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Critique de michfred


michfred
  22 décembre 2018
Corrado fuit, de colline en colline, de ville en campagne, de couvent en forêt.  Il fuit les Allemands, les fascistes, mais aussi la ville, la foule, les femmes, les autres...Peut-être surtout lui-même. ..

Nous sommes en 1943.  La défaite des fascistes n'a pas ramené la paix. Au contraire:  la guerre, la vraie,  s'allume comme un incendie, se propageant de village en village, de colline en colline.  Les Allemands toujours, mais surtout  la guerre civile,  entre" reppublicani", les "noirs"  de la république de Salò, dernier suppôt du fascisme,   et  les "partigiani " des maquis communistes, assoiffés de justice et de vengeance,   après tant d'années d'humiliation et de persécution.

Le désordre et l'insécurité sont permanents, dans le calme trompeur des collines piémontaises.

Ces feux, comme un enfant qui jouerait à la guerre, Corrado, d'abord , les esquive. Il  oscille entre la ville de Turin où il donne ses cours et la chambre "in collina" qu'il loue à  Elvira et à sa mère, qu'il appelle élégamment "ses vieilles". 

Sans prendre parti,   il cherche la solitude dans les  bois et les champs qu'il arpente avec le chien de la ferme. Parfois, il se laisse attirer par l'Auberge des Fontane , pleine de chants et de mouvements, où semblent se retrouver ceux qui , contrairement à lui, sont décidés à agir. Il y retrouve Cate, un ancien amour,  qu' il a abandonnée assez vilainement, sept ans auparavant,  sans crier gare.  Elle a un fils, Dino, diminutif de Corradino. Cet enfant serait-il son fils?

Corrado l'indifférent est troublé mais pas au point de s'en mêler vraiment.

Le "professore" veut bien faire un peu de morale politique à ces jeunes partisans plein de fougue, inconscients du danger, mais il ne porte pas assez  d' intérêt aux autres, pour prendre parti, ni pour porter secours. Comme le lui dit très justement Cate, "il faudrait juste aimer un peu".

C'est ce qu'il ne sait pas faire.

Le danger se précise et frappe, en ville et sur la colline, mais  toujours à côté de Corrado. Comme s'il n'avait ni visibilité, ni consistance.  Comme s'il n'existait pas. Ne méritait pas même un châtiment.

Autour de lui ce ne sont bientôt plus que razzias et représailles, village contre village.  Après un bref passage dans l'enceinte d'un couvent, Corrado fuit cet abri trop clos qui lui paraît une nasse. Plus de transhumance  pendulaire entre ville et colline, entre la maison d' Elvira et l'auberge de  Cate: il devient un "fuggiasco",  un fuyard erratique et déboussolé  ..que personne pourtant ne recherche ni ne semble poursuivre. Obsédé par l'idée que seul son village natal pourra l'abriter, il erre de colline en colline, spectateur pétrifié de la violence fratricide, incapable de choisir son camp.

Deux nouvelles qui en sont les brouillons,   complètent et éclairent ce roman sombre, cette analyse lucide et tourmentée d'un  mal- être existentiel où se lit , bien évidemment, celui de Pavese, dont Corrado est le double romanesque. La guerre, dans sa brutalité,  pose des ultimatum violents:  choisir,  agir , s'engager,  protéger. Quand, comme Corrado, comme Pavese,  on découvre sa pusillanimité et son repli , vient le dégoût de soi, et après lui, celui de la vie .

Quelques années après la parution de ce roman,  Pavese se suicide laissant aux siens, un billet laconique et  ironique. "Je pardonne à tout le monde et à tout le monde je demande pardon. Ça va comme ça?  Ne faites pas trop  de commérages."

 Seuls les morts ont la réponse au drame guerrier de l'existence, c'est ce que dit, en substance, la dernière phrase de la casa in collina.

A lire un jour de grand moral.
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