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François Maspero (Traducteur)
ISBN : 2020550776
Éditeur : Seuil (18/05/2004)

Note moyenne : 3.72/5 (sur 276 notes)
Résumé :
Un marin exilé de la mer, follement épris d'une femme dangereuse et belle. Un brigantin englouti depuis plus de deux siècles dans la pénombre verte de la Méditerranée. Une ancienne carte nautique qui n'en finit pas de révéler ses énigmes.
Un secret dont les bribes éparpillées dans les liasses jaunies des bibliothèques et des musées excite la convoitise de chasseurs d'épaves sans scrupules.
Et une fabuleuse histoire d'amour et d'aventure dont l'inoublia... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (28) Voir plus Ajouter une critique
Ambages
  09 décembre 2017
Sunny afternoon des Kinks... sympa de réentendre cette chanson.
J'aime les romans qui me mettent sur la piste de musiques oubliées. Je note et retrouve des sons mais surtout des ambiances et des souvenirs. Comme il faisait bon cette après-midi ensoleillée. Suis sur ce bateau et j'attends le retour des plongeurs. Pas loin, près du Cimetière des bateaux sans nom.
« ...avec le temps qui passe et les jolies années qui s'envolent comme une bande d'étourneaux, ces petites émotions amoureuses, pour cruelles qu'elle fussent, m'apparaîtraient un jour comme exquises. »
Allez, un autre... I'am believer des Monkees ? Non j'aime moins. With a girl like you des Troggs. Bof. Dernière chance : Just a gigolo de Louis Prima. Ah oui ! Merci Monsieur Perez-Reverte pour ces flash backs. Et le roman, on en parle un jour ? Ben c'est un auteur que j'aime tant. Je ne serai pas objective.
En revanche, une chose est certaine, si vous aimez la mer, les bateaux et les marins au sang chaud qui attendent la femme fatale et ses trésors, vous ne serez pas déçus. N'y a-t-il pas plus belle richesse enfouie que celle que tout à chacun cherche dans la plus profonde pénétration des mystères qui se cachent dans les mers chaudes. Il vous faudra chercher dans les tréfonds d'un brigantin et sortir la grand-voile au bon moment. Mais on le sait tous, la mer décide du moment. Tanger, je te cherchais et je t'ai trouvée avec toute la brume qui t'entoure. Mais je suis mon cap et mon capitaine « comme le MacWhirr de Typhon », jusqu'à la prochaine tempête de noroît. Gare à la « Vague de tempête extrême. » En attendant j'aurais compter ses taches de rousseurs, une par une, « en les parcourant du doigt comme s'il s'agissait d'une carte marine. Je veux tracer sur elle des routes de bout en bout, jeter l'ancre dans ses anses, brasser sa peau... Tu comprends ? » Oui Coy, je comprends surtout que « la science nautique ne sert à rien quand il s'agit de naviguer à terre, ou autour d'une femme. »
« La mer reste la mer. Avec ses secrets et ses dangers. » « Elle est dangereuse, pensa-t-il soudain. »
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Arakasi
  14 novembre 2013
Marin perdu en terre depuis que la marine marchande lui a interdit de naviguer suite à un accident malheureux au large de Cadix, l'ex-officier Manuel Coy trompe son ennui et sa frustration en flânant dans le port de Barcelone et en tuant le temps dans des ventes aux enchères d'outils de navigation. Une nuit de déprime, il manque de se faire casser la gueule pour les beaux yeux d'une mystérieuse blonde. Reconnaissante, la jeune femme lui propose un travail et pas n'importe lequel : une chasse au trésor… Prend garde, matelot ! Tous les signaux d'alerte de Coy virent au rouge. Il le sait, s'associer à la belle Tanger Soho, c'est prendre le risque de partir tôt ou tard à la dérive pour venir finalement s'écraser avec perte et fracas sur le rivage honni. Des craintes amplement justifiées mais qui ne résistent pas longtemps à l'extraordinaire volonté de la jeune femme et à son immense capacité de séduction. Rapidement subjugué, Coy est prêt à toutes les folies pour l'attirer dans son lit, y compris s'embarquer dans une nébuleuse expédition où tromperies et mensonges l'attendront à chaque nouveau coup de barre.
J'avais gardé un fort bon souvenir de mes précédentes excursions dans la bibliographie d'Arturo Perez-Reverte, sans en être tombée complétement amoureuse pour autant. « le cimetière des bateaux sans nom » marque une nouvelle étape dans ma reverte-philie : coup de foudre intégral ! Dès les premières pages du prologue, je suis tombée sous le charme de cette histoire de bateaux perdus, de mers étoilées, de trésors enfouis et d'amours trahis. J'ai immédiatement été séduite par l'atmosphère toute particulière qui exsude de ce récit – moite, sombre, nostalgique, poétique, sans cesse à cheval entre désabusement et émerveillement – et par son personnage principal, grand paumé rêveur au sourire timide et au regard calme, sujet aux plus profonds accès de mélancolie comme aux plus sauvages explosions de brutalité. La décortication de ses rapports complexes et houleux avec l'ensorcelante Tanger Soho n'a rien à envier avec les descriptions maritimes et les séquences plus violentes qui parsèment le roman – preuve que Perez-Reverte est décidément un écrivain accompli, aussi à l'aise dans le registre de l'émotion que dans celui de l'action.
Passionnant récit d'aventure, histoire d'amour, enquête maritime, roman noir… « le cimetière des bateaux sans nom » rassemble de nombreux genres littéraires, mais il est avant tout une déclaration d'amour fervente et lyrique à la mer et à la littérature maritime. A l'instar de Herman Melville, Coy a navigué « par les océans et les bibliothèques » : dès ses plus jeunes années, il a dévoré Conrad, Jack London, Jules Verne, Patrick O'Brian et Stevenson et a forgé ainsi ses rêveries d'enfance. Entre deux voyages de Barcelone à Singapour, il a navigué en imagination sur la corvette de Jack Aubrey, affronté le poulpe géant de «20 000 lieues sous les mers», survécu au Typhon en compagnie du capitaine Mac Whirr... Références et clins d'oeil à ses grands noms de la littérature maritime abondent donc dans le récit de ses aventures et flattent doucement notre imagination.
Le tout donne une très belle invitation au voyage – sans aucun doute mon roman préféré de Perez-Reverte parmi ceux lus jusqu'à aujourd'hui – que l'on referme avec une pointe lancinante de nostalgie et l'envie de dévorer des dizaines d'autres récits maritimes. Superbe.
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GeorgesSmiley
  04 mai 2019
Au centre il y a Tanger (c'est son prénom) la Femme Fatale. Celle-ci n'est pas cruelle, seulement solitaire et égoïste. Quand elle évoque l'aventure qui se profile, elle cite Tintin « Mille millions de tonnerre de Brest! Ici l'aventure est encore possible. J'ai pu me souler mille fois avec le capitaine Haddock…j'ai sauté en parachute sur l'île Mystérieuse, traversé la frontière entre la Syldavie et la Bordurie, juré par les moustaches de Plekszy-Gladz, navigué sur le Karaboudjan, le Ramona, le Speedol Star, l'Aurora et le Sirius (sûrement plus de bateaux que toi), cherché le trésor de Rackham le Rouge et marché sur la Lune tandis que Dupont et Dupond faisaient les clowns dans le cirque d'Hipparque ». Elle redevient alors « la petite fille que son père tenait dans ses bras sur la photo »…Il serait imprudent de s'y fier : Tanger, Danger !
Face à elle il y a un méchant qui pourrait ressembler à Rastapopoulos et son homme de main qui serait Allan Thompson celui qui fait tant de misères au capitaine Haddock. de bibliothèques en musées en passant par une salle des ventes, ils vont se disputer les objets, les cartes et les informations qui permettraient de localiser le trésor.
Si les méchants sont en face de Tanger, le trésor est dessous, par une cinquantaine de mètres de profondeur quelque part au large de Carthagène (la ville natale de l'auteur). Il faudrait un bateau et un marin expérimenté capable de lire les cartes anciennes, de naviguer et de plonger. En voici un justement !
Un peu derrière elle (lui aimerait être à côté, tout à côté) et à la manière de Tintin, croyant venir en aide en plein désert à une femme battue alors qu'il ne fait qu'interrompre une scène de cinéma, Coy le marin désoeuvré s'interpose entre Tanger et son adversaire. Coy n'est pas Tintin, (il n'y a pas de Tintin dans cette histoire et personne pour sauver Milou qui ici se nomme Zas) plutôt un capitaine Haddock en plus taciturne mais tout aussi bagarreur.
Que fait donc le capitaine Haddock, fortement décidé (après le sermon de Tintin) à rester définitivement tempérant, lorsqu'il aperçoit une bouteille de Loch Lomond ? Il rechute…idem pour Coy qui tombe sous le charme, bien sûr, et accepte le travail : « trois mois passés près d'elle, en échange du sextant, c'était un bénéfice fabuleux » sans s'illusionner sur la fin « je suis en train de me mettre dans le pétrin » mais en acceptant d'aller recevoir sa peine (comme dit si bien Stephan Eicher) « les sirènes, Homère dit qu'elles chantaient. Elles appelaient les marins, non ?...et ils ne pouvaient pas les éviter. Il décida de sourire. Je sourirai quoi qu'il arrive, quoi qu'elle dise, jusqu'à ce qu'elle m'envoie en enfer ».
Tanger va nous faire voyager avec le Dei Gloria parti de la Havane pour Valence où il n'est jamais arrivé. Elle nous expliquera ce qui lui est arrivé, quels personnages étaient à son bord et quel trésor il contenait. Coy déchiffrera les cartes, fera le coup de poing ainsi que les corrections liées aux méridiens utilisés en 1767, tombera à la mer, plongera, trouvera ou pas (impossible de trop en dire), et Rastapopoulos réapparaîtra pour le final haletant, étonnant et bouleversant. Nous aurons, avant ça, admiré les étoiles, profité d'une Méditerranée calme et bleue et vu surgir au loin « vers l'est, une ligne de nuages noirs, menaçants, bas et compacts ». Tout est subtilement et minutieusement décrit pour que le lecteur se sente présent partout; qu'il s'agisse d'un musée, d'une bibliothèque, d'un restaurant, du bateau qui va couler en même temps que son poursuivant ou dans la cale rouillée d'un vraquier couché dans le cimetière des bateaux sans nom.
C'est la seconde fois que je lis ce roman et quinze ans plus tard, j'ai été secoué et balloté de la même façon. le mal de mer est passé mais la gueule de bois est bien présente parce que le voyage est terminé.
Pour moi, c'est le meilleur de tous les romans écrits par Arturo Pérez-Reverte, celui où il convoque tous les héros mythiques d'Ulysse à Rackham le Rouge en passant par Jim Hawkins, Lord Jim, le capitaine Achab et Ishmaël pour l'aider à composer le meilleur des thrillers historico-maritimes.
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cmpf
  01 août 2017
Voilà un roman d'aventure. Avec trésor, naufrage, belle mystérieuse, méchants, grands sentiments et trahison... et un marin sans bateau.
Officier de marine suspendu pour deux ans pour avoir “touché” un rocher, Coy s'ennuie. Il se sent perdu à terre, sans mode d'emploi des relations et des modes de vie à terre. Par désoeuvrement il assiste à une vente aux enchères d'objets de marine. L'acharnement de trois enchérisseurs pour l'acquisition d'une carte marine l'intrigue. Et celle qui l'emporte encore plus. Lorsqu'il la retrouve le soir face à un des autres enchérisseurs qui semble menaçant, son sens de la chevalerie le porte à s'en mêler. Et c'est le point de départ d'une enquête sur un brigantin disparu en mer au milieu du 18e siècle. Mais pourquoi une employée de musée s'intéresse t' elle à un navire dont le manifeste indique qu'il transportait du sucre, du tabac et du coton ?
Une partie du livre se passe en mer et là j'ai momentanément un peu décroché. Les nombreux termes de marine, la description des manoeuvres m'ont un peu… larguée. Si Arturo Perez Reverte à l'habitude de la navigation qu'à l'évidence il aime beaucoup, ce n'est pas du tout mon cas.
Mais j'ai aimé cet homme si peu sûr de lui, et cette aventure dans laquelle il s'embarque sans avoir toutes les données du problème, de même les portraits de marin. Plus difficile en revanche d'aimer Tanger Soto, même par solidarité féminine.
C'est mon second Perez Reverte après le tableau du maître flamand lu il y a très longtemps et qui m'avait beaucoup plu. Il y en aura d'autres.
Challenge Pavés 2017-2018
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Herve-Lionel
  24 mars 2014
N°735 – Mars 2014.
LE CIMETIÈRE DES BATEAUX SANS NOMArturo Pérez-Reverte – le SEUIL.
Traduit de l'espagnol par François Maspero
Coy, trente huit ans, ancien officier en second de la marine marchande, suspendu pour 2 ans à cause d'une erreur de navigation, erre dans Barcelone. le voilà « sac à terre » malgré lui, marin sans navire, l'inaction le mine et il est à la recherche de n'importe quel travail pour survivre. Il est même un peu perdu à terre et règle sa vie à coup de lois pittoresques et sibyllines du genre LRDRH (Loi des rencontres qui ne doivent rien au hasard) Parce qu'il aimait les ventes aux enchères d'objets nautiques, il se retrouve dans un hôtel des ventes à Barcelone et y croise une femme belle et énigmatique, Tanger Soto, qui enchérit pour obtenir un vieil atlas maritime. Il tombe sous son charme et va jusqu'à Madrid pour la retrouver. Rien ne se passe comme prévu malgré tous ses fantasmes amoureux, il ne la séduit pas, enfin pas tout de suite mais se trouve engagé dans une quête que la jeune femme mène depuis longtemps. Il s'agit de retrouver la trace d'un brigantin, le « Dei Gloria », coulé en 1767 au sud de l'Espagne. Cela tombe plutôt bien puisqu'il connaît la navigation et qu'il a plongé, quelque vingt ans plus tôt sur cette côte. Cette jeune femme sait aussi que la recherche des herpes marines commence par la fréquentation des musées, des bibliothèques et par l'étude minutieuse des archives. Coy imagine une chasse au trésor d'autant plus facilement que cette épave semble intéresser nombre d'individus pas toujours recommandables auxquels il se trouve confronté et ces rencontres ne doivent effectivement rien au hasard. Il s'aperçoit très vite que cette course poursuite est pleine de dangers mais le charme de Tanger, l'attrait de l'inconnu et la fièvre de la recherche sont les plus forts.
Il songe bien sûr à un trésor mais il ne tarde pas à apprendre que la cargaison du navire n'était composée que de coton, de tabac et de sucre, rien qui supporte vraiment un séjour dans l'eau de mer de deux siècles et demi ! C'est plutôt un mystère qui entoure cette épave, quelque chose qui ressemble à une fièvre de l'or qui gagne peu à peu Tanger et Coy. Ce qui intrigue le plus, et évidemment complique la recherche, c'est son itinéraire (parti d'Espagne, il est allé en Cuba puis, au retour, a été coulé au large de Cadix par un corsaire), le fait qu'il appartienne en réalité aux jésuites qui ont ensuite été expulsés d'Espagne par Charles III et que le manifeste d'embarquement retrouvé aux archives mentionne la présence à bord de deux passagers en indiquant seulement leurs initiales. Pour être des hommes d'Église dédiés à la prière et à l'évangélisation, ils étaient aussi des hommes d'affaires avisés et parfaitement capables de défendre par la corruption la survie de leur ordre mais aussi des hommes de secret. le narrateur qui est aussi cartographe donne son avis sur le positionnement du navire naufragé : il est à la fois logique et original. Il ne fait pas non plus de doute dans l'esprit de Tanger que la disparition de ce bâtiment est intimement lié à l'expulsion des jésuites d'Espagne. Elle possède un esprit à la fois intuitif et logique. Comme rien n'est simple, il faut, pour déterminer avec exactitude le lieu du naufrage, tenir compte des nombreux méridiens de référence au XVIII° siècle qui permettaient de faire le point, des différentes cartes en usage à l'époque, des des courants marins... C'est là que l'atlas acheté à Barcelone prend toute son importance. Il faut aussi s'intéresser au corsaire qui l'a coulé, le « Chergui » et qui sombra aussi lors de ce combat naval. Là non plus ce fait ne semble pas laisser une grade place au hasard et ce d'autant plus que les mystères se multiplient et que le lecteur attentif n'est pas au bout de ses surprises ! C'est que, une fois sur place, l'affaire est hasardeuse et surtout risquée compte tenu des autres intéressés, de leur manque de scrupules et surtout que l'épave n'est pas au rendez-vous. Tanger dépend maintenant de Coy et du Pilote, véritable techniciens de l'expédition mais l'échec omniprésent continue de hanter les esprits et des surprises sont toujours possibles !
Sur ce récit plane la beauté fascinante de cette femme, le dévouement de Coy, d'autant plus grand qu'il est nourri par ses propres fantasmes amoureux et sa patience [« Je veux compter ses taches de rousseur...Elle en a des milliers et je veux les compter toutes une à une en le parcourant du doigt comme si c'était une carte marine. »] pour ne pas dire son attachement aveugle. Elle se sert de lui mais il ne s'en rend pas compte ou plutôt se met volontairement à sa disposition, négligeant à l'occasion ses propres intérêts, aveuglé qu'il est par cette jeune femme. le mystère s'épaissit pour le lecteur au fur et à mesure qu'il tourne les pages et c'est un peu le hasard, encore lui, qui gouverne cette affaire puisque ce qui n'était au départ qu'un travail universitaire de Tanger suivi d'un concours pour entrer au Musée Naval de Madrid et d'une rencontre dans ce contexte avec un chasseur d'épaves pour que cela devienne pour la jeune femme « le rêve de toute une vie » et, malgré la législation en vigueur, elle considère que ce bateau lui appartient. Tout au long de ce roman Tanger apparaît froide, déterminée, uniquement préoccupée par son but alors que Coy n'a d'yeux que pour elle. Elle applique cette maxime en forme d'aphorisme, « Je te mentirai et je te trahirai », bien connue et bien souvent oubliée qui gouverne les relations entre les hommes (et aussi les femmes) mais avoue à Coy «  J'ai peur de mourir dans le noir, seule » . C'est une partie de poker-menteur entre Tanger et Palermo  autour de cette épave puisque chacun possède des atouts et fait croire à l'autre qu'il en a davantage. C'est aussi un rapport de force entre Tanger qui ne veut pas lâcher son idée et le pauvre Coy parfois un peu trop impulsif et prompt à la bagarre surtout quand il s'agit d'elle. Surtout que lui et le Pilote doutent de plus en plus. En effet, les rebondissements ne manquent pas dans cette quête un peu folle pas davantage d'ailleurs que la galerie de portraits assez pittoresques qui nous est offerte.
Arturo Perez Reverte n'est pas un inconnu pour cette chronique (La Feuille Volante n° 384-385-387-390) Cette fois, j'avoue que j'ai été un peu perdu dans les détails techniques de la navigation mais, comme toujours, je salue ici l'érudition de l'auteur, notamment en matière de langage maritime ; son travail d'historien et d'archiviste autant que son style (servi sans doute par une bonne et fidèle traduction), son sens du suspense tiennent en haleine son lecteur jusqu'à la fin. le récit réserve des descriptions poétiques et émouvantes, des évocations dramatiques qui consacrent une nouvelle fois (en était-il besoin?) le talent exceptionnel de cet écrivain.
Comme toujours cela a été pour moi un bon moment de lecture.
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©Hervé GAUTIER – Mars 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
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AmbagesAmbages   09 décembre 2017
Dans ces conditions, dit-il, le vent apparent s'ajoutait au vent réel, et le brigantin et le chébec devaient voguer à sept ou huit nœuds ; le Dei Gloria avec la brigantine, la grand-voile, les focs et les huniers, les vergues bien brassées sous le vent ; le corsaire avec les voiles latines des mâts de misaine et d'artimon tendues comme des lames de couteau, remontant mieux le vent que sa proie. Tous les deux gîtant fort sur tribord, l'eau envahissant les dalots sous le vent, les timoniers concentrés sur leur barre, les capitaines surveillant sans relâche le vent et la toile, dans une course où le premier qui commettrait une erreur perdrait la partie.
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WyomingWyoming   19 novembre 2018
Sur la place, une horloge lointaine sonna trois coups. Coy les entendit amortis par les écouteurs et la musique, puis il sentit arriver la fin du saxo de Hawkins: le troisième solo qui nouait tout le morceau. Il ferma à demi les yeux, emporté par la cadence des notes familières, apaisante comme peut l'être la répétition impatiemment attendue. Mais Tanger s'était introduite dans la mélodie et en altérait la structure délicate. Il avait perdu le fil. Il pressa le bouton du walkman et se retrouva, déconcerté, les écouteurs à la main. Un instant, il crut entendre des pas au-dessus de lui, tout comme l'équipage du Pequod entendait le bruit de la jambe en os de baleine de son capitaine quand il ruminait solitairement ses obsessions, la nuit, sur le pont. Puis, irrité, il lança le walkman sur le lit, sans débrancher les écouteurs. Ca n'allait pas du tout, il mélangeait les genres sans pudeur. L'étape Melville, comme la précédente -- l'étape Stevenson -- , était passée depuis longtemps. En théorie, Coy se trouvait clairement dans l'étape Conrad; et tous les héros autorisés à se déplacer sur ce territoire devaient être des héros fatigués, plus ou moins lucides, conscients du danger de rêver quand on a la main sur la barre. Des adultes enlisés dans la résignation et l'ennui, et qui ne voyaient plus flotter dans leur insomnie d'interminables processions de cétacés allant deux par deux et escortant un fantôme dont le front ressemblait à une montagne neigeuse.
Et cependant, le "Si" conditionnel par quoi commençait l'oracle de Delphes, que Coy connaissait par Melville mais que celui-ci avait sans doute pris lui-même dans d'autres livres, continuait de vibre dans l'air, à l'instar de la tempête qui jouait de la harpe dans le gréement: la mer s'était refermée sur le faucon de mer naufragé, pris entre le marteau de Tashtego et le pavillon du mât, et la Rachel n'avait recueilli qu'un autre orphelin. Soudain, à sa profonde surprise, Coy découvrait que les étapes, celles des livres comme celles de la vie, et quel que soit le nom qu'on leur donne, ne se closent pas d'une façon parfaite; et que même si les héros perdent leur innocence et sont désormais trop épuisés pour croire encore aux bateaux fantômes et aux trésors engloutis, la mer n'en continue pas moins d'être ce qu'elle est, inaltérable, pleine de sa propre mémoire qui, elle, ne cesse jamais de croire en elle-même. La mer ne se soucie pas que les hommes perdent leur foi dans l'aventure, la chasse, le bateau coulé, le trésor. Les énigmes et les histoires qu'elle recèle possèdent une vie autonome, se suffisent à elles-mêmes et perdureront même quand la vie se sera éteinte pour toujours. Voilà pourquoi il y aura, jusqu'au dernier instant, des hommes et des femmes pour interroger le cachalot agonisant au moment où il tourne sa face vers le soleil et expire.
Et donc, malgré toute la lucidité dont il pouvait faire preuve, il s'appelait de nouveau Ismaël après avoir fait naufrage et s'être appelé Jim, trempant encore une fois, comme jadis, le harpon de son propre sang et lançant le vieux cri de rigueur: qu'au moment ultime on lui apporte de quoi boire ou le Diable, avant que ne vienne le navire disloqué, etc., etc. Fasciné par la certitude d'un destin inévitable -- pour l'avoir lu cent fois --, il contemplait la femme à la peau ocellée en train de clouer son doublon d'or espagnol au grand mât: clic, clac. Et ce n'était pas seulement ces coups de marteau-là qui résonnaient dans son imagination. Il était revenu à la fenêtre, en quête de la brise de la mer proche et, en tendant le bruit, il avait de nouveau regardé le plafond. Maintenant il croyait percevoir des pas inquiets, en haut, sur le pont. Clic,clac. Clic, clac. Apparemment, elle ne dormait pas non plus, elle poursuivait ses propres fantômes blancs, corbillards funèbres portant de vieux fers tordus sur ses flancs. Et il n'avait jamais rêvé, sur aucun bateau, dans aucun livre, aucun port, aucune de ses vies antérieures et innocentes, un Achab aussi séduisant qui l'entraînait pour naviguer sur sa tombe.
Il gagna son lit et s'allongea sur le dos. Jusqu'au dernier port, se souvint-il avant de s'endormir, tous nous vivons pris dans l'emmêlement des harpons à baleine.
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ArakasiArakasi   12 novembre 2013
- Qu'est-ce que tu cherches, chez elle ?
- Je veux compter ses taches de rousseur, Pilote. Tu as vu ? Elle en a des milliers, et je veux les compter toutes, une à une, en les parcourant du doigt comme s'il s'agissait d'une carte marine. Je veux tracer sur elle des routes de bout en bout, jeter l'ancre dans ses anses, brasser sa peau… Tu comprends ?
- Je comprends surtout que tu veux coucher avec elle.
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ArakasiArakasi   09 novembre 2013
Il existe ainsi, depuis des milliers d'années, depuis avant même que les barques aux flancs ronds ne se lancent sur Troie, des hommes qui ont des plis autour de la bouche et des coeurs pluvieux de novembre – de ceux que leur nature décide tôt ou tard à regarder avec intérêt le trou noir d'un canon de pistolet – pour qui la mer signifie une solution et qui devinent toujours quand vient l'heure d'embarquer.
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AmbagesAmbages   09 décembre 2017
Et les longs et rouges couchers de soleil méditerranéens quand l'eau ressemblait à un miroir, quand la paix du monde et la paix du cœur se rejoignaient, et que l'on comprenait alors qu'on n'était qu'une goutte minuscule dans trois mille ans de mer éternelle.
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Videos de Arturo Pérez-Reverte (14) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Arturo Pérez-Reverte
Bande annonce du film Cachito (1995), adaptation de la nouvelle d'Arturo Pérez-Reverte, paru en français sous le titre Une affaire d'honneur
>Littérature (Belles-lettres)>Littérature espagnole et portugaise>Romans, contes, nouvelles (822)
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