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ISBN : 2070374130
Éditeur : Gallimard (02/11/1982)

Note moyenne : 3.73/5 (sur 248 notes)
Résumé :
De temps à autre, il est bon qu'un poète, que n'effraie pas l'air raréfié des cimes, ose s'élever au-dessus du vulgaire pour, dans un souffle épique, exalter notre aujourd'hui.

Car ne nous y trompons pas : ces courageux jeunes gens qui, au plus fort de la guerre, ont tout tenté (en vain, hélas !) pour éviter l'enfer algérien à un jeune militaire qui criait grâce, ce sont les vrais successeurs d'Ajax et d'Achille, d'Hercule et de Télémaque, des Argona... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (21) Voir plus Ajouter une critique
ClaireG
  25 octobre 2015
Une pépite !
Georges Perec adore jouer avec les mots. C'est parce qu'il les connaît bien qu'il s'amuse avec les figures de style, les néologismes et les métaphores.
L'histoire tient en deux lignes mais l'auteur arrive à l'étirer sur 119 pages parfois hilarantes, en tout cas burlesques.
Une bande de copains se donne pour mission de faire réformer un pote de leur pote pour qu'il ne parte pas crapahuter dans les djebels de Sidi-Belles-Abbesses (sic). Leur pote, après sa journée réglementaire, circule sur un petit vélomoteur pétaradant (à guidon chromé) entre la caserne de son pote et l'appartement de ses potes qui ne connaissent pas son pote.
Son pote s'appelle Karatruc, ou chose ou Karamel ou Karalélipipède, bref, un nom indéfinissable un peu comme la Castafiore qui écorche sans arrêt le nom du capitaine Haddock.
Perec ne s'encombre ni de syntaxe, ni de grammaire et encore moins de concordance des temps. Il s'agite, il répète, il embobine, il embrouille, il ajoute, il asticote, il part, il revient, il repart. C'est très drôle et on se prend à son jeu avec une bonne humeur contagieuse.
Une liste des figures de style utilisées (ou non) dans l'opus, clôt cette partie de rigolade en s'arrêtant toutefois après le "p" pour éviter la méningite au lecteur qui se gondole.
Lisez-le et offrez-le, tout le monde aura la banane.
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Piatka
  16 janvier 2014
Autant vous prévenir tout de suite : ce court roman paru en 1966 est inclassable, fantaisiste, répétitif, allumé, poétique, malicieux, inventif, corrosif, génial et...totalement inutile ! Mais que c'est drôle et imprévisible, une parenthèse, un chemin de traverse, en dehors des chemins balisés de la littérature. Préfacé avec tendresse, je trouve, par Richard Bohringer.
Bref, on aime ou on n'aime pas !
Bien sûr, il y a une trame principale, un prétexte à semer " des fleurs et ornements rhétoriques, et, plus précisément, des métaboles et des parataxes que l'auteur croit avoir identifiées dans le texte qu'on vient de lire. ", autrement dit une quantité incalculable de figures de style répertoriées par l'auteur lui-même dans un index en fin d'ouvrage.
Très synthétiquement, pendant la guerre d'Algérie, un groupe de jeunes gens s'ingénient à trouver une solution pour faire réformer un de leur camarade engagé. Mais cela ne suffit évidemment pas à résumer l'état d'esprit de cette pure fantaisie littéraire, deuxième roman de Georges Perec, membre il ne faut pas l'oublier de L'Oulipo - OUvroir de LIttérature POtentielle - ce groupe international de littéraires et de mathématiciens fondé en 1961 que R. Queneau définissait comme des " rats qui construisent eux-mêmes le labyrinthe dont ils se proposent de sortir ".
" Un club de liberté. Liberté d'écrire, liberté de créer "comme le nomme Bohringer dans sa préface.
C'est typiquement le genre de livre qui résiste bien au-delà d'une première lecture, dont on n'épuise pas le contenu si facilement. Comme une balade en montagne ou en forêt que l'on affectionne, on y revient avec plaisir pour découvrir d'autres points de vue, d'autres figures de style savoureuses.
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Yassleo
  20 avril 2016
En exclusivité exclusive : de la naissance d'une oeuvre ou quand le couple Perec passe à table. Action.
- Georges, as-tu une idée pour ton prochain livre?
- Justement Marie-Jo, j'y pensais. Je m'ennuie dans l'écriture. J'aimerais désormais me rajouter quelques contraintes.
- Euh... Mais... Ce n'est pas assez compliqué déjà d'écrire sans contrainte?
- Ce n'est pas faux... Quoique : premier roman, prix Renaudot. Tranquille Emile, les doigts dans le nez René. Mais j'aime les challenges. Beaucoup plus excitant et enrichissant d'avoir un cadre à respecter.
- Mais quand tu dis "contraintes", tu veux dire contrainte comme "je n'utilise aucun e dans mon roman" par exemple?
- ...
- Georges?
- Pardon. Je réfléchissais à ton histoire de disparition du e. Ça se tente... Bref. Non, là je pensais plutôt écrire un roman en y insérant tout ce qu'on compte de figures de style.
- Ah oui rien que ça... Tu réalises que tu vas faire fuir tes lecteurs?! Car à part l'oxymore et la litote, les figures de rhétorique, c'est du costaud à détecter... le lecteur lambda sera peut-être limité pour comprendre l'astuce, non?
- Arrête de prendre mon lecteur pour ce qu'il n'est peut-être pas. Puis je lui mettrai un lexique à la fin. Au kazoo. Enfin, juste quelques notes, histoire de lui montrer la voix. Au-delà d'un mètre soixante dix, ils sont grands, ils se débrouilleront. Et je ne vais pas caser de l'anacoluthe et du zeugme à tout-va non plus. Ce sera aussi plein d'humour, de jeux de mots, rassure toi, je vais éviter le relou.
- Relou...?
- Lourd à l'envers. Ça n'existe pas je sais, mais je voulais essayer un nouveau truc.
- Ok le créateur. Mais ce n'est que ton deuxième roman, penses-y! le Renaudot t'a rudement retourné, rien à rajouter le rhétoricien?
- Wow... Mon modeste palindrome ne vaut ton tautogramme.
- Toto qui?
- Laisse tomber le tautogramme, mais pas le plat, merci.
- Tu es relou Georges... Et sinon, il va parler de quoi ton roman? Parce que c'est pas le tout de mettre Anna Biloute et ses oeufs, faut une histoire.
- Anacoluthe et zeugme. Bon, je pensais à pondre un truc sur la guerre. Mais avec une écrasante légèreté tu vois. Juste pour montrer cette connerie d'envoyer de braves types qui préfèrent dormir plutôt que partir et revenir avec deux trous rouges sur le côté droit.
- Pourquoi pas. Tu as des idées?
- Oui, je pensais créer un gars dont personne ne retiendrait le nom. Genre Karabistouille, Karaoké ou quelque chose approchant, qui cherche à tout pris à échapper à l'enrôlement pour l'Algérie.
- Mmm... Peut-être risqué le sujet. T'as intérêt à marcher sur des zeugmes..! Mdr!
- Mdr?
- Acronyme pour mort de rire. Ça n'existe pas je sais, mais tu me donnes envie d'essayer de nouveaux trucs. Et sinon, il ne se sentira pas un peu seul ton Karamachin là?
- Non, je vais lui coller un margis et sa bande de potes pour l'aider à se faire réformer.
- Un mar-quoi?
- Margis. Mot-valise. Contraction de maréchal des logis si tu préfères.
- Curieusement je préfère oui... Ça ne va pas être simple à repérer tes trucs stylés vu comme ça...
- Mais ce sera justement tout l'intérêt de l'oeuvre! le lecteur, s'il le souhaite, devra lire et relire, chercher, fureter, fouiner, farfouiller! Décortiquer chaque phrase, analyser chaque mot! Une lecture infinie avec toujours de nouvelles découvertes! Tu imagines le potentiel littéraire? Digne de l'Ouvroir. (Il serait temps que je contacte Raymond moi). Et ils pourront même l'utiliser au collège pour apprendre les figures de rhétorique! du pain béni pour les jeûnes.
- Mouais... Je parie qu'ils ne retiendront quand même que la litote et l'oxymore tes collégiens. Et tu as déjà trouvé un titre?
- Non, j'expire là. Mais j'attends l'inspiration. Allez suffit, à table maintenant.
- Y a pas de figure là?
- Je meurs de faim si tu préfères.
- Très bien, alors à table. Mais s'il te plaît, avant de dîner, tu peux aller ranger ton vélo à guidon chromé au fond de la cour?
- ...
- Georges?
- Je viens de l'avoir.
- Tu as vu qui?
- L'inspiration.
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Herve-Lionel
  11 avril 2014
N°486– Décembre 2010.
Quel petit vélo à guidon chromé au fond de la cour ? Georges Perec* - Denoël.
Il est des livres qu'on apprécie pour l'histoire qu'ils racontent, parce qu'elle est émouvante ou simplement ordinaire, d'autres retiennent notre attention par leur côté déjanté.
Ici l'idée consiste pour quelques copains, dont le narrateur, de tenter de faire réformer en l'estropiant un de leur camarade, « Un mec qui s'appelait Karamanlis ou quelque chose comme ça : Karawo? Karawasch ? Karacouvé ? Enfin bref Karatruc... [son nom variera d'ailleurs beaucoup au cours du récit et on ne manquera pas de remarquer qu'il en change beaucoup plus souvent que de chemise !] deuxième classe dans un régiment du Train à Vincennes depuis quatorze mois», qui ne veut pas aller en Algérie pour y faire la guerre.
Ils bénéficient du concours actif et amical de « Henri Pollack soi-même, maréchal des Logis ... qui menait une double vie : tant que brillait le soleil, il vaquait à ses occupations margistiques... mais quand sonne la demi de dix huit heures... il regagnait son Montparnasse natal où c'est qu'il avait sa bien-aimée, sa piaule, ses potes et ses chers bouquins ». C'est que notre ami, subséquemment appelé du contingent, s'ennuie ferme au Fort Neuf de Vincennes, dans « ce Bon Dieu de Bon Dieu de Saloperie de Service Militaire ». Contrairement aux gradés de carrière, il est plutôt sympathique et bien vu, la preuve, les hommes du rang « l'ovationnait de divers cris d'oiseaux » au lieu de le saluer réglementairement. Il chevauche, pour se rendre à Montparnasse, un vélomoteur pétaradant dont le guidon est chromé.
C'est en tout cas l'occasion, pour l'auteur pas vraiment militariste, de dénoncer les méthodes d'enrôlement que, évidemment, il réprouve. Il le fait avec le talent que nous lui connaissons et dans une manière qui n'aurait certainement pas déplu à Boris Vian [à qui un discret hommage est rendu sous la forme d'un nom de rue], un autre grand contestataire de la chose militaire, un autre auteur talentueux dont les oeuvres qui ne vieillissent décidément pas méritent, elles aussi, de figurer dans les anthologies de la littérature française.
Le titre de ce « récit épique et en prose agrémenté d'ornements versifiés » s'interroge sur ce que fait un petit vélo au fond d'une cour. le livre refermé, le lecteur demeure dubitatif... La parenté avec Vian est plus qu' évidente, lui qui nous a gratifié d'un roman intitulé « L'automne à Pékin » dont la caractéristique est de ne se dérouler ni en automne ni à Pékin !
Un livre est toujours pour Perec un exercice de style avec des contraintes qui nourrissent sa créativité. En en bon littéraire et en virtuose de l'écriture, il égrène les figures de rhétorique comme l'apophtegme, l'anaphore, l'hypotypose... et pour que son lecteur n'en ignore rien et les savoure comme il convient, il les liste lui-même à la fin de cet ouvrage avec les référence aux pages pour une illustration plus complète ! C'est aussi une autre manière de faire de la pédagogie mais si vous préférez la cuisine, vous pourrez toujours vous essayer à la recette du riz aux olives.
J'ai aimé lire et relire, pour le plaisir et surtout à haute voix, les pages de ce petit livre, à cause aussi des digressions et des parenthèses qui enrichissent le texte... On sent qu'il écrit avec délectation, jubilation et délire. Cela donne une véritable musique agréable à l'oreille. L'humour qui est présent à chaque ligne m'a en tout cas bien fait rire. Cela a été pour moi un bon moment de lecture.
Perec en profite pour violer un peu la langue, mais c'est plutôt bien puisqu'il lui fait, selon l'expression désormais consacrée, de beaux enfants ! Après tout c'est rassurant que « de temps à autres, un poète que n'effraie pas l'air raréfié des cimes, ose s'élever au-dessus du vulgaire pour, dans un souffle épique, exalter notre Aujourd'hui ». Quand ce poète se nomme Perec, le plaisir de lire et d'être ailleurs est toujours un enchantement pour le lecteur.
* Georges PEREC (1936-1982) – Membre du mouvement Oulipo - Prix Renaudot 1965 pour « les Choses »– Prix Médecis 1978 pour « La vie mode d'emploi ».

©Hervé GAUTIER – Décembre 2010.http://hervegautier.e-monsite.com
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sylvaine
  01 septembre 2019
Pénétrer dans l'univers de Georges Perec c'est partir en voyage au pays des mots, de la langue française. C'est rester bouche-bée , c'est se dire il a osé;C'est sourire devant l'incongru c'est aussi verser une larme sur tous ceux qui... nous sommes à la fin de la guerre d'Algérie.
Quel plaisir de vous lire à nouveau Mr Perec! Il y a si longtemps que je ne vous avais rendu visite mais promis je reviens vous lire très vite.
Un texte à lire et surement à relire.
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Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
NicolasFJNicolasFJ   29 mars 2012
C'était un mec, il s'appelait Karamanlis, ou quelque chose comme ça : Karawo ? Karawasch ? Karacouvé ? Enfin bref, Karatruc. En tout cas, un nom peu banal, un nom qui vous disait quelque chose, qu'on n'oubliait pas facilement. C'aurait pu être un abstrait arménien de l'Ecole de Paris, un catcheur bulgare, une grosse légume de Macédoine, enfin un type de ces coins-là, un Balkanique, un Yoghourtophage, un Slavophile, un Turc. Mais, pour l'heure, c'était bel et bien un militaire, deuxième classe dans un régiment du train, à Vincennes, depuis quatorze mois. Et parmi ses copains, y'avait un pote à nous, Henri Pollak soi-même, maréchal des logis, exempt d'Algérie et des T.O.M (une triste histoire : orphelin dès sa plus tendre enfance, victime innocente, pauvre petit être jeté sur le pavé de la grande ville à l'âge de quatorze semaines) et qui menait une double vie : tant que brillait le soleil, il vaquait à ses occupations margistiques, enguirlandait les hommes de corvée, gravait des coeurs transpercés et des slogans détersifs sur les portes des latrines. Mais que sonne la demie de dix-huit heures, il enfourchait un pétaradant petit vélomoteur (à guidon chromé) et regagnait à tire-d'aile son Montparnasse natal (car il était né à Montparnasse), où que c'est qu'il avait sa bien-aimée, sa piaule, nous ses postes et ses chers bouquins, il se métamorphosait en un fringuant junomme, sobrement, mais proprement vêtu d'un chandail vert à bandes rouges, d'un pantalon tire-bouchonnant, d'une paire de godasses tout ce qu'il y avait de plus godasse et il venait nous retrouver, nous ses potes, dans des cafés où c'est que nous causions de boustifailles, de cinoche et de philo.
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PiatkaPiatka   14 janvier 2014
Georges Perec. Écriture. Plaisir absolu de l'écriture.

Son univers malicieux rendait heureux. Il donnait à la vie des contours possibles, des rêves et des sourires. C'était un inventeur, un sculpteur, un peintre des mots. Sa tendresse éclaboussait la page, admirable jouisseur des mots.

Extrait de la préface de Richard BOHRINGER
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ClaireGClaireG   25 octobre 2015
Nous écrivîmes une belle lettre pour un copain qui était médecin à Pau (précisons qu'il n'était pas dermatologue et que sa femme n'était pas écuyère), belle lettre à mots couverts, car nous nous méfiions de la D.S.T. dont on disait qu'elle avait des hommes à elle dans tous les bourreaux de poste (p. 31).
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fanfan50fanfan50   01 mai 2018
nous étions un peu vexés d'avoir à nous compromettre en la compagnie d'un individu qui n'était même pas politiqué ; nous nous en voulions de déployer tant d'efforts pour sauvegarder la tranquillité d'un qui ne demandait rien d'autre qu'à rester à se la couler douce dans la couche de celle qu'il avait dans la peau, cependant que ses petits copains montaient la garde devant les institutions au péril de leur honneur, et qui semblait n'accorder qu'une importance restreinte, voire dérisoire, à la Liberté, à la Démocratie, aux Idéaux humains, au Socialisme et tout le tremblement.
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PachyPachy   02 mai 2017
C'aurait pu être un abstrait arménien de l'École de Paris, un catcheur bulgare, une grosse légume de Macédoine, enfin un type de ces coins-là, un balkanique, un Youghourtophage, un Slavophile, un Turc...
(p.11)
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