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EAN : 9782812602498
162 pages
Editions du Rouergue (01/08/2011)
3.91/5   262 notes
Résumé :
Deux sœurs se retrouvent une fin d’été en Haute-Saône afin de vider la maison de leurs grands-parents décédés. Catherine, la benjamine, s’est tenue loin de ce village. Pourtant, chaque coin de rue ou visage croisé fait surgir en elle des souvenirs précis et douloureux…
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Critiques, Analyses et Avis (94) Voir plus Ajouter une critique
3,91

sur 262 notes
PEPITE !

Comment vais-je arriver à rendre compte de ce roman qui m'a littéralement bouleversée, de ce roman qui saigne, qui sépare si bien le « bon côté du monde » du mauvais côté ? Comment atteindre le niveau impalpable de la conscience de la narratrice, qui « avait perdu le fil qui (la) tirait vers l'âge adulte » ?

Cette jeune fille de 16 ans passe les vacances, avec sa soeur un peu plus âgée, dans la maison de ses grands-parents située dans un petit village à la lisière des Vosges. Cet été-là est particulièrement chaud, accablant. La grande soeur, Angélique, ne pense qu'aux jeunes de la colo logeant un peu plus loin et au flirt. Mais notre Catherine, la sauvage, la décalée, n'est heureuse qu'au grenier où elle peut s'imprégner de l'esprit des choses ; et dans la nature, aussi, spontanée et irraisonnée. Toute la nature, des animaux aux plantes, de la rivière aux champs lui remplit le coeur. Et c'est au coeur de cette nature que LA rencontre s'amorce, et puis s'accomplit...

Et me voilà de nouveau confrontée à l'angoisse de ne pas bien rendre compte de l'état d'esprit de Catherine. Pourtant, je m'y suis retrouvée, je l'ai comprise, je l'ai « sentie ». Sa difficulté de s'intégrer à l'apparence de son époque (ah, les années 70 ... !), sa gaucherie et pourtant son mouvement naturel vers la vie, son amour du vrai sont décrits avec tellement d'aisance, sans artifice aucun que je me suis collée à elle. J'ai donc ressenti et sa joie et la blessure profonde qui l'a suivie peu après. Une blessure de prise de conscience. Et la honte qu'elle n'a pas bue. La honte qui est restée, qui s'est enfoncée en elle telle une écharde. « La vie est là, sous mes fenêtres, dans les prés, dans les bois. Une vie impensable, inacceptable, qui n'attend que moi, et dont je n'ai pas voulu ». Par honte. Par désir de se tourner du « bon côté » de la vie, du côté des « normaux ». « Apprendre la raison à grands coups de pied dans le coeur », on peut dire que cette phrase résume bien tout le propos du roman.

J'ai adoré ce roman sensible et pudique, touchant au plus intime de l'être, loin de ces leçons de développement personnel dont on nous abreuve dans la littérature. Rien n'est calculé, ici. C'est une belle leçon de vie, et je terminerai par une phrase d'Anne Percin, que je considère d'ores et déjà comme un très grand auteur, du même acabit que Geneviève Damas, un des mes écrivains fétiches :
« Tous les crève-coeurs de l'enfance sont des douleurs saignantes qui se referment et laissent des cicatrices. La sagesse n'est rien d'autre qu'un réseau de stigmates. »

INOUBLIABLE.
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Le mois d'août tire à sa fin. Sur la route qui la mène vers la maison de ses grands-parents, Catherine a un léger pincement au coeur. Elle a laissé de côté depuis quinze ans cet endroit, s'est mise à l'écart de sa famille, de sa soeur surtout. Depuis cet été-là, l'été de ses 16 ans...
Parce que leur grand-mère est décédée et qu'il faut maintenant vider la maison, Catherine et sa soeur aînée, Angélique, sont venues y passer quelques jours. Seules, le mari de cette dernière n'a pas tenu à l'accompagner. C'est dans cette maison qu'elle passait leurs vacances estivales, avec Pépé et Mémé. Maintenant qu'il faut trier, vider et jeter, ce sont tous les souvenirs pleins de poussière qui s'envolent et avec eux, cette envie de raconter à sa soeur aînée ce qui s'est passé. Lui révéler le drame qui s'est joué et dont elle n'est pas tout à fait responsable...
C'était le mois d'août, les deux soeurs avaient fait connaissance avec les jeunes de la colonie de vacances. Les sorties à la piscine, les boums organisées, les flirts rythmeront ces vacances qui seront marquées par la fin de l'adolescence et de l'innocence...

Deux soeurs adolescentes, une colonie de vacances qui a pris ses quartiers dans le village, les garçons pour qui elles se prennent d'affection et au milieu de tout ça, un drame. Catherine ne semble pas encore remise de tout ça et pourtant, comme pour se délivrer, lui enlever un poids, se convaincre qu'elle n'est sûrement pas la seule responsable, elle prend la parole dans ce roman où elle explique tout à son aînée. L'on est transporté dans cette déclaration tant on redoute ce qui s'est passé et ce qui a amené la jeune femme à couper les ponts avec ce village et sa famille. Elle ne peut s'empêcher de se comparer avec sa soeur tout au long du roman, cette soeur insouciante, frivole, tellement sûre d'elle-même et qui, à ses yeux, a réussi dans la vie. Anne Percin nous livre les émois de Catherine dans ce roman empli d'une poésie certaine et d'une grande sensibilité. L'on est plongé dans un monde d'insouciance et de fragilité pour tendre progressivement vers un monde plus acidulé et cruel. D'une écriture délicate et sensible, ce récit d'une grande justesse au ton mélancolique et doux-amer nous plonge dans les tourments de l'adolescence.

Le premier été... un dernier souvenir...
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C'est la gorge nouée que je termine cette lecture.
Il m'est difficile de parler ou d'écrire.
Que dire d'un texte bouleversant au ton si juste de bout en bout qu'il m'a souvent fait oublier que je lisais un roman et donné l'impression d'avoir sous les yeux le récit authentique d'une adolescente ?
Un récit sans artifice et terriblement troublant qui rend formidablement compte des multiples facettes de cette période difficile qu'est l'adolescence. Un monde à part, fragile et incertain.
François Truffaut a dit : "L'adolescence ne laisse un bon souvenir qu'aux adultes ayant mauvaise mémoire." Ma mémoire est excellente, et c'est sans doute l'une des raisons pour lesquelles ce livre m'a tant remuée.
Le récit est léger et drôle au début, même si l'on sent qu'un malaise diffus est là, tapi sournoisement, prêt à laisser la place à quelque chose de grave. J'ai trouvé certains passages très "cinématographiques" dans leur façon d'installer le mystère sans rien dévoiler, un peu à la façon du début du film Shining qui donne des frissons d'angoisse alors que le spectateur voit une simple voiture sur une route de montagne.
Puis on entre dans le vif du sujet, jusqu'à cette fin si terrible qui vous serre le coeur.
Tout y est : cette timidité des jeunes qui se cherchent, cette ambivalence de ceux qui veulent se faire remarquer tout en ne le voulant pas, cette gaucherie qui inhibe mais peut aussi rendre si cruel, cette peur viscérale du regard des autres et de leur jugement, ce besoin impérieux d'être accepté dans le groupe.
Le groupe ! Tellement important. Primordial ! Et à l'origine de comportements que l'on n'aurait sans doute pas eu individuellement.
J'ai dévoré ce livre sensible, sincère, qui fait du bien mais qui fait mal aussi : toute l'ambiguïté de l'adolescence est là, entre vulnérabilité et cruauté.
Un livre que je n'ai pas pu lâcher avant de l'avoir terminé.
J'ai fini bouleversée, le coeur en miettes.
Chapeau bas à Anne Percin qui a su faire naître en moi autant d'émotions !
Et merci à toi Cécile, dont la critique enflammée m'avait fait mettre ce titre sur ma liste !
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"Je vous parle d'un temps
Que les moins de vingt ans
Ne peuvent pas connaître ..."

Catherine, la trentaine, revient avec sa soeur Angélique dans la maison de leurs grands-parents décédés qu'elles doivent vider. Enfants puis adolescentes, les jeunes femmes y ont passé tous leurs étés. C'est donc une maison pleine de souvenirs qu'elles retrouvent, des bons mais aussi de très douloureux pour Catherine. Depuis 15 ans, la jeune femme garde pour elle des événements et des pensées qui l'étouffent. Il est temps pour elle de parler et de libérer son coeur.

Août 1986. A Sainte-Marie, en Haute-Saône, la chaleur est accablante. Catherine, 16 ans, est venue comme chaque année passer l'été chez ses grands-parents avec sa soeur aînée Angélique. Les journées sont immuables : ramassage des haricots le matin à la fraîche, sieste en début d'après-midi, puis direction la piscine sous sa coupole façon soucoupe volante. Les deux soeurs ne sont pas inconnues au village mais gardent toujours une certaine réserve avec les jeunes locaux. Mais cette année, le grand Antoine et son copain Jeannot, accompagnés de Kiki, semblent les accueillir plus volontiers dans leur bande. Surtout lorsque les jeunes de la colo débarquent. Face à ceux de la ville, il faut faire front. Très vite, Angélique flashe sur un jeune de la colo, au grand désespoir de Catherine qui cherche toujours le regard et l'attention de sa soeur. Les deux adolescentes semblent inexorablement s'éloigner, prenant chacune des chemins différents.

Le récit d'Anne Percin , en nous transportant dans une époque empreinte de nostalgie, celle des années 1980, revêt un parfum acidulé et coloré tout en nous plongeant dans une langueur sensuelle où les premiers émois du corps se font jour.

J'ai aimé replonger dans ces années que les jeunes d'aujourd'hui nous envient souvent : c'est le temps des boissons Tang, des pantalons bouffants et des combinaisons flashy Naf Naf. Madonna reste indétrônable au hit parade et Etienne Daho chante "Tombé pour la France". Les filles épluchent OK Magazine et Podium, à la recherche de toujours plus de tests amoureux. Les serviettes colorées s'étalent sur les pelouses de la piscine municipale où les adolescents s'essaient au jeu de la séduction. La bande-son qui accompagne la plupart des romans d'Anne Percin nous transporte définitivement dans cette époque révolue. Coup de coeur pour cette ambiance nostalgie qui parle à beaucoup d'entre nous.

Et puis il y a l'histoire de Catherine. Une histoire d'adieu à l'enfance et d'entrée cruelle dans le monde adulte. Un mélange de pureté, de passion, de cruauté, de tout cet ensemble d'émotions qui peuple nos premières fois. La tristesse de voir s'éloigner sa soeur, de ne plus être dans la même compréhension des choses et des gens. Les premiers désirs qui submergent tout, l'exploration des corps, de son corps. La découverte de la cruauté banale de gens banals à qui nous appartenons. La perte de l'innocence, des blessures qui s'ouvrent et se referment mais dont les cicatrices restent là, pour toujours.

C'est une histoire triste, sur un premier été que chacun a dû connaître dans différents aspects. On en ressort ému, chamboulé et ... définitivement triste.
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Catherine, la trentaine bien entamée, retourne avec sa soeur dans la maison de ses grands-parents décédés afin de la vider.
Elles y ont passé leurs vacances d'enfants et d'adolescentes en compagnie de leurs grands-parents.
Cela commence paisiblement, raconté avec une très belle écriture douce et sereine.
Toutefois, la présence d'une croix située en bord de route et longuement décrite nous fait présager une histoire plus lourde.
Le premier été, été de l'éveil de l'adolescence, nous est longuement raconté par Catherine, restée célibataire et solitaire. Sa soeur à qui elle s'adresse tout au long du livre en la tutoyant , est mariée avec des enfants.
Un drame vécu de près par Catherine existe bien, masqué par des faits qui semblent ne pas la concerner.
Sinon, les évènements racontés sont banals : une rivière, une piscine, une colonie de jeunes, la comédie de personnages joués, endossés pour se donner une contenance vis-à-vis des autres, pour se montrer, le bal du village en compagnie des grands-parents.
Si on s'attarde à l'écriture d'Anne Percin, à l'intensité des faits vécus par Catherine et à leur retentissement sur sa vie future, le roman se révèle d'un grand intérêt.
Si on reste sur la description des scènes quotidiennes, le roman perd un peu son charme et tirerait en longueur par moments.
Une lecture toute en nuance et une auteure pas commune.
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Citations et extraits (82) Voir plus Ajouter une citation
Ce n'est pas une tombe. Pas plus que ne le sont, sur le bord des nationales, les silhouettes noires découpées dans le métal, sur les sites des accidents meurtriers. C'est vide, ça ne contient rien, ça ne protège rien. C'est juste un lieu, une borne, un espace délimité pour fixer le souvenir du drame...
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J'ai créé des dépendances, des attentes. J'ai déçu. J'ai fait des promesses non tenues, dont j'ai conçu des remords, l'hiver venu, une fois revenue en ville. J'ai pleuré sur le sort de chatons que j'avais habitués à la tendresse, au confort.
J'ai fait des dégâts considérables.
On avait pourtant tenté de m'apprendre qu'il était plus sage et plus responsable de résister à la tendresse. Mais c'est une leçon difficile pour un enfant. (Actes Sud, collection Babel, août 2014, p.24)
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En vérité, je cherchais à comprendre : quelle place ça avait, ce que j'avais fait la veille ? Quel nom ça portait ? Coucher avec un type qu'on ne connaît pas, qui ne parle pas, dont on ignore jusqu'au nom ? Ni pour l'argent, ni à cause d'une menace, d'une promesse ou d'un pari. Coucher parce qu'on en a envie, parce qu'il ne demande rien. Parce qu'il est beau, qu'on dirait que son corps est fait pour ça - et le nôtre aussi, pourquoi pas ? Parce qu'il a des yeux d'ombre, une pomme d'Adam grosse comme un oeuf, une peau qui a l'odeur du foin et la couleur du feu, un sourire de chat.
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Ça simplifie tellement les choses, me suis-je dit, quand on sait exactement ce qu'il faut faire! Il n'y a pas d'impair, pas de brutalité, pas d'erreur, tout tombe juste, on fait ce qu'il faut quand il faut, les autres même peuvent regarder, c'est comme un spectacle.
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Je crois que ce que je ressentais, c'était de la haine. C'est difficile à expliquer, je ne saurais même pas dire contre qui elle était dirigée. C'était une haine lasse, fatiguée, impuissante. Elle affectait tout le genre humain, moi y compris. Je croyais voir tout au fond la vraie nature de l'homme. La mesquinerie, l'égoïsme, le conformisme, la peur de l'autre, le tout étalé en un mélange impur, une vase, une boue, enseveli sous un vernis de politesse qui n'est qu'une cruauté déguisée. Chacun était convaincu d'être dans son bon droit, du bon côté de la vie. Mais, je le savais désormais, il n'y avait pas de bon côté. Et je savais aussi que je n'échapperais pas à cette fatalité. Sans le savoir, j'avais déjà glissé du côté où les hommes se croient sauvés : du côté de la raison, de la morale, de la normalité.
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Videos de Anne Percin (19) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Anne Percin
Bande annonce du téléfilm réalisé par Yann Samuell, avec Emilie Dequenne, Lorette Nyssen et Jérôme Robart d'après le roman d'Anne Percin.
Diffusion sur France 2, mecredi 13 février 2019 à 21 h
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