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EAN : 9782246154525
260 pages
Éditeur : Grasset (24/05/1995)

Note moyenne : 4/5 (sur 11 notes)
Résumé :

Le commandant Godde est-il responsable de la noyade de ses deux cents passagers sur la route de New York? Ce récit poignant conduit, minute par minute, son interrogatoire mené par deux enquêteurs de la Marine, avec, en arrière-plan, les scènes du terrible naufrage. {Le Sel de la mer} (1954), drame chavirant, est un grand thriller maritime.

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Critiques, Analyses et Avis (4) Ajouter une critique
Polomarco
  21 septembre 2020
Le 10 février 1914, au milieu de l'Atlantique Nord, à mi-chemin entre les Açores et New York, le Canope, paquebot transportant 800 émigrants italiens de Naples à New York, se porte au secours d'un cargo qui a lancé un appel de détresse, en pleine tempête. Or, non seulement, le Canope arrive trop tard sur le lieu du naufrage, mais en se déroutant, il s'est mis en travers des lames ; ayant ainsi embarqué de l'eau, ses réserves de charbon sont devenues de la boue impropre à faire fonctionner les moteurs et il coule à son tour, coque intacte. le Commandant Godde est-il responsable de la noyade de deux-cents de ses passagers ? A-t-il commis une faute ? Et au-delà de la question de sa responsabilité, peut-il se remettre d'une telle tragédie ? 
Le sel de la mer est un ouvrage passionnant ! L'édition de 1966 en livre de poche regroupe en fait trois récits, qui forment un tout extraordinaire :
1. Capitaines de la Route de New York : le naufrage du Canope. 2. le sel de la mer : après la tempête en mer, la "tempête sous un crâne" ; lors de l'enquête préalable au procès, Godde explique les décisions qu'il a prises, heure par heure, et est interrogé sur celles qu'il n'a pas prises; une fois la lecture terminée, on comprend mieux ce que signifie l'expression "la solitude du chef". 3. Dieu te juge : quelques années plus tard, à l'occasion d'un nouveau commandement, et jusqu'à son dernier souffle, le Commandant Godde revit son procès et reste hanté par ces heures terribles et tragiques, entendant sans cesse en lui-même le reproche : "Godde, le capitaine qui a perdu son navire". On se gardera bien de révéler le dénouement, qui ne manque pas de grandeur.
Une fois habitué au vocabulaire maritime élémentaire (bâbord = gauche; tribord = droite; gaillard d'avant = pont à l'avant du bateau; dunette = pont à l'arrière du bateau; proue = avant; poupe = arrière; roulis = mouvement du bateau qui le fait "rouler" de droite à gauche et inversement; tangage = mouvement du bateau qui le fait pencher vers l'avant et vers l'arrière), on est prêt à appareiller pour la traversée de l'Atlantique Nord. Très vite, on est pris par l'histoire. le Canope, un navire maudit, dont toutes les compagnies se sont débarrassées pour le vendre au plus vite; ses maux inexplicables et redoutés : l'avarie de machine devant Beachy Head (page 106), le "roulis du diable" (page 92) subi dans le Golfe de Gascogne (page 106), à faire hurler à la mort les émigrants (page 87), la démarche du chef-mécanicien Charrel qui demande à Godde, le matin même, de surseoir à l'appareillage (page 82), le refus de Vox, commandant du Virginia venu au secours du Canope, de lui passer une remorque, de façon à ne pas mettre ses passagers en danger (page 100).
Et puis, en écho, Godde qui va se raccrocher, comme à des bouées de sauvetage, au fait que Derieu, son prédécesseur, était prêt à prendre la mer, que lui-même voulait assurer un voyage pour se faire une juste appréciation du Canope, que justement celui-ci s'était bien comporté jusqu'au déroutement vers le Marco Polo, que ce cargo en perdition justifiait que le Canope aille lui porter secours...
Roman magistral, le sel de la mer l'est à plus d'un titre. de la mer, il a l'immensité et la profondeur ; du sel, il a le goût et la saveur. Avec en toile de fond, le code maritime qui impose de porter assistance à toute personne en danger de se perdre, à condition que ce soit sans danger sérieux pour son propre navire... Un vrai suspense, haletant, oppressant. Des chapitres courts, eux-mêmes constitués de paragraphes courts. Une lecture rendue aisée, qu'on peut interrompre et reprendre. Pas de grande phrase, mais un scénario captivant qui vous saisit et ne vous lâche plus. Pour utiliser un terme actuel, je dirais addictif. Un thriller. Un chef d'oeuvre. A emporter sur une île déserte (pourvu qu'on ait la chance qu'un canot de sauvetage puisse nous y déposer !).
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raton-liseur
  15 mars 2013
Un autre de ces livres que je lis en fronçant les sourcils, signe chez moi d'une forte concentration. Un livre que j'ai lu en m'accrochant à chaque mot, à chaque phrase comme à une ligne de vie sur le pont de ce livre incessamment balayé par les embruns salés d'un océan Atlantique déchaîné.
Je croyais ouvrir un livre d'aventure léger, et je me suis trouvée embarquée dans une étude psychologique passionnante. Dans ce volume qui rassemble les trois tomes de cette histoire (Capitaines de la route de New York ; le sel de la mer et enfin Dieu te juge !), il n'est question que de naufrages. Je crois pouvoir dire sans déflorer l'histoire que le même naufrage est conté trois fois, dans un ressassement implacable de l'évènement.
Par une tempête sur la route de l'Europe au Nouveau Monde, au début de notre siècle (est-ce la même année que le Titanic a vu le jour et a aussi disparu ? c'est bien possible), un paquebot chargé d'immigrants fait naufrage dans la tempête, faisant deux cent morts après avoir tenté de sauver un autre navire en perdition. Ici, ce ne sont pas les exploits héroïques qui font tourner les pages, s'ils sont mentionnés, ils sont à peine évoqués, ce n'est pas de savoir qui survivra et qui perdra la vie qui font retenir son souffle. On sait tout cela dès les premières pages.
Ce qui est important, c'est de comprendre l'enchaînement des évènements, les raisons des prises de décision, comprendre si le drame aurait pu être évité et, aussi, la culpabilité de cet homme qui s'était retrouvé de façon inattendue à la tête de ce bateau quelques jours plus tôt et qui doit maintenant endosser la responsabilité d'un naufrage et de deux cent morts.
Je ne connaissais pas Edouard Peisson avant d'ouvrir ce livre, et c'est une très heureuse découverte que ce livre de mer atypique. Certes, de nombreux termes techniques sont employés, ce qui plaira aux adeptes du genre, mais l'enjeu psychologique du livre le rend intéressant bien au-delà de ce petit cercle restreint. Il y est question d'honneur, de responsabilité, de remord, de rédemption peut-être aussi, dans le style précis que l'on trouve souvent dans les romans de marine. En un mot, un superbe moment de lecture, plein de débats moraux et d'embruns salés.
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CeCedille
  06 juillet 2018
Au milieu de l'Atlantique, entre New-York et les Açores, le Canope, un paquebot "à trois tuyaux" à l'allure fringante mais au fonctionnement capricieux, se porte au secours du Marco-Polo, un cargo italien qui a lancé un message de détresse.
Dans la tempête, le Canope ne trouve pas le Marco-Polo et se trouve lui-même en difficulté. Deux autres paquebots viennent à son secours, sans pouvoir l'empêcher de sombrer sous leurs yeux. Il sauvent quelques centaines de naufragés, dont le capitaine Godde, du Canope.

La trilogie du Sel de la mer est l'histoire de ce capitaine Godde, qui, second sur le Canope, a dû remplacer au pied levé le capitaine victime d'une congestion cérébrale, et sur les ordres de sa compagnie a repris la mer sur un navire maudit, à l'instabilité légendaire, malgré les mises en garde du chef mécanicien. Fierté du nouveau promu, excès de confiance en soi, souci d'assurer sa carrière ? Ce professionnel scrupuleux, qui a pris la mesure de son navire, doit affronter la tempête et la demande de secours. Il choisit le devoir d'assistance plutôt que de la sécurité de son navire et de ses passagers. Son vain détour pour sauver le Marco-Polo sera la perte du Canope.

Toute la trilogie (Capitaines de la route de New York ; le sel de la mer ; Dieu te juge ) est la mise en scène des états d'âme du capitaine qui ne cesse de s'interroger sur le bien fondé de sa décision, à la lumière de la maxime ambigüe du droit maritime, qui conjugue contradictoirement le devoir d'assistance avec l'obligation d'assurer la sûreté du navire, laissant au seul capitaine la décision finale. Tempête sous un crâne ! le tout, sous le contrôle de la justice. Car, après instruction, le capitaine Godde est renvoyé devant le tribunal maritime commercial qui juge des fautes des marins.

On s'abstiendra de révéler la sentence et la fin de l'histoire, qui ne manquent pas de grandeur. Il faut inciter les amateurs de littérature maritime à goûter au "Sel de la mer". Ils y découvriront, s'il ne le connaissent déjà, Edouard Peisson, le "Conrad français". Marin et capitaine, comme le maître Joseph, il se retrouve sans embarquement après avoir servi sur le Lamoricière dont le naufrage a dû inspirer son récit. Il ne se contente pas de son emploi administratif à la préfecture de Marseille. Il écrit sur ce qui le passionne : la mer et les marins. Et y apporte non seulement sa science de la navigation, mais aussi une finesse psychologique peu commune. La navigation à vapeur est son domaine de prédilection, mais il évoque la marine à voile avec L'aigle de mer qui nous fait embarquer pour une mémorable chasse à la baleine.

Durant la guerre, Blaise Cendrars, recherché par la Gestapo, se réfugie à Aix-en-Provence. Il se lie d'amitié avec Édouard Peisson qui lui redonne le goût d'écrire. Il lui dédie L'Homme foudroyé qui commence par ces mots "Mon cher Edouard Peisson...".
Lien : https://diacritiques.blogspo..
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gill
  22 mars 2012
Le commandant Godde est-il responsable du naufrage de son paquebot et de la mort de deux cents passagers engloutis dans l'Atlantique nord ?
Peut-on lui reprocher d'avoir toujours agi avec la force, la grandeur et la faiblesse d'un homme ?
On savait Edouard Peisson grand romancier de la mer, on le découvre ici maître de suspense psychologique, explorant les bas-fonds d'une conscience déchirée par la volonté de puissance et par la charge de la culpabilité.
Ce roman est un livre fort et formidablement humain.
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Citations et extraits (7) Voir plus Ajouter une citation
gillgill   23 mars 2012
- Avant de commencer, Godde, dit le vieux capitaine au long cours Cernay qui en qualité d'ancien commandant avait été chargé, avec l'administrateur de la Marine Senanque et l'inspecteur de la Navigation Latouche, d'enquêter sur la perte du Canope, je voudrais vous poser une question. Une question tout à fait personnelle, ajouta-t-il avec une nuance d'hésitation.
- Je vous en prie, commandant.
- Êtes-vous de la famille de cet André Godde qui commandait l’Égyptien lorsque ce cargo disparut corps et biens au large des côtes du Portugal ? Il y a si longtemps ; peut-être n'en avez vous jamais entendu parler ?
- André Godde était mon père, commandant.
- Votre père ! Pas possible ! Quel âge aviez vous donc lorsqu'il s'est perdu ?
- Quinze ans, répondit l'ex-commandant du Canope. Et deux ans et demi plus tard j'embarquais comme pilotin à bord du Virginia...
(extrait du premier chapitre)
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raton-liseurraton-liseur   08 mai 2013
Il ne s’agissait pas d’arracher un aveu, de démasquer un coupable. Ils étaient convaincus et ils voulaient lui ouvrir les yeux. Et lui, Godde, il s’y refusait… s’y refusait. Il ne voulait pas qu’on lui ouvrît les yeux. Du moins, il s’efforçait d’en retarder le moment. Parce que, lorsqu’il aurait les yeux ouverts, ce serait… terrible.
(…)
Godde ne répondit pas. Peu à peu, les yeux ouverts, il pénétrait dans une nuit immense, une nuit qui ne finirait pas, dont il ne serait délivré que par la mort. Une nuit d’horreur, vibrante de gémissements, de cris, de malédictions hurlées.
(p. 312 et 314, Chapitre 6, Tome 2, ”Le sel de la mer”)
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PolomarcoPolomarco   19 septembre 2020
Vers la fin de l'après-midi, alors que les lames arrachaient du pont les derniers passagers, Charrel masqué de charbon, enrobé de suie noire, titubant de fatigue, s'était présenté à Godde qui, dans le moment, suivait angoissé la dramatique navigation sur l'eau truffée de corps noirs semblables à des têtes d'écueils, de la dernière baleinière, mal barrée, mal propulsée, se demandant si elle atteindrait le Virginia ou l'Asconia, ou si elle chavirerait avant.
"Commandant. La machine est évacuée. Tous mes hommes et mes officiers ont quitté le bord. Je m'en vais aussi, si vous le permettez."
Godde avait abaissé les jumelles et regardé dans les yeux le chef mécanicien qui aurait pu dire : "Godde, si vous m'aviez écouté à Naples !" mais qui se tenait presque humblement devant le maître du navire accablé par un si grand malheur (page 108).
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PolomarcoPolomarco   25 septembre 2020
Un après-midi, il est entré à deux heures dans un cabinet de l'inscription maritime. Il en est ressorti à sept. Je n'ai pas fait un pas, cloué sur place par... l'épouvante - il n'y a pas d'autre mot - qu'exprimaient son regard, ses traits, son attitude. Une femme que je n'avais pas remarquée s'est avancée. Sa femme. Sans prononcer un mot, elle l'a saisi par la main et l'a conduit comme on guide un aveugle. C'était hallucinant. Je les ai suivis jusqu'à leur porte. Puis, je suis rentré chez moi et je n'ai écrit qu'une note de quelques mots. Trois mois plus tard, à quelques jours de la déclaration de guerre, Godde se tenait debout devant les juges du tribunal maritime. Le palais de justice était noir de gens de mer (pages 351-352).
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CeCedilleCeCedille   06 juillet 2018
Du fond de sa mémoire avait surgi une phrase qui avait pris là sa pleine signification, qu'un professeur de droit maritime avait, un certain jour, longuement commentée pour lui et ses camarades : " Tout capitaine est tenu, autant qu'il le peut sans danger sérieux pour son navire son équipage et ses passagers, de porter assistance à toute personne, même ennemie, trouvée en mer en danger de se perdre
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