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ISBN : 2757871226
Éditeur : Points (01/03/2018)

Note moyenne : 3.77/5 (sur 105 notes)
Résumé :
À la fin du XVIIIe siècle, deux membres de l’Académie royale d’Espagne sont mandatés par leurs collègues pour se rendre à Paris et en rapporter les 28 tomes de l’Encyclopédie, alors interdite dans leur pays. Le bibliothécaire don Hermógenes Molina et l’amiral don Pedro Zárate, hommes de bien intègres et courageux, entreprennent alors de Madrid à Paris un long voyage semé de difficultés et de dangers. Par des routes infestées de brigands, faisant halte dans des auber... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (43) Voir plus Ajouter une critique
Eric76
  28 juin 2018
Nous sommes en 1780, et tandis que le siècle des Lumières s'épanouit à Paris, L'Espagne est encore soumis au joug impitoyable de l'inquisition qui, au nom de la tradition, de l'ordre et de la religion violente le sens commun jusqu'à l'aberration, et réfute toute avancée scientifique contraire aux principes divins. L'Académie Royale d'Espagne fait front pourtant, et décide l'acquisition de la fameuse Encyclopédie, la plus grande avancée intellectuelle des Lumières, tant abhorrée par les soutanes noires de ce XVIIIème siècle finissant.
Don Pedro et Don Hermogenes sont dépêchés à Paris pour ramener les précieux ouvrages. La tâche sera ardue pour nos deux héros, car les forces obscurantistes vont se liguer au jaloux, aux vaniteux, aux fanatiques rancuniers pour empêcher la réalisation de ce projet. Arrivés à Paris au terme d'un épuisant voyage, ils ne cesseront jamais d'osciller entre émerveillement, espoir, désillusions et grandes déconvenues.
Une autre histoire, toute aussi passionnante, vient s'imbriquer à l'intérieur de ce roman historique. Avec la sérénité et la mansuétude des vieux sages, Arturo Perez-Reverte nous raconte comment se construit son récit. Il nous parle avec chaleur de ses doutes, de ses intuitions, de ses repérages et de ses minutieuses enquêtes qui enrichissent et font avancer cahin-caha le récit. Un vrai trésor pour les apprentis écrivains !
Autant vous prévenir ! Il n'y a pas de grands drames dans ce roman, ni de chevauchées fantastiques, et nos deux héros vieillissants, fatigués, n'ont rien de tonitruant… Il faut accepter de cheminer lentement, voire même parfois de s'ennuyer un peu, comme s'ennuyèrent Don Pedro et Don Hermogenes durant leur interminable et inconfortable voyage entre Madrid et Paris.
Mais vous assisterez à la naissance d'une belle et forte amitié ; vous admirerez, pantois, des matins radieux ; dégoutés, vous vous boucherez le nez en empruntant une ruelle boueuse remplie d'immondices ; vous découvrirez la vanité faîte homme, et cette zone grise où se débattent les crapules ; vous soignerez avec tendresse un ami malade, et le regard aimant d'une femme vous laissera des souvenirs impérissables ; vous accompagnerez cette main tremblante qui caresse respectueusement la couverture d'un vieux livre ; vous sentirez tout le poids et la force d'une conviction ; lucide jusqu'au bout des ongles, vous saurez que le monde dans lequel vous vivez est déjà moribond…
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Pecosa
  11 avril 2017
Arturo Pérez-Reverte est de retour avec un grand roman d'aventure qui fleure bon les péripéties et l'érudition.
Sous le règne de Carlos III, deux honorables membres de la Real Academia Española, le bibliothécaire Hermógenes Molina et " l'amiral" don Pedro Zárate, sont chargés d'acquérir les 28 volumes de L'Encyclopédie mis à l'Index par le clergé espagnol. Les deux Persans de Castille s'en vont par les chemins, impatients de découvrir Paris et ses merveilles tant vantées. Entre bandoleros, compagnons de voyage inattendus et accortes filles de salle, nos deux rats de bibliothèque sexagénaires se lient d'amitié et se lancent à corps perdu à la recherche des précieux volumes, sans se douter que dans l'ombre, un mystérieux sicaire à la solde des obscurantistes les suit à la trace.
A l'instar d'Usbek et de Rica, Hermógenes et Pedro observent, s'émeuvent, s'émerveillent et s'interrogent. Relativisme culturel et social, nous voici. Pérez-Reverte, comme Montesquieu, évoque les courtisans, les salons, les groupes sociaux, les femmes, et surtout les belles lettres. La recherche de l'Encyclopédie est en effet prétexte à ressusciter le Paris des gazettes et des cafés, des bouquinistes et des colporteurs, des ouvrages licencieux et des pamphlets. On y croisera Benjamin Franklin, Condorcet, D Alembert et la belle et érudite Madame Dancenis (Teresa Cabarrus?). Les hommes de bien sont ceux qui par les temps obscurs luttent pour offrir progrès et connaissance à leurs compatriotes. Les lumières françaises parviendront-elles à éclairer l'Espagne? A travers le périple de nos deux hommes de bien, Perez Reverte rend un magnifique hommage à Don Quijote et Sancho Pança, dont les lecteurs vont se délecter au fil des pages.
Ce roman qui mêle habilement personnages historiques et personnages de fiction nous offre donc un beau voyage vers l'esprit, ce qui est plutôt appréciable par les temps qui courent… s'il n'y avait le petit jeu auquel se livre Pérez-Reverte le diabolique. le romancier se met en scène au début de chaque chapitre. Il est l'un des personnages de Hombres buenos, l'écrivain qui fait part des ses recherches documentaires, de ses entretiens avec ses collaborateurs, de ses voyages pour préparer le périple de ses héros….du méta-roman comme on l'aime, nous pauvres lecteurs avides de connaître par le menu la genèse d'un livre aimé….Mais...Comme il l'avait fait jadis avec les aventures du capitaine Alatriste, en révélant au lecteur qui ne demandait qu'à y croire, l'existence de fameux documents appartenant à Balboa et conservés à la Bibliothèque nationale, qui n'existaient que dans son imagination, l'auteur s'appuie sur des ouvrages dont certains n'existent pas, à commencer par les siens! Arturo Pérez-Reverte m'a bien eue, et j'ai aimé ça.
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nadejda
  16 juin 2017
Vers 1780, « Deux hommes de bien », deux hommes choisis, à l'issue d'un vote, par leurs pairs de l'Académie Royale espagnole avec pour mission de gagner Paris et rapporter l'édition originale en 28 volumes de l'Encyclopédie :
l'un, bibliothécaire de l'Académie, don Hermógenes Molina que ses amis appellent don Hermès, est un « petit homme rond, débonnaire, veuf depuis cinq ans. Latiniste émérite, dont la traduction des « Vies parallèles » de Plutarque a été un sommet des belles lettres espagnoles…. Peu soucieux de son apparence, sa barbe drue …. assombrit un visage dans lequel des yeux marron, pleins de bonté, fatigués par l'âge et les lectures, semblent contempler l'univers avec une certaine désorientation et un étonnement poli. »
L'autre, Amiral à la retraite, entouré de ses deux soeurs restées célibataires qui prennent soin de lui, Pedro Zárate y Queralt « a une réputation d'homme renfermé et excentrique »
Il est l'auteur d'un important dictionnaire de marine, « est grand, mince, encore fringant, avec un comportement rigide, presque sévère. Ce qu'il y a de plus remarquable, dans son visage, ce sont ses yeux bleu clair, très aqueux et transparents, qui regardent le plus souvent ses interlocuteurs avec une fixité vite inquiétante, quasi insoutenable. »
Deux hommes très différents que cette aventure, dans laquelle ils se trouvent embarqués sans l'avoir voulu, vont rapprocher. Une amitié, une profonde estime malgré leur divergence de point de vue va progressivement les lier.
A travers leurs yeux, nous allons découvrir cette époque des lumières, ce XVIIIe siècle finissant des libertins où l'insouciance, l'art de la conversation dans les salons et la légèreté d'une vie privilégiée ne va pas tarder à s'effondrer sous la violence de la révolution qu'ils n'auront pas vu venir.
L'abbé Bringas qui accompagne nos deux compères dans leur quête de l'Encyclopédie et leur exploration de Paris, « parfait exemple de la rancoeur pré-révolutionnaire, était un de ces pseudo-philosophes frustrés et radicaux ».
Cet homme plein de cynisme et de rancune saura leur montrer le fossé qui existe entre les petits marquis poudrés et les belles dames cultivées tenant salon de la rive droite où les rues sont sécurisées et éclairées et la noirceur de la rive gauche où règne la misère, où les gens vivent dans la saleté et l'insalubrité, où va pouvoir se développer le ferment des révoltes sanglantes à venir qu'il suffira de canaliser et exacerber, rôle dévolu à la presse et aux écrivains.
« Le devoir de ceux qui manient la plume, notre devoir philosophique, est de démontrer qu'il n'y a pas le moindre espoir. De mettre l'être humain face à sa désolation. C'est alors seulement qu'il se lèvera pour demander justice et vengeance. »
Dans l'ombre rôde un autre homme, Pascual Raposo, homme de main chargé de suivre les deux voyageurs, chargé par deux académiciens opposés à l'entrée de l'Encyclopédie en Espagne, de faire échouer cette expédition. A Paris, il s'octroiera, moyennant paiement, les services de Milot, flic vénal.
Une certaine naïveté va faire tomber nos deux compères dans bien des traquenards. Mais sachant dès le début qu'ils ont réussi à ramener l'Encyclopédie à bon port nous profitons pleinement de ce périple parfois rocambolesque et cocasse.
Perez-Reverte, lui-même académicien, nous raconte sa découverte des 28 volumes. Intrigué par la présence en ces lieux de cette première édition de l'Encyclopédie l'auteur est conduit à poser des questions à son entourage et, et…suite à ses premières recherches : « Alors, tout à coup j'ai su quelle histoire je voulais raconter Elle est venue tout naturellement, structurée dans ma tête tel un exposé, avec intrigue et dénouement : une suite de scènes, de cases vides à remplir. Il y avait un roman en marche, et sa trame m'attendait dans les recoins de cette bibliothèque. »
C'est ce roman en marche, ces recherches bibliographiques et autres qu'il va nécessiter au cours de sa mise en forme, que l'auteur va nous faire partager en prenant un malin plaisir à mélanger le vrai et le faux. Il offre ainsi à ses lecteurs de participer parallèlement à la lecture du roman, à l'aventure non moins passionnante de son façonnage par l'écrivain.
La lecture de ce livre se double alors d'un jeu de piste qui éveille la curiosité et donne envie d'aller faire, comme l'auteur, nos propres recherches.
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Pecosa
  04 octobre 2015
Arturo Pérez-Reverte est de retour avec un grand roman d'aventure qui fleure bon les péripéties et l'érudition.
Sous le règne de Carlos III, deux honorables membres de la Real Academia Española, le bibliothécaire Hermógenes Molina et " l'amiral" don Pedro Zárate, sont chargés d'acquérir les 28 volumes de L'Encyclopédie mis à l'Index par le clergé espagnol. Les deux Persans de Castille s'en vont par les chemins, impatients de découvrir Paris et ses merveilles tant vantées. Entre bandoleros, compagnons de voyage inattendus et accortes filles de salle, nos deux rats de bibliothèque sexagénaires se lient d'amitié et se lancent à corps perdu à la recherche des précieux volumes, sans se douter que dans l'ombre, un mystérieux sicaire à la solde des obscurantistes les suit à la trace.
A l'instar d'Usbek et de Rica, Hermógenes et Pedro observent, s'émeuvent, s'émerveillent et s'interrogent. Relativisme culturel et social, nous voici. Pérez-Reverte, comme Montesquieu, évoque les courtisans, les salons, les groupes sociaux, les femmes, et surtout les belles lettres. La recherche de l'Encyclopédie est en effet prétexte à ressusciter le Paris des gazettes et des cafés, des bouquinistes et des colporteurs, des ouvrages licencieux et des pamphlets. On y croisera Benjamin Franklin, Condorcet, D Alembert et la belle et érudite Madame Dancenis (Teresa Cabarrus?). Les hommes de bien sont ceux qui par les temps obscurs luttent pour offrir progrès et connaissance à leurs compatriotes. Les lumières françaises parviendront-elles à éclairer l'Espagne? A travers le périple de nos deux hommes de bien, Perez Reverte rend un magnifique hommage à Don Quijote et Sancho Pança, dont les lecteurs vont se délecter au fil des pages.
Ce roman qui mêle habilement personnages historiques et personnages de fiction nous offre donc un beau voyage vers l'esprit, ce qui est plutôt appréciable par les temps qui courent… s'il n'y avait le petit jeu auquel se livre Pérez-Reverte le diabolique. Le romancier se met en scène au début de chaque chapitre. Il est l'un des personnages de Hombres buenos, l'écrivain qui fait part des ses recherches documentaires, de ses entretiens avec ses collaborateurs, de ses voyages pour préparer le périple de ses héros….du méta-roman comme on l'aime, nous pauvres lecteurs avides de connaître par le menu la genèse d'un livre aimé….Mais...Comme il l'avait fait jadis avec les aventures du capitaine Alatriste, en révélant au lecteur qui ne demandait qu'à y croire, l'existence de fameux documents appartenant à Balboa et conservés à la Bibliothèque nationale, qui n'existaient que dans son imagination, l'auteur s'appuie sur des ouvrages dont certains n'existent pas, à commencer par les siens! Arturo Pérez-Reverte m'a bien eue, et j'ai aimé ça.
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Archie
  12 juillet 2017
Il y a des lectures qui démarrent poussivement et qui s'avèrent finalement passionnantes.
L'intrigue de Deux hommes de bien prend place dans un contexte historique tellement particulier, qu'il est naturel d'en bien fixer les tenants et aboutissants, puis d'en explorer les perspectives, qui sont multiples. Loin de se contenter de ce programme déjà riche, Arturo Pérez-Reverte en rajoute encore : tout au long du roman, il s'attache à en dévoiler les ficelles de sa gestation.
Un récit complexe, donc. Pas étonnant qu'un minimum de patience et de persévérance soient nécessaires au lecteur pour en prendre la mesure.
La trame romanesque est inspirée d'une histoire vraie. A Madrid, dans les années 1780, deux membres de l'Académie royale espagnole reçoivent mandat de se rendre à Paris et d'en rapporter un exemplaire original de l'Encyclopédie, publiée en France depuis une vingtaine d'années. Une mission qui n'est pas considérée comme opportune dans certaines sphères d'un royaume d'Espagne très catholique, où les idées restent soumises à la censure de l'Inquisition.
Car l'Encyclopédie véhicule des idées subversives ! Cet ensemble de vingt-huit volumes, écrits par un groupe d'intellectuels supervisés par Diderot et D Alembert, est emblématique du mouvement des Lumières, qui se propage sur toute l'Europe. L'intention est que chacun puisse accéder à une connaissance ouverte, fondée sur la raison, l'échange d'idées et l'observation expérimentale, par opposition à l'obscurantisme, la superstition et l'intolérance, privilégiés alors par la religion et la monarchie.
Des routes inconfortables et peu sûres, une vie parisienne recelant moult embûches – dans les salons de la haute société comme dans les ruelles des quartiers populaires ! –, d'impitoyables manigances ourdies par les adversaires du projet. On imagine bien que l'expédition des deux académiciens espagnols n'aura pas été de tout repos. Leurs aventures sont contées en mode cape et d'épée, scènes de duel et de galanterie incluses. C'est plaisant et l'auteur sait faire monter la pression dans les moments dramatiques.
Le contexte historique est l'occasion d'ouvrir le débat, avec les principaux personnages qui confrontent leurs idées et expriment leurs convictions. Que de questions difficiles à trancher ! Raison et révélation sont-elles compatibles ? Peut-on concilier idéal de liberté et exigences de la foi ? le progrès exclut-il le respect des traditions ? Les corps doivent-ils s'émanciper en même temps que les esprits ?... Les échanges n'en finissent pas entre les deux Espagnols, des intellectuels lettrés qui découvrent la vie parisienne avec les mêmes yeux que les Persans de Montesquieu, soixante ans plus tôt. Un attelage qui évoque aussi Don Quichotte et Sancho Pança, les héros mythiques de l'oeuvre mère de la littérature romanesque espagnole.
Justement, voilà que le romancier Pérez-Reverte nous divulgue les secrets de son travail de composition. Point de départ : un fait historique mineur, banal, oublié. Consultation d'archives, confrontation avec des observations in situ. A l'imagination ensuite d'entrer en jeu : il faut retracer des événements effacés des mémoires, reconstruire des personnages dont ne reste que le nom. Modelage de l'écriture pour imposer au lecteur un rythme en harmonie avec celui des péripéties. Ne pas oublier l'année de travail ingrat, à lire et relire, ajouter, supprimer, corriger, réviser sans fin…
Avant d'écrire des romans et d'être lui-même membre de l'Académie royale espagnole, Pérez-Reverte avait été journaliste ; un correspondant de guerre, du genre baroudeur droit dans ses bottes. Toute ressemblance avec l'un de ses deux héros, celui qu'on appelle l'Amiral, est-elle vraiment fortuite ? Un homme grand, sec, au caractère ferme, ouvert aux Lumières, mais qui ne transige pas avec ses valeurs, même si elles vont parfois à l'encontre de ses idées...

Un mot sur un autre personnage du roman, un abbé plus ou moins défroqué, prêchant à Paris la révolution dont les présages se laissent entrevoir. Etouffé par les rancoeurs, il appelle à la disparition d'un art de vivre dont il profite en parasite. Un humaniste ? Certainement pas ! Ce n'est pas l'amour de l'humanité qui l'anime, c'est le mépris qu'elle lui inspire. Que les têtes tombent !... Ce personnage réel de l'époque, pseudo-philosophe aigri et radical, ruminait sa haine de ses confrères, lesquels, selon lui, le privaient de la reconnaissance qu'il estimait mériter. La Révolution Française lui aura permis de régler ses comptes... avant de le conduire à l'échafaud à son tour.
Qu'en pensent ceux que l'on entend aujourd'hui, sur les ondes, exhaler leurs frustrations personnelles, tout en s'arrogeant le droit de parler au nom du peuple ?
Ce n'est pas le cas d'Arturo Pérez-Reverte, érudit, humaniste, européen. Un homme de bien, en somme.

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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critiques presse (6)
LaPresse   19 juillet 2017
Le simulacre d'autofiction n'est jamais ennuyeux: il enrichit même le récit en nous faisant saisir les ressorts de l'imagination d'un authentique auteur, ingrédient incontournable de tout roman digne de ce nom.
Lire la critique sur le site : LaPresse
LaCroix   07 juillet 2017
Dans un roman mélangeant les aventures de cape et d’épée et les digressions philosophiques, l’Espagnol Arturo Pérez-Reverte revient sur les prémisses du basculement de la Révolution.
Lire la critique sur le site : LaCroix
LaLibreBelgique   04 juillet 2017
Si vous aimez les gros romans d’aventures qui soient en même temps intelligents et stimulants pour la pensée.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LeMonde   02 juillet 2017
Plus qu’une histoire rocambolesque, ode à la liberté de penser et d’être, Deux hommes de bien est la célébration d’une œuvre en train de se faire.
Lire la critique sur le site : LeMonde
LeJournaldeQuebec   19 juin 2017
Avec ce roman d’aventures aussi trépidant qu’instructif, Arturo Pérez-Reverte a, une fois de plus, réussi à tirer parti des grandes pages de l’Histoire.
Lire la critique sur le site : LeJournaldeQuebec
LesEchos   01 juin 2017
Parfaitement documenté, parfois trop, ce qui ralentit la lecture, « Deux hommes de bien » reconstruit une page essentielle de l'histoire de l'Espagne et de la France, mais surtout des Lumières. « Vamonos ! »
Lire la critique sur le site : LesEchos
Citations et extraits (43) Voir plus Ajouter une citation
Talinna9Talinna9   13 août 2018
Au sujet d'une discussion sur le clergé espagnol qui interdisait les braguettes : « Que pensez-vous, par exemple, de la polémique sur les braguettes de nos culottes ? Croyez-vous vraiment qu’un prêtre ait son mot à dire sur le travail d’un tailleur ? »

– C’est drôle dit l’Amiral. Quand on pense à un livre interdit, on entend plutôt Voltaire, Rousseau ou D’Alembert…

Vidal hausse les épaules et rétorque que c’est là une simple étiquette. Un leurre. En réalité, le véritable livre philosophique n’occupe qu’une infime part du marché. Bien sûr, il y a une demande, et forte. Mais la grande partie du commerce des livres interdits est d’une toute autre sorte. Quoi qu’il en soit, tous arrivent de la même manière : imprimés en Suisse ou en Hollande, sans reliure, sous forme de discrets feuillets glissés entre ceux d’autres livres d’apparence innocente, ils arrivent en France, où ils sont complétés et distribués.

Dans un roman, j’essaie toujours de soigner la description du cadre, même si elle ne dépasse pas quelques lignes. Cela a son utilité pour camper les personnages ou encore tisser l’intrigue à laquelle il prend parfois une part active. Sans tomber dans l’excès, une journée ensoleillée ou grise, un espace ouvert ou fermé, l’impression que donnent la pluie, la pénombre, l’obscurité aident, insérés dans l’action et les dialogues, à planter de manière plus efficace les décors de la narration. Il s’agit, pour l’essentiel, de permettre au lecteur d’imaginer ce que l’auteur suggère : scènes et situations. D’avoir un regard aussi proche que possible de celui du narrateur.

Apathie et résignation, voilà les deux termes qui conviennent à notre nation, dit-il au bout d’un moment. Le désir de ne pas se compliquer la vie… Nous, Espagnols, nous trouvons commode de rester pareils à des enfants. Des mots tels que tolérance, raison, science, nature, troublent notre sieste… Il est honteux que tels les indigènes des Antilles ou de l’Afrique noire, nous soyons les derniers à accueillir les nouveautés et les lumières qui se sont déjà répandues dans tout le reste de l’Europe.
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KroutKrout   02 août 2018
- De toute façon, dit-elle, reprenant le fil de la conversation, le principe est établi : la faiblesse va bien aux femmes, et nous le savons. Il est de notre intérêt de paraître fragiles et en mal d'un soutien masculin.
- Ce qui flatte l'amour-propre du témoin de cette faiblesse, confirme l'Amiral.
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Eric76Eric76   09 juin 2018
Alors qu'il passe un pont de pierre au-dessous duquel une rivière aux eaux troubles court avec violence, le cheval se met à boiter. En grommelant une malédiction, Raposo tire sur les rênes, descend de sa monture et examine les pieds de l'animal, dont la chaleur contraste avec l'eau glaciale qui court et les recouvre. La malédiction se change en un atroce blasphème quand il s'aperçoit qu'un des fers a disparu. Se protégeant du mieux qu'il le peut avec sa capote, momentanément aveuglé par la pluie, il ouvre la sacoche, en sort un fer de rechange, une navaja, des clous et un marteau. Puis il cale entre ses jambes le pied du cheval et, chassant de temps à autre l'eau de son visage du revers de la main, il racle la corne, y pose le fer et le cloue du mieux qu'il peut. Les gouttes s'écrasent tout autour de lui, le criblent, s'infiltrent dans les coutures de la toile qui le couvre, courent, froides, de sa nuque à ses épaules et à son dos, lui donnent le frisson. Quand après un long moment, il est venu à bout de la tâche, il a les jambes trempées jusqu'aux cuisses, les manches de sa veste dégoulinantes, et ses bottes ressuent l'eau. Alors, sans hâte, Raposo range les outils, saisit l'outre de vin et, renversant la tête en arrière, engloutit une très longue gorgée tandis que la pluie lui fouette le visage. Il se remet en selle et à peine le cheval sent-il l'homme sur son dos et la bride lâchée qu'il repart, laissant dans sa lancée le bruit de ses fers sur la pierre du pont.
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Eric76Eric76   20 juin 2018
Tandis qu'il s'éloigne, il entend la femme l'insulter entre ses dents. "Salaud de merde" dit-elle, ou quelque chose de semblable. Le ton est le même dans toutes les langues. Un peu plus loin, il ouvre sa capote et soulage sa vessie en urinant sur un tas de briques en morceaux, dans une ruelle courte et étroite où un éclat de la lune qui monte au-dessus des maisons et plonge entre deux avant-toits atténue les ombres et lui permet de distinguer des monceaux d'ordures et aussi, alors qu'il boutonne sa culotte, les yeux rougeâtres, brillants et malins d'un rat qui le guette. Presque aussi grand qu'un chat, immobile, l'animal le regarde fixement, tassé sur lui-même, pour essayer de passer inaperçu. Raposo l'observe, puis se baisse doucement pour ramasser un morceau de brique. Le rat semble deviner son intention, émet un couinement de peur et de menace qui dessine un sourire cruel sur les lèvres de l'homme, tandis qu'il lève la main dans laquelle il tient la brique. Un rat coincé dans une ruelle, au milieu des ordures. Parfaite image du monde, se dit Raposo en lançant le projectile.
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nadejdanadejda   15 juin 2017
L'abbé Bringas qui accompagne et oriente tout au long de leurs pérégrinations dans Paris, les deux hommes de bien :
— Je ne veux pas le bonheur des peuples,… Je veux leur liberté. Quand ils l’auront, qu’ils soient heureux ou malheureux, ce sera leur affaire.
(…) — S ´il y a une révolution en France, en Espagne, dans le monde pourri où nous vivons, poursuit Bringas en mastiquant ses paroles comme si elles avaient un goût amer, elle ne viendra ni des salons du beau monde éclairé, ni du peuple analphabète et résigné, ni des marchands et des artisans qui ne lisent pas l’Encyclopédie et ne la liront jamais… Elle viendra des imprimeurs, des journalistes, des écrivains comme moi, capables de transformer la théorie philosophique en prose vibrante. En vagues d’une implacable violence qui écrouleront autels et trônes…
(…) — Il n’est de meilleur allié des tyrans, dit-il au bout d’un long moment de silence, qu’un peuple soumis parce qu’il veut garder espoir en une chose ou en l’autre : le progrès matériel, la vie éternelle… Le devoir de ceux qui manient la plume, notre devoir philosophique, est de démontrer qu’il n’y a pas le moindre espoir. De mettre l’être humain face à sa désolation. C’est alors seulement qu’il se lèvera pour demander justice et vengeance.
Il s’arrête sur ces mots, un instant, le temps qu’il faut pour lancer un sonore et épais crachat dans l’eau vert-de-gris qui emporte branches, détritus et cadavre de rats.
— L’heure approche où ce siècle va dresser des échafauds et aiguiser ses armes, conclut-il. Et il n’y a pas de meilleure meule à aiguiser que l’écriture. p 224-225
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Vidéo de Arturo Pérez-Reverte
Bande annonce du film Cachito (1995), adaptation de la nouvelle d'Arturo Pérez-Reverte, paru en français sous le titre Une affaire d'honneur
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