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ISBN : 2070123472
Éditeur : Gallimard (06/11/2008)

Note moyenne : 3.71/5 (sur 83 notes)
Résumé :
Chemin des Dames, 1917, l'offensive du général Nivelle tourne à l'hécatombe. Dans l'enfer des combats, un conseil de guerre s'apprête à juger le soldat Jonas, accusé d'avoir assassiné son lieutenant. Devant l'officier chargé de le défendre défilent, comme des fantômes, les témoins harassés d'un drame qui les dépasse. Coupable ? Innocent ? Jonas est-il un simulateur ou un esprit simple ? Le capitaine Duparc n'a que quelques jours pour établir la vérité. Et découvrir ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (20) Voir plus Ajouter une critique
Crossroads
  22 décembre 2016
Le soldat Jonas n'aurait pas dû se rebeller face au lieutenant Landry, non, il n'aurait pas dû.
Son supérieur retrouvé assassiné, le voilà désormais emprisonné et accusé d'une bien vilaine forfaiture.
Son seul espoir réside alors en la perspicacité et la vélocité d'esprit du capitaine Duparc chargé de le défendre.
Un énième bouquin sur la grande guerre me direz-vous.
Nein !
Un contexte guerrier formidablement étayé, certes, mais avant tout le déroulé d'une enquête précise au suspense haletant.
A l'instar d'un bon vieux Columbo des familles, la sentence nous est balancée dès la toute première page mais peu n'importe, l'intérêt est ailleurs Scully.
Le dossier Jonas est lourd et complexe.
Balourd notoire ou simulateur de génie, la question se posera tout du long pour un lecteur abonné au cul entre deux chaises. Je préconise donc un long échauffement des petits, moyens et grands adducteurs avant d'entamer Tranchecaille, pensez-y.
Pécherot nous balade avec intelligence et sobriété tout en s'appuyant sur des faits historiques dantesques.
La condition des poilus en ces années de conflit nous donne une idée assez précise de l'enfer sur terre.
En construisant son récit comme un journal de bord compilant témoignages, courriers et interrogatoires, Pécherot nous plonge au coeur même de l'enquête tout en la rendant formidablement vivante.
Tranchecaille est assurément un grand bouquin noir à l'écriture hyper réaliste.
Vous savez ce qu'il vous reste à faire.
Et un, j'inspire et je fléchis, et deux, je garde le dos bien droit tout en maintenant les genoux à un angle approximatif de 90° perpendiculaire au méridien de Greenwich avant d'expirer, sans postillonner, durant la remontée.
Pas d'impasse sur l'échauffement, au risque de me répéter...
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Saiwhisper
  16 septembre 2016
Je vais être franche : je n'avais pas vraiment envie de lire ce roman de suite... Néanmoins, il allait peut-être faire partie du prochain club des lecteurs et il fallait que je prenne un peu d'avance dans ce genre de lectures... Finalement ? BOUM ! Une grosse claque ! J'ai adoré ! Ce mélange de "La peur" de Gabriel Chevallier et d'un roman policier m'a bouleversée. L'action se déroule en 1917, dans l'Aisne avec, évidemment, cette abominable bataille du Chemin des Dames. L'horreur de la guerre est très bien retranscrite que ce soit au niveau du front, des permissions, des scènes à l'infirmerie ou du quotidien des poilus. La Guerre vue sous tous les angles...
Cette enquête est menée d'une main de maître à travers divers chapitres qui sont en fait des lettres, des témoignages, des interrogatoires, des discussions ou des scènes rapportées. J'ai trouvé cela original. Ce ne sont pas de simples chapitres où la narration passe d'un personnage à un autre, mais bien des rapports, des échanges verbaux, des pièces qui constitueront le dossier de son enquête. Tout le monde donne son avis sur le soldat Jonas, alias "Tranchecaille". Un fainéant ? Un âne ? Un comédien qui joue le benêt ? Un homme mystérieux ? Un gosse au pantalon trop grand ? de la chair à canon parmi tant d'autres ? Un soldat au regard étrange ? Un assassin ? Chacun met son grain de sel. Hélas, le tribunal bientôt doit se réunir sur cette affaire afin de le déclarer ou non coupable Jonas. A-t-il tué son lieutenant ? Quelles vérités éclateront de cette sinistre affaire ? le capitaine Duparc tente de démêler ce sac de noeuds. Malheureusement, tandis que Jonas plaide son innocence, tout l'accuse... le jeune homme se montre également violent voire menteur... La menace du peloton d'exécution plane. Il ne reste plus beaucoup de temps...
On n'est pas au bout de nos surprises. Les pistes, jetées de-ci de-là, ne laissent rien deviner. Je suis tombée de haut plusieurs fois. J'ai douté. J'ai cru comprendre et détenir des réponses... Au fil des témoignages, on se rend compte qu'il y a une véritable intrigue et qu'elle est assez compliquée à résoudre. J'aime énormément les ouvrages où l'auteur balade son lecteur d'un coupable à un autre. Patrick Pécherot y est parvenu avec brio. Tout au long des pages, j'étais remplie de doutes et de questions. Mais la vérité ou la justice a-t-elle finalement son importance dans un tel univers où tout peut basculer du jour au lendemain sous les tirs ennemis ?
Je ne pensais pas que "Tranchecaille" me plairait autant, surtout avec une telle idée de récit. Mélanger le genre polar avec la Grande Guerre, il fallait oser ! Mais Patrick Pécherot s'en est sorti haut la main. Je m'en vais de suite conseiller cet ouvrage à quelques proches qui, je l'espère, apprécieront cette oeuvre même si le sujet n'est pas joyeux... Quant à vous, potentiels lecteurs, je ne peux que vous recommander ce livre "historico-policier" passionnant !

Lien : https://lespagesquitournent...
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ytsablog
  13 novembre 2015
Je ne sais pas vous, mais il me semble que notre tant aimée littérature noire peut parfois elle aussi se laisser aller à succomber aux mêmes chimères et aux mêmes artifices qui ont, depuis plus longtemps déjà, gangréné le cinéma et la télévision. La tendance au toujours plus : plus d'effets spéciaux, plus de scènes époustouflantes, plus d'action, plus de ceci et de cela et le tout en 3D, Imax avec sièges virbro-machins pour bien vous immerger dans l'action… Vous faire vivre le truc… Ou comment donner du relief à des scenarii épais comme les fameux sandwiches sncf de la chanson… En l'occurrence, dans le roman noir, cela se traduit par une surenchère dans l'horreur, les crimes se doivent d'être de plus en plus atroces, détaillés, oserais-je écrire : disséqués, jusqu'à la nausée, parfois même au mépris de toutes vraisemblance. Et les meurtriers se doivent d'être de plus en plus pervers, et en série bien sûr, parce que, méchant romanesque, si tu n'as pas tué plus de 10 personnes à la fin du 4ème chapitre… tu as raté ta vie de papier… Et l'histoire dans tout ça ? Aux abonnés absents, bien souvent.
Mais pas de ça ici. Bien au contraire. En lui même, le crime qui sert de point de départ à l'histoire de Patrick Pécherot est techniquement presque banal : arme blanche, un seul coup mais bien placé, dans le dos. le contexte l'est beaucoup moins. Parce que pour le coup, l'horreur est ailleurs. L'horreur est partout. A faire passer le crime en lui même, les crimes même puisqu'il est aussi question d'un autre meurtre entrainant le principal, pour de petites anecdotes sans importances. La pire boucherie de l'histoire de l'humanité, la pire saloperie jamais commise par l'homme qui n'en est pourtant pas avare. le massacre pur, simple, imbécile et criminel de la jeunesse européenne : la première guerre mondiale.
« Tranchecaille » est un polar à n'en point douter : il y a des crimes, des suspects, un meurtrier et une enquête finalement résolue… ou pas d'ailleurs si on oublie notre condition de lecteur omniscient. « Tranchecaille » est un roman noir aussi dans la composition magistrale des personnages avec leurs failles et leurs faiblesses que les horreurs de la guerre exacerbent. Mais « Tranchecaille » est aussi un excellent pamphlet anti-militariste.
En ces temps où l'on ne devrait commémorer que le souvenir du calvaire de ces millions d'hommes partis pourrir dans les tranchés par la volonté de quelques uns et l'incompétence criminelle de Généraux engoncés dans leurs certitudes, nombreux sont encore ceux qui osent nous parler de victoire, de patrie, de bons et de méchants. Ce livre est donc sans doute salutaire, à l'instar du « Putain de Guerre » de Tardy et Verney. En quelques 300 pages, et tout en déroulant avec habilité son intrigue policière, Patrick Pécherot nous livre aussi une vision complète et sans concession de ce qu'ont pu vivre tous ces soldats pendant ces 4 ans de folie meurtrière. Les conditions de vie inhumaine, la peur quotidienne, la mort omniprésente, l'entêtement des officiers, la propagande, la totale déconnexion entre les deux mondes, le militaire et le civil (extraordinairement résumé dans le personnage de Paul…) Et alors que l'on peut parfois clore un des Thrillers dont je parlais plus haut en se disant : « Il exagère », en parlant de l'auteur, là, je suis persuadé que Patrick Pécherot n'exagère en rien, au contraire, malgré tout son talent, il est sans doute encore en dessous de la réalité de ce qu'ils ont pu endurer. Mais qui pourrait comprendre vraiment, qui pourrait nous raconter vraiment, et surtout, est-il possible de comprendre ce que fût cette guerre quand même les contemporains qui ne la vivaient pas directement ne pouvaient pas, ne voulaient pas, l'appréhender dans toute sa vérité crue…
Ce livre est donc aussi l'histoire d'une double voir d'une triple injustice. Celle de voir un homme mourir pour un crime qu'il n'a pas commis d'abord. Celle de le voir condamné non pas pour ce crime d'ailleurs mais pour servir une cause qui n'en est déjà plus une en 1917. Jonas, le protagoniste n'étant au final que le représentant de ces milliers de malheureux qui furent fusillés pour l'exemple, atroce barbarie, crime de guerre à jamais impunis et dont les auteurs voient encore leurs noms sur des plaques de Rues, d'Avenues, de Boulevards. Là est la troisième injustice quand ceux qui le condamnent sont cent fois plus coupables que lui de crimes bien plus atroces.
La construction du roman, une suite de courts chapitres, peut paraitre décousue mais est en fait remarquablement agencée, nous menant habilement de détails en détails à l'image d'ensemble. le style est habile, précis, ciselé, changeant de mode en fonction du chapitre, du personnage qu'il met en scène ou de l'action qui s'y déroule. Il nous plonge encore plus dans l'histoire.
Un grand livre. A lire pour ajouter au plaisir de l'intrigue policière, l'intelligence d'une réflexion sans concession sur cette page noire de notre histoire.
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artemisia02
  23 juillet 2017
Roman très intéressant autour de l'histoire d'un pauvre poilu, Tranchecaille, accusé du meurtre de son lieutenant au cours d'une offensive au chemin des dames en 1917.
Cour martiale en urgence, organisation d'un pseudo procès mais est-il seulement coupable ou s'agit-il d' un exemple pour le reste des troupes.
L'avocat, un capitaine, aidé de son greffier, cherche la vérité. Cette quête permet à l'auteur de décrire la vie quotidienne des poilus dans les tranchées, les conséquences de certaines décisions prises en haut lieu, la vie d'un hôpital de guerre, la vie à l'arrière.
Un livre écrit avec un style très fort, un parler d'époque rendant plus poignantes les situations que vivent les personnages. Chacun fait ce qu'il peut avec ce qu'il a, vit et appréhende la guerre à sa façon.
Une belle galerie de personnages recouvrant une grande partie des personnes ayant participé à cette guerre, des personnages très bien travaillés.
Le livre ressemble à une course contre la montre dont on connaît l'issue dès le premier chapitre. Un livre triste, réaliste, à l'image de la première guerre mondiale.
Un roman à lire et à découvrir. Un premier et un dernier chapitres que l'on n'oublie pas.
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cathe
  17 août 2015
Chemin des Dames, 1917. L'armée française n'avance plus, le combat tourne en hécatombe. Les tranchées, la pluie, la fatigue, les morts quotidiens, les blessés mutilés et défigurés. Dans ce contexte, toute anicroche est mal vue par l'état-major. L'assassinat d'un lieutenant par un de ses camarades pendant le combat demande un bouc émissaire. Jonas sera celui-là. Un peu simple, un peu décalé, il s'empêtre dans son uniforme trop grand et ses questions naïves. Un jour qu'il réclame un uniforme à sa taille, le lieutenant lui propose de prendre celui d'un de ses camarades mort. Jonas refuse. L'incident en reste là mais quand le lieutenant est assassiné, il est immédiatement soupçonné. Surtout que le jour où il va à Paris, sa marraine de guerre est elle aussi assassinée. le capitaine Duparc est chargé de sa défense et il n'aura de cesse de rassembler tous les morceaux de puzzle en interrogeant, observant, argumentant.
Patrick Pécherot a construit son livre en juxtaposant dialogues, tranches de vie, extraits d'interrogatoire et courriers. L'ensemble donne une extraordinaire impression de vie et on en ressort très ému par cette plongée dans cette réalité sordide. C'est la vie dans les tranchées de 14-18 telle qu'on a pu la voir dans des films comme "Les sentiers de la gloire" ou "Le pantalon" (le thème du pantalon du mort est le thème central de ce film).
L'auteur réussit vraiment à donner vie aussi bien à Jonas et ses copains qu'à l'époque tout entière avec les réflexions des uns et des autres, militaires et civils, gradés et simples poilus. L'ensemble donne un livre magnifique qui dépasse le cadre du simple "polar". Donc ne vous laissez pas influencer par le classement de ce livre en Série noire et n'hésitez pas à le lire si le thème vous intéresse.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
GuylaineGuylaine   15 septembre 2013
J'ai plus mal.
J'ai perdu tant de sang.
Je suis vidé. Mon sac est léger.
J'ai plus mal et je fiche mon camp.
Dans les jardins d'mon père, les lilas sont fleuris...
Je rentre à la maison.
C'est moi, là.
Petit bonhomme qui part.
Loin... Loin...
Salut, les gars. Au revoir, à tertous !
Je mets les bouts.
Adieu les frangins.
Plus mal.
Plus de fusil.
Plus de sang.
C'est bien fini, et pour toujours, de cette guerre infâme.
Vous bilez pas. Laissez filer.
Je glisse entre vos doigts.
Je suis l'eau qui coule.
Doucement, doucement.
Vers la mer.
Doucement.
Je m'en retourne.
A la lumière...
...
...
...
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SaiwhisperSaiwhisper   14 septembre 2016
Dans le grand silence qu'est celui de l'aube, quand le canon a fermé sa gueule, les plaintes montaient de partout, comme si la terre geignait. Les infirmiers savaient plus où donner de la civière. Nous, on était moins pressés. Les mortibus ont pas le feu au derche. Dans ces moments-là, on ramasse ce qu'on peut, d'abord les moins amochés. Les morceaux, moi je les laisse. Chacun sa manière. J'en connais qui ramènent que les bouts, c'est moins lourd à charrier. Je discute pas, mais, un cadavre complet, ça fait mal au cœur de le laisser pourrir. Je voudrais pas qu'on abandonne ma carcasse toute seule. J'aurais l'impression de mourir deux fois. C'est idiot, non ? Et puis, sans être cul-bénit, on sait pas ce qu'il y a de l'autre côté. La résurrection de la chair et la vie éternelle, amen, tout ça vous trotte dans le ciboulot. On gamberge, on se dit qu'on a peut-être plus de chances de ressusciter entier... Dame, vous voyez un bras ou un tronc frapper chez saint Pierre ? Il serait bien emmerdé pour en faire quelque chose. Le paradis, c'est pas un magasin de pièces détachées.
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SaiwhisperSaiwhisper   13 septembre 2016
Le lieutenant, on l'a trouvé en ramassant les morts, Émile et moi. C'était pas beau à voir, là-dedans. Ils étaient trois dans le trou d'obus.
Emmêlés comme des pantins au fond d'une malle a dit Émile en les retournant.
Émile, il est marionnettiste, dans le civil. Vous savez, ainsi font, font, font... Ceux-là, ils avaient fini leurs trois petits tours. Les deux du dessous étaient déjà bien bouffés par les rats. Des gaillards gros et gras, dégueulasses, nourris à la chair de poilus. Ils s'en étaient donné à cœur joie, les saloperies...
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SaiwhisperSaiwhisper   14 septembre 2016
- Pilleur de tombe, à présent. Vous ne respectez donc rien ? Ni l'uniforme que vous portez, ni le repos des morts...
- ...
- Vous souriez ?
- Pardonnez, mon capitaine, c'est le repos des morts...
- Eh bien, qu'y a-t-il ?
- On s'occupe pas tant des vivants.
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voniovonio   07 août 2013
Les poilus ont bondi dans la tranchée allemande.Tu grimpes à ton tour. Tu es sorti du trou.Un élan, un bond ! On s'étripe. Feu ! Tirez ! Bout portant. Piquez ! Dans le mou ! C'est de l'abdomen, du ventre à choucroute. Tu touilles dedans. Pique encore. Perce. Pas de pitié. Pas de prisonnier. Rosalie fouille du bide. C'est bon, tas de salauds? Elle est plantée profond. Jusqu'au manche. Le canon, faudra qu'il rentre aussi. Je veux le voir sortir de l'autre côté. Han ! À la broche, mon poulet !
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