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EAN : 9782070302475
160 pages
Gallimard (25/10/1968)
4.11/5   93 notes
Résumé :
Les voici mûrs, ces fruits d'un ombrageux destin. De notre songe issus, de notre sang nourris, et qui hantaient la pourpre de nos nuits, ils sont les fruits du long souci, ils sont les fruits du long désir, ils furent nos plus secrets complices et, souvent proches de l'aveu, nous tiraient à leurs fins hors de l'abîme de nos nuits ... Au feu du jour toute faveur ! Les voici mûrs et sous la pourpre, ces fruits d'un impérieux destin. Nous n'y trouvons point notre gré.
Critiques, Analyses et Avis (5) Ajouter une critique

Composé dans l'exil américain, Vents paraît en France en 1946, dans une édition limitée. L'auteur accordait une importance particulière à cette oeuvre. Voilà ce qu'il écrit au sujet de ce cycle dans la notice qui l'accompagne dans ses oeuvres complètes :

« Saint-John Perse a toujours accordé à Vents une importance particulière dans son oeuvre. Ce poème fut sans doute le moins accessible au lecteur français parce qu'il ne fut, à la demande même du poète, publié tout d'abord qu'en édition de luxe, de grand format et grande typographie, à tirage limité entièrement numéroté (Gallimard, 1946). »

C'est une oeuvre de grande ampleur et ambition. Elle est composée de 26 chants, elle est divisée en quatre parties. C'est un voyage dans le temps et dans l'espace. Dans le temps, car nous suivons l'humanité depuis la préhistoire, jusqu'aux années quarante du XXe siècle. Mais aussi dans l'espace, car il s'agit de voyager, au final ces voyages humains trouvant leur aboutissement au Nouveau Monde, dont les paysages semblent avoir fortement impressionné l'auteur.

Dans le Discours de Florence qu'il a prononcé en 1965 en hommage à Dante, Saint-John Perse a souligné les divers niveaux de lectures nécessaires pour lire la poésie du grand Italien :

« Sur les quatre plans d'évolution définis par Dante dans son Convivio : le littéral, l'allégorique, le moral et l'anagogique, l'oeuvre impérieuse de la Commedia poursuit héroïquement son ascension méthodique, comme celle du héros lui-même, pèlerin d'amour et d'absolu »

Il introduit ainsi l'idée que sa propre poésie doit avoir différents niveaux de lecture, qui se superposent pour aboutir à un projet en quelque sorte transcendant. le lecteur de Saint-John Perse doit donc se transformer en déchiffreur, en chercheur de sens multiples, du plus descriptif (littéral), vents, voyages, jusqu'au voyage de l'auteur lui-même. Au niveau le plus élevé, on peut lire cet ensemble de poèmes comme l'exigence d'un sursaut contre le doute excessif, le nihilisme, le découragement né des douloureuses épreuves infligées par l'histoire, les dangers qui guettent l'humanité. L'action contre le songe, aussi séduisant soit-il.

Ce grand texte est suivi par un ensemble plus disparate, Chronique et Chants pour un équinoxe. Chronique a été rédigée après le retour en France du poète, on n'y reconnaît les paysages provençaux, le texte est paru en 1960. Les textes regroupés dans Chants pour un équinoxe sont en partie posthumes, c'est les derniers que l'auteur a écrits. le « grand âge » traverse ces textes, qui trouvent ainsi une sorte d'humanité et d'intimité.

J'ai été bien plus sensible à ce volume qu'au premier Eloges. Vents a une grandeur et une cohérence indéniable, et Chronique et Chant pour un équinoxe un côté un peu plus sensible, même si nous sommes toujours chez le même poète, avec le même langage. Je sais que je suis loin d'avoir pénétré complètement cet univers : comme pour Dante, (qui est un bon point de comparaison à mon sens) il faut sans doute des décennies (si on y arrive jamais vraiment) pour une réelle intimité avec cette poésie. Mais je commence à me dire que cela peut valoir la peine d'essayer...

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Saint-John Perse à son sommet...

- RELECTURE -

Lors d'une séance de dédicace (merci aux éditions Attila !) la semaine dernière, le grand Jacques Abeille a eu cette belle phrase (en substance) : "C'est seulement au fil des années que l'on réalise la chance d'avoir été baigné aussi bien par Saint-John Perse que par Frédéric Dard".

On ne saurait être plus d'accord... et grâce au grand styliste, une irrépressible envie de relire du Saint-John Perse, mon poète favori, de loin, des années lycée / prépa - et souvent relu ensuite -, m'a saisi.

Avec "Vents" en 1945-46, le souffle épique est à son apogée sans doute, plus fort que dans "Anabase" que j'eus la chance de disséquer jadis avec un autre grand styliste, Jean-Marc Agrati, et moins précieux peut-être que dans le redoutable "Amers". L'ironie, saine, y a aussi fait son apparition, discrètement.

"C'étaient de très grands vents sur toutes faces de ce monde,

De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,

Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,

En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

Flairant la pourpre, le cilice, flairant l'ivoire et le tesson, flairant le monde entier des choses,

Et qui couraient à leur office sur nos plus grands versets d'athlètes, de poètes,

C'étaient de très grands vents en quête sur toutes pistes de ce monde,

Sur toutes choses périssables, sur toutes choses saisissables, parmi le monde entier des choses..."

"Au chant des hautes narrations du large, elles promenaient leur goût d'enchères, de faillites ; elles disposaient, sur toutes grèves, des grands désastres intellectuels,

Et sur les pas précipités du soir, elles instituaient un nouveau style de grandeur où se haussaient nos actes à venir ; (...)

Elles infestaient d'idées nouvelles la laine noire des typhons, le ciel bas où voyagent les beaux édits de proscription, (...)"

Avec "Chronique" en 1959-1960, au moment de la réception du prix Nobel, on est dans la conclusion de l'oeuvre (il n'y aura que le presque bizarre "Oiseaux" ensuite).

"« Prédateurs, certes ! nous le fûmes ; et de nuls maîtres que nous-mêmes tenant nos lettres de franchise – Tant de sanctuaires éventés et de doctrines mises à nu, comme femmes aux hanches découvertes ! Enchères aux quais de corail noir, enseignes brûlées sur toutes rades, et nos coeurs au matin comme rades foraines... (...)

« Nous n'avons point tenure de fief ni terre de bien-fonds. Nous n'avons point connu le legs, ni ne saurions léguer. Qui sut jamais notre âge et sut notre nom d'homme ? Et qui disputerait un jour de nos lieux de naissance ? Éponyme, l'ancêtre, et sa gloire, sans trace. Nos oeuvres vivent loin de nous dans leurs vergers d'éclairs. Et nous n'avons de rang parmi les hommes de l'instant. (...)

« Grand âge, nous voici. Rendez-vous pris, et de longtemps, avec cette heure de grand sens."

Toujours aussi étonnante, toujours aussi inspiratrice, cette poésie d'une force extraordinaire continue à irriguer les sens et l'intelligence des lecteurs et des écrivains.

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Vents est un magnifique recueil des poèmes de Saint John Perse.

Ses textes, s'ils peuvent paraître hermétiques au premier abord, sont d'une beauté telle qu'ils transportent le lecteur dans des sensations d'une force et d'une intensité incomparables.

Lire ces textes c'est se retrouver dans des contrées lointaines en présence de personnages mi-réels, mi fantastiques.

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Ah que c'est beau !

Plus je le lis- le savoure plutôt, à l'infini, tel un nectar de bonheur- et plus j'en suis béate face à tant de beauté indescriptible.

La poésie est d'un autre monde, un autre univers : elle ne se "critique" pas, elle n'est que tentative de partage d'émotions intenses, intimes.

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De par ses textes, Vents paraît être une oeuvre exigeante mais qu'importe, il est bon de se laisser aller à la lecture des mots de Saint John-Perse.

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Citations et extraits (24) Voir plus Ajouter une citation

C'étaient de très grands vents, sur toutes faces de ce monde,

De très grands vents en liesse par le monde, qui n'avaient d'aire ni de gîte,

Qui n'avaient garde ni mesure, et nous laissaient, hommes de paille,

En l'an de paille sur leur erre... Ah ! oui, de très grands vents sur toutes faces de vivants !

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... Eâ, dieu de l'abîme, les tentations du doute seraient promptes,

Où vient à défaillir le Vent ... Mais la brûlure de l'âme est la plus forte,

Et contre les sollicitations du doute, les exactions de l'âme sur la chair

Nous tiennent hors d'haleine, et l'aile du Vent soit avec nous !

Car au croisement des fiers attelages du malheur, pour tenir à son comble la plénitude de ce chant,

Ce n'est pas trop, Maître du chant, de tout ce bruit de l'âme ―

Comme au grand jeu des timbres, entre le bol de bronze et les grands disques frémissants,

La teneur à son comble des grands essaims sauvages de l'amour ...

« Je t'ai pesé, poète, et t'ai trouvé de peu de poids.

« Je t'ai louée, grandeur, et tu n'as point d'assise qui ne faille.

« L'odeur de forges mortes au matin empuantit les antres du génie.

« Les dieux lisibles désertaient la cendre de nos jours. Et l'amour sanglotait sur nos couches nocturnes.

« Ta main prompte, César, ne force au nid qu'une aile dérisoire.

« Couronne-toi, jeunesse, d'une feuille plus aiguë !

« Le Vent frappe à ta porte comme un Maître de camp,

« A ta porte timbrée du gantelet de fer.

« Et toi, douceur, qui vas mourir, couvre-toi la face de ta toge

« Et du parfum terrestre de nos mains ... »

Le Vent s'accroisse sur nos grèves et sur la terre calcinée des songes !

Les hommes en foule sont passés sur la route des hommes,

Allant où vont les hommes, à leurs tombes. Et c'est au bruit

Des hautes narrations du large, sur ce sillage encore de splendeur vers l'Ouest, parmi la feuille noire et les glaives du soir ...

Et moi j'ai dit : N'ouvre pas ton lit à la tristesse. Les dieux s'assemblent sur les sources,

Et c'est murmure encore de prodiges parmi les hautes narrations du large.

Comme on buvait aux fleuves incessants, hommes et bêtes confondus à l'avant-garde des convois,

Comme on tenait au feu des forges en plein air le long cri du métal sur son lit de luxure,

Je mènerai au lit du vent l'hydre vivace de ma force, je fréquenterai le lit du vent comme un vivier de force et de croissance.

Les dieux qui marchent dans le vent susciteront encore sur nos pas les accidents extraordinaires.

Et le poète encore est avec nous. Et c'est montée de choses incessantes dans les conseils du ciel en Ouest.

Un ordre de solennités nouvelles se compose au plus haut faîte de l'instant.

Et par là-bas mûrissent en Ouest les purs ferments d'une ombre prénatale ― fraîcheur et gage de fraîcheur,

Et tout cela qu'un homme entend aux approches du soir, et dans les grandes cérémonies majeures où coule le sang d'un cheval noir ...

S'en aller ! S'en aller ! Parole de vivant.

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Les voici mûrs, ces fruits d'un ombrageux destin. De notre songe issus, de notre sang nourris, et qui hantaient la pourpre de nos nuits, ils sont les fruits du long souci, ils sont les fruits du long désir, ils furent nos plus secrets complices et, souvent proches de l'aveu, nous tiraient à leurs fins hors de l'abîme de nos nuits ... Au feu du jour toute faveur ! Les voici mûrs et sous la pourpre, ces fruits d'un impérieux destin. Nous n'y trouvons point notre gré.

1993 - [Poésie/Gallimard n° 36, p. 113]

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Les vents sont forts ! la chair est brève !… […] Qu'on m'enseigne le ton d'une modulation nouvelle !

Et vous pouvez me dire : Où avez-vous pris cela ? — Textes reçus en langage clair ! versions données sur deux versants !… Toi-même stèle et pierre d'angle !… Et pour des fourvoiements nouveaux, je t'appelle en litige sur ta chaise dièdre,

Ô Poète, ô bilingue, entre toutes choses bisaiguës, et toi-même litige entre toutes choses litigieuses — homme assailli du dieu ! homme parlant dans l'équivoque !… ah ! comme un homme fourvoyé dans une mêlée d'ailes et de ronces, parmi des noces de busaigles !

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Et du mal des ardents tout un pays gagné, avant le soir, s’avance dans le temps à la rencontre des lunes rougissantes. Et l’An qui passe sur les cimes… ah ! qu’on m’en dise le mobile ! J’entends croître les os d’un nouvel âge de la terre. Souvenirs, souvenirs ! qu’il en soit fait de vous comme des songes du Songeur à la sortie des eaux nocturnes. Et que nous soient les jours vécus comme visages d’innommés. L’homme paisse son ombre sur les versants de grande transhumance !…

Les vents sont forts ! la chair est brève !… Aux crêtes liserées d’ors et de feux dans les lancinations du soir, aux crêtes ciliées d’aiguilles lumineuses, parmi d’étranges radiolaires,

N’est-ce toi-même, tressaillant dans de plus pures espèces, avec cela d’immense et de puéril qui nous ouvre sa chance ?… Je veille. J’aviserai. Et il y a là encore matière à suspicion… Qu’on m’enseigne le ton d’une modulation nouvelle !

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