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EAN : 9782070302482
170 pages
Éditeur : Gallimard (28/01/1970)
4.17/5   97 notes
Résumé :
«Par la pensée analogique et symbolique, par l'illumination lointaine de l'image médiatrice, et par le jeu de ses correspondances, sur mille chaînes de réactions et d'associations étrangères, par la grâce enfin d'un langage où se transmet le mouvement même de l'Être, le poète s'investit d'une surréalité qui ne peut être celle de la science. Est-il chez l'homme plus saisissante dialectique et qui de l'homme engage plus ? Lorsque les philosophes eux-mêmes désertent le... >Voir plus
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Critiques, Analyses et Avis (9) Voir plus Ajouter une critique
berni_29
  10 juillet 2021
Amers ressemble aux flamboyances d'un conte antique. Amers c'est un navire livré aux forces de la nature. Saint-John Perse est plus qu'un poète, c'est un marin, c'est un navigateur, il broie les flots avec ses vers.
Ici ce sont des forces telluriques qui se décuplent pour nous déployer dans un songe.
Il est possible de se laisser étonner, bousculer, désarçonner... D'ailleurs n'est-ce pas le propos de la poésie ?
Amers, c'est la mer bien sûr. Aux premières vagues qui nous assaillent, c'est une ode à l'élément marin. Mais dans l'impatience des mots se détache brusquement autre chose. Derrière le navire bousculé par les océans, c'est l'aventure humaine qui se révèle au premier plan du paysage. C'est l'amour et ses voyages éperdus.
« Amants, Ô tard venus parmi les marbres et les bronzes, dans l'allongement des premiers feux du soir,
Amants qui vous taisiez au sein des foules étrangères,
Vous témoignerez aussi ce soir en l'honneur de la Mer. »
C'est grand, c'est puissant, c'est démesuré, mais il faut se saisir alors de cette vague qui emporte tout et s'y arrimer solidement au risque de rester au bord du rivage.
Amers, c'est un chant, c'est une incantation, ce sont des choeurs qui jaillissent dans la lumière boréale. Cette poésie peut nous éblouir, elle peut nous aveugler, elle peut nous brûler. Comme l'amour et ses rivages. La poésie de Saint-John Perse, c'est le cri d'une poulie.
Il faut entrer lentement dans ce texte abrupte aux premières approches, mais qui s'offre et s'ouvre peu à peu comme une offrande, comme une promesse, comme un tangage érotique.
D'ailleurs l'amour, la mer, la mort sont des mots si proches...
« Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi. J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la grâce d'être aimé. »
Ceux qui la contemplent savent que la mer recèle dans sa houle et ses reflets d'étranges inspirations féériques.
« Toi, l'homme avide me dévêts : maître plus calme qu'à son bord le maître du navire. Et tant de toile se défait, il n'est plus femme d'agréée. S'ouvre l'Été, qui vit de mer. Et mon coeur t'ouvre femme plus fraîche que l'eau verte : semence et sève de douceur, l'acide avec le lait mêlé, le sel avec le sang très vif, et l'or et l'iode, et la saveur aussi du cuivre et son principe d'amertume - toute la mer en moi portée comme dans l'urne maternelle... »
En lisant Amers il m'est venu dans la bouche ce goût de sel sur les paupières, ce goût de désir qui gonfle sous la peau, ce goût charnel qui appelle dans les yeux le reflet et la houle de l'autre.
Amers, c'est une voix étrange que nous devons apprivoiser car elle ne nous est pas spontanément familière. Elle entre peu à peu dans les interstices de notre corps. Elle nous étreint, elle nous chavire. Elle entre en nous comme une vrille... Elle ne nous quitte plus, longtemps après avoir quitté le paysage de ce texte.
« Et comme nous courions à la promesse de nos songes, sur un très haut versant de terre rouge chargé d'offrandes et d'aumaille, et comme nous foulions la terre rouge du sacrifice, parée de pampres et d'épices, tel un front de bélier sous les crépines d'or et sous les ganses, nous avons vu monter au loin cette autre face de nos songes : la chose sainte à son étiage, la Mer, étrange, là, et qui veillait sa veille d'Étrangère - inconciliable, et singulière, et à jamais inappariée - la Mer errante prise au piège de son aberration. »
Et nous, nous sommes pris au piège de cette beauté dans la nasse des mots.
Un texte à lire à haute voix devant votre océan préféré.
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michfred
  04 août 2015
Mon premier contact avec Amers a été...houleux! Un professeur emballé et sans doute visionnaire avait essayé de nous faire partager son enthousiasme à l'époque où seul comptait Oceano Nox de Victor Hugo..Fiasco total!
Puis, lentement, de même que se déploie la lame qu'on voit d'abord gonfler comme le cou orgueilleux du paon , puis ondoyer comme les anneaux de l'anaconda, puis exploser dans un fracas d'écume blanche,le verset hypnotique du grand poète marin agit sur nous, sa prose savante se fait oublier avec ses arrière-plans sémantiques complexes et ses images à double-fond, - et son rythme lent et dansant qui sait si bien dire la mer m'a emportée...
Amers est pour moi encore plus beau que Vents.
Quand je pense à la mer -et c'est presque tous les jours, tant elle me hante, tant elle me manque, tant elle me chante son chant profond - ce sont ces versets-là qui me viennent à la bouche, avec un goût salé d'huître fraîche et des odeurs de varech dans le souffle du vent..
Mettez contre votre oreille ce merveilleux bi-valve de Saint John Perse et écoutez le bruit immémorial de la mer en marche:
"Ainsi la Mer vint elle à nous dans son grand âge et dans ses grands plissements hercyniens - toute la mer à son affront de mer, d'un seul tenant et d'une seule tranche !
Et comme un peuple jusqu'à nous dont la langue est nouvelle, et comme une langue jusqu'à nous dont la phrase est nouvelle, menant à ses tables d'airain ses commandements suprêmes,
Par ses grands soulèvements d'humeur et grandes intumescences du langage, par grands reliefs d'images et versants d'ombres lumineuses, courant à ses splendeurs massives d'un très beau style périodique, et telle, en ses grands feux d'écailles et d'éclairs, qu'au sein des meutes héroîques,
La Mer mouvante et qui chemine au glissements de ses grands muscles errants, la Mer gluante au glissement de plèvre, et toute à son afflux de mer, s'en vint à nous sur ses anneaux de pithon noir,
Très grande chose en marche vers le soir et vers la transgression divine..."
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Palmyre
  31 juillet 2013
Challenge Nobel 2013/2014
Ce recueil de poème où l'écriture de Saint-John Perse est unique en son genre et il ne nous laisse pas indifférent. Je ne peux pas dire que j'ai adoré et je ne peux pas dire que j'ai détesté. Certains passages m'ont captivé par leurs forces descriptives et la rythmique qu'il impose à ses vers, mais d'autres n'ont pas retenu mon attention.
Saint-John Perse a mis une dizaine d'années pour écrire Amers qui évoque essentiellement le milieu maritime. D'ailleurs le premier et dernier mot c'est le mot "mer".

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Isacom
  18 novembre 2021
J'avais gardé un beau souvenir de lecture de Saint-John Perse, de quand j'étais lycéenne. Mais ça remonte si loin... Mes goûts poétiques ont-ils changé ? Ai-je choisi le "mauvais" recueil ? J'ai été infichue de terminer Amers, que j'ai trouvé totalement hermétique, trop lyrique voire même ampoulé. Je suis preneuse de tout conseil pour re-découvrir cet auteur par une voie plus aisée.
Challenge Nobel
LC thématique de novembre 2021 : ''Faites de la place pour Noël”
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Cath36
  20 février 2011
Hissez la grand voile et larguez les amarres ! la poésie de Saint-John Perse
vous emmène par-delà le roulis de ses vers en des contrées imaginaires où le réel se nourrit de mythe et d'histoire, de paysages sublimes et d'expérience humaine.
Que dire d'autre sur mon poète préféré ? Qu'il m'accompagne dans tous mes rêves et nourrit mes envies de voyage par sa simple lecture.
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Citations et extraits (59) Voir plus Ajouter une citation
nadejdanadejda   23 octobre 2011
Tu es là, mon amour, et je n'ai lieu qu'en toi. J'élèverai vers toi la source de mon être, et t'ouvrirai ma nuit de femme, plus claire que ta nuit d'homme ; et la grandeur en moi d'aimer t'enseignera peut-être la grâce d'être aimé. Licence alors aux jeux du corps ! Offrande, offrande, et faveur d'être ! La nuit t'ouvre une femme : son corps, ses havres, son rivage ; et sa nuit antérieure où gît toute mémoire. L'amour en fasse son repaire !
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psycheinhellpsycheinhell   28 novembre 2010
Fierté de l'homme en marche sous sa charge d'éternité ! Fierté de l'homme en marche sous son fardeau d'humanité, quand pour lui s'ouvre un humanisme nouveau, d'universalité réelle et d'intégralité psychique... Fidèle à son office, qui est l'approfondissement même du mystère de l'homme, la poésie moderne s'engage dans une entreprise dont la poursuite intéresse la pleine intégration de l'homme. Il n'est rien de pythique dans une telle poésie. Rien non plus de purement esthétique. Elle n'est point art d'embaumeur ni de décorateur. Elle n'élève point des perles de culture, ne trafique point de simulacres ni d'emblèmes, et d'aucune fête musicale elle ne saurait se contenter. Elle s'allie, dans ses voies, la beauté, suprême alliance, mais n'en fait point sa fin ni sa seule pâture. Se refusant à dissocier l'art de la vie, ni de l'amour la connaissance, elle est action, elle est passion, elle est puissance, et novation toujours qui déplace les bornes. L'amour est son foyer, l'insoumission sa loi, et son lieu est partout, dans l'anticipation. Elle ne se veut jamais absence ni refus.
Elle n'attend rien pourtant des avantages du siècle. Attachée à son propre destin, et libre de toute idéologie, elle se connaît égale à la vie même, qui n'a d'elle-même à justifier. Et c'est d'une même étreinte, comme une seule grande strophe vivante, qu'elle embrasse au présent tout le passé et l'avenir, l'humain avec le surhumain, et tout l'espace planétaire avec l'espace universel. L'obscurité qu'on lui reproche ne tient pas à sa nature proche, qui est d'éclairer, mais à la nuit même qu'elle explore, et qu'elle se doit d'explorer : celle de l'âme elle-même et du mystère où baigne l'être humain.

[In "Poésie", discours d'allocution au banquet Nobel de 1960]
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nadejdanadejda   23 octobre 2011
Du maître des astres et de navigation :
Ils m'ont appelé l'Obscur, et mon propos était de mer.
L'année dont moi je parle est la plus grande Année ; la Mer où j'interroge est la plus grande Mer.
Révérence à ta rive, démence, ô Mer majeure du désir...
La condition terrestre est misérable, mais mon avoir immense sur les mers, et mon profit incalculable aux tables d'outre-mer.
(...)Et ma prérogative sur les mers est de rêver pour vous ce rêve du réel... Ils m'ont appelé l'Obscur et j'habitais l'éclat.
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michfredmichfred   03 août 2015
Ainsi la Mer vint-elle à nous dans son grand âge et dans ses grands plissements hercyniens – toute la mer à son affront de mer, d’un seul tenant et d’une seule tranche !
Et comme un peuple jusqu’à nous dont la langue est nouvelle, et comme une langue jusqu’à nous dont la phrase est nouvelle, menant à ses tables d’airain ses commandements suprêmes,
Par grands soulèvements d’humeur et grandes intumescences du langage, par grands reliefs d’images et versants d’ombres lumineuses, courant à ses splendeurs massives d’un très beau style périodique, et telle, en ses grands feux d’écailles et d’éclairs, qu’au sein des meutes héroïques,
La Mer mouvante et qui chemine au glissement de ses grands muscles errants, la Mer gluante au glissement de plèvre, et toute à son afflux de mer, s’en vint à nous sur ses anneaux de python noir,
Très grande chose en marche vers le soir et vers la transgression divine…
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nadejdanadejda   23 octobre 2011
... et que l'Amante renversée dans ses enveloppes florales livre à la nuit de mer sa chair froissée de grande labiée ! Il n'est point là d'offense pour son âme...
Submersion ! Soumission ! Que le plaisir sacré t'inonde, sa demeure ! Et la jubilation très forte est dans la chair, et de la chair dans l'âme est l'aiguillon. J'ai vu briller entre tes dents le pavot rouge de la déesse.
(...) Une même vague par le monde, une même vague notre course... Etroite la mesure, étroite la césure, qui rompt en son milieu le corps de femme comme le mètre antique... Tu grandiras, licence ! La mer lubrique nous exhorte, et l'odeur de ses vasques erre dans notre lit... Rouge d'oursin les chambres du plaisir.
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Videos de Saint-John Perse (26) Voir plusAjouter une vidéo
Vidéo de Saint-John Perse
SAINT-JOHN PERSE – Un siècle d'écrivains : 1887-1975 (DOCUMENTAIRE, 1996) Émission « Un siècle d'écrivains », numéro 70, diffusée sur France 3, le 1er mai 1996, et réalisée par Jean-Denis Bonan et Jean-Paul Brighelli.
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