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Dominique Fernandez (Préfacier, etc.)Gilles de Van (Traducteur)
ISBN : 2070321800
Éditeur : Gallimard (13/03/1979)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 48 notes)
Résumé :
Cesare Pavese compose "Travailler fatigue" en 1930. Il sera publié en 1936.

"La mort viendra et elle aura tes yeux" est le dernier texte de Pavese (laissé sur une table dans une chambre d'hôtel de Turin, le jour de son suicide le 27 août 1950).

Le recueil regroupe d'autres poèmes réunis sous le titre de "Poésies variées" .

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Critiques, Analyses et Avis (7) Voir plus Ajouter une critique
michfred
  15 mars 2016
Écrire la poésie pour Pavese c'est donner une forme courte à un récit clos sur lui-même, où se trouve objectivée sa solitude de campagnard perdu dans la ville, loin de ses Langhe collineuses et giboyeuses.
C'est dire aussi la solitude des autres citadins, chantant, devant leur verre, une chanson timide pour tromper le silence, déambulant sans femme dans les rues vides. Car les femmes sont parties, ou mortes: le monde des hommes est dur et orphelin. La douce rondeur des collines est loin, mise en coupe réglée par la géométrie des villes. Trouées par les petits rectangles des fenêtres.
Les fenêtres découpent leur cadre objectif sur le vide des rues, sur le bleu froid du ciel. Parfois des visages s'y encadrent : présence fugace d'une vie parallèle aux autres vies, muette, enfermée dans la chambre ou jetée dans la rue morne où son pas résonne sans laisser de trace.
Le regard de Pavese se charge de tous ces désespoirs, et c'est sans étonnement, avec un déchirement douloureusement anticipé, qu'il quitte la vie, après une rupture amoureuse, mais pas seulement à cause d'elle: le "métier de vivre" est plus dur encore que le travail -ce "métier de poète" dont il parle avec clairvoyance et acuité dans ce même recueil:

"quelqu'un est mort",(..)
"quelqu'un qui voulait
mais ne savait pas"
Chaque vers de Pavese est une souffrance, chaque vers de Pavese est un appel au secours - digne, retenu, réaliste- Travailler fatigue est un recueil exceptionnel, d'une sincérité totale, d'une pudeur immense, d'une humanité immédiate.
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JacobBenayoune
  16 juillet 2014
"Travailler fatigue" regroupe des poèmes descriptifs et narratifs ou des récits-images. Pavese le villageois nostalgique et le citadin solitaire se croisent dans ces poèmes d'un style sobre. Les paysages de la colline piémontaise et le spectacle des rues et boulevards de Turin encadrent les scènes racontées ou peintes. Les personnages de ces poèmes-récits sont divers, le fils qui revient au village natal après une longue absence et retrouve tout un changement, le vieillard et la génération nouvelle, l'enfant jouant et curieux de découvrir, le veuf et ses enfants qui ressemblent à leur mère, le célibataire qui contemple les enfants jouer, la femme fatale et victime à la fois, qui nous rappelle une certaine Malena entourée d'hommes robustes et viriles (d'ailleurs la vision pavesienne de la femme est assez singulière). Pour Pavese, le travail est toujours inutile, fatigue et le rêve des hommes c'est de ne pas travailler ! Pavese choisit la méditation et l'écart plutôt que le labeur et le travail physique. Les poèmes de Travailler fatigue sont intelligibles lui qui a voulu s'écarter de l'hermétisme de ses compatriotes Ungaretti, Montale et Quasimodo.
La seconde partie du livre comporte les deux recueils "La terre et la mort" et "La mort viendra et elle aura tes yeux". On est devant un Pavese tout à fait différent par la forme de ces poèmes ; des vers plus courts, un ton élégiaque et de la poésie sentimentale surtout pour les poèmes destinés à Constance Dowling, une relation douloureuse pour le poète.
Ensuite, viennent des poèmes diverses (de jeunesse ou d'autres poèmes écartés par l'auteur).
En lisant "Travailler fatigue" (le recueil le plus travaillé, le plus achevé, le préféré du poète) on a l'impression de lire des poèmes qui se ressemblent complètement comme des jours où "rien ne peut arriver". Or, c'est cette atmosphère pavesienne qui cause cette impression. Les mêmes figures reviennent sans cesse dans les mêmes paysages, une variation sur le même thème. Une tristesse douloureuse mais agréable émane de chaque poème, comme le sourire d'un enfant malade, comme un rire étouffé ; un rictus sournois. Pavese s'approche, par ce recueil de la poésie américaine notamment celle de Whitman ouvrant de nouvelle voie à la poésie italienne (et européenne). Certains y voient un symbolisme nouveau dans cette poésie écrite pendant la domination fasciste (des poèmes nous racontent des séjours en prison).
Le livre contient aussi une préface de Fernandez qui touche les différents aspects de la poésie pavesienne.
La lecture de ce recueil est agréable.
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Wozniaksandy
  05 janvier 2019
Cesare Pavese est un poète surprenant qui ne peut laisser insensible. Son oeuvre reflète son déchirement entre deux espaces incompatibles, le passé qui ne reviendra jamais et l'avenir qu'il ne souhaite pas connaître car l'inconnu est source d'angoisse. L'expression de ses difficultés existentielles lui ont permis de dire sous forme lyrique et avec une force passionnée, tout son mal d'être. Sa poésie flou, essai de trouver une issue par une fenêtre, en même temps qu'un exorcisme. Ses vers trouvent leur apothéose dans l'expression de l'amour malheureux. Son oeuvre est suspendue entre le réel et le rêve, mélange de feu et de sang, de paysages flous et de néant, c'est ce qui fait toute la force de cette poésie.
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isabellelemest
  01 janvier 2013
Sublime recueil "La mort viendra et elle aura tes yeux".
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Duluoz
  09 janvier 2013
Pour moi, c'est " La terre aura tes yeux".
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Citations et extraits (56) Voir plus Ajouter une citation
MalauraMalaura   21 juillet 2012
Tu es la vie et la mort.
Tu es venue en mars
sur la terre nue -
et ton frisson dure.
Sang de printemps
- anémone ou nuage -
ton pas léger
a violé la terre.
La douleur recommence.
Ton pas léger
a rouvert la douleur.
La terre était froide
sous un pauvre ciel
immobile et fermée
comme dans la torpeur d’un rêve,
comme après la souffrance.
Et la glace était douce
dans le cœur profond.
Entre vie et mort
l’espoir se taisait.
Maintenant ce qui vit
a une voix et un sang.
Maintenant terre et ciel
sont un frisson puissant,
l’espérance les tord,
le matin les bouleverse,
ton pas et ton haleine
d’aurore les submergent.
Sang de printemps,
toute la terre tremble
d’un ancien tremblement.
Tu as rouvert la douleur.
Tu es la vie et la mort.
Sur la terre nue,
tu es passée légère,
hirondelle ou nuage,
et le torrent du cœur
s’est réveillé, déferle,
se reflète dans le ciel
et reflète les choses -
et les choses, dans le ciel, dans le cœur,
souffrent et se tordent
dans l’attente de toi.
C’est le matin, l’aurore,
sang de printemps,
tu as violé la terre.
L’espérance se tord,
et t’attend et t’appelle.
Tu es la vie et la mort.
Ton pas est léger.
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   19 juillet 2012
Il n’est chose plus amère que l’aube d’un jour
où rien n’arrivera. Il n’est chose plus amère
que l’inutilité. Lasse dans le ciel, pend
une étoile verdâtre que l’aube a surprise.
Elle voit la mer sombre et la tache du feu
et près d’elle, pour faire quelque chose, l’homme qui se réchauffe ;
elle voit, puis tombe de sommeil entre les monts obscurs
où est un lit de neige. L’heure qui passe lente
est sans pitié pour ceux qui n’attendent plus rien.

Est-ce la peine que le soleil surgisse de la mer
et que commence la longue journée ? Demain
reviendront l’aube tiède, la lumière diaphane,
et ce sera comme hier, jamais rien n’arrivera.
L’homme seul ne voudrait que dormir.
Quand la dernière étoile s’est éteinte dans le ciel,
lentement l’homme bourre sa pipe et l’allume.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   02 juillet 2014
Travailler fatigue

Traverser une rue pour s'enfuir de chez soi
seul un enfant le fait, mais cet homme qui erre,
tout le jour, par les rues, ce n'est plus un enfant
et il ne s'enfuit pas de chez lui.

En été, il y a certains après-midi
où les places elles-mêmes sont vides, offertes
au soleil qui est près du déclin, et cet homme qui vient
le long d'une avenue aux arbres inutiles, s'arrête.
Est-ce la peine d'être seul pour être toujours plus seul ?
On a beau y errer, les places et les rues
sont désertes. Il faudrait arrêter une femme,
lui parler, la convaincre de vivre tous les deux.
Autrement, on se parle tout seul. C'est pour ça que parfois
il y a des ivrognes nocturnes qui viennent vous aborder
et vous racontent les projets de toute une existence.

Ce n'est sans doute pas en attendant sur la place déserte
qu'on rencontre quelqu'un, mais si on erre dans les rues,
on s'arrête parfois. S'ils étaient deux,
simplement pour marcher dans les rues, le foyer serait là
où serait cette femme et ça vaudrait la peine.
La place dans la nuit redevient déserte
et cet homme qui passe ne voit pas les maisons
entre les lumières inutiles, il ne lève plus les yeux :
il sent seulement le pavé qu'ont posé d'autres hommes
aux mains dures et calleuses comme les siennes.
Ce n'est pas juste de rester sur la place déserte.
Il y a certainement dans la rue une femme
qui, si on l'en priait, donnerait volontiers un foyer.
+ Lire la suite
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MalauraMalaura   06 juillet 2012
Tu as un sang, une haleine.
Tu es faite de chair
de cheveux de regards
toi aussi. Terre et arbres,
ciel de mars et lumière,
vibrent et te ressemblent –
ton rire et ta démarche
sont des eaux qui tressaillent –
la ride entre tes yeux
des nuages amassés –
ton tendre corps rappelle
un coteau au soleil.
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JacobBenayouneJacobBenayoune   07 juillet 2014
L'homme seul - qui a été en prison - se retrouve en prison
toutes les fois qu'il mord dans un quignon de pain.
En prison il rêvait de lièvres qui détalent
sur le sol hivernal. Dans la brume d'hiver
l'homme vit entre des murs de rues, en buvant
de l'eau froide et en mordant dans un quignon de pain.

On croit qu'après la vie va renaître,
le souffle s'apaiser, et l'hiver revenir
avec l'odeur du vin dans le troquet bien chaud,
le bon feu, l'écurie, les dîners. On y croit,
tant que l'on est en taule, on y croit. Puis on sort un beau soir
et les lièvres, c'est les autres qui les ont attrapés
et qui, en rigolant, les mangent bien au chaud.
On doit les regarder à travers les carreaux.

L'homme seul ose entrer pour boire un petit verre
quand vraiment il grelotte, et il contemple son vin :
son opaque couleur et sa lourde saveur.
Il mord dans son quignon, qui avait un goût de lièvre
en prison ; maintenant, il n'a plus goût de pain
ni de rien. Et le vin lui aussi n'a que le goût de brume.

L'homme seul pense aux champs, heureux
de les savoir labourés. Dans la salle déserte
il essaye de chanter à voix basse. Il revoit
le long du talus, la touffe de ronciers dénudés
qui était verte au mois d'août. Puis il siffle sa chienne.
Et le lièvre apparaît et ils cessent d'avoir froid.
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Les mers du Sud, Cesare Pavese lu par Christophe Jubien
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