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EAN : 9782070249749
256 pages
Gallimard (09/06/1932)
3.6/5   40 notes
Résumé :
Première édition dans les Cahiers de la quinzaine en 1913, dans deux numéros. Edition dans la collection Blanche de Gallimard en 1932.

Cet essai est principalement une réflexion sur l'enseignement primaire et ce qu'il devrait être.

«Le modernisme est un système de complaisance. La liberté est un système de déférence. La liberté est un système de courage. La liberté est la vertu du pauvre.»
Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Fabinou7
  06 juin 2022
Je n'en veux pas tant à Charles Peguy de ne quasiment pas parler d'argent dans son livre “L'Argent”, qu'à la quatrième de couverture d'Editeur qui, par hypothèse après lecture complète du livre, laisse encore à penser qu'on va essentiellement parler d'argent…
“Ils ne pouvaient pas soupçonner qu'un temps venait, et qu'il était déjà là, et c'est précisément le temps moderne, où celui qui ne jouerait pas perdrait tout le temps, et encore plus sûrement que celui qui joue.”
Peguy est un original et le lire participe à la construction d'une opinion à 360°… Mais Charlie se laisse aller à un exercice d'équilibriste un peu cafouilleur, est-ce qu'il dénonce la pauvreté ? la misère ? Ou bien le fait que les pauvres ne soient plus sagement satisfaits de leur sort ? La faute aux so-cia-listes et Jaurès, ce diable bourgeois capitalise - pas le patron, pas les conservateurs contre l'abolition du travail des enfants de moins de douze ans, la baisse de la durée hebdomadaire du travail de 12h à 10h - Non Jaurès, assassiné pour avoir tenté d'empêcher la même guerre qui fauchera Peguy un an plus tard.
Ainsi Peguy reproche à la gauche d'encourager l'ouvrier à la glandouille : faut dire qu'une journée de travail de dix heures à l'usine c'est farniente pour Peguy, confortablement journaliste, qui rejoins par là le taylorisme le plus primaire…
Bon à ce stade, vous le voyez venir, grossier comme du pain d'orge, levée de rideau, le voici sans plus tarder le.. c'était mieux AVANT !
Il nous parle d'un temps, pas si reculé, où les gens étaient heureux de leur condition et où nul estomac ne gargouillait, aucun mineur de fond ne songeait à améliorer une condition séculaire, que dis-je millénaire… c'était trente ans avant 1913, ce paradis perdu ! Aujourd'hui nous dirions avant 1970… c'est ça qui est très pratique avec le “c'était mieux avant”… comme l'horizon, ligne imaginaire qui recule au fur et à mesure qu'on avance, il avance à mesure que les années passent, le paradis perdu est toujours à portée de souvenir d'enfance, il a l'odeur des confitures et du lait infantile…
Bon mais tout n'est pas à jeter, au contraire, on découvre aussi un Peguy moins décliniste que socialiste, étrangement beaucoup moins cité aujourd'hui … sans doute ses thuriféraires de droite libérale-conservatrice contemporaine, obsédés par l'immigration et le c'était mieux avant (eux), sont un peu gênés aux entournures que leur auteur fétiche, leur argument d'autorité dénonce sans ambages le creusement des inégalités économiques, souligne la séparation des humains en classes sociales antagonistes ou encore le mythe bourgeois de l'émancipation financière des masses laborieuses par le travail : “jamais on avait vu tant d'argent rouler pour le plaisir, et l'argent se refuser à ce point au travail. Et tant d'argent rouler pour le luxe et l'argent se refuser à ce point à la pauvreté.”
“Le parti politique socialiste est entièrement composé de bourgeois intellectuels”. Mais Peguy démasque aussi l'hypocrisie socialiste, soulignant déjà bien l'univers bourgeois dans lequel évolue des politiciens dits “de gauche” et très loin des réalités de ceux dont ils sollicitent un mandat en blanc.
Il y a une permanence désarçonnante dans les courants d'opinions qui traversent la presse française. L'embourgeoisement des idées, des moeurs, des comportements est déjà une réalité qu'observe Charles Peguy, à défaut de l'égalisation des comptes en banque, “tout le rêve de la démocratie est d'élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois” résumait déjà Gustave Flaubert !
Je n'en ai pas vraiment eu pour mon argent..mais qu'importe on ne peut pas reprocher à l'auteur de ne pas avoir écrit le livre qu'on voulait lire !
Qu'en pensez-vous ?
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Allantvers
  17 août 2020
Première rencontre avec Charles. Sans aller jusqu'au râteau, on peut dire que notre relation part un peu de travers avec ce texte intitulé L'argent qui ne parle pas d'argent, j'ai mis un temps fou à le comprendre et j'ai failli partir.
Mais c'est Charles quand même, ce Charles sur lequel il va bien falloir que je me fasse une opinion ( grand penseur? tradi confiné? progressiste raffiné?) et donc sortir de ma condition d'ignare patentée de son oeuvre.
"L'argent" ne m'y a pas vraiment aidé, tant j'ai peiné à trouver une ligne directrice au propos. Apologie d'un enseignement primaire hors de "l'étranglement économique" bourgeois, d'accord, mais pourquoi taper comme un sourd sur Jaurès?
Comment dire, tout au long du texte j'ai eu cette sensation étrange d'ouverture d'esprit et de sectarisme inextricablement mêlés dans une pelote d'idées que pour cette première approche je serais bien en peine de dénouer.
A suivre...
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JacquesBonhomme
  29 décembre 2019
Vous vous intéressez à la société, à l'école, à la politique ? Oui? Mais vous n'avez pas encore lu Péguy?
Alors stop. Posez tout. Ouvrez l'Argent. Et après on discute.
Il ne s'agit surtout pas d'être d'accord sur tout avec le Maître (son intelligence est excessive, c'est peut-être pour cela que Luchini avait monté un spectacle à partir de L'argent). Mais Péguy va vous aider à respirer. À pleins poumons. Comme lui-même a appris à respirer avec Monsieur Tonnelat, dans «cette jolie petite école dans un coin de la première cour de l'École Normale, à droite, en entrant [...]». C'est au 72 rue du Faubourg de Bourgogne, à Orléans. Et c'est toujours beau même si le bâtiment sert désormais d'INSPÉ.
Laissez Péguy vous emmener ailleurs - vous aider à penser en dehors - en nous léguant cette pensée d'un monde où «il n'y avait pas cet étranglement économique d'aujourd'hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n'y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort.»
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Jaures95
  31 mars 2020
L'argent est un bref (100p env) essai paru en 1913 dans la publication animée par C Peguy dont le propos est de glorifier l'éducation qu'il a reçu (laïque et religieuse) qui lui ont permis de sortir de la condition sociale de sa naissance. L'intention est louable. Mais l'auteur développement beaucoup sur le "c'était mieux avant" . On retrouve ces notions bien connues de dégénérescence du peuple qui aurait perdu les "vraies" valeurs (le travail bien fait ou... l'acceptation de sa condition) perverti par les élites bourgeoises (singulièrement de gauche). Tout celà a des relents d'idées qui vont faire fortune dans les décénnies suivantes. Bref, j'ai surtout eu l'impression de lire un pamphlet populiste assez traditionnel...bien écrit.
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lilianelafond
  11 septembre 2020
Publié en 1913 dans les Cahiers de la Quinzaine, L'Argent est l'un des essais où Charles Péguy exprime le plus ouvertement son rejet du monde moderne. Traitant de la réforme de l'école et de la guerre scolaire qui fait alors rage, de Jules Ferry et des hussards noirs — ces instituteurs publics de la IIIe République qui l'ont formé —, de Jean Jaurès et du Socialisme, de Charles Maurras et de l'Affaire Dreyfus, du travail artisanal bien fait et de l'ascenceur social, de l'Église et de la République, l'auteur de Notre jeunesse s'en prend violemment à une certaine France des bourgeois et des propriétaires, une France qu'il voit sombrer au tournant du XXe siècle dans l'esprit de lucre, la spéculation et la politique politicienne au détriment du partage des vraies richesses.
Lien : https://xn--rpubliquedeslett..
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Citations et extraits (33) Voir plus Ajouter une citation
ssabssab   26 septembre 2012
J’ai vu toute mon enfance rempailler des chaises exactement du même esprit et du même cœur, et de la même main, que ce même peuple avait taillé ses cathédrales.(...)
Ces ouvriers ne servaient pas. Ils travaillaient. Ils avaient un honneur, absolu, comme c’est le propre d’un honneur. Il fallait qu’un bâton de chaise fût bien fait. C’était entendu. C’était un primat. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le salaire ou moyennant le salaire. Il ne fallait pas qu’il fût bien fait pour le patron ni pour les connaisseurs ni pour les clients du patron. Il fallait qu’il fût bien fait lui-même, en lui-même, pour lui-même, dans son être même. Une tradition, venue, montée du plus profond de la race, une histoire, un absolu, un honneur voulait que ce bâton de chaise fût bien fait. Toute partie, dans la chaise, qui ne se voyait pas, était exactement aussi parfaitement faite que ce qu’on voyait. C’est le principe même des cathédrales.
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Fabinou7Fabinou7   14 mai 2021
“le Paris moderne où la population est coupée en deux classes si parfaitement séparées que jamais on avait vu tant d’argent rouler pour le plaisir, et l’argent se refuser à ce point au travail. Et tant d’argent rouler pour le luxe et l’argent se refuser à ce point à la pauvreté.”
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Erik35Erik35   30 août 2020
Nos jeunes maîtres étaient beaux comme des hussards noirs. Sveltes ; sévères ; sanglés. Sérieux, et un peu tremblants de leur précoce, de leur soudaine omnipotence. Un long pantalon noir, mais, je pense, avec un liséré violet. Le violet n'est pas seulement la couleur des évêques, il est aussi la couleur de l'enseignement primaire. Un gilet noir. Une longue redingote noire, bien noire, bien tombante, mais deux croisements de palmes violettes au-dessus du front. Cet uniforme civil était une sorte d'uniforme militaire encore plus sévère, encore plus militaire, étant un uniforme civique. Quelque chose, je pense, comme le fameux cadre noir de Saumur. Rien n'est beau comme un bel uniforme noir parmi les uniformes militaires. C'est la ligne elle-même. Et la sévérité. Porté par ces gamins qui étaient les enfants de la République. Par ces jeunes hussards de la République. Par ces nourrissons de la République. Par ces hussards noirs de la sévérité.
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enkidu_enkidu_   23 janvier 2021
Quand on dit le peuple, aujourd'hui, on fait de la littérature, et même une des plus basses, de la littérature électorale, politique, parlementaire. Il n'y a plus de peuple. Tout le monde est bourgeois. Puisque tout le monde lit son journal. Le peu qui restait de l'ancienne ou plutôt des anciennes aristocraties est devenu une basse bourgeoisie. L'ancienne aristocratie est devenue comme les autres une bourgeoisie d'argent. L'ancienne bourgeoisie est devenue une basse bourgeoisie, une bourgeoisie d'argent. Quant aux ouvriers ils n'ont plus qu'une idée, c'est de devenir des bourgeois. C'est même ce qu'ils nomment devenir socialistes. Il n'y a guère que les paysans qui soient restés profondément paysans.
[...]
De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, mais j'étais déjà indigne d'être de ce temps-là.) Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd'hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait.Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d'aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n'avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n'y avait pas cette espèce d'affreuse strangulation économique qui à présent d'année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien; on ne dépensait rien; et tout le monde vivait.

Il n'y avait pas cet étranglement économique d'aujourd'hui, cette strangulation scientifique, froide, rectangulaire, régulière, propre, nette, sans une bavure, implacable, sage, commune, constante, commode comme une vertu, où il n'y a rien à dire, et où celui qui est étranglé a si évidemment tort.

On ne saura jamais jusqu'où allait la décence et la justesse d'âme de ce peuple; une telle finesse, une telle culture profonde ne se retrouvera plus. Ni une telle finesse et précaution de parler. Ces gens-là eussent rougi de notre meilleur ton d'aujourd'hui, qui est le ton bourgeois. Et aujourd'hui tout le monde est bourgeois. (pp. 25 & 29-30)
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CornelioCornelio   24 mars 2019
Le croira-t-on, nous avons été nourris dans un peuple gai. Dans ce temps-là un chantier était un lieu de la terre où des hommes étaient heureux. Aujourd'hui un chantier est un lieu de la terre où des hommes récriminent, s'en veulent, se battent ; se tuent.
De mon temps tout le monde chantait. (Excepté moi, mais j'étais déjà indigne d'être de ce temps-là.) Dans la plupart des corps de métiers on chantait. Aujourd'hui on renâcle. Dans ce temps-là on ne gagnait pour ainsi dire rien. Les salaires étaient d'une bassesse dont on n'a pas idée. Et pourtant tout le monde bouffait. Il y avait dans les plus humbles maisons une sorte d'aisance dont on a perdu le souvenir. Au fond on ne comptait pas. Et on n'avait pas à compter. Et on pouvait élever des enfants. Et on en élevait. Il n'y avait pas cette espèce d'affreuse strangulation économique qui à présent d'année en année nous donne un tour de plus. On ne gagnait rien ; on ne dépensait rien ; et tout le monde vivait.
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Vidéo de Charles Péguy
Charles PÉGUY — Un siècle d'écrivains : 1873–1914 (DOCUMENTAIRE, 1995) L'émission "Un siècle d'écrivains", numéro 33, par Jean-Paul Fargier, diffusée le 16 août 1995 sur FR3.
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