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EAN : 9782259278720
Plon (09/01/2020)
4.2/5   58 notes
Résumé :
« Tout le monde m’appelle Jo. Mon frère, ma sœur, mon oncle, ma tante.
Je déteste.
Jo, c’est un raccourci pour ne pas flâner en chemin, c’est le dernier des frères Dalton, un boxeur, une peluche, un chien, mais ce n’est pas Georgia.
Pour aller vite, ma mère aussi m’appelle Jo. Georgia c’est trop long à dire, et il y aurait tant à dire.
" Jo, mets ta chemise ! Tu es très jolie avec."
Ça aussi je déteste.
Si j’ava... >Voir plus
Critiques, Analyses et Avis (29) Voir plus Ajouter une critique
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Le récit sensible et poignant d'un drame intime aggravé par le poids du silence.

« ...ne le dis à personne. C'est un secret ». Quand Georgia entend ces paroles chuchotées dans l'obscurité elle a huit ans et en quelques minutes vieillit d'une dizaine d'années. Aujourd'hui adulte ces choses tues ont laissé en suspens une souffrance non résolue chez « Jo » ce surnom réducteur qu'elle déteste. C'est au décès de sa mère que va ressurgir ce « sale secret », ce traumatisme enfoui ouvrant enfin une voie à la libération de parole. L'annonce de sa mort la laisse sans larmes entre réminiscences, préparatifs de l'enterrement et retour à l'hôtel du bord des vagues de son enfance chez son oncle et sa tante elle lutte pour chasser le spectre de sa mère omniprésent « ...je ne veux ni d'elle ni de sa mort ». Sa mort physique est moins douloureuse que la mort affective qu'elle lui a infligée de son vivant. A travers la narratrice-victime l'écrivaine révèle les dégâts causés par les non-dits intrafamiliaux qui pèsent sur plusieurs générations et condamnent à la perpétuation du mal si la parole ne vient pas briser la fatalité. le choix maternel du déni alimente la souffrance de sa fille car elle choisit un autre camp que celui de son enfant. Sans le soutien parental le silence prend le pouvoir et devient pilote de la destinée de Giorgia, sa toxicité poursuivant son oeuvre dans le temps. Questions évitées, réprimandes, rejet sont le quotidien de cette petite depuis le secret et la séparation de ses parents qui a mis à mal sa mère, peu attentive à elle depuis. Ne pointant que ses insuffisances, sa beauté est la seule qualité qu'elle lui consent. Malgré les signaux de souffrances allant de l'énurésie nocturne aux claquements de portes personne ne cherche à comprendre Giorgia. Un « chut, surtout tais-toi » flotte tacitement. Même après ses révélations chocs sa famille esquive car il faut garder la face et puis « La famille perdrait l'équilibre si ... La famille ne doit pas disparaître. » le déni du clan familial trace sa route. Ici la prise de parole est moins réparatrice que libératrice. Elle se reconstruit auprès de ses deux enfants, des arbres qu'elle soigne et de son nouvel amour, non sans difficultés.

Dans une écriture percutante l'écrivaine retranscrit avec véracité le ressenti de cette enfant meurtrie mais combative tiraillée entre la peur et un conflit de loyauté paralysant. Au fil des pages une petite fille silencieuse et courageuse vous prend par la main pour vous montrer ce qu'elle ne pouvait dire faisant du lecteur un témoin et, souhaitons-le, un transmetteur.

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Il suffit d'une étincelle pour allumer un feu, d'une seule goutte pour faire déborder un vase. Pour Georgia, ce sera au décès de sa mère. L'enfance de ses huit ans lui claque en pleine figure. Georgia, on l'appelle Jo ce qui l'énerve, Jo c'est le nom d'un chien, Georgia on lui demande d'être polie, Georgia on lui parle pour dire quoi faire ou ne pas faire. Mais l'amour, les sentiments, elle ne connaît pas Georgia. A ses huit ans, un drame est survenu et sa vie a volé en éclats. Parce que Georgia, c'était une très jolie petite fille. Je ne veux pas être jolie. C'est tout ce qu'elle aimerait. Une petite fille, jolie, innocente, naïve, gentille sans protection de deux parents aimants, c'est jeter un chaton aux fauves affamés.

Fabienne Perineau dénude la politesse dans ce roman, elle balance la souffrance d'une gamine parce que les adultes ça se tait pour faire bonne figure. Parce que la famille c'est important. Tellement important que les priorités ne sont plus au bon endroit. On sourit pour faire bonne figure mais pour Georgia, c'en est trop.

Les souvenirs dégoulinent, avec eux, la honte, l'incompréhension, le désir d'être entendue. La mère est morte. Ne reste plus qu'un frère et une soeur. Mais Georgia, tu es grande, c'était il y a longtemps, n'en parlons plus.

Trop de victimes de ce type sont rabaissées au rang du silence, incomprises, non tolérées, rejetées. Ce roman a ce mérite qu'il écrit bien fort et bien haut les coulisses d'une famille bien pensante. Mais combien pesante. Dans un style autocentré sur la narratrice, non censuré, j'ai parfois frôlé l'indigestion, le ton est tantôt lourd tantôt incroyablement juste et sensible.

Un roman oui, qui sonne juste dans cette société de regards baissés et éteints.

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C'est une lecture un tout petit peu en demi-teinte pour moi... elle s'est faite sans déplaisir, mais sans y croire tout à fait non plus.

J'ai bien aimé l'écriture qui dédouble les dialogues des pensées de Georgia. J'ai aimé parcourir ses pensées, nous ramenant à son ressenti mais aussi à des flashbacks qui éclairent le présent.

Je n'ai par contre pas été touchée au-delà de la forme (quand bien même celle-ci m'est apparue un peu incohérente par moment).

Peut être que, étant une habituée des témoignages, je ne peux trouver la fiction qu'assez terne émotionnellement pour des sujets comme ceux-là.

Le livre aborde (même s'il ne la creuse pas vraiment) une notion importante des abus sexuels, c'est-à-dire la mémoire traumatique. Autrement dit, le refoulement du trauma, sachant que celui-ci marque une empreinte sur la personne mais de manière détournée (somatisations, comportements compulsifs souvent auto-destructeurs,...) et ressurgit par bribes ou éclate à la conscience comme une bombe. L'actualité nous en abreuve malheureusement régulièrement d'exemples.

C'est un livre plaisant, mais il m'a manqué plus de profondeur et l'histoire d'amour m'a donné un goût de chamallow dans la bouche assez inutile... Mais tout dépend ce que l'on recherche. Soit une vérité nue et crue qui bouleverse ou une histoire édulcorée plus confortable...

Si vous préférez comme moi plus d'authenticité, je vous conseille alors la lecture de "La petite fille sur la banquise" de Adélaïde Bon.

Quoi qu'il en soit Je ne veux pas être jolie, reste un roman agréable à lire et très "soft" sur le sujet.

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Giorgia est une jeune femme aimante mais révoltée, à vif.

Elle aime tendrement ses deux enfants, passionnément son amoureux, énormément son travail.

Mais en elle, une grande colère est tapie.

Contre qui ?

Sa mère vient de mourir et remontent en elle les souvenirs de l'été de ses huit ans.

Que s'est-il passé ?

Elle en veut terriblement à sa mère, à sa famille.

Mais de quoi ?

J'ai beaucoup aimé Georgia, sa souffrance, sa force de vie.

Elle mène son combat seule, envers et contre tout.

C'est bien écrit

C'est bien construit.

C'est émouvant, poignant.

Les réponses à nos questions ne viennent qu'en fin de livre.

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Au décès de sa mère, qui était malade, les yeux de Georgia restent secs. Jusqu'au bout, la jeune femme a espéré un geste, une écoute, une reconnaissance, mais rien n'est venu. Avec la mort de sa mère, s'éteint la possibilité de parler de ce lourd secret. Ce non-dit remonte à la mémoire de Georgia, elle laisse la place à la petite fille de huit ans. Elle la laisse enfin parler, elle que personne n'a écoutée. Elle tente de se confier à son frère et à sa soeur, mais ils ne veulent pas entendre : pourquoi le dire maintenant ? C'était il y a si longtemps. Non, non et non, Georgia rompt le silence, elle révèle le secret familial, elle brise les chaînes, elle empêche que les faits se reproduisent d'une génération à l'autre. On veut encore la faire taire, Georgia, on le sait, dans la famille, elle est toujours en train de se plaindre. Elle a des éclats, mais elle revient toujours.

Ne les écoute pas, Georgia. Fabienne Périneau montre que c'est toi qui es courageuse, tu es une battante et tu es lumineuse. Tout ce que tu fais, tu le fais avec passion : aimer tes enfants, sauver les arbres, tomber amoureuse. Malgré ce poids que tu portes, tu as construit ta vie, tu n'as pas eu de conduites destructrices envers toi-même. Tu es une vraie maman, même si, toi, tu n'en as plus depuis le jour où elle n'a pas choisi son enfant.

J'en avais eu l'intuition en lisant la quatrième de couverture : dès les premières pages, ce texte a fait désespérément résonance en moi. Fabienne Périneau, à quelques « détails » près, raconte mon histoire avec des mots superbes que je n'aurais jamais su écrire. Plusieurs fois, il m'a fallu reprendre ma respiration et laisser refluer mes émotions. Hélas, nous serons nombreux à nous retrouver en Georgia, Fabienne Périneau parle de nous de manière poétique et magnifique, aussi, ceux qui ne se reconnaîtront pas nous entendront. Je n'ai pas pleuré en lisant Je ne veux pas être jolie, mais je le fais en écrivant ma chronique.

Conclusion

Ce roman est bouleversant et d'une grande beauté. Avec une écriture poétique et brûlante de vérité, Fabienne Périneau traite des relations fille-mère et celles entre frères et soeurs et délivre Georgia du secret. Elle fait entrer la lumière dans sa vie, car oui, ce texte est lumineux et il est, également, empli d'espoir et de tendresse.

Pour le moment, c'est mon plus gros coup de coeur de cette rentrée littéraire.

Je remercie sincèrement les Éditions Plon pour ce service presse.


Lien : https://valmyvoyoulit.com/20..
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Citations et extraits (12) Voir plus Ajouter une citation

Je m’appelle Georgia.

Joe, c’est un raccourci pour ne pas flâner en chemin, c’est le dernier des frères Dalton, un boxeur, une peluche, un chien, mais ce n’est pas Georgia.

Pour aller vite, ma mère m’appelle Jo. Georgia, c’est trop long à dire, et il y aurait tant à dire.

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— Mais pourquoi tu ne le dis que maintenant ? C’était il y a tellement longtemps. Longtemps. Toujours ce mot. Si j’y mettais un peu du mien, longtemps pourrait tout effacer. Si seulement j’y mettais du mien. Tout pourrait être vieux, usé, défraîchi, et ça ne compterait plus. Et nous n’en parlerions plus. Longtemps. Si longtemps que, trente ans après la majorité, même les lois ne veulent plus se souvenir. Pourtant, c’est neuf en moi, Marie-Ève, si neuf. Immonde encore, à m’en donner la nausée. Ça me bouffe. Ça pourrit tout ce qu’il veut y avoir de vivant en moi. Ça infeste mon cœur et mes pensées. Pourquoi je ne l’ai pas dit plus tôt ? Parce que j’ai oublié. — Oublié ? — Oui. Essayé d’oublier. Quel enfant, quel adolescent, quelle femme voudrait se réveiller le matin en pensant à ça ? Qui voudrait faire des études, rencontrer un homme, mettre des enfants au monde en pensant à ça ? Et puis un jour, ma mère meurt, et le souvenir du bureau ressurgit.

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Un pigeon picore des miettes sur la terrasse. Sales miettes, sales restes, sales souvenirs. Tu peux tout prendre le pigeon, régale-toi, je ne veux plus de ça chez moi.

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Quand on ne soigne pas les blessures des hommes, il arrive qu’elles se transmettent de génération en génération.

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Secourir, et ça me déchire le cœur quand je n’y parviens pas, ceux qu’on laisse au sol comme des soldats oubliés sur un champ de bataille, ceux qui se tordent pour grandir coûte que coûte, ceux qui se penchent au risque de perdre racines, mais qui résistent aux blessures de la sécheresse, des tempêtes, des insectes et des hommes.

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