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ISBN : 2221109813
Éditeur : Robert Laffont (10/01/2013)

Note moyenne : 4.39/5 (sur 106 notes)
Résumé :
Que peuvent avoir en commun un jeune Afro-Américain tout juste sorti de prison et un intellectuel juif en pleine crise existentielle ? Épique et intime, incroyablement émouvante, une peinture magistrale du pouvoir de la mémoire sur nos vies.

Il est des vies tellement éloignées de la nôtre que jamais on n'aurait imaginé les croiser, des liens dont on n'aurait jamais pensé qu'on les tisserait. Et puis, un jour, on croise ces vies, on tisse ces liens, l'... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (45) Voir plus Ajouter une critique
carre
  12 décembre 2015
Mon Dieu, quel grand roman !
Un jeune afro américain qui sort de prison, un historien en pleine perdition professionnelle et privée, un vieux monsieur atteint d'un cancer en phase terminale, rescapé des camps nazis, une oncologue petite fille d'un héros de couleur de l'armée américaine. Une radiographie d'un vingtième siècle témoin de la folie des hommes, Elliot Perlman nous donne un extraordinaire roman ou les petites histoires se heurtent à la grande dans toute sa barbarie et sa brutalité. Passant d'une époque à une autre, d'une histoire à une autre, l'édifice se construit avec une puissance narrative qui à de quoi vous laisser sans voix. Cette mémoire qu'on se doit de perpétuer coute que coute, car comme le hurle l'une des martyres de Auschwitz « Dites à tout le monde, ce qui s'est passé ici, dites à tout le monde ce qui s'est passé ici, dites à tout le monde ... ».
Universel et bouleversant.
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Eve-Yeshe
  31 mars 2014
Le livre débute avec l'entrée en scène de Lamond, qui vient de sortir de prison : il a été condamné parce qu'il conduisait la voiture dans laquelle avaient pris place deux de ces amis qui on décidé de faire un vol à mains armées. Il n'y est pour rien mais il les a amenés, il a attendu dans la voiture et comme il est noir, il est forcément coupable, alors qu'il a toujours été un jeune sans problème, père d'une petite fille de 2 ans. Même son avocat ne l'a pas cru !!! Au début de l'histoire Lamond vient de sortir de prison et il a 6 mois de réadaptation à faire comme homme de ménage dans un hôpital.
En parallèle, on découvre Adam Zegnelik, historien à l'université, où il est en train de perdre son poste car, il n'a pas assez fait de publication. Petit-fils d'exilés juifs - ses grands-parents ont fui les pogroms -, cet intellectuel "épris de justice" aborde la quarantaine en se posant des questions existentielles, sur fond de dépression. C'est un homme peu sûr de lui, car il a vécu toute sa vie à l'ombre d'un père, célèbre avocat connu pour son militantisme pour la défense des droits civiques des noirs et la lutte contre la ségrégation avec l'épisode très dur du lynchage d'une jeune fille noire acceptée avec 8 autres dans un lycée jusque là réservé aux blancs. Sentant sa carrière lui échapper, Adam rompt sa relation avec la femme de sa vie Diana.
Le titulaire de la chaire d'Histoire à l'université est Charles, un ami de longue date d'Adam mais qui se battra peu pour que son ami puisse garder sa place. le père de Charles, William va par contre jouer un rôle important en suggérant un sujet d'étude à Adam : prouver que des soldats Noirs ont fait partie des soldats américains qui ont ouvert les portes d'Auschwitz.
Nos deux héros, Lamond et Adam ont en fait quelque chose en commun : dès le premier jour de son travail a l'hôpital Lamond fait la connaissance de Henrik Mandelbaum, atteint d'un cancer et qui va se lier d'amitié avec lui et lui raconter sa vie en Pologne puis son internement à Auschwitz où il va être embauché dans le Sonderkommandos dont les membres étaient donc des déportés choisis en fonction de leur force physique, dont le rôle était de faire procéder au déshabillage , puis, après leur mort, à la crémation des cadavres des populations sélectionnées dès la sortie des trains à leur arrivée au camp.
De son côté Adam va essayer de trouver des témoins da la présence de soldats noirs à la libération des camps et il va mettre à jour des témoignages recueillis par le Pr Border, psychologue : il est allé en 1946 en registrer avec un appareil rudimentaire des témoignages de rescapés des camps en vue de faire un travail sur leur mode d'expression verbale (le quotient adjectif-verbe) il en publiera quelques uns dans un livre « je n'ai pas interrogé les morts ».
Le livre va donc évolué à l'heure actuelle avec le destin de Lamond et celui d'Adam, avec des retours en arrière, entre 1942 et 1945 où l'auteur décrit ce qui se passe dans les camps, par les récits d'Henrik, des passages par les années 60 avec les passages à tabac de Noirs car la ségrégation bat son plein, les années après-guerre avec les travaux de Border et son histoire personnelle qui joue un rôle important dans le livre : sa fille Elise, Callie la jeune femme noire qui entretient la maison et son fils (qui a vu son père se faire battre à mort sous ses yeux pour avoir osé monter dans un tram réservé aux blancs)
En fait, tous les héros vont se retrouver liés entre eux dans une magnifique histoire que je vous laisse découvrir.


Ce que j'en pense :
C'est le premier roman d'Elliott Perlman que je lis et encore une fois je suis sous le choc. Ces derniers temps j'ai lus des livres que j'avais longtemps attendus mais que j'ai tous aimés. Celui-ci est hors catégories.
L'auteur nous emmène de Cracovie à Auschwitz, en passant par Varsovie et son ghetto, de New-York à Chicago, avec un retour aux sources par Melbourne et en même temps on voyage dans le temps : 1942-45, les années soixante, l'époque actuelle, et les ghettos modernes.
En effet, c'est une belle réflexion sur la mémoire, la transmission sous toutes les formes possibles.
La mémoire orale : le récit de sa vie que fait un vieil homme rescapé d'Auschwitz à Lamond, jeune homme noir passé par la case prison, pour que personne n'oublie ce qui s'est passé dans les camps, le commando on utilisait des prisonniers juifs en forme pour sortir les corps gazés pour les emmener dans les fours crématoires, (ou des fosses quand le temps pressait) et aussi pour les accompagner aux chambres à gaz par rangs de 5, les femmes d'abord)
Aussi pour parler de son enfance en Pologne, toute trace de sa famille ayant disparu. Il tient lui aussi à laisser son témoignage et il a l'impression que ses descendants ne s'intéressent pas à ce qui lui est arrivé.
La mémoire orale aussi par les enregistrements effectués en 1946 par le Dr Border et le système qu'il a fallu imaginer pour enregistrer à cette époque.
La mémoire écrite avec les notes manuscrites du Dr Border qu'Alan découvre dans un carton au fond de la bibliothèque de Chicago (le livre qu'il en a tiré)
La mémoire olfactive, avec les chairs brûlées, les odeurs qui règnent dans le camp. La mémoire auditive (le slogan publicitaire qui trotte dans la tête de Lamond aussi bien que les hurlements Nazis.
En parallèle de la mémoire en tant que telle, l'évocation du racisme : antisémitisme, mais aussi haine raciale aux USA, avec le lynchage de la jeune fille noire admise dans un lycée en 1957, les luttes pour la reconnaissance des droits civiques des Noirs…
La mémoire partiale : on envoie des Noirs en première ligne parmi les soldats mais on ne se rappelle pas qu'ils ont participé à la libération des camps. On leur a rayé cette reconnaissance purement et simplement.
On a donc une étude de la mémoire collective mais aussi de la mémoire individuelle à travers l'histoire de chacun des héros. Leurs difficultés à assumer : pas facile d'être le fils d'un défenseur des droits civiques illustres alors qu'on est historien universitaire certes mais qui ne publie rien et se retrouve privé de son poste, et qui préfère mettre fin à son couple plutôt que ne pas être à la hauteur.
L'amitié aussi est étudiée dans ce livre : celle qui unit Adam et Charles, Adam et William (le père de Charles qui suggère ce thème de travail) celle aussi qui unit Lamond a ses anciens copains (à cause d'eux il fait de la prison alors qu'il n'a rien fait, sauf conduire une voiture mais personne ne l'écoute même pas son avocat car il est Noir. L'amitié entre Lamond et le vieil homme, la complicité qui s'installe entre eux : ces deux là se sont reconnus, et respectés d'emblée (cf. les efforts de Lamond pour se rappeler ces noms qu'il n'a jamais entendus avant : il s'est engagé à le faire pour témoigner au nom du vieil homme mais c'est difficile alors il répète toutes les nuits ces mots, ces noms à consonance étrangère)
L'amour n'est pas en reste dans ce livre : Adam qui met fin à sa relation avec Diane contre sa propre volonté et celle de la jeune femme car ils s'aiment mais il doute trop de lui-même pour construire un couple, du moins c'est ce qu'il croît.
L'amour du Dr Border pour sa femme Rosa et toutes les conséquences que sa jalousie va avoir nous touche comme l'amour qu'il éprouve pour sa fille. Ce professeur est inspiré d'un personnage ayant existé (comme beaucoup d'autres ainsi que l'auteur l'explique dans la postface et ses travaux aussi : il est un précurseur car son coefficient adjectif-verbe est un balbutiement de ce qu'on baptisera plus tard : le syndrome de stress post traumatique.
Il y a les héros tels Rosa, Noah qui refusent de plier dans les camps et se battront jusqu'au bout, en mettant en place un mouvement de résistance. L'auteur nous parle très bien de l'importance de prendre des notes tous les jours dans les camps pour raconter ce qu'il s'y passe, laisser des preuves qu'ils enterreront pour qu'un jour on les trouve et qu'on sache ce qui s'est passé.
Elliott Perlman vous démontre à merveille l'interaction entre les histoires personnelles des héros et la grande Histoire, comment des êtres si différents peuvent se rencontrer et écrire un morceau de l'histoire ensemble. Et aussi, les conséquences dramatiques que peuvent avoir nos actes sans que nous l'ayons réellement voulu, du moins pas à un tel niveau.
Il nous montre aussi que chacun détient une part de la vérité donc de la mémoire collective, et que chacune de ces parts réunies permettront de reformer le puzzle. Et on retrouve, cette loi de causalité qui fait qu'un événement minuscule qui se produit à un endroit de globe va entraîner des réactions en chaîne et lourde de conséquences.
C'est un livre qui ne s'avale pas d'un trait, car on est submergé par la somme des informations qu'il faut intégrer peu à peu afin d'apprécier la qualité du travail de recherche qu'a effectué l'auteur et par les émotions que l'on ressent tout au long de cette lecture. Certains évènements, certains récits sont durs, même si on connaît bien cette période et l'idée de mettre en parallèle l'antisémitisme l'extermination des Juifs et tout ce qu'ont subi les Noirs est remarquable.
Un très beau livre, bien écrit, car on n'est jamais dans le pathos, l'auteur reste au plus près de la réalité même quand il évoque les pires atrocités, ou les émotions plus ou moins dissimulées des héros, leurs forces et leurs faiblesses. On se sent proche de chacun d'eux, sans envie de les juger.
Je pense que ce sera mon coup de coeur de l'année 2014. Et je vais essayer de lire « Ambigüités » son précédent roman qui a été encensé par la critique aussi. J'espère vous avoir convaincus que c'est une pépite à lire absolument. Promis, vous ne serez pas déçus.
Note : 9+/10 car j'ai dû me résoudre à en mettre une mais il est hors catégorie pour moi.

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Kittiwake
  08 mars 2017
Par quel chemin tortueux le panel de personnages issu de l'imagination d'Elliot Perlman pourra t-il se rencontrer? Il faudra pour le savoir parcourir les quasi 600 pages de ce roman fleuve si dense. Ce sera loin d'être un pensum, car l'auteur sait nous les faire aimer :
Lamont, qui compte bien se racheter pour pouvoir partir à la recherche de sa fille, pas revue depuis qu'une bévue matinée de racisme ordinaire l'a confiné derrière les barreaux
Adam, fils de Jake, professeur d'histoire, que la prestigieuse université de Columbia risque bien d'éjecter, car il ne suffit pas d'être un bon pédagogue pour être admis ad vitam aeternam dans ces temps du savoir : il faut publier! Et Adam n'a pas l'ombre d'une idée de sujet digne de ce nom
La famille McCray, Sonia, Michelle et Charles, trop lisses pour être heureux
et bien d'autres personnages qui n'ont de secondaires que le temps d'apparition qui leur est imparti
Sur ce noyau dur, se grefferont des personnages cruciaux, appartenant au passé ou riche d'une mémoire accablante, artisans de la future rencontre, celle que l'on attend patiemment.
Derrière le décor planté, se dévoile peu à peu l'indicible, et qui pourtant doit être dit. C'est le leitmotiv d'un mourant et c'est celui de l'auteur : il faut que l'on sache ce qui s'est passé là-bas. Et là-bas, c'est Auschwitz. C'est la funeste destination de millions des déportés, durant la guerre qui a endeuillé le coeur du vingtième siècle. L'évocation de cette période est quasi-insoutenable, même si l'on sait, si on a vu Nuit et brouillard ou lu les nombreux récits qui relatent l'horreur. Mais il faut que l'on sache. Que le temps qui passe n'affadisse pas le crime.
En filigrane, est évoqué une autre facette de la haine, et si les législateurs ont érigé sur le papier une égalité de bon aloi, le problème du racisme envers les populations autrefois accueillies à bras ouvert avec un statut équivalent à celui d'un animal, corvéable à merci, est loin d'être résolu dans les faits en ce début de vingt et unième siècle.
La littérature se mêle à l'histoire pour faire de ces témoignages un ingrédient romanesque et les personnages sont impliqués à des degrés divers dans le propos. L'ensemble est habilement construit. L'empathie succède à l'horreur.
Impossible de rester indifférente à ce récit, qui m'a bouleversée et n'est pas prêt de sortir de ma mémoire, chienne indocile ou pas
Merci à JOE5 de m'avoir suggéré cette lecture.
Lien : http://kittylamouette.blogsp..
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Archie
  20 août 2017
Je ne sais plus qui m'a conseillé ce livre publié en 2013 ; s'il me lit, qu'il sache que je lui rends grâce. Ce roman exceptionnel m'a embarqué pour un voyage inattendu et époustouflant dans le vingtième siècle, entre l'Amérique et l'Europe, sans oublier un court détour par l'Australie. Son titre en français, La mémoire est une chienne indocile, est à lui seul un sujet qui interpelle, d'autant plus qu'il n'a rien à voir avec le titre d'origine, The street sweeper, autrement dit, le balayeur.
L'auteur, Elliot Perlman, n'est pas un poète. Dans les six cent pages de son livre, nulle envolée lyrique, quasiment pas de représentation de paysage, de description de décor, ni de portrait – on ne sait même pas à quoi ressemblent les personnages ! Cet Australien, issu d'une famille juive d'Europe Centrale, est avocat de profession. Son livre, un roman-témoignage d'envergure magistrale, met en perspective racisme et antisémitisme, se déploie sur la lutte contre les droits civiques aux Etats-Unis, pour conduire à la Shoah en Pologne.
Deux histoires cheminent en même temps dans la même Histoire.
Dans un hôpital de New York où il est traité pour un cancer en phase terminale, un homme très âgé, juif, rescapé d'Auschwitz, Henry (Henryk) Mandelbrot, livre ses souvenirs à un Afro-américain du Bronx, Lamont Williams, un homme mis à l'épreuve dans un poste de balayeur (street sweeper !) à l'issue d'une lourde peine pénale pour… disons, naïveté et mauvaises fréquentations. le traitement des Juifs par les nazis et sa gradation année après année est une découverte pour Lamont, qui en retiendra tous les détails : les ghettos, les camps de concentration, les camps de la mort, Auschwitz, le rôle de Mandelbrot au sein du sonderkommando, ce qu'il a pu voir à l'intérieur des chambres à gaz... Des images... terrifiantes, horrifiantes ? Aucun mot ne peut convenir, les hommes n'ayant pas prévu d'en concevoir un pour qualifier de telles choses.
Dans le même temps, un autre Juif ashkénaze, Adam Zignelik, professeur d'histoire à Columbia, très investi dans le Mouvement des droits civiques, est à la recherche d'éléments attestant l'engagement d'un bataillon de combattants afro-américains dans la libération du camp de concentration de Dachau. L'enquête bifurque et conduit Adam à approfondir les travaux d'un professeur de psychologie de Chicago nommé Border, qui s'était rendu en Europe dans l'immédiat après-guerre, et avait enregistré des témoignages de Juifs faisant partie de ce qu'on appelait alors des « personnes déplacées ».
Question : à une époque où l'on n'avait pas encore pris conscience de l'ampleur de la « solution finale » mise en oeuvre par les Nazis, pourquoi le professeur Border avait-il choisi d'orienter son étude sur les seuls Juifs ? Et surtout, pourquoi, plus tard, avait-il tout fait pour dissimuler l'un des enregistrements ?
C'est là que le roman reprend ses droits. Au fil des chapitres, autour de Lamont, Adam, Mandelbrot et Border, chacun traversé par ses peines et ses remords, animé par ses convictions et ses projets, parfois saisi par des souvenirs inattendus – indocile mémoire ! –, viennent se greffer de nombreux personnages, des femmes et des hommes comptant ou ayant compté dans leur quotidien. L'ouvrage prend ainsi la consistance d'une vaste fresque romanesque étendue sur huit décennies.
Il m'est souvent arrivé d'avertir le lecteur que les romans aux ramifications les plus prolifiques exigent un minimum de patience, surtout au début, à un moment où l'on ne sait pas où l'auteur a l'intention de nous emmener. Dans La mémoire est une chienne indocile, une fois mis en place le contexte dans lequel évoluent les personnages principaux, la lecture devient aisée et attachante, les péripéties s'enchaînant en courtes séquences, sous la houlette d'un narrateur unique et universel.
Au final, les trajectoires convergent pour atteindre l'objectif primordial, l'exhortation répétée presque convulsivement par ceux qui allaient mourir : « Dites à tout le monde ce qui s'est passé ici ; dites à tout le monde ce qui s'est passé ici » ! Comme Mandelbrot l'y enjoignait, Lamont a tout retenu, tous les détails. Mémoire transmise au balayeur noir du Bronx.
Le dénouement de la fiction est très émouvant, mais je ne l'ai pas trouvé tout à fait à la hauteur des ambitions romanesques de l'ouvrage. Faut-il en conclure que l'imagination du romancier peut aussi se comporter en chienne indocile ?

Lien : http://cavamieuxenlecrivant...
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mariecesttout
  08 mars 2014
En exergue:
"Devant tant de malheurs les montagnes s'inclinent..
Mais l'espoir ne cesse de chanter au loin." (Anna Akhamatova)
Le titre anglais de ce long roman écrit par un auteur australien descendant d'une famille juive immigrée est le balayeur de rue.
Le titre français vient du début du texte:
"La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer, ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous.."
Et beaucoup plus tard dans le texte:
"Qu'est- ce que la mémoire? C'est le stockage, la rétention et la remémoration des composantes , brutes ou nuancées , de l'information. Comment la mobilise-t-on? Une certaine protéine du cerveau, une enzyme, agit sur une série de neurones en succession rapide, comme une forme d'allumage, de manière à tracer une image ou à prononcer un mot, comme pour amener un arpège de données de stockage cellulaire à jouer une mélodie depuis longtemps gardée en réserve dans votre esprit, de sorte que vous vous remémoriez le visage de cet être, sa voix, son rire, la manière qu'il avait de bouger, un propos qu'il avait tenu....... Dès qu'elle n'est plus là, cette cascade de données cellulaires, c'est tout ce qu'il vous reste d'elle. Chaque neurone contient quelques pixels, quelques données, et il suffit que l'un deux se perde pour que la séquence soit interrompue. Et là, vous avez déjà commencé à oublier."
C'est effectivement un roman qui va nous parler de la mémoire. Et de son corollaire, la transmission.
De la mémoire, d'ailleurs, il en faut au lecteur dans sa progression dans ce roman puzzle , les pièces à rassembler étant toutes des personnages, et il ne faut pas en perdre un en route!
Personnages de fiction pure comme ce fameux balayeur de rue, un jeune Noir qui vient de sortir de prison , un historien des droits civiques américains , et de nombreux autres.
Mais aussi personnages fictifs inspirés par des individus bien réels comme David Boder, psychologue ayant recueilli les déclarations de certains rescapés de l'Holocauste (publiées sous le titre: "Je n'ai pas interrogé les morts") ou Henryk Mandelbaum, l'un des rares survivants des Sonderkommandos,et d'autres encore, tous cités dans l'appendice donnant les références des livres consultés.
Les évènements eux-mêmes appartiennent bel et bien à L Histoire.
Je voudrais juste m'attarder un peu sur ces Sonderkommandos dont les membres étaient donc des déportés choisis au hasard, qui avaient pour rôle de faire procéder au déshabillage , puis, après leur mort, à la crémation des cadavres des populations sélectionnées à la sortie des trains. Certains membres avaient écrit et enterré leurs témoignages, dans l'espoir qu'ils soient un jour retrouvés. Ils l'ont été à la libération des camps, mais publiés très tard, pour des raisons obscures. On peut lire par exemple: " Au coeur de l'enfer" , le témoignage de Zalmen Gradowski. D'autres textes ont été rassemblés et publiés en France en 2006 sous le titre " Des voix sous la cendre".
Eliott Perlmann les a lus, et les utilise ici dans des pages assez insoutenables , mais bien sûr tout à fait historiquement conformes. Et décrit aussi cette révolte , unique en son genre semble-t-il , des Sonderkommandos.
Qui dit livre-puzzle dit bien sûr que les pièces de ce puzzle sont toutes reliées entre elles et que le talent de l'écrivain va être de les rassembler par de constants allers et retours dans le temps et l'espace sans en perdre une seule, ni le lecteur d'ailleurs!
En cela, c'est une réussite, quelle construction!
Avec , peut-être , les défauts de cette construction volontairement complexe, et avec tant de personnages qu'il faut bien rattacher à un moment ou à un autre, une certaine impression de " fabrication" , mais c'est un peu ergoter pour ce roman foisonnant, historiquement passionnant et qui fait, à certains moments, monter les larmes aux yeux.
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critiques presse (3)
LaLibreBelgique   23 février 2015
La mémoire est une chienne indocile" ("The Street Sweeper", paru en Australie en 2011), ambitieux et passionnant roman porté par une écriture maîtrisée et dynamique, et une grande humanité. Un ample opus qui brasse diverses facettes de l’histoire contemporaine de l’Amérique et de l’horreur nazie.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
LaLibreBelgique   26 février 2013
Remarqué avec “Ambiguïtés”, Elliot Perlman revient avec un ample et passionnant opus. Un habile maelström qui entremêle voix et destins pour éclairer au mieux le devoir de mémoire.
Lire la critique sur le site : LaLibreBelgique
Lexpress   24 janvier 2013
Un roman très ambitieux, passionnant, où l'auteur d'Ambiguïtés questionne le devoir de mémoire et le pouvoir qu'il exerce sur le présent, afin de terrasser le spectre de la barbarie.
Lire la critique sur le site : Lexpress
Citations et extraits (37) Voir plus Ajouter une citation
Eve-YesheEve-Yeshe   01 avril 2014

C’est le travail de qui, de chercher ? C’est le notre. A nous les historiens. Cela fait partie de notre tâche. Plus vous en savez, plus vous en lisez, plus forte sera votre intuition… Mais quel que soit le métier que vous finirez par exercer pour gagner votre vie, où que vous l’exerciez, il vous faudra autant d’intuition et de curiosité que vous pourrez en puiser en vous-mêmes. Développez l’une et l’autre comme un athlète développe ses muscles et ses impulsions. Vous en aurez besoin, ne serait-ce que pour maintenir votre esprit en éveil. Tôt ou tard, quoi qu’il se produise à Wall Street, vous tiendrez à récupérer la maîtrise de votre esprit. P 115
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litolfflitolff   13 mai 2013
Pourquoi l'histoire ne peut-elle nous renseigner sur ce qui va se produire dans l'avenir ? Parce qu'elle traite des individus, or les individus sont imprévisibles, autant que le sont la plupart des animaux, si ce n'est plus. On ne peut même pas se fier à eux pour qu'ils agissent comme ils l'ont déjà fait en des circonstances similaires ou pour qu'ils fassent ce qui relève à l'évidence de leur propre intérêt. Les êtres sont imprévisibles, à titre individuel et au plan collectif, les gens ordinaires tout comme les dirigeants investis d'un pouvoir.
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BruideloBruidelo   04 février 2018
En l’espace de quelques semaines, il avait eu la sensation de respirer plus large, et que pour la première fois son cœur réussissait à battre plus lentement, sous l’empire d’un calme véritable, à l’opposé de cet autre calme qu’il portait comme une armure, comme une protection. Ce calme inédit, du genre de celui que peut susciter l’impression de se réaliser soi-même, ne diminuait en rien son état d’excitation. Jamais au cours de son existence il n’avait eu autant de plaisir à se lever le matin. Au bout d’un temps, cette excitation s’était apaisée, mais l’impression de calme, elle, avait persisté des années. S’il était destiné à rencontrer un être comme Chantal, c’était certainement durant cette période.
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Eve-YesheEve-Yeshe   31 mars 2014

Dès l’époque où l’on a enlevé leurs ancêtres, où on les a emmenés contre leur volonté… peux-tu t’imaginer séparé de ta famille, de force, le pour être utilisé comme un objet, à seule fin de permettre à d’autres individus de s’enrichir ? … Dès cette époque, il n’y a pas eu un seul moment où les Noirs n’ont pas eu à affronter la discrimination, où ils n’ont pas senti que leur vie était plus dure que celle des autres, uniquement parce qu’ils appartenaient à un certain groupe, le groupe où ils étaient nés. P 41
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Eve-YesheEve-Yeshe   28 mars 2014
La mémoire est une chienne indocile. Elle ne se laissera ni convoquer, ni révoquer, mais ne peut survivre sans vous. elle vous nourrit comme elle se repaît de vous. elle s’invite quand elle a faim, pas lorsque c’est vous l’affamé. Elle obéit à un calendrier qui n’appartient qu’à elle, dont vous ne savez rien. Elle peut s’emparer de vous ou vous libérer. Vous laisser à vos hurlements ou vous tirer un sourire. P 11
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Videos de Elliot Perlman (17) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Elliot Perlman
Bande annonce de la série Seven Types of Ambiguity (2017), adaptation du roman d'Elliot Perlman, publié en français sous le titre Ambiguïtés.
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