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EAN : 9782378480240
342 pages
Éditeur : Camion Blanc (20/03/2018)
3/5   1 notes
Résumé :
Tel un Saturne affamé dévorant sa progéniture, le Rock a toujours aimé manger ses propres enfants et se nourrir de toutes sortes de mythes et de légendes pour mieux installer sa suprématie sur la jeunesse… Et vendre disques et t-shirts à l'effigie de ses héros soniques morts pour la cause. Ian Curtis, lui, n'avait pas forcément prévu de mourir à Macclesfield à 23 ans, et de faire l'objet d'un culte qui n'a eu de cesse de grandir près de quarante ans plus tard. Au-de... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (1) Ajouter une critique
YANCOU
  13 mai 2018
Je suis rentré dans ce livre à reculons car comme disait Susan Sontag : "Si je devais choisir entre les Doors et Dostoïevski, alors évidemment je choisirais Dostoïevski." Susan Sontag ajoute heureusement : "Mais dois-je choisir?" et dans les deux cas, elle a bien raison. On peut apprécier la littérature (domaine majeur) et la pop (considéré comme un domaine mineur). Greil Marcus en parle d'ailleurs dans son oeuvre, en expliquant que cette hiérarchisation dans l'art est une forme de censure qui empêche la libre expression de l'individu.
Alors oui, je me suis lancé avec un certain plaisir dans ce livre sur Joy Division, probablement le vingtième traitant de près ou de loin de ce groupe que j'aime tant, mais j'y suis entré à reculons, en effet,, car le souci majeur des ouvrages sur la musique (pop), c'est qu'on a affaire, le plus souvent, à un texte dont le déroulement basique et chronologique est souvent piètrement écrit, allongeant pour la forme des listes de noms d'artistes, de termes musicaux, de titres de chansons ou de disques, mais qui, dans le fond, ne dit pas grand chose sur la musique, sur l'écriture, sur la vie intime des compositeurs, des créateurs... les livres sur les musiciens sont, trop souvent, des livres sans littérature. Mais il y a des exceptions comme, par exemple, la superbe bio' de Nico (Femme fatale) de Serge Féray, ou, dans une moindre mesure, ce livre là : Joy Division, paroles de fans, publié tout récemment par Camion Blanc.
Dans une moindre mesure parce que la question, ou plutôt LES questions, qui se posent sont les suivantes : avons nous besoin d'un livre de plus sur Joy Division ? avons-nous réellement besoin d'amplifier le bruit autour du groupe lorsque le silence s'impose ? En 1995, avant internet, c'est le livre Joy Division, Histoire d'une vie, de Deborah Curtis (la veuve de Ian Curtis, le chanteur de Joy Division - mais si vous en êtes à ce stade de cet article ais-je réellement besoin de le noter?), qui fut LA référence pour tout (ou presque) apprendre sur ce groupe. Depuis, il y a eu des tonnes de livres sur ou autour de Joy Division, comme, par exemple, le sobre et bien pensé Fotoreportage23, de l'artiste photographe Katja Ruge, paru en 2007, un bel alliage de témoignages de proches du groupe, ou de musiciens d'aujourd'hui, avec de jolis portraits de ces derniers, des lettres manuscrites (celle de Anja Uwe, ex-chanteuse du groupe X-Mal Deutschland et maintenant plasticienne, est superbe - voire plus bas l'extrait que je reproduis) et des photos des lieux liés à l'histoire de Joy Division ou celle, plus intime, de Ian Curtis. Il y a eu les films 24 hours party people et Control, le documentaire de Grant Gee et, plus récemment encore, un livre contenant les écrits de Ian Curtis ; très beau livre où l'on pouvait notamment découvrir à quel point ce jeune homme passionné de musique était aussi un grand amateur de littérature, celle de Dostoïevski, Kafka ou encore Burroughs et Ballard. Et depuis 1995, internet a redistribué les cartes, participant à la création d'un revival post-punk en demi-teinte, suivi d'une marchandisation de l'image du groupe (particulièrement le fameux sonar utilisé sur la pochette du premier album : Unknown Pleasures, paru en juin 1979) puisqu'on peut en effet faire l'acquisition de t-shirts de Joy Division à... H&M.
Alors à quoi bon ce livre destiné à des fans qui savent probablement tout sur Joy Division ? le fondateur du label (post)punk ZickZack, Alfred Hilsberg, avait comme devise "Lieber Zuviel Als Zuwenig", mieux vaut trop que pas assez, et on va la garder cette devise. J'irais même jusqu'à dire qu'on en a en fait JAMAIS assez. En tout cas, malgré une syntaxe parfois bancale, des traductions hésitantes (l'entretien avec Mark Reeder est un bon exemple), le livre est une bonne surprise, une surprise même assez évidente pour la qualité des témoignages, souvent poignants, comme celui du photographe Philipe Carly, ou des musiciens Yves Royer (Guerre Froide) ou Richard 23 (Front 242), pour n'en citer que quelques uns.
C'est aussi un livre qui, dans le fond, questionne sur la mémoire (parfois sélective) des événements, mais aussi sur l'héritage artistique, le plagiat et la transmission. Au deux tiers du livre on a peut-être l'impression de relire un peu trop souvent les même témoignages, avec une forte prédominance d'un vocabulaire tournant toujours autour des mêmes expressions "noire", "intense", etc. à tel point qu'on se croirait dans une publicité pour du chocolat ("Joy, le chocolat noir intense qui te met en transe").
Pour ma part, j'aurais préféré à la dernière partie de témoignages de fans inconnus, qui n'apporte pas d'eau au moulin, que le livre se déplace du côté des arts plastiques (par exemple Francis Baudevin qui avait détourné la pochette de l'album Movement de New Order, elle-même un détournement d'un poster futuriste de Fortunato Depero, datant de 1932), de la littérature (le romanOeuvres Vives de Linda Lé, 2014, cite à plusieurs reprises Joy Division et traite de l'errance et du suicide), du journalisme (avec l'essayiste Michka Assayas), du cinéma aussi (l'utilisation géniale de No love lost au début du film Les Géants de Bouli Lanners, 2011), mais je m'égare peut-être en parlant du livre que j'aurais aimé lire au lieu de juger le livre que j'ai dans les mains...
Ces paroles de fans m'auront permis en tout cas de réécouter Colder et de réaliser à quel point c'est bien, de découvrir des nouveaux artistes influencés par Joy Division (Ono Scream, Holy Esque), de rire un bon coup en découvrant un groupe dont les membres ont découvert (et tout compris de) Joy Division lorsqu'ils avaient entre 7 et 9 ans (sic), et, surtout, de réécouter toute la compilation Heart & Soul de Joy Division et de confirmer cette sensation qui ne s'est jamais départie de moi que ce groupe n'est comme nul autre pareil et que Ian Curtis était un vrai poète (et un génie - allez).
Merci à l'auteur, j'imagine sans mal que plusieurs personnes n'ont jamais répondus au questionnaire, dommage, mais ça laisse ainsi présager un tome 2 avec les témoignages de Brendan Perry (Dead Can Dance), de Ivo-Watts Russell (du label 4ad), du chanteur Eric Cope (du groupe Glorious Din, littéralement obsédé par Ian Curtis), de Vini Reilly (Durutti Column), de Chrisophe Bourseiller (qui disait encore récemment qu'Atmosphere est la plus belle chanson du monde), d'Anton Corbijn, et la liste est trop longue et bien alléchante en tout cas.
J'y suis entré à reculons mais ressorti en dansant comme un poulet (les fans de Joy Division comprendront).
"As a band, Joy Division, opened a door to many of us - as a singer, Ian Curtis was part of this very special circle of individuals with strong egos, a longing, a gift that only a few artists have : that driving force called passion."
- Anja Uwe, Hambourg 2007
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