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EAN : 9782757875773
336 pages
Éditeur : Points (13/06/2019)

Note moyenne : 3.51/5 (sur 88 notes)
Résumé :
Espagne, automne 1936. Sous le commandement de Franco, l'armée s'est soulevée pour renverser la République. Les services secrets franquistes chargent Lorenzo Falcó, ex-trafiquant d'armes et espion dénué de scrupules, d'une mission impossible : pénétrer en zone rouge et organiser, avec l'aide d'un groupe de miliciens, l'évasion du fondateur de la Phalange, José Antonio Primo de Rivera, détenu par les républicains dans la prison d'Alicante. Un homme et deux femmes – G... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (33) Voir plus Ajouter une critique
umezzu
  24 février 2019
Lorenzo Falco, fils de bonne famille espagnole, est foncièrement un aventurier. Ayant lâché ses études, il croise par hasard Basil Zaharoff lors d'une croisière, devient son agent, finit marchand d'armes pour les uns ou les autres, avant de se lier à l'Amiral, un des chefs des services secrets espagnols. Dés lors, suite au soulèvement militaire de 1936, son camp est tout trouvé : il appuie par ses actions clandestines les nationalistes. Sans conviction, pas par idéal, simplement pour poursuivre sa vie de jouisseur, accumulant les conquêtes féminines, en grand habitué des bars des hôtels de luxe. L'Amiral l'envoie régulièrement en France poursuivre, et liquider, les agents républicains.
En cet automne 1936, au QG nationaliste de Salamanque, l'Amiral lui donne une nouvelle mission. Nébuleuse dans ses acteurs et dans son organisation, mais dont l'enjeu est clair : libérer José Antonio Primo de Rivera, le chef de la Phalange, cette organisation politique fascisante, détenu dans une prison à Alicante dans l'attente de son procès.
Falco part donc une nouvelle fois en zone « rouge ». Infiltré derrière les lignes ennemies, se dissimulant, s'appuyant sur les quelques sympathisants de la Phalange encore vivants. Il s'agit de préparer l'arrivée d'un commando chargé de pénétrer dans la prison et de délivrer le chef fasciste. Pour tout appui, Falco ne peut compter que sur Ginés Montero, un jeune phalangiste enthousiaste, sa soeur Cari, et son amie Eva Rengel. Trois habitants de Carthagène, ville bombardée par l'aviation nationaliste, et où les anarchistes et les communistes font la loi au détour des rues. Leur assistance est empreinte de méfiance. Après tout ce Falco n'est pas Phalangiste… Et le petit groupe se sait infiltré… Par qui ?
Les deux camps sont sans pitié. Les geôles nationalistes appliquent les mêmes méthodes de torture que la tcheka Misericordia de Carthagène.
Les nationalistes se disputent entre le camp de Franco, mené par son frère Nicolas, les nationalistes « politiques », et les Phalangistes. La guerre civile débute, Madrid résiste à l'offensive nationaliste, Franco n'est encore qu'un chef intérimaire. le retour en zone nationaliste de Primo de Rivera serait aussi le retour d'un concurrent. Côté républicain, à l'arrière du front, des anarchistes à peine sortis de prison font régner la terreur la nuit, et le NKVD stalinien manipule les sympathisants communistes. La guerre civile est partie pour durer.
Arturo Perez-Reverte invente là un personnage très ambigu. Un peu espion ; aventurier avant tout. Sans grand scrupules. Pas particulièrement moral, même si les événements vont l'amener à devoir placer sa confiance en fonction de ses sentiments, et à devoir revoir ses priorités.
Du coup, ce Falco n'emporte pas d'emblée la sympathie. Et, même si il évolue dans ses attitudes au cours du livre, ses réactions ne sont pas dictées par la logique.
Le récit reconstitue l'époque, la pression sociale et politique, les exagérations des deux camps. le livre se lit bien, comme toujours avec Perez-Reverte, mais l'écrivain avance avec des pincettes. On sent que le sujet constitue encore de nos jours de la dynamite en Espagne. Difficile de rouvrir les plaies d'une guerre meurtrière. Et le résultat final n'emporte pas la conviction.
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GeorgesSmiley
  07 juin 2019
Pas le meilleur des Pérez-Reverte. Mais lorsqu'on tutoie les sommets depuis une trentaine d'années, qu'on a enfanté le Capitaine Alatriste, Teresa Mendoza la Reine du Sud, Coy le marin sans bateau et tant d'autres personnages au coeur d'intrigues inoubliables, il n'est sans doute pas possible de sortir à jet continu et sur commande « la botte magistrale, l'estocade parfaite (et) imparable » comme disait Don Jaime Astarloa, le Maître d'Escrime.
Falco n'en reste pas moins un honnête polar avec pour cadre la période historique toujours passionnante de la guerre d'Espagne, traitée sans manichéisme ni angélisme.
« Pour Falco, des mots comme patrie, amour ou avenir n'avaient aucun sens. Il était l'homme du moment présent, formé à cet effet. Un loup dans l'ombre. Avide et dangereux. »
Ce Falco est un trafiquant, un assassin, un espion qui renvoie dos à dos les deux camps, ne connait que son intérêt personnel, tente de rester en vie sans trop se faire d'illusions. Finalement, pour pénétrer et décrire une telle tragédie, n'est-ce pas le personnage le plus approprié ?
C'est peut-être uniquement cette incapacité à ressentir la moindre empathie pour les personnages principaux, qui laisse un peu sur sa fin. L'histoire (la tentative de libération du chef de la Phalange incarcéré à Alicante) est noire à souhait, les tireurs de ficelles ont l'âme de la même couleur et les pions tombent comme sur le jeu d'échecs (« Nous sommes les pions du jeu des autres »), pour que les rois le restent, et que les fous continuent leurs infernales diagonales. On retrouve quelques uns des thèmes récurrents de l'oeuvre du grand Arturo : la saleté de la guerre, le désenchantement des soldats courageux, l'exacerbation des intérêts personnels, l'abandon par les profiteurs de toute espèce de morale, la prise de pouvoir par les délinquants. C'est aussi, en creux, une puissante invitation à tout faire pour ne pas avoir à se trouver mêlé à une guerre civile.
« Falco avait pu les voir, les uns et les autres, au moment du soulèvement national s'affronter à coups de feu dans les rues : phalangistes, socialistes, communistes, anarchistes, qui s'entretuaient avec une admirable ténacité. C'étaient des jeunes gens courageux et déterminés, d'un bord ou de l'autre, qui parfois se connaissaient bien, d'anciens compagnons d'université, d'usine, habitués à aller ensemble voir un film, danser, boire un verre, liés aux mêmes amis, quand ce n'était pas à la même amoureuse. Il les avait vus tout faire pour se trucider les uns les autres, représailles après représailles. Tantôt avec haine, tantôt avec le froid respect envers un adversaire que l'on connaît et que l'on apprécie, bien que l'on ne soit pas dans le même camp. C'est lui ou moi, telle était l'idée. le mobile. C'est eux ou nous. Quelle misère que tout cela, que ce brasier où allait se consumer, se consumait déjà la fleur de la jeunesse d'un bord et de l'autre. »
A l'occasion, l'auteur glisse dans la bouche d'un personnage la citation ou la référence historique qui vous rappelle que vous êtes en compagnie d'un écrivain de qualité. Je laisse les futurs lecteurs repérer celle où il est question d'art militaire et d'un Romain qui eut ses heures de gloire et n'appréciait pas les surprises.
Alors, sans hésitation, je ne raterai sous aucun prétexte, le prochain épisode déjà publié en espagnol sous le titre Eva. Hasta pronto, Falco !
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Bazart
  20 juin 2019
Désormais auteur-phare de la littérature espagnole moderne notamment depuis sa série Capitaine Alatriste, saga de 7 romans dont le dernier a été paru en 2012, l'Académicien Arturo Pérez Reverte commence une nouvelle saga ( avec déjà trois livres parus en Espagne) autour d'un nouveau personnage, Lorenzo falcó, héros d'une ambitieuse intrigue d'espionnage sur fond de guerre civile, tout aux prémisses de la guerre d'Espagne en 1936.
Un aventurier sans foi ni loi, traficant d'armes désormais mercenaire mais qui a quand même un code de l'honneur et fidèle en sentiments. Dans le premier volet de ses aventures, il propose ses services à un groupe d'espions et de tueurs placés sous les ordres du chef des renseignements franquistes.
Un jeu de chat et de la souris aussi ironique que mouvement, qui charrie sont lot de manipulations et de trahisons en tous genres, autour d'une période particulièrement complexe.
Une aventure d'une sorte de 007 hispanique écrite par un maître de la plume espagnole, ici plus que fidèle à son style ironique et imagé, et largement plébiscité pour la variété et le perpétuel renouvellement de sa production littéraire.
Comme d'habitude avec Arturo Perez Reverte, une histoire passionnante qui nous emporte très rapidement malgré le gros volume !!
Lien : http://www.baz-art.org/archi..
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Zippo
  06 décembre 2018
Falco, séducteur invétéré, froid, cynique, aventurier, trafiquant d'armes...quel palmarès !
Ce personnage peu recommandable, peu recommandable, à des côtés attachants (non, non c'est un salaud, mais...voilà) est chargé, à l'automne 1936, d'une mission par le service d'espionnage franquiste : délivrer José Antonio Primo de Rivera, fondateur de la Phalange et prisonnier des Républicains.
Nous plongeons au coeur de la guerre d'Espagne, ce tragique moment de l'histoire européenne...évènement qui précède et annonce la Seconde mondiale et son cortège d'horreurs.
Nous croisons les complices de Franco, notamment les nazis.
La construction du récit est classique, mais l'action nerveuse, palpitante, avec Falco, un "héros" sans état d'âme...quoique pour la belle Eva, son cynisme et sa froideur sont ébranlés, il est prêt à tout…
Au-delà de l'intrigue, Arturo Perez-Reverte nous fait découvrir en Falco un personnage complexe et surtout respecte l'exactitude des faits historiques.
Si je trouve quelques aspects attachants à Falco, je tiens à préciser qu'en ce qui concerne la Guerre d'Espagne, j'admire et soutiens sans limite la République espagnole et sa lutte désespérée et héroïque contre le franquisme.
Bravo à l'auteur et merci à Babelio qui grâce à une opération masse critique m'a permis goûter au plaisir de lire cet excellent roman.
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Peteplume
  28 janvier 2019
Falcó, c'est l'archétype de l'agent secret : beau gosse avec juste ce qu'il faut de cicatrices pour que le gent féminine fonde de désir rien qu'à le regarder; intelligent et prévoyant jusqu'à en être cynique, infaillible en toute circonstance ou presque. C'est aussi un homme sans foi ni loi qui n'hésite pas à tuer lorsque un homme est sur le chemin de sa mission. Tout ceci n'aurait rien pour me convaincre de poursuivre ma lecture si ce n'est que l'auteur place l'intrigue (quelque peu alambiquée, soit dit en passant) dans le contexte historique de la guerre civile espagnole. Dès lors, la violence n'a rien de gratuit, la confusion des situations n'a rien d'irréaliste et l'on suit le personnage aussi antipathique qu'il soit. J'avais découvert Arturo Pérez-Reverte dans un autre contexte historique, celui du capitaine Alatriste quand la saga avait commencé à paraître et c'est le souvenir agréable de cette lecture qui m'a donné le goût de « revisiter » cet auteur. Je dois avouer que je suis un peu moins charmée par Falcó mais tout de même impatiente de découvrir la suite.
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Citations et extraits (41) Voir plus Ajouter une citation
GeorgesSmileyGeorgesSmiley   07 juin 2019
Dans les régions occupées par les militaires soulevés contre la République, toute la racaille et tous les opportunistes s'empressaient de revêtir la chemise bleue et d'adhérer au dénommé "Mouvement national". Avec un peu de piston et un peu de chance, appartenir aux milices de la Phalange était le moyen idéal de rester à l'écart des combats. Des embusqués, disait-on. Ces patriotes d'occasion pouvaient impunément régler leurs comptes avec leurs voisins, dénoncer les suspects, piller leurs maisons, et même leur tirer dessus à la lumière des phares d'une voiture, sur le bas-côté d'une route. Depuis les premiers jours de la guerre, les autorités militaires déléguaient la répression la plus brutale à des gens de cette sorte. Qui n'avaient pas grand chose à voir avec les centuries phalangistes qui combattaient véritablement, laissant leur peau dans le nord du pays ou autour de Madrid.
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umezzuumezzu   22 février 2019
- Que faisais-tu avant le soulèvement? voulut savoir Cari Montero. Tu militais dans un parti ou dans un syndicat ?
- Au PHC.
- Qu'est-ce que c'est ?
- Le Parti hydraulique contemplatif.
- Sans blague.
- Sérieusement, je regardais l'eau couler sous les ponts.
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umezzuumezzu   24 février 2019
- Ce que nous vivons n'est pas un soulèvement, ni un coup d’État qui se complique et s'enlise, ajouta t-il. C'est une guerre. Qui va être longue... Longue et très dure. Elle l'est déjà. Il se peut qu'elle soit l'amorce d'une autre guerre, d'une tout autre envergure. mondiale, peut-être.
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ZippoZippo   06 décembre 2018
Ce qui, paradoxalement, les rapprochaient de leurs adversaires, ou de certains d'entre eux : les meilleurs de l'autre camp. Falco avait pu les voir, les uns et les autres, au moment du soulèvement national, s'affronter à coups de feu dans les rues : phalangistes, socialistes, communistes, anarchistes, qui s'entretuaient avec une admirable ténacité. C'étaient des jeunes gens courageux et déterminés, d'un bord ou de l'autre, qui parfois se connaissaient bien, d'anciens compagnons d'université, d'usine, habitués à aller voir ensemble un film, danser, boire un verre, liés aux mêmes amis, quand ce n'était pas à la même amoureuse. Il les avait vu tout faire pour se trucider les uns les autres, représailles après représailles. Tantôt avec haine, tantôt avec le froid respect envers un adversaire que l'on connaît et que l'on apprécie, bien que l'on ne soit pas dans le même camp. C'est lui ou moi, telle était l'idée. Le mobile. C'est eux ou nous. Quelle misère que tout cela, que ce brasier où allait se consumer, se consumait déjà la fleur de la jeunesse d'un bord ou de l'autre.
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GeorgesSmileyGeorgesSmiley   08 juin 2019
L'Americano, qui avait été avant la guerre un bar élégant où se réunissaient les petits messieurs des classes moyenne et supérieure, n'était plus qu'un va-et-vient d'uniformes kaki, de bleus de travail ou de blouses grises, de vestes de cuir, de blousons avec des brassards de groupements et de partis, de casquettes militaires, de bérets avec insigne et de calots à pompon, le tout dûment assorti de ceinturons et de pistolets, à trois cents kilomètres des combattants marocains et des légionnaires les plus proches. Un portrait de Staline et un autre de Lénine étaient calés entre les bouteilles alignées sur les rayons du bar. Avec un sourire intérieur, Falco se dit que si tous ces guerriers d'opérette étaient expédiés sur le front ils suffiraient, ne serait-ce que par leur nombre, à arrêter la progression des forces nationales. Il se rappela un couplet que l'on chantait dans l'autre camp, mais qui valait aussi pour celui-ci.
Quand du front on débarque
Tout ce que l'on remarque
Ce sont les embusqués
Aux tables des cafés.
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