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Critique de Ys


Ys
  20 novembre 2013
De tous les livres que j'ai lus de Perez-Reverte, celui-ci est de très loin le plus complexe, le plus intellectuellement exigeant et peut-être le plus tourmenté.

Il m'a fallu un peu de temps pour y accrocher, d'autant plus que le caractère de Faulques est assez étranger au mien - un esprit très mathématique, qui cherche à mettre les choses en système, à en saisir la logique cachée, la nature profonde, quand pour moi les choses sont absolument évidentes et absolument mystérieuses, et doivent le rester. le chaos, le mystère, l'incompréhensible me séduisent, quand la recherche d'ordre (plus que l'ordre lui-même, mais l'ordre, en un sens, n'existe-t-il pas que par sa recherche ?) me dérange.
Bref, nous ne sommes pas faits pour nous entendre, Faulques et moi, ce qui me rend au moins certains aspects de sa démarche assez impénétrables.

Certains aspects seulement, car les thèmes abordés sont passionnants - le rapport de l'homme à la cruauté et à la violence, la part de responsabilité de chacun, témoins, bourreaux et victimes, le rôle de l'art, de l'image artistique, dans l'appréhension du monde... - passionnants, et traités avec une agréable subtilité, loin des raccourcis faciles, des mises en accusation bien pensantes. C'est très noir et très cru - la noirceur et la crudité de l'âme humaine mise à nu, écorchée pour se comprendre elle-même au-delà des reflets trop séduisants.
Ce n'est pas à lire quand on cherche à se remettre d'une dépression, ou qu'on préfère voir l'humanité sous son jour le moins noir, mais c'est un texte extrêmement stimulant pour l'esprit, qui donne envie d'en rediscuter des heures durant avec d'autres lecteurs.

Et puis au passage, on se demande à quel point Reverte - lui-même correspondant de guerre, qui a tant écrit à son sujet pour des journaux ou dans ses romans - ne fait pas sa propre fresque dans ce livre-là, l'équivalent littéraire de ce que Faulques peint sur les murs de sa tour. Même s'il diffère assez, en apparence, de ses autres romans - globalement beaucoup plus romanesques - il peut aussi apparaître comme une clef de lecture à une bonne partie de son oeuvre, où toujours se retrouve en filigrane comme la quête fascinée du Mal, cet instinct de destruction, cette logique du chaos qui entraîne les hommes, à des années lumière des plats manichéismes. Un jour de colère et Cadix, la diagonale du fou, écrits à la suite du Peintre de batailles, sont dans une logique parfaite à cet égard.

Il est d'ailleurs assez intéressant de remarquer que les personnages féminins sont très souvent les agents de cette destruction - mais des agents bien moins méchants que froidement lucides, d'une intelligence beaucoup plus acérée que celle des hommes dont elles causent la perte. En conclure que l'intelligence est pour Reverte le grand drame de l'humanité ne me semble pas en désaccord avec ce qui est dit dans ce livre-là. Et ça, pour le coup, ça me convient très bien.

Pour en revenir à nos moutons, je rêverais pour ce bouquin d'une édition augmentée - illustrée par tous les tableaux dont parle l'auteur. Ils sont nombreux, et si j'ai eu la chance de passer un bon moment devant la Bataille de San Romano de la National Gallery, en juillet, beaucoup me sont inconnus ou presque, et il est vite frustrant de devoir les chercher.
Un carambar (et plus si affinités) à qui me fait une galerie d'images !
Lien : http://ys-melmoth.livejourna..
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