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Critique de folivier


folivier
  27 septembre 2011
Je connaissais Arturo Perez-Reverte par ses premiers romans, le Tableau du maître flamand, le Club Dumas et j'étais resté sur un auteur érudit écrivant des romans agréables, prenants, malins, bref de bons romans plein de suspense et de rebondissements.
Quelle ne fut pas ma surprise en débutant la lecture de ce dernier roman. Il s'agit d'un texte difficile demandant de la concentration, faisant appel souvent à des métaphores, des allégories, des symboles se répondant et s'interpelant, de nombreuses références à la peinture, la mythologie et à l'antiquité.
C'est un roman grave, sombre, pessimiste qui donne une vision sans espoir de l'homme et de l'humanité.
Le roman se déroule sur une côte espagnole où Faulques, ancien photographe de guerre, vit, isolé du monde, dans une tour de guet. Il consacre son temps à peindre une fresque sur tout le mur intérieur du rez-de-chaussé de la tour. Il cherche au travers de cette peinture à trouver en quelques sorte le sens de la vie, qui se résume pour lui dans la violence et les horreurs qui ont jalonné l'humanité depuis la nuit des temps. Cette violence parfois gratuite, cette horreur qui caractérise l'homme de l'animal trouve son exaspération dans les conflits, guerres civiles, viols, tortures, massacres, génocides, que Faulques a couvert en tant que photographe au Liban, au Congo, Rwanda, Bosnie,...
Un homme, Markovic, vient rencontré Faulques et lui apprend qu'il est un ancien soldat croate, ayant combattu en Bosnie, photographié par Faulques lors d'une brève rencontre. La photo a été primée et est devenue le symbole de la défaite croate en Bosnie, Markovic le symbole du soldat croate. La célébrité engendrée par cette photo aura des conséquences dramatiques pour Markovic. Torturé pendant des mois, prisonnier durant près de 3 ans, à son retour dans son village il découvre que sa femme et sa fille ont été massacré dans des conditions horribles également à cause de cette photo. Markovic tiens responsable Faulques de ces enchaînements dramatiques et est venu se venger, le tuer. Mais auparavant, Markovic veut comprendre la démarche de Faulques, pourquoi cette peinture ? Comment faisait-il pour être au milieu de l'horreur et prendre toutes ces photographies sans frémir, sans bouger, témoin passif, récoltant les honneurs et les récompenses sur le meurtre, l'assassinat, les massacres.
"... et que jamais une larme ne t'ait fait manquer ta mise au point" (p172 - Ed Point)
Alors s'engage de long échanges et dialogues entre Faulques et Markovic, chacun racontant par petit bout leur vie. et faisant part de leur doute et de leurs réflexions.
A partir de cette trame, Arturo Perez-Reverte nous entraîne dans une immense et très dense réflexion sur le hasard et la nécessité, le chaos et l'ordre, le destin et le choix, les conséquences de chaque action référence à la fameuse aile de papillon entraînant le chaos,
"L'effet papillon avez-vous dit ? Quelle ironie, un mot si délicat" (p54 - Ed Point)
Brassant tous ces thèmes avec de multiples références mythologiques (Les Dieux, Charon et le Styx), de l'antiquité (Troie et sa destruction, Andromaque, Euclide,...) et surtout de très nombreuses références à des tableaux, l'auteur pose une réflexion sur la photographie et sa capacité à rendre compte du monde et de la nature humaine au-delà de la réalité, de la peinture qui par la symbolique, la stylisation, le détail, la déformation peut mieux rendre compte de ce qu'il y a derrière la vie.
"Dans le trait de crayon et la touche de couleur, lents, minutieux, réfléchis, qui ne sont possibles que quand, enfin, le coeur bat plus lentement. Quand les vieux dieux mesquins et tout ce qui s'y rattache cessent d'accabler l'homme de leurs haines et de leurs faveurs" (p15 - Ed Point)
Faulques recherche la règle, la loi qui régit le monde, qui entraîne le chaos.
"Sa quête de la règle cachée qui ordonnait l'implacable géométrie du chaos" (p14 - Ed Point).
Arturo Perez-Reverte a la même démarche par ce roman en pensant peut-être que l'écriture pourrait, elle, faire émerger cette vérité. Finalement à la toute fin du roman elle ne se dévoilera pas. La réponse se trouve en chacun de nous, notre libre arbitre et notre responsabilité dans nos actes.
C'est également un texte qui dénonce notre relation et à l'actualité, au sensationnalisme qui devient du voyeurisme sous couvert d'information. A force de chercher le pourquoi de tout cela, Faulques, qui est notre représentation, se détache de ce réel absurde et cauchemardesque, il ausculte, analyse, interprète le réel, c'est un spectacle, comme lorsque Faulques et son amie Ovildo sont sur le balcon d'un hotel face à Dubrovnik assiégée, en flamme. La lueur des incendies et les explosions des obus devient un tableau, une oeuvre d'art.
Markovic est comme un ange annonciateur de la mort qui permettra à Faulques de revoir sa vie et comprendre que sa quête est arrivé à son terme.
Magnifique roman qui demande un véritable effort de lecture pour suivre les multiples retours en arrière. Parfois des phrases un peu abscons qui s'éclairent par la suite. Les références picturales demandent à rechercher les tableaux pour comprendre les descriptions et les analyses des oeuvres.
Arturo Perez-Reverte nous entraîne dans une oeuvre très noire, sans espoir sur la nature profonde de l'homme : "homo sapiens, homo ludens, homo occisor" : homme qui pense, qui joue et qui tue
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