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EAN : 9782070132096
272 pages
Éditeur : Gallimard (02/02/2011)

Note moyenne : 3.55/5 (sur 28 notes)
Résumé :

Prison de la Santé, 1913. Les survivants de la bande à Bonnot attendent leur jugement. Ils ont vingt ans et voulaient vivre sans entraves. Communautés, insoumission, végétarisme et fausse monnaie, ils ont pris les chemins de traverse qu'emprunteront, bien plus tard, d'autres enfants de la révolte. Traqués, au terme d'une fuite en avant sanglante, ils deviendront ces bandits tragiques qui feront trembler la France. Parmi ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (11) Voir plus Ajouter une critique
Kirsikka
  21 novembre 2015
Patrick Pécherot est un conteur qui sait rendre incroyablement vivants des époques et personnages disparus. A le lire, on s'étonne d'une connaissance aussi précise, les détails sont nombreux, on sent qu'il y a une recherche passionnée de tout ce qui rapporte aux sujets de ses livres. L'Homme à la carabine mélange les entretiens d'André Soudy avec son avocat, le récit des événements, des lettres, des « feuilles volantes » insérées ici ou là, il évoque Brassens, Colette, Léo Ferré, Boris Vian. Et jamais on ne se perd dans ce kaléidoscope, découpé comme un scénario de film, dont les scènes seraient tournées sans ordre chronologique. L'écriture est d'une poésie magnifique.
André Soudy a été un très jeune commis d'épicerie exploité par des patrons sans scrupule, il est rebelle, il a fait de la prison une première fois pour « outrage », puis pour un vol de sardines en boîtes, y est devenu « bacillaire ». Il fréquente la villa de Marie la belge, à Romainville, où se croisent ceux qui voulaient essayer tout, vivre libres, une communauté anarchiste où l'entraide est sacrée. Mais cette partie de la mouvance anarchiste-individualiste, adepte de la « reprise individuelle », dérive vers l'illégalisme, puis, avec l'arrivée de Jules Bonnot à Paris, vers les braquages, les cambriolages, les meurtres.
L'homme à la carabine est l'histoire d'un choix impossible, entre la soumission au travail abrutissant et la révolte qui mène à la prison ou à la guillotine. A l'innovation des braquages automobiles répond l'innovation des méthodes d'enquête policière, à la peur inspirée par la violence de la bande à Bonnot répond la violence des foules en colère, venues assister en masse aux sièges de Choisy-le-Roi puis de Nogent-sur-Marne, comme au spectacle.
C'est aussi le portrait touchant d'un jeune homme de vingt ans à l'humour gouailleur qui a déjà beaucoup vécu, qui parle aux animaux, est proche des enfants, déteste la cruauté, a été amoureux fou d'une femme qui l'a quitté pour un destin peu enviable, qui a lu, gambergé, et ne se laisse démonter par aucune question ou remarque, et qui n'a jamais tué personne.
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encoredunoir
  17 septembre 2019
Il y a quelque chose d'enfantin dans la photo d'André Soudy qui orne la couverture du roman de Patrick Pécherot. Dans la manière de tenir la carabine et de mettre en joue le photographe, dans le manteau trop grand. le regard de Soudy, pourtant, est sérieux. du genre à effrayer le chaland, ou plutôt sérieux comme un enfant qui joue à être Billy le Kid ? On comprend que cette image et les autres photos d'André Soudy qui illustrent ce livre, issues de la même série ou d'archives policières, aient fasciné Patrick Pécherot.
Qui est André Soudy, l'homme à la carabine de la bande à Bonnot, guillotiné à 21 ans un matin froid d'avril ? Et comme cet homme, ce gamin, qui penche la tête sur les photos, Patrick Pécherot aborde l'histoire de biais. À travers le destin d'André Soudy, enfant pauvre devenu à 11 ans garçon d'épicerie, condamné à la prison pour vol de sardines avant de rejoindre la bande à Bonnot, l'auteur fait non seulement le portrait sensible d'un gosse rétif à toute autorité et d'une sensibilité exacerbée, mais aussi d'un milieu et d'une époque, de ces anarchistes illégalistes et des bas-fonds parisiens.
Patrick Pécherot multiplie les angles de vue qui permettent de dresser une biographie non pas romancée mais à laquelle il confère une véritable émotion en se glissant dans la peau de l'homme à la carabine. On est donc tour à tour Soudy, à la première personne, Soudy dans le regard de Pécherot examinant les photos, des flics ou de ses complices, Soudy dans la postérité – et pour cela Patrick Pécherot peut convoquer Brassens, Calet ou Arletty.
En nous attachant à la personne de ce gamin rongé par la tuberculose, la syphilis, un amour déçu et l'injustice que la vie réserve à ceux qui ne sont pas nés du bon côté du manche, il offre un magnifique portrait d'un homme courant vers la mort avec tristesse et joie mêlées dans un monde injuste mais bien plus fort que lui et ses amis.
Ce roman en forme de patchwork servi par un travail toujours aussi exceptionnel sur la langue de la part de Patrick Pécherot se révèle tendre, violent, désabusé et ironique à la manière du testament d'André Soudy :
« Moi, Soudy, condamné à mort par les représentants de la vindicte sociale dénommée justice, considérant et attendu qu'il est de mon devoir de faire part au peuple conscient et organisé du détail de mes volontés dernières :
1° Je lègue à Monsieur Etienne, ministre de la Guerre, mes pinces-monseigneur, mes ouistitis et mes fausses clés pour l'aider à solutionner et à ouvrir la porte du militarisme par la loi de trois ans ;
2° Mes hémisphères cérébraux au doyen de la faculté de médecine ;
3° Au musée d'anthropologie, mon crâne et j'en ordonne l'exhibition au profit des soupes communistes ;
4° Mes cheveux au Syndicat de la coiffure et des travailleurs conscients et alcoolisés, lesquels cheveux seront mis en vente, dans le domaine public et ce, au bénéfice de la cause et de la solidarité ;
5° Enfin, je lègue à l'anarchie mon autographe afin que les prêtres et les apôtres de la philosophie puissent s'en servir au profit de leur cynique individualité. »

Lien : http://www.encoredunoir.com/..
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bollengc
  22 avril 2017
C'est à travers l'histoire d'André Soudy que l'on découvre la bande à Bonnot, bande de malfaiteurs anarchistes qui a semé le trouble dans les années 1910.
Le personnage principal, jeune et malade, est un garçon plutôt attachant. Malgré sa jeunesse, il a déjà un regard désabusé sur la société dans laquelle il vit.
Quelques photographies d'André Soudy viennent émailler le récit ainsi que quelques considérations personnelles de l'auteur. Ces photos servent de base pour mieux cerner cet individu complexe. Leur commentaire constitue le gros de la première partie qui décrit l'apogée de la bande à Bonnot. Dans ces passages, on se rend compte de l'attachement voire de la tendresse que l'auteur éprouve pour l'homme à la carabine. Quelques scènes où André Soudy parle à la première personne viennent compléter cette introduction. La suite du roman décrira le procès intenté à l'Homme à la carabine et à ses comparses, jusqu'à son dénouement mortel.
Le fil du roman est plutôt difficile à suivre car un certain nombre de personnages apparaît dès les premières pages, parfois appelés par leurs noms et/ou prénoms, parfois appelés par leurs surnoms. le fait que certains personnages portent le même nom ajoute encore à la confusion. La chronologie n'est pas linéaire. Une nouvelle page nous gratifie parfois d'un flashback (en italique dans le texte), suivie de la mention intérieur/extérieur jour/nuit qui rappelle un script de film. Loin d'être suffisantes à la compréhension, ces en-têtes nous préviennent juste que nous sommes face à une ellipse de temps et de lieu importante, et qu'il va falloir faire attention à tous les détails pour comprendre le contexte et les personnages impliqués dans l'action.
L'auteur s'attarde davantage sur l'idéologie du mouvement anarchiste que sur les faits qui lui sont reprochés. La dimension romantique de ce perdant magnifique (comme le décrit la quatrième de couverture) le fascine. Malheureusement pour le lecteur ignorant tout du sujet du roman, les crimes ne sont que très légèrement esquissés. On en apprend à peine assez pour se faire une idée de l'état d'esprit d'André Soudy quand il les commet.
La lecture de l'Homme à la carabine est difficile parce qu'elle suppose une connaissance importante de la bande à Bonnot. Malgré les morceaux de fiction introduits par l'auteur, celui-ci s'attache à rester le plus réaliste possible en utilisant même du vocabulaire désuet, qui n'aide pas à la compréhension de l'ouvrage. A l'évocation de certains lieux connus, on ne peut qu'admirer le travail de l'auteur pour restituer l'atmosphère de l'époque. Ces quelques passages où le contexte nous apparaît clairement rendent le reste du livre d'autant plus frustrant.
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IreneAdler
  09 février 2012
La bande à Bonnot vue à travers le regard du plus jeune, André Soudy. Enfant malheureux et miséreux, exploité par ses patrons succéssifs, tuberculeux, il rejoint la bande. Il est vite dépassé par ce qui se trame, mais préfère être en rebellion qu'en esclavage. Malade, il ne pourra fuir longtemps, ni résister comme ses camarades. Il sera exécuté.
Un livre qui m'a malgré tout beaucoup touché, surtout une fois fait le calcul ce l'âge de Soudy : il était plus jeune que moi au moment de son exécution. Pécherot ne le victimise pas, mais essaie de comprendre comment il a pu en arriver à rejoindre Bonnot.
Une lecture glaçante tout de même : j'y ai retrouvé des traits de notre société actuelle ; on comprend mieux pourquoi tant de jeunes basculent dans la violence.
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cathe
  19 septembre 2015
Dans les années 1910, la bande à Bonnet fait beaucoup parler d'elle. Parmi ses membres, André Soudy est le plus jeune. Malingre, tubard, émotif, c'est celui qui tenait la carabine sur la photo..
L'auteur a souhaité évoquer la bande à Bonnot en parlant plus précisément de Soudy. Texte libre, extraits de journaux et d'audience, références à des écrivains qui ont publié sur le sujet (Aragon, Colette, Boris Vian,...). Cet essai n'est ni un roman, ni une biographie, plutôt un puzzle dont on doit reconstituer les morceaux.
J'apprécie beaucoup Patrick Pécherot, aussi bien "Tranchecaille" que sa trilogie sur Paris parue en Série noire, c'est pourquoi j'ai immédiatement pris ce livre. Je dois dire que je me suis perdue dans ces chapitres qui, en ne voulant pas être linéaires, m'ont semblé bien labyrinthiques !
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
KirsikkaKirsikka   13 novembre 2015
Tu les regardes passer d'un oeil narquois, les bétaillères à besogneux. Miteux en gilets de laine, emmanchés de lustrine, poussiéreux, l'haleine lourde de la nuit mal chassée, la couenne grise et le poil gras. Ils ont des petits sacs pour leur petit fricot, des petites idées et de pauvres épaules. Il s'effilochent de bureaux en services. Il s'y dépiautent comme des oignons, peaux de bique, peaux de lapin. Elles pendent aux porte-manteaux comme aux crocs des tanneurs les bêtes écorchées. Il fait froid aux écritoires. Le soir au logis, on s'y collera des gouttes et des fumigations. Le petit père rentrera fourbu, courbatu, frissonnant. La tronche sous la serviette, il inhalera sa vapeur médicinale tandis que le potage frémit sur le réchaud. Il y aura de la buée sur les carreaux, des effluves de menthol mélangées au ragoût et de la fatigue en poids mort sur le dos.
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KirsikkaKirsikka   13 novembre 2015
Déambuler les mains dans les poches - pour une question de sustentation, il est nécessaire de les y enfouir - n'est pas sans effet sur la santé. Déviation du rachis, affaissement vertébral, ramollissement... Toute sa vie, Calet souffrira d'une aversion chronique à marcher au pas. Contraint de le faire, il s'en acquittera comme il pourra : sans conviction. Le vent lui portera des odeurs de chair à canon qu'il n'aimera pas. La médecine diagnostiquera un effet pernicieux de la déambulation : l'aberration olfactive. L'encyclopédie médicale la compare à une forme de daltonisme nasal. Elle porte ceux qui en sont atteints à de fâcheuses confusions. Chambrées, trains de soldats, troupeaux sont perçus comme ces senteurs annonciatrices d'orages qui font guetter l'abri.
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KirsikkaKirsikka   13 novembre 2015
La petite gloriole, on la voit différemment quand on joue sa peau. Tenez, le collègue de Caby qu'était venu l'escorter, il a foutu le camp fissa. "Mon malheureux camarade s'affaissa tout sanglant. Je courus chercher du renfort", il a dit ça aux enquêteurs. "Je courus", c'est du passé simple, non ? Le gars se tire les flûtes au passé simple... Chapeau. Il a la carapate grammaticale. Au présent, il devait surtout prier le ciel de pas le trouver, son renfort. Il aurait fallu qu'ils retournassent au feu. Il a eu raison de décarrer. S'il avait pas couru, avec son passé simple, il aurait écopé.
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PecosaPecosa   27 octobre 2012
Au bout de son fil accroché au veston, le monocle se balance comme un pendule. Bonnot a repris son arme:
"- Ecris! Ecris, nom de Dieu: "Nous brûlerons nos dernières cartouches sur les roussins et s'ils n'osent pas venir, nous saurons bien les trouver!" Voilà, signé: Jules Bonnot. Je veux lire ça dans la prochaine édition.
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YvPolYvPol   16 mai 2011
Prenez le tram à l'Opéra, passé la porte des Lilas, il vous mènera jusqu'à Romainville. Après les fortifications, vous longerez les carrières de gypse. Les cratères et le blanc crayeux comme une Voie lactée évoquent un décor de Méliès mais vous n'êtes pas sur la Lune, vous arrivez place Carnot. Descendez, à présent. Vous êtes rue de Bagnolet. Suivez-la. C'est une rue tranquille, avec ses maisonnettes et de petits immeubles. Le n°16 jouxte les établissements Renaud, meubles neufs et d'occasion. On y voit un pavillon à étages, d'assez belle allure. Poussez la grille, entrez dans le jardin. Il ressemble à ceux qu'on dit de curé mais vous n'y rencontrerez nul ecclésiastique. Quoique strictement végétariens, ceux qui vivent ici en font leur ordinaire. (p.41)
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Videos de Patrick Pécherot (16) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Patrick Pécherot
Rencontre avec Patrick Pécherot au Salon du livre d'expression populaire et de critique sociale 2018 à Arras, le 1er mai. Dernier roman : Hével. La Série Noire/Gallimard
Médiation : Tara Lennart Captation : Colères du Présent
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