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ISBN : 2268007383
Éditeur : Les Editions du Rocher (30/11/-1)

Note moyenne : 3.97/5 (sur 18 notes)
Résumé :
La jeune Madeleine est gagée comme domestique chez Michel Cordier, un fermier veuf, pour s'occuper de deux enfants, Eulalie et Georges, et tenir la maison.

Elle s'attache peu à peu aux enfants, allant même jusqu'à dilapider ses économies, pour qu'ils soient au moins comme les autres, et même mieux. Elle doit cependant subir les attaques du diabolique Boiseriot, ancien valet de la ferme, jaloux et catholique de surcroît.

Dans une atmosph... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique
Nostradamus27
  09 juillet 2018
Nêne est le deuxième roman d'Ernest Pérochon, comme "Le Chemin de plaine" (largement autobiographique) il est terminé au printemps 1914. La Grande Guerre, qui inspirera l'auteur pour le désormais fort connu roman "Les Gardiennes" empêche la parution de ces deux titres qui ne sortent qu'en 1920. le roman est édité localement, il reçoit le prix Goncourt ; ceci grâce en particulier au gros travail de lobbying de l'écrivain niortais et berrichon Gaston Chérau auprès des membres du jury (« C'est un beau roman de chez nous », dira-t-il dans la préface du livre). Après avoir été récompensé, ce roman intéresse enfin Plon qui se charge de le tirer à 100 000 exemplaires.
Bien qu'il quitte l'enseignement à la fin de l'année scolaire 1920-1921, Ernest Pérochon restera, dans l'Entre-deux-guerres, l'instituteur français le plus célèbre en France et à l'étranger. Hachette lui demandera d'ailleurs de rédiger l'essai "L'instituteur" heureusement réédité par CPE en 2014. Geste depuis ses origines lointaines et Marivole/CPE depuis les années 2010 font un travail remarquable de réédition d'un auteur dont le contenu des ouvrages est un témoignage sur la situation des campagnes françaises à la Belle Époque, durant la Première Guerre mondiale et l'Entre-deux-guerres.

Comme dans "Les Gardiennes", l'héroïne est une enfant de l'Assistance publique et dans la région du nord des Deux-Sèvres (pour parler français, car je n'aime guère "le Nord-Deux-Sèvres", fruit d'un anglicisme), les élèves des écoles publiques étaient composés de quelques enfants de mécréants, de peu d'enfants de protestants et de beaucoup d'enfants de l'Assistance publique et de dissidents. Il s'agit pour ces derniers des descendants des catholiques qui refusèrent de voir, avec le Concordat, l'Église catholique tomber sous la coupe de Bonaparte. N'oublions pas que cette dernière alla jusqu'à inventer un saint Napoléon, en allant chercher Neapolis martyr du début du IVe siècle, pour instituer un jour à consacrer à l'empereur.

L'attachement, progressivement contrarié, que l'héroïne a envers les deux orphelins (de mère) de la famille de dissidents, où elle a été embauchée, est le resort essentiel de l'intrigue. S'y ajoute les amours de son frère qui, sous l'emprise de l'alcool, perd un bras dans une machine. La dévergondée qu'il espérait épouser ira vers le père des deux orphelins…
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Clelie22
  16 juillet 2014
Madeleine, une jeune fille solide et travailleuse, est embauchée comme servante chez un jeune veuf, père de deux enfants en bas âge.
Avec un pitch pareil, on voit l'histoire d'amour se profiler, grosse comme un camion. Mais non. Rien de ce qu'on pourrait imaginer ne se produit car si histoire d'amour il y a, elle est entre "Nêne" et les enfants qui l'ont surnommée ainsi. C'est une histoire d'amour tragique et déchirante, racontée avec beaucoup de finesse par Ernest Pérochon. L'auteur emploie autant de sensibilité pour décrire les sentiments de ses paysans qu'en employaient habituellement ses contemporains pour décrire les amours des bourgeois.
De plus, il nous fait découvrir un coin littérairement méconnu de France, les Deux-Sèvres, avec une situation religieuse très particulière, la population étant divisée entre Protestants, Catholiques et "Dissidents", des Catholiques restés fidèles au clergé d'avant la Révolution.
Intéressant et touchant.
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Rhodopsine
  18 juillet 2012
Ernest Perochon...Des années que le livre traînait sur une étagère. Avec un nom pareil, encore un roman du terroir... Et un jour, enfin, j'ai ouvert le bouquin, dans l'intention de le "parcourir" et de l'oublier. Découverte! une histoire touchante, tellement vraie, tellement bien écrite, tellement facile à lire. Si vous le trouvez chez un bouquiniste, allez-y, c'est un roman magnifique.
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Wyoming
  02 août 2018
Un vieux roman, édité juste avant la guerre de 1914 qui raconte l'histoire d'une orpheline, employée comme bonne d'enfants et bonne à tout faire par un jeune veuf dans les campagnes arriérées des Deux-Sèvres. Elle est pleine d'abnégation et de tendresse, Nêne, pour les deux enfants dont elle s'occupe.
C'est un roman triste et beau.
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jack56
  27 mai 2019
Ernest Pérochon a reçu le prix Goncourt en 1920 pour ce roman «Nêne » mais cela fait presque un siècle ! Cet auteur est bel et bien oublié même si le film « Les gardiennes » tiré d'un de ses livres, l'a fait réapparaître il y a quelques temps.
C'est une histoire émouvante qui se passe dans les campagnes isolées de l'époque. On s'attache rapidement aux personnages mais l'histoire tout comme la vie n'avance pas à notre gréé ! Ce livre serait sans doute classé aujourd'hui dans la catégorie « Terroir » et peut encore correspondre à un public mais le nom d'Ernest Pérochon risque bien de tomber dans l'oubli définitivement !
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critiques presse (1)
Actualitte   13 août 2018
"Un de ces bons vieux romans naturalistes" y est-il écrit avec une pointe de condescendance, alors que "Nêne" n'est en rien naturaliste, s'attachant à décrire la lente transformation de la servante en victime, plutôt que la condition paysanne qui n'est qu'une toile de fond. Lecteur tu as un livre à lire.
Lire la critique sur le site : Actualitte
Citations et extraits (18) Voir plus Ajouter une citation
Nostradamus27Nostradamus27   17 décembre 2017
Madeleine mena les enfants chez les voisins et Gédéon s’en alla prévenir les parents, les amis, les voisins, tous les dissidents. Les pleureuses arrivèrent dès huit heures. Les premières vinrent des villages proches …. Dans la soirée ce furent celles de Grand-Combe et de Foye, puis celle de Coudray qui passèrent la soirée. Le lendemain on vit entrer celles de tous les villages où il y avait une famille dissidente. Arrivées à la maison elles se jetaient à genoux, sans parole autour de celle qui dirigeait la prière. Quand une se relevait, une autre, tout de suite, prenait sa place.

Le troisième jour, ce fut l’enterrement, à Saint Ambroise, dans le cimetière des dissidents. Prières, prières. Prières en chemin entre les haies fleuries ; prières dans la chapelle sombre; prières très longues au cimetière… Il n’y avait là ni catholiques, ni protestants mais toutes les maisons dissidentes connues dans la région avaient envoyé du monde. Cette âme qui s’en allait seule, sans viatique, il fallait au moins que la prière des proches lui fit un long cortège.

(les dissidents sont les catholiques ayant refusé le Concordat)
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Nostradamus27Nostradamus27   17 décembre 2017
Ce nom remuait Madeleine comme l’autre qui était trop beau et défendu…. Le soir même, elle en parla au vieux Corbier, n’osant s’adresser à Michel.

-- J’ai une chose sur le cœur… c’est à cause du petit. Il m’appelle Nêne, ce mignon. Je ne sais pas si cela vous conviendra, ni si cela conviendra à son père… Si ce n’était pas à votre gré, je pourrais peut-être bien lui faire dire mon nom d’une autre manière.

Dans l’ombre où elle parlait, le vieux ne voyait pas son visage anxieux et ses yeux plein de larmes ; mais il sentait le tremblement de sa voix et il répondit charitablement.

. —Tu t’émeus pour peu de chose, ma pauvre fille. Qu’importe que tu sois Nêne ou Madeleine ? Si tu es bonne pour lui, c’est l’essentiel, et il te reconnaîtra plus tard comme ayant tenu une place de celles qui manquent.

-- Cela, c’est mon grand désir…et je ne me demande pas autre chose ! dit-elle en se sauvant.

A partir de ce moment, elle fut Nêne pour Jo et aussi pour Lalie.
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Nostradamus27Nostradamus27   17 décembre 2017
Elle n’aimait pas Corbier ; elle ne pouvait pas l’aimer encore ! Comme toutes les filles de son âge elle avait eu des galants ; elle en avait remercié plusieurs ; d’autres fois, c’est elle qui avait été abandonnée, elle en avait eu un dépit raisonnable et facile à guérir. Non, elle n’était pas fille à perdre la tête, comme cela, tout d’un coup. Elle n’aimait pas Corbier, elle aimait les enfants et c’était chose douce et sans danger. Bien sûr qu’il était joli homme le jeune patron ! Et si, plus tard, il la priait d’amour honnête, dirait-elle oui, ou dirait-elle non ?
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FontenellaFontenella   08 février 2018
Les Dissidents mettaient toute leur vigilance à échapper à l’enveloppement catholique.

Ils n’avaient plus de prêtres et ils méprisaient les prêtres nouveaux comme on méprise les traîtres. Ils priaient seuls. Par orgueil, peut-être aussi par une crainte obscure de rester en deçà, ils exagéraient leurs dévotions, fêtaient tous leurs saints, doublaient tous les jeûnes, marquaient inexorablement le Carême.

Et, comme au flanc des vieux murs fleurissent les giroflées sauvages et les millepertuis, sur ce christianisme abrupt germaient des hérésies oubliées et même des superstitions lointaines venues d’un passé profond. Des femmes dirigeaient le culte ; des vierges enseignaient les catéchumènes ; et réapparaissaient la croyance au gui guérisseur, la vénération des arbres et des sources.
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Nostradamus27Nostradamus27   24 août 2018
Quand elle en sortit elle vit que Georgette était sur un banc, devant la porte avec Jo sur ses genoux : elle jouait avec l’enfant lui faisait des agaceries, le faisait sauter, le berçait.

Madeleine s’approcha mordue de jalousie. Le petit tendit les bras vers elle en criant : Nêne ! Nêne !

Mais Georgette méchamment : C’est moi, ta Nêne mon petit…Embrasse-la, ta Nêne… Il ne faut pas appeler celle-ci Nêne, voyons !

En une seconde, Madeleine fut sur elle, hérissée de colère; sans rien dire, d’une pression de sa main forte, elle dénoua les mains de l’autre, et l’enfant suspendu à son cou, entra dans la maison.
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