnez-moi n'importe quelle réalité, puis de la solitude, du silence et mes pinceaux, mes couleurs, ma toile, et je sanctifierai cette réalité, j'en ferai un espace de pensée et de vie, je la nourrirai éternellement, sans fin active
et s'actualisant elle-même aussitôt qu'un humain y posera les yeux." (p. 77)
Je découvre pour la toute première fois cet écrivain, dont j'avais choisi en janvier 2017, ce précieux texte sur un artiste-peintre que j'affectionne infiniment : Jean-Siméon Chardin..Acquis, à peine débuté, d'autres solicitations ont dû être plus impératives...
Je reprends donc une année et demie plus tard, "mon einième abandonné" !!
Je trouve beaucoup de talent à cet écrivain dans ses descriptions des toiles de Chardin, et nous débutons par le moins aisé: le rendu des natures mortes... En lisant ses descriptifs, je parviens à visualiser le tableau, avec aisance...
Une très intéressante découverte pour tous les "accrocs des Beaux-Arts" , de peinture et plus encore de cet artiste, en particulier, Chardin... pour qui la magie ne peut manquer de se déclencher ...
Car même si cet ouvrage est précieux, il est nécessaire, comme pour "regarder un tableau" de prendre le temps et savourer le style et les très nombreuses descriptions des oeuvres de l'artiste... quelques
illustrations auraient été bienvenues, pour accompagner les mots ...!!
La lecture de cet ouvrage est d'une grande richesse; toutefois, en dépit de mon appétence au sujet et mon admiration pour cet artiste, Chardin...il y a surabondance de descriptions d'oeuvres, et majoritairement , des natures mortes... Cela peut lasser, certains lecteurs !!
J'aurais préféré plus d'informations sur le parcours, la vie, les amitiés de Chardin [ comme les passages très vivants sur son amitié avec Diderot, et le sculpteur, Pigalle ]
"Diderot et Chardin font un peu le même travail, ils reconstruisent ce vieux monde épuisé, ils le transforment en un monde plus clair débarrassé de son brouillard mortifère, ils explicitent les choses, dégagent l'écorce, percent jusqu'au noyau. "(p. 99)"
Cela reste une lecture pleine de qualités...Au final, je ne regarderai jamais plus de la même manière une nature morte... car si il existe une certitude, c'est l'admiration de Marc Pautrel pour le génie de Chardin, qui mieux que n'importe quel artiste, a su rendre ses natures mortes dynamiques et pleines de vie, et leur donner une place de choix... Un genre qui était méprisé, et considéré comme mineur !!

+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          250

Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
fanfanouche24fanfanouche24   14 août 2018
(...) Jean-Siméon devenu un artisan du Roi, mais pas un menuisier créant des meubles, non, un peintre du Roi créant des tableaux plus vrais que nature, et davantage encore, des tableaux prolongeant et amplifiant la nature (...) le tableau en tant qu'oeuvre permettant la démultiplication de toutes choses. (...)

Donnez-moi n'importe quelle réalité, puis de la solitude, du silence et mes pinceaux, mes couleurs, ma toile, et je sanctifierai cette réalité, j'en ferai un espace de pensée et de vie, je la nourrirai éternellement, sans fin active et s'actualisant elle-même aussitôt qu'un humain y posera les yeux. (p. 77)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          110
PartempsPartemps   06 octobre 2020
Naturellement, Chardin est un homme qui pense beaucoup, qui médite longuement, dans le silence et la solitude. Mais, parce qu’il sort assez peu, qu’il n’est pas un fervent et infatigable marcheur comme certains de ses amis, et qu’il reste le plus souvent immobile, c’est en fumant qu’il pense.
Le tabac, le vrai, le pur, est un puissant soutien, sa fumée un point d’appui sur la réalité physique. Char­din utilise différentes pipes, assez classiques, de longs tuyaux fins terminés par un cône dans lequel il tasse son tabac. On lui a offert une magnifique tabagie, une grande boîte en bois de palissandre, doublée en dedans de satin bleu, et garnie de plusieurs tuyaux de pipe, de deux petits gobelets, d’un entonnoir, d’un porte-bougie, d’un éteignoir, et de deux palettes. Fumer c’est penser, alors il peint sa belle tabagie, il peint les instruments de sa méditation.
La boîte est ouverte et disposée de biais, mon­trant sur son côté gauche une poignée d’argent et sur le bord intérieur du couvercle le fermoir à dé lui aussi en argent. Le bois précieux , marron clair avec sur ses arêtes des éclats de lumière, se détache sur le pan de mur jaune. À l’intérieur du couvercle, le reflet du satin bleu est découpé par l’ombre de huit carrés marquant un matelassage, et de la boîte émergent les outils d’argent du fumeur. La tabagie est elle-même pour partie cachée par un pichet en faïence blanche à motif bleu ciel et un pot de por­celaine peinte de pétales et volutes rouge et bleu, avec, posé tout près, son couvercle cerclé d’argent.
Dans l’angle droit de la scène, en bout de table, une courte pipe de couleur ivoire est orientée vers l’extérieur et son foyer touche le bas d’une sorte de verre à pied en bronze, et entre cette pipe et le pichet, des taches brunes éparpillées sur la table : quelques restes de tabac. Du côté opposé, et barrant la scène en une entaille parfaitement rectiligne, une pipe très longue, et fine comme une paille, s’appuie sur la boîte et plonge jusqu’au bord de la table, où repose sa petite tête de terre cuite marron, devenue noire à son extrémité, laissant apercevoir dans son foyer un minuscule cercle rouge vif, le signe de la combustion que confirment les quatre volutes de fumée à peine perceptibles qui s’élèvent au-dessus. Derrière cette longue pipe allumée et posée en équi­libre, un flacon de verre bouché. Devant la pipe, omniprésent et étincelant, à nouveau un gobelet d’argent.
Il y a là tellement de désordre et d’empressement, d’excitation et de beauté, la lumière appuyée qui trace de longues ombres nettes derrière les objets, le satin bleu à l’intérieur du couvercle, le blanc terne de la faïence, le reflet du vernis du palissandre, le miroir ovale du gobelet d’argent, la tête noircie de la pipe allumée et celle immaculée de la pipe éteinte et encore vierge de tout feu, que Chardin ne peut cacher la joie qu’il a eue à peindre les objets d’un de ses plus grands plaisirs : fumer, c’est-à-dire modifier l’air que ses poumons absorbent, chan­ger le monde qu’il respire, l’univers qui l’entoure. Regarder ses tableaux, ce devra être comme ouvrir la boîte de palissandre et commencer à fumer : tout s’éveille, tout s’élève, la réalité est validée, le corps est confirmé, aucune contestation possible.
Parce qu’il doit pouvoir prouver la réalité avec n’importe quel objet, Chardin peint ceux qui l’en­tourent, les ustensiles qu’il possède et qu’il utilise. Depuis son second mariage et grâce à la fortune de sa femme, il a acquis des objets raffinés, des faïences, des porcelaines, ou des couverts précieux. Mais parmi les objets qu’il préfère, il y a surtout le gobelet d’argent, une timbale qui lui est personnelle, qu’il a possédée de tout temps, et sur le bord de laquelle ont été gravées les lettres JC, une gravure qu’il tourne vers l’arrière chaque fois qu’il peint le gobelet, mais dont la présence secrète est pour lui essentielle, JC comme Jean Chardin, le nom de son père et aussi son premier prénom, et aussi le pre­mier prénom de son fils à qui il léguera le gobelet un jour, et il sourit en songeant que ses initiales sont les mêmes qu’on utilise pour préciser les dates anciennes du calendrier : avant JC, après JC, les initiales du fils de Dieu et Dieu à la fois.
Parce qu’il n’y a pas de hasard, c’est ce gobelet qu’un matin un voleur, profitant de la porte de l’immeuble restée entrouverte, vient dérober dans l’appartement. La police l’attrape quelques jours plus tard et le gobelet que l’homme a revendu trente livres, un demi-mois de salaire, est égale­ment retrouvé. Le voleur, un homme de cinquante­ six ans, explique à la police qu’il a vu ce gobelet d’argent posé sur une cuvette en faïence et que son éclat au soleil était tel qu’il n’a pas pu s’empêcher de le saisir et le glisser dans sa poche, sans réfléchir, sans comprendre pourquoi, et il est reparti sans rien voler d’autre, refermant la porte derrière lui. La police a restitué l’objet à Chardin, cela faisait des années qu’il ne le peignait plus, il le pose sur une table basse, ce sera pour plus tard, si l’occasion se présente à nouveau un jour, ultime présence du gobelet d’argent.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00
fanfanouche24fanfanouche24   14 août 2018
De la nature à la mort, puis de la mort à l'humain, qui lui-même ira à la mort. Pas de peinture plus consciente du cimetière, et donc de la vie présente et de la vie éternelle, que celle de Chardin. Ses collègues expliqueront bientôt qu'il est un peintre d'importance secondaire parce qu'il ne peint que des natures mortes ? Qu'il ne représente que des légumes et des animaux, des ustensiles de cuisine et des fruits ? C'est parce qu'ils ne savent pas quoi dire pour exprimer leur trouble, parce qu'ils ont peur de voir. (p. 18)
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          60
fanfanouche24fanfanouche24   14 août 2018
Diderot et Chardin font un peu le même travail, ils reconstruisent ce vieux monde épuisé, ils le transforment en un monde plus clair débarrassé de son brouillard mortifère, ils explicitent les choses, dégagent l'écorce, percent jusqu'au noyau. (p. 99)
Commenter  J’apprécie          90
PartempsPartemps   06 octobre 2020
Cinq fruits et trois objets regroupés et presque serrés au milieu d’une grande surface vide, comme si la place manquait alors que c’est l’inverse, comme si tous les objets devaient se toucher l’un l’autre, au moins deux par deux, pour ne pas disparaître, comme s’ils avaient peur de quelque chose, d’être saisis, déplacés, séparés. Le gobelet d’argent se tient à gauche, immense, étincelant, large et haut, reflé­tant tout ce qui l’entoure. Contre sa base est ados­sée une pêche, jaune pâle et rouge, le trou de tige tourné vers le spectateur, et devant elle une deu­xième pêche, le bas et le haut rouge mais le flanc jaune, et elle touche une troisième pêche, beaucoup plus grosse que les deux autres et en équilibre su le côté, au pourtour rouge et au sommet jaune, qui se présente presque à l’horizontale, calée contre une écuelle de terre légèrement évasée et à l’intérieur blanc, une cuillère d’argent y est plongée, dont on ne voit que le manche élargi et sculpté.
À droite de l’écuelle, à quelques centimètres d’écart, deux châtaignes d’une couleur plus claire que le récipient mais plus foncée que la table de pierre sur laquelle elles sont posées. Trop éloignées et trop petites pour être réfléchies dans la courbe du gobelet d’argent, elles forment pourtant l’indispen­sable point d’équilibre contradictoire de son hégé­monie, brillantes à leur échelle, serrées et tournées l’une contre l’autre, isolées, minuscules. Le gobelet règne sur la scène, son corps reflète les trois pêches dans la variété de leurs couleurs, ainsi que la cuillère, mais également, à la gauche de ce reflet, énorme et diffuse, une masse sombre et bleutée, une chose que l’on ne peut pas voir mais que l’on sait présente, et immense, et forte : un corps omniscient.
+ Lire la suite
Commenter  J’apprécie          00

Lire un extrait
Videos de Marc Pautrel (10) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Marc Pautrel
Marc Pautrel vous présente son ouvrage "L'éternel printemps" aux éditions Gallimard. Rentrée littéraire Août 2019. Parution le 29/08.
Retrouvez le livre : https://www.mollat.com/livres/2341987/marc-pautrel-l-eternel-printemps
Notes de musique : Youtube Audio Library
Visitez le site : http://www.mollat.com/ Suivez la librairie mollat sur les réseaux sociaux : Facebook : https://www.facebook.com/Librairie.mollat?ref=ts Twitter : https://twitter.com/LibrairieMollat Instagram : https://instagram.com/librairie_mollat/ Dailymotion : http://www.dailymotion.com/user/Librairie_Mollat/1 Vimeo : https://vimeo.com/mollat Pinterest : https://www.pinterest.com/librairiemollat/ Tumblr : http://mollat-bordeaux.tumblr.com/ Soundcloud: https://soundcloud.com/librairie-mollat Blogs : http://blogs.mollat.com/
+ Lire la suite
autres livres classés : siècle des lumièresVoir plus
Acheter ce livre sur

FnacAmazonRakutenCulturaMomox






Quiz Voir plus

CANDIDE ou l'optimisme

Pourquoi Candide est-il chassé du château du baron?

pour avoir embrassé Cunégonde
pour avoir tué Pangloss
pour avoir volé les bijoux de Cunégonde
pour avoir été enrolé par les bulgares

10 questions
961 lecteurs ont répondu
Thème : Candide de VoltaireCréer un quiz sur ce livre