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EAN : 9782070362783
224 pages
Gallimard (05/01/1973)
4.12/5   21 notes
Résumé :
Le Maquis est une histoire encore confuse et généralement gâtée par l'esprit partisan. D'abord on a crié trop haut des exploits plus qu'homériques et chanté abusivement trop de héros douteux. Ensuite, on ne s'est plus gêné pour n'y voir qu'un ramassis de bravaches et d'escarpes. Tout cela est conforme aux plus vieilles traditions de l'opinion publique.

C'est un peu contre ce penchant au dénigrement exclusif que Jacques Perret, en écrivant Bande à part... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (6) Voir plus Ajouter une critique
Deleatur
  06 février 2019
En toute logique, je ne devrais pas aimer Jacques Perret : monarchiste, catholique traditionaliste, accointances avec l'extrême-droite, partisan de l'Algérie française, défenseur du GUD, etc. Autant de raisons qui devraient agir comme de vigoureux repoussoirs quand je croise un de ses livres.
Et pourtant j'ai aimé le Caporal épinglé et du Vent dans les voiles. Et je n'ai pas hésité un instant lorsque j'ai aperçu, dans la boîte à bouquins qui se trouve en haut de ma plage préférée, cette vieille édition toute jaunie et écornée du Livre de Poche (impression 1963, avec l'une de ces couvertures magnifiques de l'époque).
Bande à part, prix Interallié 1951, situe son action à la fin de l'Occupation et s'attache à un groupe de maquisards perché sur les contreforts des Alpes, au moment où commence la retraite de l'armée allemande vers le nord. Perret ne tente même pas de se dissimuler sous les traits de son narrateur, et son livre ne se propose que de revisiter son propre engagement dans la Résistance. Assez vite, le véritable but du roman se dessine : rendre hommage à ceux avec qui il a combattu, en une galerie de portraits hauts en couleurs qui gravitent tous autour de la fascinante et insaisissable figure de Ramos.
C'est peu dire que la Résistance n'est pas ici mise en scène dans les trompettes de la gloire ni de l'héroïsme patriotard. Les réseaux armés y sont un joyeux foutoir d'obédiences diverses ou même concurrentes, dont les motivations parfois obscures paraissent assez éloignées les unes des autres. Personne dans ces montagnes ne semble jamais avoir entendu parler du CNR. le ton est décapant, l'ironie mordante, la dérision partout et le nom du général De Gaulle nulle part. La langue est drue, picaresque, réjouissante d'invention, aux antipodes de la grandiloquence compassée d'un Malraux. Impossible bien sûr de voir ce roman comme un témoignage historique. Ce serait plutôt une bonne bouffée d'anarchisme de droite, un de ces plaisirs un peu coupables à la Audiard, qui rappelle néanmoins avec beaucoup de talent que la guerre rassemble des hommes très différents pour en faire d'indéfectibles compagnons.
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Gehenne
  02 septembre 2019
En deux temps trois mouvements Jacques Perret précise son objectif, très loin de l'hagiographie ou du plaidoyer pro domo . D'abord, explique-t-il, son livre est la chronique "d'un maquis courtois" (au sens chevaleresque du terme) dans lequel "soufflait un esprit de mansuétude et d'inintelligence politique, assez subversif". Et par ailleurs, selon le résistant désabusé, on y trouvait "un mélange traditionnel d'idéal et de rapine, sans oublier les délicats plaisirs du hors-la-loi avec les merveilleuses latitudes du bandit d'honneur". Mais l'essentiel, c'est évidemment la camaraderie de garçons lancés dans une aventure qui les dépasse et parfois les sublime. Ce livre précieux, cet hymne à la liberté, c'est avant tout les copains d'abord.
Voilà qui est clair : n'y cherchez nulle odyssée héroïque, nulle mise en exergue de comportements inouïs. Non, l'aventure maquisarde à la mode Perret se veut modeste, oeuvre de "sacripants", de "prétoriens suspects" répondant à "l'appel de la rébellion que tout homme normal entend au moins une fois dans sa vie". Ce groupe disparate, suivi dans son quotidien, est formé d'hommes ordinaires engagés dans un combat hors normes qu'ils mènent en toute simplicité sans en attendre ni reconnaissance, ni fierté. Tout juste cette aventure parviendra-t-elle (peut-être) à les révéler à eux-mêmes. Et on l'aime cette bande de bras cassés qui évolue en dehors des chemins balisés.
Voilà pour l'histoire. Mais comment pourrait-on occulter cette plus-value littéraire qu'est le style fluide, ciselé par Jacques Perret qui façonne la langue comme un ébéniste travaille le bois, la chantournant, l'égayant par la magie d'un vocabulaire choisi avec minutie et utilisé avec grâce, la pimentant d'un humour espiègle. Pour le plaisir, ce passage magnifique décrivant un parachutage d'armes : "l'apparition féerique des armes tombant du ciel dans une fantastique éclosion de trois cent vingt sept soyeuses méduses balancées dans la brise. Il pleut des hallebardes sous un nuage de nylon."
On ne peut s'empêcher de rapprocher le Perret de "Bande à part" du Gary des "Cerfs-volants", lui aussi un bel enchanteur de la langue et un beau rêveur, sans illusions, par temps de guerre. Et il y a aussi d'évidence une parenté avec Blondin. D'ailleurs, l'auteur de "L'Europe buissonnière" ne cachait pas son admiration pour "Bande à part", qu'il qualifiait de "recueil exquis d'aventures quotidiennes, modestes, domestiques, vécues par un groupe de plein vent." On ne saurait mieux dire...

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BVIALLET
  19 mars 2012
Perret, le narrateur, se retrouve dans un groupe de résistants de l'O.R.A (organisation de résistance de l'armée) cantonné dans un village des Alpes et décidé à en découdre (mollement) avec l'armée allemande en pleine déroute. Sous les ordres de l'adjudant Tabaraud, ancien flic promu chef de groupe, en compagnie de l'inénarrable Ramos, l'homme aux élucubrations ésotériques, et de Lahure, le goinfre à l'appétit insatiable, ils profitent de l'hospitalité des paysans du cru sans trop savoir ni pour qui ni pour quoi ils se retrouvent les armes à la main. D'escarmouches ratées en rendez-vous manqués, l'épopée des vaillants héros tourne à la mauvaise plaisanterie et se termine par la mort inutile et ridicule du malheureux Ramos.
Suite improbable du « Caporal épinglé », le magnifique ouvrage de Jacques Perret restera le meilleur témoignage littéraire de ce que vécurent de l'intérieur les Résistants de base avec leurs petitesses et leurs grandeurs, loin de la légende dorée de l'Histoire officielle, des grandes affabulations et autres propagandes plus ou moins honnêtes. La langue est magnifique, l'esprit brillant, désenchanté et frondeur. On découvre que ces va-nu-pieds sans moyens et sans organisation sérieuse furent des héros à la petite semaine qui ne virent leurs rangs se renforcer grandement que quand les derniers fourgons de la Wehrmacht eurent disparu à l'horizon. Un livre à faire lire aux jeunes générations et aux donneurs de leçon...
Lien : http://www.etpourquoidonc.fr/
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Singlandes
  23 juin 2021
Jacques Perret nous prévient:
« Ce récit n'a rien d'un carnet de route et je n'y fais pas l'histoire d'un maquis; il est d'abord inspiré par le plaisir de parler des copains... » Nous sommes dans un monde d'hommes pour lesquels la Résistance offre, après la guerre, un nouveau prétexte pour se retrouver entre camarades jour et nuit . Ce livre est une galerie de portraits de militaires , parfois amateurs qui chassent en meute «  le soldat vert » . Les liens de hiérarchie sont ici distendus beaucoup plus souples qu'à l'armée. La langue française qu'il manie sur tous les registres et avec une profusion de vocabulaire permet à l'auteur de transformer de braves types ordinaires en personnages héroïques et de les inscrire dans la lignée des combattants des grandes victoires du passé. Avec émotion , dérision et un grand respect ,chaque personne devient sous sa plume un personnage de roman, une figure unique qui enrichit son existence à la faveur des événements, ici la Résistance.
Dans ce livre Jacques Perret nous donne une leçon : Toute activité en société n'a de but que les rencontres que nous faisons et qui nous grandissent.
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generalmarechal
  05 novembre 2019
Livre unique, précieux, exceptionnel et bouleversant. L'humanité qui se dégage de chaque page met un tendre sourire au coin des lèvres, puis une larme au coin des yeux.
Les histoires de maquis et de Résistance n'ont pas toujours été les grandes enluminures du plateau des Glières. Ça a aussi été ces pauvres garçons, amusés, amis, fraternels et blessés. J'imagine.
Jacques Perret lève le voile de cette intimité de maquis, où les âmes se mettent à nu, une arme à la main ou des éclats de grenade dans le corps. Magnifique.
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Citations et extraits (10) Voir plus Ajouter une citation
pierre31pierre31   06 février 2019
Tout en lui respirait l'urgence, mais, à dire vrai, le temps qu'il se déboutonnât, impossible d'affirmer si les grimaces de son visage tenaient plus à la peur qu'au travail des boyaux. Il avait une grosse figure plutôt pâle, une figure de paysan en mauvaise santé, mais sans ruse et même un peu simplet, un peu ridicule aussi avec son casque trop petit et couronné de piteux feuillages comme un gros luron bucolique en train de payer ses orgies. Sitôt accroupi, les traits se détendirent brusquement et je garde la vision d'une espèce de béatitude à la sauvette qui est l'une des images de guerre les plus importantes de ma modeste collection. Il arrive un moment où ces choses-là comptent plus que tout au monde, et il y a des gens qui bravent la mort plutôt que de faire dans leur pantalon. L'homme avait une terrible chiasse, une vraie chiasse d'Ostrogoth, qui faisait une pétarade lugubre à travers le vent et la pluie. Je peux même dire que le bruit nous fit une grosse impression et nous ne tirions toujours pas. Le détachement avait pourtant pris de l'avance en bas du chemin, et nous pouvions lâcher impunément notre coup de feu jumelé avant de nous barrer dans les replis de la montagne. Mon fusil était posé, bien immobile, sur un gros caillou, et je tenais l'homme au quart de poil dans ma ligne de mire, en plein dans le ventre, et j'en avait mal au ventre et le cœur sur les lèvres à le prévoir basculant le derrière dans sa crotte ou le nez dans la boue et le fessier au vent. On ne tire pas sur un homme qui débourre ; pas besoin de convention de La Haye pour expliquer la chose. C'est un interdit qui vient du fond des entrailles. Une fois reculotté, l'homme était peut-être un salopard, je ne veux pas le savoir, et cela m’étonnerait parce que les francs salauds s'arrangent toujours pour ne pas se mettre dans des cas pareils, mais, pour l'instant, nous étions liés par une fraternité à l'état brut, une solidarité sans phrase, et bien peu s'en fallut que je n'allasse lui offrir un bout de papier au nom de la condition humaine.
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bebzbebz   04 mars 2020
Vivant presque toujours au-dessus, au dessous ou au-delà du quotidien, il portait en lui un monde de catastrophes et d'espoirs dont il se libérait par le discours. Et j'ai dis quel discours : une espèce de déconnage orphique, un galimatias d'anthologie avec des contre-pèteries jaillies de source et des coqs-à-l'âne qui donnaient à réfléchir. Une diction magique surtout. Je ne me donnais pas toujours la peine de l'écouter, mais l'accent me gardait attentif. Pour ce qui est de la logique, loin de la dédaigner, il affichait à son égard un profond respect, multipliait les apparences d'une dialectique infaillible et toute locution conjonctive avait force de loi : par conséquent, suivez-moi bien, c'est dire que, à ce moment-là, il s'ensuit naturellement que, par le fait...Payé ce tribut à la logique, les enchaînement ne livraient pas toujours leurs secrets. Le vin d'ailleurs le délivrait de ces scrupules. Une chopine lui ouvrait les portes et, passé le litre, il se payait le plein plaisir du verbe : les mots lui montaient à la tête et c'est le vocabulaire qui prenait la muflée. Au hasard du discours jaillissaient alors des surprises dont il s'émerveillait tout bonnement et, sur un adjectif insolite surgi au plus confus du déballage, il bâtissait un système, nouait une angoisse, moquait le monde et soudain découvrant ses dents courtes, lâchait un rire vibré, strident, effréné qui, entre autres effets, rebroussait le poil des sous-offs de carrière.
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pierre31pierre31   29 juillet 2020
J'adore les querelles de famille quand elles sont vraiment des querelles de famille; c'est un signe de santé, cela prouve que la famille se porte bien. Les querelles d'idées m’écœurent, ces idées qui viennent on ne sait d'où, comme des épidémies exotiques colportées par des mouches à mots. Se battre pour des idées, c'est une idée de fou. C'est même un peu dégradant, à la longue, de s'égorger pour des ombres qui n'ont ni père ni mère.
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pierre31pierre31   05 septembre 2019
On ne les voyait [les chefs du maquis] pas souvent sur un cheval blanc ou noir, non plus qu’au bistrot ou même dans les escarmouches, histoire de parader cinq minutes et de se faire trouer le chapeau. De ce côté-là, nous n’eûmes pas de chance. Mais il y eut deux harangues. La première était du genre « ni à droite ni à gauche, en avant ! ni bleu, ni blanc, ni rouge, bleu-blanc-rouge », et autres quadratures de cocarde. C’était au moins le sens présumé du discours, car les échos de la montagne, habitués au bêlement des brebis, ne nous renvoyaient qu’un bafouillis grandiose. Pour la deuxième harangue j’étais absent, mais les copains me l’ont résumé ainsi : « C’est moi le vrai seul chef, l’autre était une andouille, la France continue. Tous unis contre César, serrez les braies. » Naturellement il n’y avait pas de Vercingétorix, et ma nature est si primitive que j’ai toujours un peu de mal à m’exciter pour une cause sans Vercingétorix.
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pierre31pierre31   06 septembre 2019
D’une façon générale, se battre pour des initiales me paraît toujours une aventure assez louche, on a l’air de se battre pour une firme, pour une société anonyme, pour un trust. Le S.P.Q.R. lui-même ne m’a jamais fait bonne impression. Sans doute, les enfants d’U.S.A. et d’U.R.S.S. chérissent-ils le doux nom de leur patrie, c’est une question d’habitude et, tant qu’à faire de mourir pour des mots, autant mourir pour leurs initiales, c’est plus vite fait. Mais le monde des initiales est déjà un monde froid et lointain, annonciateur des ténèbres matriculaires. Enfin, nous appartenions à l’O.R.A. ; d’autres se disaient affiliés à l’A.S., aux F.T.P., à l’U.B.N.G.F., à la B.N.C.I., et un petit nombre se flattait bizarrement d’appartenir à l’I.S., ou Intelligence Service. Tout cela faisait un certain nombre de sociétés plus ou moins batailleuses, farfelues ou cafardes, spécialisées dans l’invention des traîtres, le châtiment martial, la lutte contre les Allemands, la foire d’empoigne, le sabotage, le scalp des ribaudes, l’arrachement des effigies du Maréchal.
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Jean sans terre
D'après la nouvelle de Jacques PERRET. Jean vient de perdre sa femme, et quitte la campagne pour une banlieue parisienne vouée au béton où il partage avec son beau-père un appartement dans une tour de dix-huit étages sise aux abords d'une galerie marchande dans laquelle ils tiennent une lunetterie. Dans cet univers triste, seule Marthe une voisine et cliente lui apporte un peu de rêve...
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