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EAN : 9782213631493
600 pages
Fayard (14/02/2007)
3.56/5   17 notes
Résumé :
4° de couverture :
(Edition source : Fayard - 02/2007)


Au début de 2007, alors que les deux principaux candidats déclarés à l'élection présidentielle font à peu près jeu égal, les Français s'interrogent : va-t-il oser se représenter ? Préférera-t-il se retirer sans donner aucune consigne de vote ? Apportera-t-il au candidat de la droite ultra-libérale un soutien assez chiche pour valoir celui que la corde apporte au pendu ? Sortira-t-il... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique

Journaliste de gauche, et décédé en juillet 2019 (2 mois avant la disparition de Jacques Chirac !), Pierre Péan s'était rendu célèbre en 1994 avec son livre sur les jeunes années de François Mitterrand : « Une jeunesse française : François Mitterrand (1934-1947) ». Il y révélait la complexité de cet homme de droite, qui a été soutenu par le collaborationniste Eugène Schueller (le fondateur de L'Oréal), qui a reçu la francisque des mains du Maréchal Pétain et qui s'est, « en même temps », engagé dans la Résistance, a fait carrière et a conquis le pouvoir avec les forces politiques de gauche.

Avec «L'inconnu de l'Elysée », Péan s'est attaqué fin 2006 à lever une partie du voile entourant l'ancien Président de la République (1995 – 2007). Chirac est alors très impopulaire et fortement contesté par « son fils spirituel », Nicolas Sarkozy. Agacé par le flot d'articles et de livres accablant alors Jacques Chirac, Pierre Péan a mené sa propre enquête et conduit une série de douze entretiens avec Jacques Chirac, au second semestre 2006, c'est-à-dire à la fin de son second mandat de Président. Comme avec Mitterrand, il en ressort le paradoxe d'un homme politique faisant sa carrière avec des idées souvent proches de celles du camp adverse. Et tout comme Mitterrand eut un choix difficile, crucial et historique à faire, en son temps (1983, choix de l'Europe, de la rigueur budgétaire et du maintien dans le SME), Chirac a été confronté au début de son premier mandat à un dilemme similaire (1995, choix de l'Euro et de la rigueur budgétaire). Les deux hommes ont dû faire des choix politiques allant souvent à l'encontre de leurs convictions profondes.

Pour les anti-chiraquiens, ce livre pourra sembler complaisant. Car sans éluder les principales critiques proférées contre Chirac (échec dans la lutte contre la fracture sociale, immobilisme, faiblesses des convictions, affaires liées à sa gestion à la Mairie de Paris, etc.), Pierre Péan admet quand même avoir été séduit par l'homme. Il met surtout en avant, et cela reste un marqueur de son action présidentielle, son opposition courageuse et lucide à la guerre menée par les Américains en Irak, en 2003. Une guerre qui a eu des conséquences catastrophiques.

Avec ce livre, le journaliste jette aussi quelques traits de lumière sur des facettes peu connues de Jacques Chirac : sa grande connaissance des cultures d'Asie (Chine et Japon, surtout), du monde arabe, mais aussi des arts d'Afrique et d'Amérique. Une anecdote est révélatrice du personnage : alors que l'Europe et l'Amérique décident de commémorer, en 1992, le 500e anniversaire des voyages de Christophe Colomb, des voix s'élèvent de par le monde, et notamment chez les Amérindiens, pour rappeler la catastrophe humanitaire qui a suivi la « découverte » du Nouveau Monde. Alors Maire de Paris, Jacques Chirac refuse de s'associer à cette célébration occidentale : « Je n'ai pas d'admiration pour ces hordes qui sont venues en Amérique pour détruire », raconte-t-il. Rebelle déjà, il organise à Paris une exposition sur les Taïnos, un « peuple prospère et pacifique » de la famille linguistique Arawak (cf. Carmen Bernand) qui accueillit les Européens. Avec ce tropisme de Jacques Chirac pour l'Orient et pour les arts premiers, on touche du doigt ce qui le différencie des autres responsables politiques ; « cette culture parallèle l'a maintenu à distance des élites médiatico-intellectuelles de notre pays ».

Et « en même temps », Jacques Chirac était resté très français, et cela reste pour moi le côté le plus admirable et fascinant de cet homme. A la fois proche de la province (il n'a jamais perdu ses racines corréziennes) comme de la capitale (Maire de Paris de 1977 à 1995). de même qu'il existe des villes-mondes, Jacques Chirac semble avoir incarné une espèce d'homme global, côtoyant aussi facilement les paysans du plateau de Millevaches que les riverains de la Seine, se régalant pareillement de charcuterie française, de bière mexicaine, de sushis japonais, et se projetant dans des univers intellectuels et culturels lointains, passant de l'homme premier préhistorique aux oeuvres de Pouchkine (à 20 ans, il a traduit Eugène Onéguine), de la poésie du Manyoshu aux bronzes chinois, des sumotoris aux statuettes dogon, de l'art bouddhique aux sculptures Chupícuaro de Méso-Amérique (emblème de son Musée du Quai Branly). Pour lui, il ne devait en effet exister aucune hiérarchie entre les cultures, et cette aptitude à combattre l'ethnocentrisme en incarnant toujours pleinement sa propre culture me séduit beaucoup.

Je n'en dis pas plus et vous encourage à découvrir un peu de cet « inconnu de l'Elysée », qui a fréquenté et habité nos palais nationaux (avec Matignon et la Mairie de Paris) pendant quelque 40 années, entre 1967 et 2007.

Face à la mondialisation qui « change la donne et nous oblige à évoluer radicalement », essayons de garder à l'esprit, en conclusion, ce qui doit constituer, selon Jacques Chirac, les axes d'action prioritaires de tout Président de la République : l'aide au développement des pays pauvres, la protection de l'environnement et le dialogue des cultures.

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La fin de la vie politique de Chirac ...les quelques mois de l'entrée deux tours avant le retrait de la vie politique de Jacques Chirac. Ce n'est pas un enième livre de plus sur l'homme politique si mal connu des Français mais un des premiers ouvrages à percer le mystère Chirac

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On y découvre un personnage intéressant, très cultivé mais qui reste “inconnu”.

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Citations et extraits (3) Ajouter une citation

- Est-ce qu'aujourd'hui encore vous avez peur de Le Pen ?

- Oui, il faut encore et toujours combattre M. Le Pen ou ses réincarnations. Il y a là un profond danger car on joue avec les instincts humains les plus bas. L'extrémisme doit être systématiquement combattu parce qu'il est porteur d'immenses périls. Et ce n'est pas parce que Le Pen disparaîtra que le danger disparaîtra avec lui.

[excipit du livre, début 2007]

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(...) je crois que le libéralisme porté aux extrêmes, tel qu'on prétend le pratiquer aujourd'hui, est un système idéologique et que, comme tout système idéologique, il est étranger à la réalité et aux aspirations des hommes.

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Je suis convaincu que le libéralisme et voué au même échec que le communisme, et qu'il conduira aux mêmes excès.

L'un comme l'autre sont des perversions de la pensée humaine.

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Videos de Pierre Péan (13) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Pierre Péan
Découvrez l'émission intégrale ici : https://www.web-tv-culture.com/emission/gregor-pean-la-seconde-vie-d-eva-braun-53160.html Voilà le premier livre de Gregor Péan. Et pourtant cet auteur a déjà une dizaine de titres à son actif. Comment donc ? Jusqu'à présent, c'est effectivement sous le nom de Jean Gregor que Gregor Péan était connu en librairie. Au décès de son père, le journaliste et enquêteur Pierre Péan, et ayant écrit lui-même un roman intitulé « le dernier livre de Jean Gregor », ce dernier a estimé qu'il était temps de reprendre sa véritable identité. Parmi ses précédents titres, « Transports en commun », « L'ami De Bono », « Femme seule devant sa glace » ou « L'ombre en soi », Gregor Péan témoigne d'un fort talent littéraire. Dans ses histoires, les personnages simples viennent se cogner aux mutations de la société, les silences font parfois plus de bruit que les longs discours, l'écriture audacieuse et franche ne laisse pas indifférent. Avec son nouveau roman « La seconde vie d'Eva Braun », Gregor Pean confirme cette aisance à aborder des thématiques inattendues avec un style qui lui est propre. Comme une uchronie, l'auteur invente donc un autre destin à la maîtresse d'Hitler. Et si celle-ci n'était pas morte dans le bunker du Führer en avril 1945, et si elle avait été exfiltrée et emprisonnée en Union soviétique, où une interprète la questionnait selon les bons vouloirs de Staline. Que serait-elle devenue ? Aurait-elle pris conscience du monstre qu'était celui dont elle partagea la vie ? Sur cette question, Gregor Péan construit un roman fascinant et dérangeant, à l'image de cette photo colorisée qui habille la couverture du livre. Eva Braun n'était-elle qu'une gentille idiote, telle que la Grande histoire l'a toujours présentée ? Ouvrant son récit comme une farce et imposant une gravité au fil des chapitres, Gregor Péan interpelle le lecteur, au propre comme au figuré, nous invitant à réfléchir sur les notions d'humanité et de culpabilité. Dans cette seconde vie, face aux outrages que subit Eva Braun dans sa geôle stalinienne, la rendant fragile, il nous pousse à nous attacher à elle. Mais peut-on et doit-on avoir de la compassion pour la femme du monstre ? Ce roman est fort, violent, déroutant, formidablement écrit. C'est un coup de coeur. « La seconde vie d'Eva Braun » est publié chez Robert Laffont.
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