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Gustave Doré (Illustrateur)
EAN : 9782070334438
223 pages
Gallimard (15/11/2001)
3.69/5   384 notes
Résumé :
Les Contes de ma mère l'Oye est un recueil de huit contes de fées de Charles Perrault paru en 1697, sous le titre Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités, avec cet autre titre au dos : Contes de ma mère l'Oye. L'œuvre est devenue un classique de la littérature enfantine, occultant tout le reste de la production littéraire de son auteur. Les Contes de ma mère l'Oye paraissent à une époque où, de façon éphémère, le genre des contes de fées est en vogue ... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (31) Voir plus Ajouter une critique
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Nastasia-B
  02 juin 2013
Il peut paraître surprenant, en ce début de XXIème siècle, de se dire que Charles Perrault fut à l'origine de la querelle des Anciens et des Modernes, sachant au demeurant qu'il était un farouche tenant de la modernité, et prétendait que l'actualité de son siècle pouvait surclasser les trésors des Anciens, notamment, ceux de l'Antiquité.
Lui dont les écrits font aujourd'hui figure d'antiquités et qui est défendu de nos jours principalement par les tenants des " Anciens ".
Cela me rappelle une vieille chanson de Bob Dylan, qui était moderne en son temps, et qui disait, en substance " the firt one now, will later be last for the times they are a-changin'. "
Il en est de même pour le très ancien Euripide, qui fut à son époque un grand innovateur et considéré comme traitre aux anciens.
Bref, ce petit recueil ne renferme que huit contes et un très faible nombre de pages. Une bagatelle, me direz-vous. Certes.
Mais ces huit contes ont pris depuis le seconde moitié du XIXème siècle une telle importance dans l'imprégnation de la culture littéraire enfantine qu'il est difficile de rencontrer un seul enfant qui n'ait jamais entendu parler, de près ou de loin, de tout ou de partie de la Belle au bois dormant, du Petit Chaperon rouge, de Barbe bleue, du Chat botté, des Fées, de Cendrillon, de Riquet à la houppe ou du Petit Poucet.
C'est donc devenu un patrimoine commun de la culture occidentale et désormais mondiale en raison des productions de films d'animation largement diffusés qui s'en inspirent.
Les Contes de Ma Mère l'Oye sont souvent assimilés ou désignés comme l'archétype du conte " de fées ", au sens que ce mot avait à l'époque, c'est-à-dire, faisant appel à la magie, au surnaturel. Par exemple la clef de Barbe-bleue ou les bottes de l'Ogre dans le Petit Poucet peuvent être désignées comme étant " fées ".
On rencontre quelques constantes dans ces huit contes :
- un héros apparemment désavantagé mais qui saura tirer son épingle du jeu grâce à certaines qualités jugées essentielles (ruse, droiture, beauté, gentillesse, générosité) ou grâce à l'entremise d'un tiers doué de certains pouvoirs.
- un personnage masculin (plus rarement féminin) terrifiant ou brutal ou inflexible (lequel personnage aura plutôt tendance à être plus fréquemment une femme dans les contes des frères Grimm) qui souhaite s'en prendre à l'infortuné héros.
- un personnage ou un objet doué de pouvoirs surnaturels qui peuvent être bénéfiques ou maléfiques.
- un rôle de la famille parfois très trouble voire malfaisant et dont le héros a souvent bénéfice à s'extraire pour faire sa voie par lui-même dans le vaste monde.
- un destin qui n'est jamais totalement définitif, malgré les apparences, et qui peut toujours être infléchi.
En somme, cet ensemble de contes doit servir à l'édification des jeunes âmes qui les lisent et les inviter à s'émanciper. Ces contes les avertissent que le monde qui les attend sera semé d'embûches et d'adversaires parfois tenaces, qu'il ne leur faudra pas forcément compter beaucoup sur le secours de leur famille mais plutôt sur leurs qualités propres et, plus que tout, s'attendre à ce que la chance, à un moment se présente, et donc à ne pas rater l'occasion de s'en saisir à cet instant-là. Il faut seulement qu'ils abordent l'avenir avec confiance et qu'ils croient en eux-même.
À cet égard, il est à noter cinq contes semblent plus particulièrement s'adresser aux jeunes filles (La Belle Au Bois Dormant, le Petit Chaperon Rouge, La Barbe-bleue, Cendrillon et Les Fées) et les trois autres plus spécifiquement aux garçons (Le Chat botté, Riquet à la houppe et le petit Poucet).
Bref, un pan entier de notre patrimoine culturel — irremplaçable — soutenu par des tirades intemporelles du genre " C'est pour mieux voir, mon enfant. ", " Anna, ma soeur Anne, ne vois-tu rien venir ? ", " Tire la chevillette et la bobinette cherra. ", sans compter que nombre d'entre eux ont été ré-assaisonés par les frères Grimm pour en faire d'autres contes eux-aussi hyper connus comme Hansel et Gretel ou Blanche-Neige, par exemple. Donc, un incontournable, mais ce n'est que mon misérable avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

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Gwen21
  21 février 2018
Dans un sens, il est très intéressant et instructif de se plonger dans les textes originaux des contes de fée qui ont bercé notre enfance, mais attention aux désillusions. Loin des variantes édulcorées de Disney (sur lesquelles personnellement on ne me verra jamais cracher car elles m'ont divertie enfant et continuent bien souvent à le faire, adulte), ce recueil possède la saveur de l'authenticité, avec ce que cela comporte de désuétude et de morale.
Le Petit Chaperon Rouge, Riquet à la Houpe, la Belle au Bois Dormant, Cendrillon et la pantoufle de verre, la Barbe Bleue, le Chat Botté, le Petit Poucet, Peau d'Ane, et bien d'autres se retrouvent dans cette édition des "Contes de ma mère l'Oye" de Charles Perrault. Où l'on découvre, comme chez les frères Grimm, beaucoup de noirceur et de violence, mais aussi beaucoup de justice et de fortune. Alors, certes, ce n'est pas certain que les enfants les apprécieraient aujourd'hui tant ils sont protégés mais fut un temps pas si lointain où petits et grands craignaient "pour de vrai " le Grand Méchant Loup, la Mauvaise Fée et l'Ogre dévoreur d'enfants et c'est sans doute d'ailleurs pour cela que ces fables plus ou moins féeriques ont traversé le temps et les mémoires, parce qu'elles les ont marqués d'un sceau indélébile.
Les contes avaient donc pour eux de montrer ou de rappeler, de manière à être compris de tous, pauvres ou riches, misérables ou lettrés, les frontières du bien et du mal, de la justice et de l'injustice. Leur valeur éducative primait même sur leur valeur narrative ; certains sont assez expéditifs, presque aussi courts que des fables ou des poèmes, mais ils constituent la première littérature de l'imaginaire, en marge des légendes et des mythes, mettant en scène des paysans, des princes, des marchands, des animaux domestiques, bref, tous ceux à qui il est si facile de s'identifier.
J'ai été particulièrement touchée par "La marquise de Salusses ou la patience de Grisélidis", conte long et moins connu, très poétique. Il m'a d'ailleurs contrainte à vérifier les dates de Charles Perrault tant j'ai eu l'impression que cette histoire de bergère qui épouse un roi avait été écrite pour Marie-Antoinette, mais cela n'était qu'une illusion (ou une prescience ?) puisqu'il fut édité plus de soixante ans avant la naissance de la future reine de France.

Challenge MULTI-DÉFIS 2018
Challenge Petit Bac 2017 - 2018
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Cer45Rt
  20 novembre 2019
Pour moi, les "Contes", sont des oeuvres majeures, de la littérature française, et de la littérature mondiale, tant est grand, le talent de Charles Perrault ! Franchement, j'admire et j'applaudit ! Non seulement, ces contes plus sombres, qu'ils n'en ont l'air, bien plus mûrs, et bien plus subversifs, traitant de thématiques sociales et sociétales, profondes, mais encore, il s'agit, littérairement parlant, de vrais chefs-d'oeuvre ( et je pèse mes mots ! ) !
Perrault est un orfèvre de la langue, un écrivain qui sait manier la langue, comme nul autre. Les histoires qu'il invente sont simples, mais efficaces, et pleines de métaphores, subtiles. Avant Voltaire et ses contes philosophiques, il y avait Perrault et ses contes, qui, eux aussi, à leur manière, philosophiques...
En somme, Perrault a écrit , avec ces contes, des textes d'une grande profondeur, parfaits littérairement, dont l'on parlera encore longtemps !...
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Lamifranz
  30 juillet 2022
Les « Contes » de Perrault sont comme les « Fables » De La Fontaine : passage obligé chez les grands auteurs du XVIIème, (siècle, bien sûr), ces deux oeuvres sont inséparables, essentiellement parce qu'elles ont trouvé un public de choix auprès des jeunes lecteurs (et des jeunes écoliers). Pour autant, la création ici d'un nouvel imaginaire (qu'il soit merveilleux féérique ou animalier) ne relève pas d'autre chose que de deux genres littéraires voisins, qui tous deux consistent en un récit assorti d'une moralité.
C'est peu de dire que les « Contes » de Perrault sont passés dans le patrimoine culturel de l'humanité. Lui-même serait bien surpris de voir son oeuvre diffusée dans le monde entier, et plus surpris encore de voir ce que la postérité en a fait : constamment réécrits (les frères Grimm s'en sont emparé avec le bonheur que l'on sait, et je n'ose vous parler des adaptations signées par les « cartoonists » américains, Walt Disney ou Tex Avery), les contes sont inscrits dans l'imaginaire de millions d'enfants et d'adultes dans le monde entier. Mais leur contenu n'est pas exempt de changements. Et le nom de l'auteur a même disparu. Voyez la fin du Petit Chaperon Rouge :
Chez Perrault,
« Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents !
- C'est pour te manger ! ».
Et, en disant ces mots, ce méchant loup se jeta sur le petit chaperon rouge, et la mangea. »
Chez Grimm :
« Eh ! grand'mère, que vous avez une horrible bouche !
- C'est pour mieux te manger.
En disant ces mots, le loup sauta du lit et goba le pauvre petit Chaperon rouge.
Lorsque le loup eut apaisé son vorace appétit, il se recoucha, s'endormit et se mit à ronfler tout haut. le chasseur passait par là ; il pensa : « Comme la vieille ronfle ! Voyons si elle n'a besoin de rien. »
Il entra dans la chambre et, s'approchant du lit, il vit que le loup y était couché.
« Te voilà enfin, dit-il, vieux pécheur ! il y a longtemps que je te cherche ».
Il allait mettre en joue sa carabine, quand il songea que le loup pourrait bien avoir mangé la mère-grand, et qu'il serait encore temps de la sauver.
Au lieu de faire feu, il prit des ciseaux et commença de découdre le ventre au loup endormi. Après qu'il eut donné deux coups de ciseaux, il vit briller le petit Chaperon rouge ; deux nouveaux coups, et la fillette sauta dehors en s'écriant :
« Ah ! quelle peur j'ai eue ! comme il faisait noir dans le corps du loup ! »
Puis vint la vieille grand'mère encore vivante, mais à peine pouvait-elle respirer.
Le petit Chaperon rouge ramassa vite de grosses pierres, et ils en remplirent le ventre du loup. Quand le compère s'éveilla, il voulut sauter à bas du lit ; mais les pierres étaient si lourdes qu'aussitôt il retomba : il était mort.
Chez Walt Disney
(Le Petit Chaperon rouge fait alliance avec les Trois petits cochons)
Voyant le Grand Méchant Loup entrer dans la maison, la Mère-Grand se cache dans une armoire. le Petit Chaperon Rouge sonne à la porte. le loup se déguise en Mère-Grand et se glisse dans le lit. Mais le Petit Chaperon Rouge, méfiant, se cache dans l'armoire avec la Mère-Grand. Les Trois petits Cochons arrivent à la rescousse, et mettent le loup en fuite après avoir rempli son pantalon de braises ardentes …
Chez Tex Avery
Là je vous raconte pas (comme disent mes garçons), c'est inracontable !
Les Contes, donc, fleurent bon l'esprit d'enfance. Et pourtant, quand on lit ces histoires, que d'horreur, que de cruauté, que de perversions déguisées… Et que d'interprétations, folkloriques, mythologiques, ethnologiques, anthropologiques, philosophiques… On s'y perd, on oublie même qu'au départ c'est un simple exercice littéraire.
C'est pourtant ce qui nous ramène ici à l'essentiel : effacé tout le folklore qui est né autour de ces récits merveilleux, il reste un bel objet littéraire, qui se suffit à lui-même et qui mérite donc d'être considéré pour ce qu'il est, et non pas pour ce qu'il est devenu.
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juten-doji
  05 octobre 2018
Loin de Disney et de ses versions édulcorées des contes de notre enfance, cette relecture m'a permis de me replonger dans mes souvenirs et dans ces héroïques aventures dont je rêvais. Mais elle m'a aussi remis en mémoire certains passages auxquels on ne fait pas attention lorsque l'on est plus jeune, peut-être parce qu'ils ne nous semblent pas importants ou parce qu'on n'en comprends pas la subtilité, et on les perçoit très différemment en tant qu'adulte.
Comme on peut s'y attendre de la part d'un texte écrit en 1697 et qui parle beaucoup de princes et de princesses, ce sont des contes assez sexistes (l'obéissance est une vertu chez les femmes etc) et les différences sociales sont très marquées (la finesse et l'élégance sont forcement d'origine aristocratique voire royale etc).
Certains événements arrivent un peu comme un cheveu sur la soupe ou sont un peu gros, mais on leur pardonne.
Lorsque j'étais a l'école primaire, on nous faisait lire ce livre a voix haute comme exercice de lecture. Je me rappelle être tombée sur Riquet a la Houpe, dont je ne me rappelai étrangement de rien si ce n'est que c'était mon conte préféré. Il a donc été une totale redécouverte, et enfin un conte où l'intelligence est mise en avant, plutôt que le rang, la soumission ou la beauté. A la fin de cette lecture je peux dire qu'il garde sa position gagnante.
Je me souvenais à peu près de la plupart des autres contes, parfois très courts, mais je ne connaissais pas du tout "Les fées" ni "Griselidis". Autant le premier était plutôt sympathique, autant "Griselidis" est horrible, tant on se demande jusqu'où va aller la perfidie du prince et la soumission a l'extrême de la princesse, j'avais juste hâte que cette histoire ce termine.
Attention malgré ces défauts qui en plus ne sont pas une surprise, c'est une lecture agréable, facile et courte. Il est aussi intéressant de voir les différences entre l'original et ce que notre cerveau d'enfant en a retenu, ou ce que les dessins animes en ont garde. On ne lit pas toujours uniquement pour se divertir mais aussi pour mieux comprendre, ici une époque aussi bien que le monde de l'enfance. Et les moralités rajoutées par l'auteur a la fin de chaque conte remettent parfois les pendules à l'heure.
C'est un recueil qui je pense devrait être lu par tout le monde si ça n'a pas déjà été fait, au moins à titre culturel. Maintenant je suis curieuse de lire ou relire d'autre recueils de contes comme Grimm ou Andersen, dont l'écriture et la façon d'aborder les sentiments humains seront certainement différents pour parfois les mêmes histoires, ne serait-ce que parce qu'ils ont été écrits au moins 200 ans plus tard.
Challenge multi-défis 2018
Challenge mauvais genre 2018-2019
Challenge déductions élémentaires
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LamifranzLamifranz   30 juillet 2022
CENDRILLON

Il était une fois un gentilhomme qui épousa, en secondes noces, une femme, la plus hautaine et la plus fière qu'on eût jamais vue.
Elle avait deux filles de son humeur, et qui lui ressemblaient en toutes choses.
Le mari avait, de son côté, une jeune fille, mais d'une douceur et d'une bonté sans exemple : elle tenait cela de sa mère, qui était la meilleure personne du monde.
Les noces ne furent pas plus tôt faites que la belle-mère fit éclater sa mauvaise humeur : elle ne put souffrir les bonnes qualités de cette jeune enfant, qui rendaient ses filles encore plus haïssables. Elle la chargea des plus viles occupations de la maison : c'était elle qui nettoyait la vaisselle et les montées, qui frottait la chambre de madame et celles de mesdemoiselles ses filles ; - elle couchait tout au haut de la maison, dans un grenier, sur une méchante paillasse, pendant que ses sœurs étaient dans des chambres parquetées, où elles avaient des lits des plus à la mode, et des miroirs où elles se voyaient depuis les pieds jusqu'à la tête.
La pauvre fille souffrait tout avec patience et n'osait s'en plaindre à son père, qui l'aurait grondée, parce que sa femme le gouvernait entièrement. Lorsqu'elle avait fait son ouvrage, elle s'allait mettre au coin de la cheminée, et s'asseoir dans les cendres, ce qui faisait qu'on l'appelait communément dans le logis Cucendron. La cadette, qui n'était pas si malhonnête que son aînée, l'appelait Cendrillon.
Cependant Cendrillon, avec ses méchants habits, ne laissait pas d'être cent fois plus belle que ses sœurs, quoique vêtues très magnifiquement.
Il arriva que le fils du roi donna un bal et qu'il en pria toutes les personnes de qualité. Nos deux demoiselles en furent aussi priées, car elles faisaient grande figure dans le pays.
Les voilà bien aises et bien occupées à choisir les habits et les coiffures qui leur siéraient le mieux. Nouvelle peine pour Cendrillon, car c'était elle qui repassait le linge de ses sœurs et qui godronnait leurs manchettes. On ne parlait que de la manière dont on s'habillerait. - "Moi, dit l'aînée, je mettrai mon habit de velours rouge et ma garniture d'Angleterre." - "Moi, dit la cadette, je n'aurai que ma jupe ordinaire ; mais, en récompense, je mettrai mon manteau à fleurs d'or et ma barrière de diamants, qui n'est pas des plus indifférentes."
On envoya quérir la bonne coiffeuse pour dresser les cornettes à deux rangs, et on fit acheter des mouches de la bonne faiseuse. Elles appelèrent Cendrillon pour lui demander son avis, car elle avait le goût bon. Cendrillon les conseilla le mieux du monde, et s'offrit même à les coiffer ; ce qu'elles voulurent bien. En les coiffant, elles lui disaient : - "Cendrillon, serais-tu bien aise d'aller au bal ?" - "Hélas, mesdemoiselles, vous vous moquez, de moi : ce n'est pas là ce qu'il me faut." - "Tu as raison, on rirait bien, si on voyait un Cucendron aller au bal." Une autre que Cendrillon les aurait coiffées de travers ; mais elle était bonne, et elle les coiffa parfaitement bien. Elles furent près de deux jours sans manger, tant elles étaient transportées de joie. On rompit plus de douze lacets, à force de les serrer pour leur rendre la taille plus menue, et elles étaient toujours devant le miroir.
Enfin l'heureux jour arriva ; on partit, et Cendrillon les suivit des yeux le plus longtemps qu'elle put. Lorsqu'elle ne les vit plus, elle se mit à pleurer. Sa marraine, qui la vit tout en pleurs, lui demanda ce qu'elle avait. "Je voudrais bien... je voudrais bien..." Elle pleurait si fort qu'elle ne put achever. Sa marraine, qui était fée, lui dit : - "Tu voudrais bien aller au bal, n'est-ce pas ?" - Hélas! oui." dit Cendrillon en soupirant. - Eh bien ! seras-tu bonne fille ? dit sa marraine, je t'y ferai aller."
Elle la mena dans sa chambre, et lui dit : - "Va dans le jardin, et apporte-moi une citrouille. " Cendrillon alla aussitôt cueillir la plus belle qu'elle put trouver, et la porta à sa marraine, ne pouvant deviner comment cette citrouille la pourrait faire aller au bal. Sa marraine la creusa et, n'ayant laissé que l'écorce, la frappa de sa baguette, et la citrouille fut aussitôt changée en un beau carrosse tout doré. Ensuite elle alla regarder dans la souricière, où elle trouva six souris toutes en vie. Elle dit à Cendrillon de lever un peu la trappe de la souricière, et à chaque souris qui sortait, elle lui donnait un coup de sa baguette, et la souris était aussitôt changée en un beau cheval : ce qui fit un bel attelage de six chevaux, d'un beau gris de souris pommelé. Comme elle était en peine de quoi elle ferait un cocher :
- "Je vais voir, dit Cendrillon, s'il n'y a pas quelque rat dans la ratière, nous en ferons un cocher." - "Tu as raison, dit sa marraine, va voir." Cendrillon lui apporta la ratière, où il y avait trois gros rats. La fée en prit un d'entre les trois, à cause de sa maîtresse barbe, et, l'ayant touché, il fut changé en un gros cocher, qui avait une des plus belles moustaches qu'on ait jamais vues. Ensuite elle lui dit :
"Va dans le jardin, tu y trouveras six lézards derrière l'arrosoir : apporte-les moi. " Elle ne les eut pas plutôt apportés, que sa marraine les changea en six laquais, qui montèrent aussitôt derrière le carrosse, avec leurs habits chamarrés, et qui s'y tenaient attachés comme s'ils n'eussent fait autre chose de toute leur vie.
La fée dit alors à Cendrillon :
- "Eh bien! voilà, de quoi aller au bal : n'es-tu pas bien aise ?"
- Oui, mais est-ce que j'irai comme cela, avec mes vilains habits ?"
Sa marraine ne fit que la toucher avec sa baguette, et en même temps ses habits furent changés en des habits d'or et d'argent, tout chamarrés de pierreries ; elle lui donna ensuite une paire de pantoufles de verre, les plus jolies du monde.
Quand elle fut ainsi parée, elle monta en carrosse ; mais sa marraine lui recommanda, sur toutes choses, de ne pas passer minuit, l'avertissant que, si elle demeurait au bal un moment davantage, son carrosse redeviendrait citrouille, ses chevaux des souris, ses laquais des lézards, et que ses beaux habits reprendraient leur première forme.
Elle promit à sa marraine qu'elle ne manquerait pas de sortir du bal avant minuit. Elle part, ne se sentant pas de joie. Le fils du roi, qu'on alla avertir qu'il venait d'arriver une grande princesse qu'on ne connaissait point, courut la recevoir. Il lui donna la main à la descente du carrosse, et la mena dans la salle où était la compagnie. Il se fit alors un grand silence ; on cessa de danser, et les violons ne jouèrent plus, tant on était attentif à contempler les grandes beautés de cette inconnue. On n'entendait qu'un bruit confus :
"Ah! qu'elle est belle !"
Le roi même, tout vieux qu'il était, ne laissait pas de la regarder, et de dire tout bas à la reine qu'il y avait longtemps qu'il n'avait vu une si belle et si aimable personne.
Toutes les dames étaient attentives à considérer sa coiffure et ses habits, pour en avoir, dès le lendemain, de semblables, pourvu qu'il se trouvât des étoffes assez belles, et des ouvriers assez habiles.
Le fils du roi la mit à la place la plus honorable, et ensuite la prit pour la mener danser. Elle dansa avec tant de grâce, qu'on l'admira encore davantage. On apporta une fort belle collation, dont le jeune prince ne mangea point, tant il était occupé à la considérer. Elle alla s'asseoir auprès de ses sœurs et leur fit mille honnêtetés; elle leur fit part des oranges et des citrons que le prince lui avait donnés, ce qui les étonna fort, car elles ne la connaissaient point.
Lorsqu'elles causaient ainsi, Cendrillon entendit sonner onze heures trois quarts ; elle fit aussitôt une grande révérence à la compagnie, et s'en alla le plus vite qu'elle put.
Dès qu'elle fut arrivée, elle alla trouver sa marraine, et, après l'avoir remerciée, elle lui dit qu'elle souhaiterait bien aller encore le lendemain au bal, parce que le fils du roi l'en avait priée.
Comme elle était occupée à raconter à sa marraine tout ce qui s'était passé au bal, les deux sœurs heurtèrent à la porte ; Cendrillon leur alla ouvrir.
- "Que vous êtes longtemps à revenir !" leur dit-elle en bâillant, en se frottant les yeux, et en s'étendant comme si elle n'eût fait que de se réveiller.
Elle n'avait cependant pas eu envie de dormir, depuis qu'elles s'étaient quittées.
- "Si tu étais venue au bal, lui dit une de ses sœurs, tu ne t'y serais pas ennuyée il est venu la plus belle princesse, la plus belle qu'on puisse jamais voir ; elle nous a fait mille civilités elle nous a donné des oranges et des citrons."
Cendrillon ne se sentait pas de joie : elle leur demanda le nom de cette princesse ; mais elles lui répondirent qu'on ne la connaissait pas, que le fils du roi en était fort en peine, et qu'il donnerait toutes choses au monde pour savoir qui elle était. Cendrillon sourit et leur dit :
- "Elle était donc bien belle ? Mon Dieu ! que vous êtes heureuses ! ne pourrais-je point la voir ? Hélas ! mademoiselle Javotte, prêtez-moi votre habit jaune que vous mettez tous les jours."
- "Vraiment, dit mademoiselle Javotte, je suis de cet avis ! Prêter son habit à un vilain Cucendron comme cela ! il faudrait que je fusse bien folle."
Cendrillon s'attendait bien à ce refus, et elle en fut bien aise, car elle aurait été grandement embarrassée, si sa sœur eût bien voulu lui prêter son habit.
Le lendemain, les deux sœurs furent au bal, et Cendrillon aussi, mais encore plus parée que la première fois. Le fils du roi fut toujours auprès d'elle, et ne cessa de lui conter des douceurs. La jeune demoiselle ne s'ennuyait point et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé ; de sorte qu'elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu'elle ne croyait point qu'il fût encore onze heures: elle se leva, et s'enfuit aussi légèrement qu'aurait fait une biche.
Le prince la suivit, mais il ne put l'attraper. Elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre, que le prince ramassa bien soigneusement.
Cendr
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LamifranzLamifranz   30 juillet 2022
LE PETIT CHAPERON ROUGE

Il était une fois une petite fille de Village, la plus jolie qu’on eût su voir ; sa mère en était folle, et sa mère-grand plus folle encore. Cette bonne femme lui fit faire un petit chaperon rouge, qui lui seyait si bien, que partout on l’appelait le Petit Chaperon rouge.
Un jour, sa mère, ayant cuit et fait des galettes, lui dit : Va voir comme se porte ta mère-grand, car on m’a dit qu’elle était malade. Porte-lui une galette et ce petit pot de beurre. Le Petit Chaperon rouge partit aussitôt pour aller chez sa mère-grand, qui demeurait dans un autre Village. En passant dans un bois elle rencontra compère le Loup, qui eut bien envie de la manger ; mais il n’osa, à cause de quelques Bûcherons qui étaient dans la Forêt. Il lui demanda où elle allait ; la pauvre enfant, qui ne savait pas qu’il est dangereux de s’arrêter à écouter un Loup, lui dit : Je vais voir ma Mère-grand, et lui porter une galette, avec un petit pot de beurre, que ma Mère lui envoie. Demeure-t-elle bien loin ? lui dit le Loup.
Oh ! oui, dit le Petit Chaperon rouge, c’est par-delà le moulin que vous voyez tout là-bas, à la première maison du Village. Eh bien, dit le Loup, je veux l’aller voir aussi ; je m’y en vais par ce chemin-ci, et toi par ce chemin-là, et nous verrons qui plus tôt y sera. Le loup se mit à courir de toute sa force par le chemin qui était le plus court, et la petite fille s’en alla par le chemin le plus long, s’amusant à cueillir des noisettes, à courir après des papillons, et à faire des bouquets des petites fleurs qu’elle rencontrait.
Le loup ne fut pas longtemps à arriver à la maison de la Mère-grand ; il heurte : Toc, toc. Qui est là ? C’est votre fille le Petit Chaperon rouge (dit le Loup, en contrefaisant sa voix) qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. La bonne Mère-grand, qui était dans son lit à cause qu’elle se trouvait un peu mal, lui cria : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Loup tira la chevillette et la porte s’ouvrit. Il se jeta sur la bonne femme, et la dévora en moins de rien ; car il y avait plus de trois jours qu’il n’avait mangé. Ensuite il ferma la porte, et s’alla coucher dans le lit de la Mère-grand, en attendant le Petit Chaperon rouge, qui quelque temps après vint heurter à la porte. Toc, toc.
Qui est là ? Le Petit Chaperon rouge, qui entendit la grosse voix du Loup eut peur d’abord, mais croyant que sa Mère-grand était enrhumée, répondit : C’est votre fille le Petit Chaperon rouge, qui vous apporte une galette et un petit pot de beurre que ma Mère vous envoie. Le Loup lui cria en adoucissant un peu sa voix : Tire la chevillette, la bobinette cherra. Le Petit Chaperon rouge tira la chevillette, et la porte s’ouvrit.
Le Loup, la voyant entrer, lui dit en se cachant dans le lit sous la couverture : Mets la galette et le petit pot de beurre sur la huche, et viens te coucher avec moi. Le Petit Chaperon rouge se déshabille, et va se mettre dans le lit, où elle fut bien étonnée de voir comment sa Mère-grand était faite en son déshabillé. Elle lui dit : Ma mère-grand, que vous avez de grands bras ? C’est pour mieux t’embrasser, ma fille.
Ma mère-grand, que vous avez de grandes jambes ? C’est pour mieux courir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes oreilles ? C’est pour mieux écouter, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grands yeux ? C’est pour mieux voir, mon enfant. Ma mère-grand, que vous avez de grandes dents. C’est pour te manger. Et en disant ces mots, ce méchant Loup se jeta sur le Petit Chaperon rouge, et la mangea.
MORALITÉ
On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le Loup mange.
Je dis le Loup, car tous les Loups
Ne sont pas de la même sorte ;
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes Demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles ;
Mais hélas ! qui ne sait que ces Loups doucereux,
De tous les Loups sont les plus dangereux.
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Gwen21Gwen21   21 février 2018
Moralité

On voit ici que de jeunes enfants,
Surtout de jeunes filles
Belles, bien faites, et gentilles,
Font très mal d’écouter toute sorte de gens,
Et que ce n’est pas chose étrange,
S’il en est tant que le loup mange.
Je dis le loup, car tous les loups
Ne sont pas de la même sorte :
Il en est d’une humeur accorte,
Sans bruit, sans fiel et sans courroux,
Qui, privés, complaisants et doux,
Suivent les jeunes demoiselles
Jusque dans les maisons, jusque dans les ruelles.
Mais hélas ! qui ne sait que ces loups doucereux
De tous les loups sont les plus dangereux.


{in "Le Petit Chaperon Rouge"}
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araucariaaraucaria   16 mars 2014
Il était une fois une Reine qui accoucha d'un fils, si laid et si mal fait, qu'on douta longtemps s'il avait forme humaine. Une fée qui se trouva à sa naissance assura qu'il ne laisserait pas d'être aimable, parce qu'il aurait beaucoup d'esprit; elle ajouta même qu'il pourrait, en vertu du don qu'elle venait de lui faire, donner autant d'esprit qu'il en aurait à la personne qu'il aimerait le mieux.
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Gwen21Gwen21   19 février 2018
Alors, comme la fin de l’enchantement était venue, la princesse s’éveilla, et, le regardant : "Est-ce vous, mon prince ? lui dit-elle ; vous vous êtes bien fait attendre." Le prince, charmé de ces paroles, ne savait comment lui témoigner sa joie et sa reconnaissance. Ses discours furent mal rangés. Il était plus embarrassé qu’elle, et l’on ne doit pas s’en étonner : elle avait eu le temps de songer à ce qu’elle aurait à lui dire.


{ in "La Belle au Bois Dormant"}
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Les Contes de Perrault : Morales

La curiosité malgré tous ses attraits, Coûte souvent bien des regrets ; On en voit tous les jours mille exemples paraître. C'est, n'en déplaise au sexe, un plaisir bien léger ; Dès qu'on le prend il cesse d'être, Et toujours il coûte trop cher.

Le Petit Poucet
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