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EAN : 9782850885365
399 pages
Éditeur : Citadelles et Mazenod (02/10/2012)
4.75/5   4 notes
Résumé :
Dans sa peinture, Edward Hopper (1882-1967) a inlassablement mis en scène une femme, un homme ou un groupe de personnages dans une posture d'attente un employé de bureau face à une baie vitrée, une ouvreuse de cinéma inoccupée, un pompiste fixant la route, un couple sur le pas de leur porte, des individus immobiles dans une expectative indéfinie... Ces expressions et gestes en suspens évoquent une thématique dont l'histoire de l'art connaît de riches et nombreux pré... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (3) Ajouter une critique
Mahpee
  12 octobre 2014
Il est des livres dont on tourne les pages du bout des doigts, les effleurant avec douceur et respect comme on manipulerait une oeuvre d'art. Ce "beau livre" est magnifique et très instructif pour qui voudrait connaître cet artiste américain à l'oeuvre incomparable, en marge, tant il a peint le vide et la solitude. Ses paysages déserts à la lumière mélancolique, ses personnages au regard fixe, pointé vers on ne sait quelles pensées, isolés de l'univers qui les entoure ne peuvent laisser insensible le spectateur de ces scènes de la vie, tant iI lui semble alors, être lui-même plongé au coeur de cette mélancolie, de cette attente. Trés documenté ce bel ouvrage fait découvrir, au travers de nombreuses photos, d'extraits de toiles, l'homme qu'était Hopper. Ses influences en tant que peintre on été majoritairement impressionistes. Degas, Manet, Caillebotte, l'auteur Emmanuel Pernoud y fait référence et nous montre combien ces artistes ont creusé l'âme humaine ,tout comme Edward Hopper exprimant avec talent la nostalgie d'une Amérique passée et du temps qui s'écoule inlassablement.
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Herve-Lionel
  09 avril 2014
N°739 – Avril 2014.
HOPPER – Peindre l'attente- Emmanuel Pernoud – Citadelles et Mazenod.
L'impression générale que peut avoir un non-initié à la vue des toiles d'Hopper est effectivement l'attente. En douze chapitres d'un livre richement documenté, illustré et pédagogique, l'auteur s'attache à montrer cet aspect de l'oeuvre du peintre américain autant que les influences extérieures dont ses toiles se sont enrichies (Impressionnistes français, cubistes, peintres hollandais du XVII°, poètes symbolistes français, Proust...) ainsi que que son empreinte sur les autres artistes, à la fois dans le domaine de la littérature et du cinéma. Il montre aussi tout le paradoxe de cette oeuvre qui va à rebours de son temps.
Ce qui frappe d'abord chez Hopper, c'est le regard de ses personnages, leurs yeux sont vides, dirigés le plus souvent vers une sorte d'infini, baignés par une absence d'eux-mêmes. C'est un peu la solitude qu'on lit dans leur immobilité, car ce sont bien des êtres dénués de tout mouvement qu'il nous donne à voir. Cet aspect statique dénote comme un désintérêt du monde extérieur, un espoir d'autre chose qu'ils ne voient pas ou qu'ils imaginent. On sent en eux une sorte de vacuité ou peut-être de doute qui génère une mélancolie qui devait bien être aussi celle du peintre. Ils sont passifs face au décor qui se déroule devant eux et auquel ils sont étrangers. Ils ne bougent pas mais cette absence de mouvement peut signifier qu'ils sont à l'écart de tout changement. Ils sont comme résignés, capables d'attendre indéfiniment quelque chose qui ne viendra peut-être pas. Ils regardent souvent par une fenêtre et se perdent au loin, le ciel étant alternativement noir ou bleu, couleur qui suffit à caractériser leur état d'esprit, leur degré d'espérance. Généralement ils gardent le silence et quand ils parlent entre eux, le spectateur à l'impression que leur dialogue est suspendu de même d'ailleurs que leurs gestes, comme s'il existait entre eux une sorte d'incompréhension, un impossible dialogue. C'est là un paradoxe puisque Hopper qui vit principalement à New-York où tout est mouvement  peint des villes et des rues généralement vides de voitures, de gens et même d'enfants. Lui, choisit tout autant de représenter des immeubles à l'architecture victorienne mais néglige les gratte-ciel alors que nombre de ses contemporains, peintres ou écrivains feront le choix d'une représentation plus contemporaine, du tumulte et du bruit. Dans ce décor figé, l'auteur veut voir un parti-pris d'attente et on retrouve cette idée autant dans la façade des immeubles que dans la fixité du regard des gens et, de la peinture de Hopper, pourtant réaliste, la vie ne ressort pas.
Le spectateur est placé dans la position indiscrète d'un voyeur et l'artiste excelle à montrer des scènes de la vie conjugale, dans le huis-clos d'une chambre mais ce qu'il donne à voir n'a rien d'érotique, au contraire, c'est l'ennui, l'indifférence, le silence, l'absence de communication, le spleen qui ressortent de ces toiles. C'est l'image d'un échec qui fut sans doute aussi le sien, son mariage n'ayant pas été des plus heureux et surtout sans descendance. le lit est souvent représenté défait et vide ce qui est le symbole de l'isolement, de l'intimité non-partagée et les femmes parfois dénudées ou peu vêtues semblent attendre désespérément un amant qui ne viendra pas les rejoindre. C'est un peu comme si elles étaient vivantes mais presque déjà mortes, si elles attendaient un amour impossible ! Les derniers tableaux insistent peut-être sur cette idée quand ils montrent des pièces vides qui sont un peu comme des boites peintes où il est difficile de communiquer.!
Les personnages de Hopper (souvent des femmes) sont en train de lire des lettres ou des livres ce qui n'est pas sans rappeler l'influence de Vermeer mais cela accentue cette notion de solitude et d'attente, de désoeuvrement, de désintérêt pour le monde extérieur et les lieux représentés sont souvent de transition (halls d'hôtel, gares, compartiments, bureaux, chambres) et impliquent l'expectative d'autant que ces personnages sont immobiles et regardent souvent par une fenêtre d'où on aperçoit à peine le ciel, comme s'ils étaient prisonniers et donc en espérance d'une libération, comme s'ils n'occupaient l'espace que temporairement. D'une manière générale les toiles de Hopper sont tristes, qu'elles représentent des couples, des être seuls ou des paysages. Les femmes semblent avoir sa préférence mais elles portent rarement de maquillage, le peintre restant puritain à l'image de ses contemporains. Quand il choisit de représenter les cafétérias, les cafés, il y introduit parfois la prostituée comme celles qu'il a vues lors de son séjour à Paris. Là aussi l'attente existe et peut être orpheline... mais c'est celle du client ! Les autres individus représentés sont souvent soit des femmes seules, soit des couples qui paradoxalement semblent absents. Ils paraissent espérer quelque chose sans que nous sachions très bien quoi. Leur attitude veut peut-être signifier un échec sentimental ou sexuel qui fut peut-être celui du peintre lui-même.
Un autre aspect de la représentation de Hopper est donnée par les bancs des parcs publics. Ils sont souvent déserts et illustrent ainsi à la fois l'attente et l'ennui. Cette vacuité dans les paysages s'étend aussi aux rues américaines ce qui est un paradoxe puisque l'Amérique est mouvement. Le siège lui-même est le symbole de l'attente et quand quelqu'un est assis, il y est comme vissé, immobile, figé, en contemplation de l'horizon ou du vide. S'il y a peu de statues chez Hopper, les êtres qu'il représente en ont souvent l'apparence.
Cette inactivité se retrouve dans la représentation des travailleurs. Là aussi c'est l'inaction, le chômage consécutifs à la crise de 1930 (il commence à être connu à partir de cette époque). Il pratique donc l'art social qui pour lui est réaliste. Quand il peint des travailleurs, il préfère figurer la pause, le temps de repos plutôt que l'acte de travail qui est mouvement. Pourtant, il faut noter qu'il a été illustrateur de presse et que, dans ce domaine seulement il a changé de registre et représenté exceptionnellement le mouvement, mais pour des raison professionnelles. Cependant en tant que peintre il montre la vie ordinaire, donne à voir assez peu d'usines et ignore le Taylorisme. Sa peinture est réaliste mais il en gomme cependant la vie comme pour figurer le souhait de quelque chose. Il préfère les bureaux, les restaurants, les cafés, mais des travailleurs qu'il représente sont dans l'expectative, dans une sorte de passivité, ils sont comme pétrifiés, acceptant leur sort, leurs gestes sont suspendus, leur regard est vide, un peu comme une photographie, une image fixe. C'est sans doute pour cela qu'on a parlé d'anachronisme chez Hopper.
Cet aspect statique des corps se retrouve également dans le sport. Il représente l'athlète non pas en plein effort mais au repos. Quand il choisit le théâtre c'est moins le spectacle que la salle d'attente (endroit d'événements potentiels) qu'il peint et s'il choisit quand même la salle de spectacle, le rideau symbolise chez lui encore une fois cette attente, la frontière entre deux mondes, entre deux temps. Lorsque c'est une scène de strip-tease qu'il peint, c'est le puritain qui ressort en lui et il réussit à faire passer chez le spectateur...une absence de désir ! Puritain encore quand il donne à voir des rues : elles sont vides et sabbatiques puisqu'il les choisit lors du dimanche protestant quand chacun est à l'office ou reste chez soi, c'est à dire attend. de même les voies ferrées qu'il représente semblent abandonnées et les trains sont le plus souvent à l'arrêt, les routes sont désertes et les poteaux télégraphiques sans fils, tout cela symbolise peut-être le désir du départ mais sûrement aussi l'attente que quelque chose. Même les phares sur les côtes du Maine qui peuvent trancher quelque peu dans l'oeuvre de Hopper ressemblent à des guetteurs tournés vers le large, vers l'infini, donc là aussi l'idée d'ailleurs existe.
C'est un livre qui montre une approche différente, particulière mais pertinente, de la peinture de Hopper, une invitation à la voir différemment, à la comprendre dans le contexte de son temps et la psychologie de son auteur. Un ouvrage remarquable sur un peintre également remarquable !

©Hervé GAUTIER – Avril 2014 - http://hervegautier.e-monsite.com
Lien : http://hervegautier.e-monsit..
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Pasoa
  21 juillet 2017
Ce qui saisit avant tout en abordant ce bel ouvrage consacré au peintre américain Edward Hopper (1882-1967), c'est la taille et le poids non négligeables de celui-ci. Mais c'est aussi et surtout, la beauté saisissante des reproductions qui s'y trouvent.
Passées ces toutes premières impressions, le propos de son auteur Emmanuel Perrenoud, professeur d'histoire de l'art contemporain à l'université de Paris-Sorbonne, vient compléter tout l'intérêt d'un ouvrage, qui au fil des pages, ne sera jamais remis en cause.
Au travers du thème de l'attente, l'auteur décline le choix des formes, des couleurs, des lieux et des personnages, leur récurrence, leur symbolique. Emmanuel Perrenoud ne néglige aucune réflexion sur l'oeuvre de celui qui a peint le vide, le fortuit et l'évanescence des choses et des êtres comme personne.
La filiation artistique et thématique qu'établit par ailleurs l'auteur entre Edward Hopper et les peintres flamands (Vermeer), le courant impressionniste (plus particulièrement avec Gustave Caillebotte) et post-impressionniste (Hammershoi entre autres) est des plus intéressantes.
Pour précision, ce livre n'est pas une biographie sur Edward Hopper mais une lecture de son oeuvre seule.
Je ne saurais que recommander la lecture de ce magnifique ouvrage, ne serait-ce que pour y regarder la beauté des reproductions tout à fait saisissantes. Parmi elles, figurent de nombreuses oeuvres dédiées à la lecture...
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critiques presse (1)
LeMonde   17 décembre 2012
[Un] remarquable ouvrage.
Lire la critique sur le site : LeMonde
Citations et extraits (2) Ajouter une citation
MahpeeMahpee   12 octobre 2014
L'attente est une posture mentale et perceptive qui se tient à la croisée d'un dedans et d'un dehors, avec la figure type du personnage à la fenêtre. Elle interroge le rapport entre deux espaces de la représentation qui constituent des catégories éminentes et apparemment bien distinctes dans l'œuvre de Hopper, le paysage urbain et la scène d'intérieur.
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Herve-LionelHerve-Lionel   10 octobre 2017
le jardin public est une école de collectivité sans promiscuité.
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