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Daniel Lemoine (Traducteur)
EAN : 9782743617486
364 pages
Éditeur : Payot et Rivages (20/12/2007)

Note moyenne : 3.23/5 (sur 64 notes)
Résumé :
Août 1945, Tokyo n'est plus que ruines. Les immeubles sont éventrés, les canalisations ont explosé, les habitants se sont réfugiés dans des abris de fortune, l'empereur va signer la capitulation. Dans cette atmosphère de fin du monde, l'arrivée d'une dépêche au bureau de la Première Division criminelle passe presque inaperçue. Qui s'intéresse à la présence d'un corps de femme dans un dépôt de vêtements de l'armée ? L'inspecteur Minami se charge de l'enlèvement du ca... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (19) Voir plus Ajouter une critique
CorinneCo
  10 avril 2016
Long poème chaotique accroché à des bribes d'histoire policière comme un camouflé. Tableau monochrome d'un pays brisé. Os plus que chair. Voyage dans un esprit et un pays malades, étranglés par l'obsession d'être vaincus et d'être supérieurs. L'inspecteur Minami harassé par la chaleur, l'action se passe en été, brisé par sa vie et sa non-vie, broyé par son passé, est une ombre en train de s'effacer. Existe-t-il vraiment ? On en vient à douter. D'ailleurs tout est ombre et souffle. Tout est son et odeur. Peace nous éreinte comme il sait si bien le faire. Il décrit un pays épuisé par la guerre, la défaite, la honte et la recherche de coupables. Et nous devons y participer coûte que coûte, même à contrecoeur. Ce livre poétique, truffé de redites; répétitions sans fin donnant un sentiment de surplace, de trou sans fond où rien de peut sortir que ce soit en négatif ou en positif, peut lasser. Chez moi la lassitude vient de l'ennui et non de la difficulté et je dois dire ; j'ai failli m'ennuyer. Je me suis même demandée jusqu'où était le fondement final de ce style d'écriture. C'est à la fois esthétique, abscons, hermétique et volatile. J'ai eu envie parfois que tout cela décolle. Mais je comprends parfaitement que cela n'arrive pas. Je dois dire que je sortais de la lecture d'American tabloid ; sur une autoroute à cinq voies, à fond la caisse, et qu'importe si on rentre dans le décor et là je me suis retrouvée sur des chemins de traverse, des sentiers de terre où on doit faire attention à chaque ornière, chaque bourbier pour ne pas chuter. Chute irrémissible. Chez Ellroy même si on s'enfonce dans la fange, on entend toujours au détour d'un mot ou d'une phrase l'écho des trompettes « célestes ». Chez Peace nous avons plutôt l'impression d'être dans cette grande toile de Gustave Doré "Dante et Virgile dans le neuvième cercle de l'Enfer". Beau et sans issue. L'inspecteur Minami rêve sûrement sa vie sans qu'il puisse l'exprimer. Ce ne sont que ses cauchemars qui restent. Sous couvert de cette « hallucination » nippone il y a une leçon d'histoire et de société. A ce niveau Peace n'a rien à envier à Ellroy dans la force à mêler l'historique et le sociologique à l'intrigue policière. Bien sûr je vais lire avec une attention particulière Tokyo ville occupée, car quoique mes réticences soient là, j'aime ce que propose David Peace, j'aime sa recherche, sa plume, ses histoires, cette façon de pulvériser un récit (même si parfois je grince des dents). Les litanies de Peace peuvent ressembler à des talismans. Echos d'un monde perdu, renaissant malgré tout. Minami dans sa boite de silence nous tend un miroir. Ton ton, ton ton, ton ton, ton ton, ton ton, ton ton.....
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Darkcook
  03 juillet 2017
Une symphonie stylistique de répétitions et d'abstractions dans la descente dans la folie du narrateur, et une enquête palpitante, voila ce que combine, comme d'habitude, ce roman de David Peace... Mais comme la plupart du temps, il sacrifie l'enquête lorsque le narrateur bascule vraiment, et c'est plus que jamais frustrant ici, alors que j'adhérais totalement au trip textuel et à l'intrigue!
J'ai longtemps repoussé la lecture de ce roman-là, mal noté sur Babelio, et qui me semblait moins délirant sur le plan de l'écriture... J'avais complètement tort sur ce dernier point, et sur 90% de Tokyo année zéro, je me suis ré-ga-lé des constructions phrastiques, des passages complètement hallucinés et répétitifs, en m'attachant à ce cher Inspecteur Minami, qui s'incline et qui s'excuse...
Mais le dernier chapitre fait tout sauter. Alors qu'on est depuis le début dans une intrigue similaire à celle de la tétralogie du Yorkshire de Peace (le tueur en série qui a réellement existé, Kodaira Yoshio, s'en prend aux jeunes femmes sous le climat apocalyptique du Japon post-bombes atomiques) et que comme dans cette saga, le doute est permis sur l'existence d'un autre ou d'autres tueurs, voire de possibles accidents... Peace se fiche de la résolution et nous offre une fin déliquescente à la Lewis Carroll où on ne sait plus du tout quoi penser FRUSTRATION. On est tellement happé par l'enquête, que forcément, on est déçu...
Alors certes, Peace dira s'attacher plus à la peinture d'une folie causée par l'horreur d'une époque, à la conception d'une écriture géniale descendante de Joyce, Faulkner et Beckett (et le roman accumule les passages grandioses grâce à elle, le début très fort, les voyages en train, la campagne, les errances de Minami dans Tokyo, le quotidien cyclique à la Un jour sans fin...) mais bon sang, ce serait bien qu'une fois de temps en temps, il évite de faire de l'anti-roman policier, de l'anti-Agatha Christie, et qu'il donne quelques réponses aux questions qu'il pose! Sinon, qu'il ne fasse plus du polar, mais purement du roman sur la folie à la Dostoïevski, et cela évitera les déceptions finales! Il atteint des sommets d'écriture ici, et ma déception sur le manque de résolution claire n'en est que proportionnelle...
Reste que le propos est évidemment passionnant. Le Japon post-1945 tient à coeur à l'auteur, et le dénuement absolu dans lequel se déroulent les investigations est tout bonnement stupéfiant, rappelant d'autres territoires aujourd'hui. Le pays n'est plus que ruines, on est au milieu d'un enfer beckettien dont la mort serait une délivrance, où l'occupant américain fait absolument ce qu'il veut, et où les japonais si fiers n'ont plus qu'à se soumettre et mourir, tout en perdant toute raison... L'idée des identités factices et provisoires est géniale, et ajoute au cauchemar généralisé (et bien évidemment à celui de Minami), à cette fresque de morts-vivants sans nom trébuchant sur leurs répétitions et humiliations...
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jeandubus
  08 août 2015
Tokyo année zéro
Le 6 Août 1945, Les Etats Unis décident pour mettre fin à la seconde guerre mondiale (et sauver des vies …..) de larguer deux bombes atomiques sur le Japon. « Little boy » larguée sur Hiroshima par le commandant du bombardier « Enola gay » ainsi tendrement baptisé en l’honneur ( ? ) de sa mère : 140 000 morts…( et 60 000 pour « fat man » l’autre bombinette , sur Nagasaki)
Ainsi commence l’année zéro pour le Japon, et au-delà des morts, le traumatisme des millions d’hommes, de femmes et d’enfants qui ont survécu à cette horreur… et ces survivants d’aujourd’hui répugnent toujours à s’identifier, tant ils se sentent assimilés à des monstres.
Cette année-là une femme se fait agresser et on retrouve son corps dans une décharge. Etranglée et violée. C’est un sacré paradoxe que de s’engager dans une enquête, sur cette victime précisément alors que Tokyo est en ruine et en larmes, et qu’on ramasse des cadavres à chaque coin de rue.
L’inspecteur Minami est pour le moins cinglé et son élocution sévèrement perturbée par un intellect au bord de la rupture. Pour marquer le trait Davis Peace nous assomme d’italiques et d’onomatopées à base de bruit de marteau Ton-Ton, Ton-Ton, de Tictacs de pendules Chiku-Taku, Chiku-Taku et de phrases répétées à l’envi « Personne n’est qui il prétend être » Chiku-Taku, Chiku-Taku Chiku-Taku, Chiku-Taku « Personne n’est qui il prétend être » Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton. Etc. (un quart du livre)
L’inspecteur Minami enquête cependant cette année-là et retrouve d’autres victimes qu’un serial killer opportuniste aurait laissées un peu partout derrière lui. En plein milieu du grand barbecue américain. Des ennuis classiques avec sa hiérarchie et son estomac font de lui un policier très classique finalement. Ne seraient-ce ses délires permanents qui devraient le conduire à consulter. Mais l’auteur, fan du Japon où il vit aujourd’hui, ne lui propose aucun remède.
Ca me démange et je me gratte, Gari Gari, Ca me démange et je me gratte, Gari Gari Ca me démange et je me gratte, Gari Gari, « Personne n’est qui il prétend être » Chiku-Taku, Chiku-Taku Chiku-Taku, Chiku-Taku « Personne n’est qui il prétend être » Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton, Ton-Ton.
Tout cela est si peu convainquant que David Peace nous explique à la fin qu’il s’agit d’un roman basé sur des faits réel. Admettons, mais tout de même, n’est-ce pas justement une dérobade pour laisser planer le doute sur la réalité des conclusions ?
En tout cas la lecture s’avère terriblement difficile devant l’enflure de la gangue littéraire, métaphore de la folie, omniprésence qui envahit toute cohérence comme une lave en fusion et puis aussi l’accumulation des patronymes japonais dont les noms et les prénoms se confondent avec ceux des lieux dans lesquels ils évoluent. Un vrai puzzle.
Ça a dû être pénible pour les Japonais. Ça l’est aussi pour le lecteur qui pourrait bien lâcher l’affaire si on ne lui avait pas chaudement recommandé ce roman et les suivants qui forment une trilogie.
Quand la forme prend tellement le dessus sur le sens, ça démange et ça gratte !
Gari Gari (prononcer gali gali)
Tsoin Tsoin

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missmolko1
  20 juillet 2014
J'ai ouvert la première page de ce livre voila plusieurs semaines (si ce n'est pas plusieurs mois) et je peine tellement a le lire que j'ai finalement décidé d'arrêter ma lecture. A chaque fois que j'essaie, je lis 4 ou 5 pages puis j'arrête ne pouvant aller plus loin. Ce n'est pas un roman mauvais loin de la, ce n'est juste pas un roman pour moi.
L'intrigue est plutôt intéressante mais les personnages et lieu tellement froid, tout est noir, triste ce qui fait que je n'arrive absolument pas a rentrer dans l'histoire.
La construction du récit est aussi assez déroutante. Pas ou peu de ponctuation, l'auteur choisit aussi d'écrire les pensées du personnage principal, ce qui donne un mélange plutôt confus pour le lecteur.
Bref, un roman qui je pense est assez difficile d'accès mais qui plaira sans aucun doute aux amateurs de romans noirs.
Lien : http://missmolko1.blogspot.i..
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monromannoir
  23 mai 2016
Ceci n'est pas un livre, mais une litanie qui se déroule à l'ombre d'une cité à l'agonie. Après avoir déversé sa plume malsaine dans la région de son Yorkshire natal, David Peace a quitté la Grande Bretagne pour trouver refuge au Japon où il a désormais entamé une trilogie décrivant les affres d'un pays alors à l'aube de sa renaissance. Tokyo Année Zéro débute au moment où l'Empereur annonce à la radio, la capitulation de son pays. Année Zéro où les bourreaux d'hier deviennent les victimes des Vainqueurs. Année zéro où un peuple déshonoré tente de survivre dans une cité dévastée. Les marchés sont en main des mafias locales. La police fonctionne au ralenti, victime des remaniements et des purges imposées par les Vainqueurs et les femmes vendent leurs charmes dans les parcs en friche. Deux d'entre elles sont découvertes dans les jardins désolés d'un temple de Tokyo. Même modus operandi, l'inspecteur Minami va donc enquêter sur un tueur en série qui sévit depuis plusieurs années. Basé sur un fait divers réel, David Peace ne s'attarde pas vraiment sur ces crimes en série mais s'attache à nous décrire une société en pleine décomposition où personne n'est ce qu'il prétend être. L'humiliation de la défaite, la folie d'une guerre sanglante, nous suivons les traces d'un policier possédé par les images d'un passé dont il ne peut se défaire. Nous suivons ses errances dans une ville faite de décombres et de charniers où la population tente de survivre comme elle le peut.
Dans ce roman nous découvrons plusieurs voix d'un seul et même personnage ce qui donne au récit un côté schizophrénique en lien avec le contexte chaotique des décors dans lequel il se déroule. Comme dans la quadrilogie du Yorkshire, les phrases sont courtes, répétitives comme s'il s'agissait d'une espèce de procès verbal dévoyé. Une lecture peu aisée, qui se mérite, voici comment l'on peut décrire le premier opus de cette trilogie japonaise. le style de David Peace à cette particularité du radicalisme le plus absolu pour les lecteurs : On aime ou on déteste avec le mérite de ne laisser personne indifférent. Comme pour ses romans précédents, l'histoire se base sur un tueur en série ayant réellement existé pour mettre en relief, l'horreur d'une société laminée par la défaite qui peine à se relever et va entamer un long chemin de résilience.
Avec ce premier opus, David Peace a su se dégager de son univers sordide du Yorkshire pour nous entrainer dans un voyage au coeur de la folie d'un pays meurtri par la défaite. Un texte rythmé fait d'onomatopées pour nous faire ressentir la crasse, les démangeaisons, la chaleur et la vermine qui ont envahi une cité à l'agonie. Serez-vous du voyage ?
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation
DarkcookDarkcook   24 mai 2017
Nishi fait le bon singe pendant le retour à Tokyo, alors que les champs se muent en ruines, que les ruines se muent en bidonvilles, que les bidonvilles se muent en immeubles et, assis, je le regarde en regrettant de ne pas avoir eu l'intelligence et le courage de rentrer à pied, de retourner à Tokyo pieds nus parmi les champs et parmi les ruines, en regrettant d'être assis là, à l'arrière de la jeep des Vainqueurs, à écouter Nishi confondre les l et les r pendant que les Vainqueurs rient, lui lancent des cigarettes et des chewing-gums, tandis qu'un sourire enfantin éclaire son visage reconnaissant, puis, quand nous descendons devant le quartier général, nous nous inclinons aussi bas que possible et les remercions mille fois, après qu'ils sont partis en riant et en blaguant, en lançant leurs cigarettes et leurs chewing-gums, même si je sais que, ce soir, ça les brûlera et ça les démangera, qu'ils pleureront et qu'ils se gratteront, ce n'est pas une consolation et je pivote sur moi-même puis gifle violemment Nishi, si violemment qu'il tombe sur la chaussée et ne se relève pas...
Parce que Nishi n'a pas de courage. Pas de courage.
Parce que Nishi est lâche...
Lâche. Lâche...
Exactement comme moi.
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CorinneCoCorinneCo   24 mars 2016
Je ne veux pas me souvenir. Je ne veux pas me souvenir
"Elles n'ont pas voulu regarder mon visage. Elles ont dit que Noma était mort...."
Mais, dans la pénombre, je ne peux pas oublier....
"Elles n'ont pas voulu regarder mes pieds...."
Ils nous punissent tous....
"Elles ont dit que j'étais un fantôme...."
Nous avertissent tous....
Personne n'est qui il paraît être.
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totototo   10 octobre 2010
Elles gardent le silence tandis que nous attendons l’ascenseur, que nous regardons les portes de l’ascenseur s'ouvrir, que nous y entrons, que nous regardons les portes se fermer...
Elle est ici. Elle est ici. Elle est ici...
Elles gardent le silence tandis que nous attendons l’ascenseur plongé dans le noir, puis regardons les portes s'ouvrir à nouveau, que la lumière revient...
Elle est ici. Elle est ici...
Elles gardent le silence tandis que nous suivons le couloir de la morgue, qu'elles enfilent les mules, franchissent les portes et pénètrent dans la pénombre de la morgue...
Elle est ici, ici...
Elles s'inclinent mais gardent le silence quand elles sont présentées au docteur Nakadate, quand les employés sortent un chariot du réfrigérateur...
Ici est Ryuko...
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Charybde2Charybde2   16 juillet 2019
Douze heures trente.
Tout est perdu ; il y aura une réunion de tous les chefs de service de la Première division ; il y aura les rapports, verbal et écrit ; il y aura la nomination du responsable, la délégation de pouvoir, la répartition des tâches, de l’enquête et de l’évaluation ; de nouvelles heures perdues dans des pièces torrides…
« Pas de chance que ta brigade soit tombée sur cette affaire, dit Adachi. Vingt et un jours d’affilée. Pas de congé. Vous êtes tous coincés ici, à Atago, certains que vous ne résoudrez jamais l’affaire, que vous ne la classerez jamais, certains que tout le monde s’en fiche, mais certains aussi qu’un échec de plus figurera dans votre dossier…
– Ce sera donc exactement comme l’affaire Matsuda Giichi », je dis.
L’inspecteur Adachi approche son visage du mien…
Personne n’est qui il prétend être…
« Cette affaire est classée, caporal », crache-t-il.
Les gens ne sont pas qui ils paraissent être…
Je fais un pas en arrière. Je baisse la tête. Je m’excuse.
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Charybde2Charybde2   16 juillet 2019
Tokyo, 32°, beau
« Inspecteur Minami ! Inspecteur Minami ! Inspecteur Minami ! »
J’ouvre les yeux. Hors de rêves qui ne m’appartiennent pas. Je me redresse sur ma chaise, derrière mon bureau. De rêves dont je ne veux pas. Mon col est mouillé, mon costume tout entier humide. Mes cheveux me démangent. Ma peau me démange.
« Inspecteur Minami ! Inspecteur Minami ! »
L’inspecteur Nishi décroche les rideaux du black-out, des rais lumineux et chauds d’aube et de poussière emplissent le bureau alors que le soleil se lève derrière les fenêtres zébrées de papier collant…
« Inspecteur Minami ! »
– Tu as dit quelque chose ? » je demande.
Nishi secoue la tête. Nishi répond : « Non ».
Je regarde fixement le plafond. Rien ne bouge dans la lumière vive. Les ventilateurs sont arrêtés. Pas d’électricité. Les téléphones sont silencieux. Pas de lignes. Les toilettes sont bouchées. Pas d’eau. Rien…
« Kamagaya a été touché pendant la nuit, dit Nishi. On parle d’une fusillade au Palais…
– Donc je ne rêvais pas ? »
Je sors mon mouchoir. Il est vieux et sale. Je m’essuie à nouveau la nuque. Puis je m’essuie le visage. Et je fouille dans mes poches…
On distribue du cyanure de potassium aux femmes, aux enfants et aux vieillards, car il paraît que le récent remaniement ministériel annonce la fin de la guerre, la fin du Japon, la fin du monde…
Nishi montre une petite boîte et demande : « C’est ce que vous cherchez ? »
Je lui arrache la boîte de Muronal des mains. Je regarde son contenu. Suffisant. Je la fourre dans la poche de ma veste…
Sirènes et alertes pendant toute la nuit. Tokyo torride et noire, cachée et tremblante, nuit et jour : rumeurs de nouvelles armes, peur de nouvelles bombes, Hiroshima, puis Nagasaki. Tokyo ensuite…
Bombes qui signifient la fin du Japon, la fin du monde…
Pas de sommeil. Seulement des rêves. Pas de sommeil. Seulement des rêves…
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Videos de David Peace (15) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de David Peace
Le mercredi 20 juin 2018, la librairie Charybde (129 rue de Charenton 75012 Paris - www.charybde.fr ) avait la joie d'accueillir Thierry Corvoisier (éd. Rivages) et Sébastien Wespiser (éd. Agullo) en tant que libraires d'un soir.
Ils nous parlaient de :
1. Jim Harrison, "Dalva" (04:20) 2. François Médéline, "La politique du tumulte" (16:40) 3. Gregory McDonald, "Rafael, derniers jours" (24:01) 4. Grégory Nicolas, "Là où leurs mains se tiennent" (30:14) 5. Robert McLiam Wilson, "Eureka Street" (40:10) 6. François Guérif, "Du polar" (48:45) 7. David Peace, "Le quatuor du Yorkshire" (58:00) 8. David Peace, "Rouge ou mort" (1:01:51)
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