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Critique de Arakasi


Arakasi
  07 février 2013
Tout débute à l'aube du XVIIe siècle, dans un petit village des Vosges en Lorraine où une femme de paysan est accusée de sorcellerie. Hélas, la diablesse est enceinte et, comme chacun sait que brûler une femme grosse porte malheur, il faut bien lui sortir le moutard de gré ou de force du ventre. L'enfant naît donc en prison, sans un cri et le poing en avant, signe certain de possession démoniaque. Et c'est bien sous le signe du Malin que semblera se dérouler la vie du jeune Dolat « le fils du Diable » : enfui de Lorraine avec sa marraine Apolline – une noble dame dont il est tombé amoureux pour son plus grand malheur – il affrontera l'enfer de la guerre de trente ans, « trois enfers et une belle saloperie » comme le dit si bien un auteur qui m'est cher.

Un enfer qui ne semble pas prêt de prendre fin, puisque presque 400 ans plus tard, l'écrivain et journaliste Lazarre Grosdesmange, revenu dans son village natal (par le plus grand des hasards, le même que celui de Dolat) pour l'enterrement de sa mère, en subira encore les retombées. Quel étrange lien relie, par-delà le temps et l'Histoire, le petit paysan lorrain et l'écrivain contemporain ? C'est ce qu'il te reste à découvrir, ami lecteur ! Si tu en as le courage…

Ouf… Voici un roman qui n'a pas été une mince affaire à finir. Non qu'il ne soit pas excellent – il faudrait être de mauvaise foi pour dénier à « C'est ainsi que les hommes vivent » d'indubitables qualités : un style littéraire splendide quoique guère aisé (l'auteur empruntant de nombreux termes en ancien français dans la partie médiévale de son récit, procédé très immergeant mais qui demande un temps d'adaptation au lecteur), un contexte historique passionnant, une intrigue prenante, ainsi qu'un souffle épique incontestable. Mais, bon sang, que de noirceur ! Que de sordide ! 1 180 pages de buchers, de tortures, de pillages, de massacres, de viols… Sérieusement, « Les Piliers de la Terre » de Follett, c'est une excursion au pays des bisounours à côté.

J'ai beau avoir les nerfs assez solides en la matière, je dois avouer qu'au bout d'un certain temps, je commençais un peu à étouffer : enfin, monsieur Pelot, vous ne voudriez pas nous accorder une bouffée d'air de temps en temps ? Je ne dis pas un happy end, hein – ça, on a vite fait de comprendre que l'on peut faire une croix dessus – mais quelques respirations qui ne soient pas pestilentielles, une bouffée d'espoir peut-être ? Mais, non, monsieur Pelot ne veut pas, et à chaque pas, le lecteur s'enfonce un peu plus dans la boue, les déjections et le sang. Au point que l'on renferme le roman, satisfait de l'aventure, mais aussi avec un imperceptible soupir de soulagement et un « Ben, c'était vachement bien, mais je le relirai peut-être pas tout de suite »

Et on finit sur du Léo Ferré (et Aragon) dont la chanson « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? » me tourne dans la tête en boucle depuis que j'ai ouvert le roman. C'est fou comme un titre de bouquin peut réveiller des souvenirs inattendus… Il faut reconnaître qu'elle est des plus adaptées.

C'était un temps déraisonnable
On avait mis les morts à table
On faisait des châteaux de sable
On prenait les loups pour des chiens
Tout changeait de pôle et d'épaule
La pièce était-elle ou non drôle
Moi si j'y tenais mal mon rôle
C'était de n'y comprendre rien
Est-ce ainsi que les hommes vivent
Et leurs baisers au loin les suivent
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